Elmire Vautier, née le à Granchain dans l'Eure, morte à Livilliers dans le Val-d'Oise le , est une actrice de cinéma française, active entre la fin des années 1910 et le début des années 1940.

Biographie

Armandine Elmire Angélina Vautier est née le au hameau de la DonalièreL'orthographe ici est celle du registre d'état-civil mais il s'agit en fait du hameau de La Dannelière (0°40'31 E - 49°01'59 N). à Granchain (Eure)Registre NMD (Naissances-Mariages-Décès) de Granchain, 1863/1902, page 305. Son père, Stanislas Alexandre Vautier est maçon et sa mère, Elmire Angelina Carruel, est journalière. Elle n'a que huit ans lorsque son père décède le . Sa mère se remarie le avec Léon Eléonor Dodon.

Elmire Vautier débute au théâtre en 1915Henri Bousquet, De Pathé Frères à Pathé Cinéma: 1923, 1924, 1925, 1926, 1927, 2004, p.486 avant de faire trois ans plus tard un premier film avec Pierre Marodon. Mais son premier succès à l'écran est le film Sa Gosse réalisé par Henri Desfontaines en 1919. Elle y joue le rôle d'une chanteuse à Paris dont le parolier en lui apportant le texte d'une chanson ranime le souvenir de l'enfant non désiré qu'elle a laissé à la campagneLe journal L’Impartial n° 12079 du 24 avril 1919 en page 6 écrit à propos du film Sa Gosse : « Une jeune paysanne a été abandonnée par le père de son enfant. Écœurée par la médisance provinciale; elle laisse « sa Gosse » à ses vieux parents et va pour refaire sa vie à Paris où, tombée dans le ruisseau, elle s'élève sur les planches d'un beuglant de faubourg. Elle chante les Pierreuses, c'est l'idole. Un soir, un compositeur de chansons vient lui offrir une création ; sans s'en douter, c'est l'histoire de sa vie qu'il lui offre de chanter en public et la chanteuse réaliste pense à « sa Gosse »qu'elle va voir au village et qu'elle ramène avec elle. Ici apparaît le symbole gracieux de l'innocence enfantine qui s'impose dans ce milieu de cabots, braves gens au fond, bohèmes de la misère et qui, par respect pour l'enfance, surveillent devant la «Gosse» leur langage et leurs attitudes. Hobereau de province, le père de l'enfant souffrait en secret de ne plus voir « sa Gosse ». Il vient à Paris, veut revoir la mère qui refuse de le recevoir, se glisse dans les coulisses et sauve la petite qui, prise dans un engrenage, allait être tuée peut-être : Son acte courageux lui a fait obtenir le pardon de la mère de «sa Gosse» qui est maintenant« leur gosse » à tous les deux. Mlle Elmire Vautier a rendu avec talent et un réalisme discret le rôle de l'étoile de beuglant. C'est une jolie personne, au visage expressif, dont nous aurons le plaisir à suivre la carrière cinégraphique. Les scènes nous donnant l'impression d'assister, de la coulisse, à une représentation de Caf’conc', sont en tous points parfaites et le numéro acrobatique qui précède l'accident de la fillette est non seulement bien réglé mais impeccablement exécuté. ».

À partir de 1922, Elmire Vautier a souvent comme partenaire René Navarre (1877 - 1968) qui l'épouse en secondes nocesRené Navarre était veuf de l'actrice anglaise Nelly Palmer (Runcorn 1891 - Paris 1916) de son vrai nom Nellie Gwendoline Palmer dont il avait eu un fils, Paul-René qui décèdera en Algérie en 1942. (Intermédiaire des Chercheurs & Curieux, ICC, 1989, p. 433). Il avait également eu en 1920 une fille, Christiane, de sa relation avec l'actrice Jacqueline Arly (Levallois-Perret 1898 - Montrouge 1980) de son vrai nom Armande Henriette Marie Richard (Fantômas c'était moi : Souvenirs du créateur de Fantômas en 1913, René Navarre, Vedette du cinéma muet, Mémoires présentés et commentés par son petit-fils, François-Marie Pons, éditions L'Harmattan 2012). le à Tours. Ils auront une fille, Marie Madeleine Muguette Pascaline Navarre (1924 - 2008)René Navarre - François-Marie Pons, op.cit., notes ..

En 1922, elle tourne Le Roi de Camargue (dans le rôle de Lisette, femme amoureuse qui tente de se noyer lorsqu'elle est abandonnée pour une autre), Judith (dans le rôle d'une comtesse dont le mari est soupçonné d'être un assassin) et la série de 12 courts-métrages L'Homme aux trois masques ; en 1923 ce sera une autre série de 10 courts-métrages, Vidocq, (elle y tient le rôle de Manon-la-Blonde, espionne qui recherche Vidocq prisonnier de son ennemi juré l'Aristo) et Ferragus (film inspiré du roman d'Honoré de Balzac, elle y est Clémence Desmarets, fille d'un ex-détenu qui dirige une société secrète), en 1925 ce sera la série de 8 courts-métrages Jean Chouan, puis en 1927 Belphégor en 4 épisodes (son personnage est Simone Desroches qui hante le musée du Louvre sous les traits du fantôme Belphégor pour y voler des œuvres d'art, elle sera finalement démasquée par le détective Chantecoq et son ami journaliste Jacques Bellegarde), en 1929 ce sera La Tentation, son dernier film muet.

