Artemisia Gentileschi, née le à Rome et morte à Naples vers 1656, est une artiste peintre italienne de l'école caravagesque.
Sa mère meurt alors qu'elle est très jeune et elle est élevée seule par son père Orazio qui se rend compte rapidement de son talent. Elle reprend la rigueur de son dessin en lui ajoutant une accentuation dramatique héritée de l'œuvre du Caravage et chargée d'effets théâtraux, ce qui contribue à la diffusion du caravagisme à Naples, ville dans laquelle elle s'installe en 1630. Elle devient une peintre de cour à succès, sous le patronage des Médicis et du roi d'Angleterre .
Remarquablement douée et aujourd'hui considérée comme l'une des premières peintres baroques, l'une des plus accomplies de sa génération, elle s'impose par son art à une époque où les femmes peintres ne sont pas facilement acceptées. Elle est également l'une des premières femmes à peindre des sujets historiques et religieux. Elle a laissé d'elle un autoportrait d'une grande vigueur qui dénote une maîtrise consommée de son art. À la date d', lui sont attribués..
En 1611, le peintre Agostino Tassi la viole. Son père porte plainte l'année suivante pour sauver son propre honneur et permettre à sa fille de poursuivre son travail d'artiste. Marquée par le procès humiliant qui s'ensuivit, elle aurait développé dans ce drame certains traits marquants de son œuvre, tels que l'obscurité et la violence graphique qui s'y déploient, en particulier dans le tableau célèbre qui montre Judith décapitant Holopherne, citée par .. Nombre de ses peintures expriment un point de vue féminin et dénoncent une violence masculine exercée sur les femmes. Ce parti pris artistique ainsi que sa carrière brillante en font une figure admirée par les mouvements féministes à l'époque contemporaine.
Biographie Les débuts romains Née à Rome le ., elle est la première enfant du peintre maniériste toscan Orazio Gentileschi (1563-1639), représentant de tout premier plan du caravagisme romain. Artemisia fait son apprentissage artistique dans l'atelier paternel où elle apprend le dessin, la manière de mélanger les couleurs et de donner du brillant aux tableaux aux côtés de ses frères ; elle démontre, par rapport à eux, un talent bien plus élevé. Comme le style de son père, à cette époque, se réfère explicitement à l'art du Caravage (avec lequel Orazio entretient des rapports familiers), les débuts artistiques d'Artemisia se placent, à bien des égards, dans le sillage du peintre lombard..
vignette|260px|Suzanne et les Vieillards, 1610, collection Schönborn, Pommersfelden|alt=gauche.
La première œuvre attribuée à Artemisia Gentileschi, qu'elle signe à l'âge de dix-sept ans, est sa Suzanne et les Vieillards, réalisée en 1610, longtemps attribuée à son père. Ce tableau montre comment Artemisia Gentileschi a assimilé le réalisme du Caravage sans rester indifférente au langage de l'École de peinture de Bologne..
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L'accès à l'enseignement des Beaux-Arts, exclusivement masculin, lui étant interdit, son père lui donne un précepteur privé, le peintre Agostino Tassi. Un scandale marque alors sa vie. Artemisia est violée par Tassi, le . Celui-ci promet d'abord de l'épouser pour sauver sa réputation, mais il ne tient pas sa promesse. L'affaire est portée devant le tribunal papal, presque un an après le viol. L'instruction pour stupro violente (défloration par force), qui dure neuf mois (de à ), permet de découvrir que Tassi, déjà marié, avait formé le projet d'assassiner l'amant de son épouse, avait aussi agressé sexuellement sa belle-sœur, et voulait voler certaines peintures d'Orazio Gentileschi. Pendant le procès, Artemisia est soumise à un humiliant examen gynécologique et soumise au supplice des sibili pour vérifier la véracité de ses accusations. Ce moyen de torture consiste à faire passer une corde entre les doigts de la personne torturée, pour ensuite serrer très fort la corde au risque de briser les os. Tassi est condamné le à cinq ans d'exil des États pontificaux. Il semble toutefois que Tassi n’ait pas quitté Rome pour autant..
vignette|260px| Judith décapitant Holopherne (version de Naples), musée Capodimonte, Naples, 1612-1614.
Les actes du procès, dont les documents et témoignages ont été intégralement conservés, frappent par la crudité de la relation des faits énoncés par Artemisia Gentileschi et par le caractère inquisitorial des méthodes du tribunal. Leur lecture à la lumière des thèses féministes de la seconde moitié du a eu une grande influence sur l'analyse de la personnalité d'Artemisia Gentileschi.
Témoignage d'Artemisia Gentileschi lors du procès :
La toile, conservée au musée Galerie des Offices (Galleria degli Uffizi), qui représente Judith décapitant Holopherne (c.1620-1621.), impressionnante par la violence de la scène, a été interprétée comme un désir de revanche par rapport à la violence subie.
Un mois après la conclusion du procès, Orazio arrange pour Artemisia un mariage avec Pietro Antonio Stiattesi, modeste peintre florentin, qui permet à Artemisia, violentée, abusée et dénigrée, de retrouver ce qui était à l'époque considéré comme un statut honorable.
La Vierge à l'Enfant de la Galerie Spada date des débuts romains.
Peu après, le couple s'installe à Florence, où ils ont quatre enfants, dont seule la fille, Prudenzia, vit suffisamment longtemps pour suivre sa mère lors de son retour à Rome puis à Naples.
La période florentine (1614-1620) vignette|Judith et sa servante, vers 1618-1619, palais Pitti (Florence).
À Florence, Artemisia connaît un succès flatteur. Première femme à jouir d'un tel privilège, elle est acceptée à l'Académie du dessin en 1616 en tant que membre de la guilde des peintres. Elle entretient de bons rapports avec les artistes les plus réputés de son temps, comme Cristofano Allori. Elle conquiert les faveurs et la protection de personnes influentes, à commencer par le grand-duc Cosme II et plus particulièrement la grande-duchesse Christine de Lorraine. Elle entretient de bonnes relations avec Galilée, avec qui elle reste en contact épistolaire bien après sa période florentine.
Elle travaille notamment à la Casa Buonarroti où Michel-Ange Buonarroti le Jeune, petit-neveu de Michel-Ange, occupe, parmi ses amateurs, une place d'une particulière importance : occupé à construire une demeure pour célébrer la mémoire de son illustre aïeul, il confie à Artemisia Gentileschi l'exécution d'une toile destinée à décorer le plafond de la salle des peintures. La toile en question représente une Allégorie de l'Inclination (ou du Talent naturel), représentée sous forme d'une jeune femme nue tenant en main une boussole. Il est vraisemblable que l'avenant visage féminin a les traits d'Artemisia Gentileschi elle-même. Souvent en effet dans les toiles d'Artemisia Gentileschi, les héroïnes ont le visage que l'on retrouve dans ses portraits ou autoportraits : souvent le commanditaire de ses toiles désire avoir une image rappelant visuellement l'artiste dont la réputation va croissant.
Appartiennent à la période florentine la Marie Madeleine et Judith et sa servante conservées à la Galerie Palatine du palais Pitti, ainsi que son indéniable chef-d'œuvre, conservé à la Galerie des Offices, une seconde version, plus grande, de sa Judith décapitant Holopherne, où elle donne ses propres traits à Judith, et ceux de Tassi à Holopherne.
Malgré le succès, la période florentine est troublée par des problèmes financiers dus aux dépenses excessives du couple. On peut raisonnablement relier au désir de fuir la hantise des dettes et à la difficile cohabitation avec son époux son retour à Rome qui se réalise finalement en 1621..
De nouveau à Rome (1621-1627), puis à Venise (1627-1630) vignette|Portrait d'un chevalier de l'ordre des Saints-Maurice-et-Lazare, 1622, Palazzo d'Accursio (Bologne). vignette|Marie Madeleine en extase, vers 1625, National Gallery of Art (Washington). L'année de l'arrivée d'Artemisia Gentileschi à Rome coïncide avec celle du départ de son père Orazio pour Gênes. On a supposé, sur la base de conjectures, qu'Artemisia Gentileschi avait suivi son père dans la capitale ligure (ce qui expliquerait la continuité d'une affinité de style qui, encore aujourd'hui, rend problématique l'attribution de tel ou tel tableau à l'un ou à l'autre). Il n'existe cependant pas de preuves suffisantes.
Séparée de son mari, Artemisia Gentileschi s'installe à Rome en femme désormais indépendante, en mesure de prendre une maison et d'élever ses enfants. Outre Prudenzia (née du mariage avec Pierantonio Stiattesi), elle a une fille naturelle, née probablement en 1627. Artemisia Gentileschi a cherché à intéresser ses deux filles à la peinture, mais sans grand succès.
Dans la Rome de ces années-là on voit encore beaucoup de peintres caravagesques. D'évidentes correspondances existent, par exemple, entre le style d'Artemisia Gentileschi et celui de Simon Vouet, qui fait son Portrait. Mais durant le pontificat d'Urbain VIII, le succès du classicisme de l'école bolonaise ou des audaces baroques de Pierre de Cortone va croissant. Artemisia Gentileschi montre qu'elle a la juste sensibilité pour accueillir les nouveautés artistiques et la juste détermination pour vivre en protagoniste cette extraordinaire période artistique de Rome, passage obligé des artistes de toute l'Europe. Elle entre à l'Académie des Desiosi et est, à cette occasion, célébrée par un portrait gravé dont la dédicace la qualifie de « Picturæ miraculum invidendum facilius quam imitandum », soit .. De cette période date son amitié avec Cassiano dal Pozzo, humaniste, collectionneur et grand mécène, qui la protège.
Toutefois, malgré sa réputation artistique, sa forte personnalité et son réseau relationnel, son séjour à Rome n'est pas aussi riche de commandes qu'Artemisia Gentileschi l'aurait souhaité. L'appréciation de sa peinture est peut-être circonscrite à sa valeur de portraitiste et à son habileté à mettre en scène les héroïnes bibliques : elle est exclue des riches commandes des cycles de fresques et des grands retables. Il est difficile, du fait de l'absence de fonds documentaire, de suivre tous les déplacements d'Artemisia Gentileschi durant cette période. Il est certain, qu'entre 1626 ou 1627 et 1630, elle s'installe, sans doute à la recherche de meilleures commandes, à Venise : en font foi les hommages qu'elle reçoit des lettrés de la cité lagunaire qui célèbrent sa qualité de peintre.
Bien que la datation des œuvres d'Artemisia Gentileschi soit souvent sujette à controverse parmi les critiques d'art, il est possible d'attribuer à cette période le Portrait d'un chevalier de l'ordre des Saints-Maurice-et-Lazare aujourd'hui à Bologne (unique exemple connu à ce jour de cette habileté de portraitiste qui rendit Artemisia Gentileschi célèbre) ; Judith et sa servante avec la tête d'Holopherne, aujourd'hui à l'Institute of Arts de Détroit (qui reflète la capacité de la peintre à maîtriser les effets de clair-obscur produits par la lumière des bougiesEffets de clair-obscur produits par la lumière des bougies par lesquels des artistes comme Gerritt van Honsthrost, Trophime Bigot et d'autres ont acquis leur renommée) ; la Vénus endormie, aujourd'hui au Musée des Beaux-Arts de Virginie à Richmond ; Esther et Assuérus du Metropolitan Museum of Art de New York (qui témoigne de l'aptitude d'Artemisia Gentileschi à assimiler des leçons des luministes vénitiens) Voir aussi : Franziska Windt, An unknown portrait of Artemisia Gentileschi : the lawyer and writer Giacomo Pighetti from Bergamo dans Storia dell'Arte, nouvelle série, n° 161 (2024)..
Naples et la parenthèse anglaise (1630-1656) vignette|Marie Madeleine pénitente, 1625-1626. vignette|Marie Madeleine, 1631. En 1630 Artemisia Gentileschi se rend à Naples, estimant qu'il pourrait y avoir, dans cette ville florissante de chantiers et de passionnés de beaux-arts, de nouvelles et plus enrichissantes possibilités de travail.