Le jeu d'actrice du muet d'Elmire Vautier est plutôt bien accueilli par la critique. Pour son premier succès Sa Gosse en 1919 le journal l'Impartial écrit : «  Elmire Vautier a rendu avec talent et un réalisme discret le rôle de l'étoile de beuglant. C'est une jolie personne, au visage expressif, dont nous aurons le plaisir à suivre la carrière cinégraphiqueL’Impartial n° 12079 du 24 avril 1919. En 1923, elle affirme une fois de plus son talent, fait de sensibilité et de charmeLe Parisien n° 16746 du 4 janvier 1923. En 1924, elle charme les spectateurs de sa grâce exquise mutineAnnales africaines n° 19 du 9 mai 1924 (Ferragus). » En 1925, la belle artiste Elmire Vautier se charge de luiRené Navarre qui campe à son habitude, très intelligemment, son personnage d'aventurier au masque froid d'homme d'affaires et d'homme de proie capable de tout pour édifier une fortune. Les Spectacles n° 93 du 9 septembre 1925 donner une réplique adroite dans son double rôle de princesse brune et d'ouvrière blondeLes Spectacles op. cit. ou encore elle dresse magnifiquement la chouanne héroïque, la grande dame à l'âme haute, à l'orgueil souverain, au cœur grave et pur, prête à tomber sous les balles pour le salut de son Dieu et de son roiLe Petit Parisien n° 17822 du 15 décembre 1925. En 1927, Elmire Vautier tient en haleine de bout en boutLes Spectacles n° 196 du 30 septembre 1927. Cette même année, elle est avec Sandra Milowanoff et Paulette Berger, une des trois artistes justement appréciées du publicLe Matin n° 15934 du 4 novembre 1927. Mais il y a aussi des accueils plus mitigés et on peut ainsi lire en 1928 cette critique : Elmire Vautier, dans son rôle qui devrait être pathétique (mais l'est-il vraiment ?) garde quelque sécheresseLe Parisien n° 18770 du 2 juillet 1928.

En 1930, Elmire Vautier a 35 ans et passe au parlant, jouant dans quelques productions françaises tournées dans les studios parisiens de la Paramount. Cependant, l’arrivée du cinéma parlant freine inexorablement sa carrière, son jeu étant jugé trop théâtral. De 1931 à 1934, elle reste éloignée des plateaux de tournage. Elle va alors s'essayer à la modeEn 1933, on peut en effet lire cette annonce : « Elmire Vautier a créé pour vous de jolis modèles Robes - Manteaux - Chapeaux. Elle compte sur votre prochaine visite - Haute Couture, 27, avenue Junod Paris » publiée dans les deux numéros du journal La Rampe de novembre (n° 593) et de décembre (n° 594).

Lorsqu'elle revient en 1934 sur les plateaux de tournage, elle y est reléguée aux rôles secondaires. On la retrouve entre autres dans Golgotha de Julien Duvivier en 1935 et dans Le Roman d'un tricheur de Sacha Guitry en 1936.

Le , René Navarre et Elmire Vautier divorcent.

Jusqu'au début des années 1940, elle va encore jouer dans quelques pièces de théâtre mais elle abandonne définitivement le monde du cinéma en 1942 après le film La Duchesse de Langeais de Jacques de Baroncelli. Au théâtre, la presse salue encore son rôle en 1943 dans Bérénice : «  Elmire Vautier se montra une interprète très affinée de cette noble héroïne, dont elle rendit avec un art sincère les subtilités de la passionJournal des débats politiques et littéraires n° 1212 du 22 décembre 1943. »

Le , à Neuilly-sur-Seine, elle se remarie avec l'acteur Jacques Eysermann dit Jacques Eyser (1912 - 1999). Ils résident au 8, cours des Longs-Prés à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine).

Elmire Vautier décède d'une crise cardiaque le et elle est inhumée dans le cimetière de Livilliers (Val-d'Oise).

Filmographie

1919 : Sa gosse de Henri Desfontaines avec Maurice Schutz 1919 : Le Fils de la nuit I : Le proscrit de Gérard Bourgeois avec Fernand Mailly 1919 : Le Fils de la nuit II : L’œuvre du démon de Gérard Bourgeois avec Nadette Darson 1919 : Le Fils de la nuit III : Les compagnon d’aventure de Gérard Bourgeois avec Joffre 1919 : Le Fils de la nuit IV : Le secret du vieux mendiant de Gérard Bourgeois avec Alfred Zorilla 1919 : Le Fils de la nuit V : Le gouffre des panthères de Gérard Bourgeois avec Jacques Robert 1919 : Le Fils de la nuit VI : Le spectre du passé de Gérard Bourgeois avec Yvonne Desvignes 1919 : Le Fils de la nuit VII : Teddy à la rescousse de Gérard Bourgeois avec Anthony Gildès 1919 : Le Fils de la nuit VIII : Le sauveur mystérieux de Gérard Bourgeois avec Georges Wague 1919 : Le Fils de la nuit IX : L’infernale revanche de Gérard Bourgeois avec Léon Courtois 1919 : Le Fils de la nuit X : L’oubliette diabolique de Gérard Bourgeois avec Luc Dartagnan 1919 : Le fils de la nuit XI : Le plongeur de la mort de Gérard Bourgeois avec Volbert 1919 : Le Fils de la nuit XII : Le justicier de Gérard Bourgeois avec Ginette Darnys 1919 : Qui a tué ? de Pierre Marodon avec Jean Garat 1920 : Le Sang des immortelles d'André Liabel avec Marcel Vibert 1920 : Les Femmes des autres / La femme des autres de Pierre Marodon avec Gaston Jacquet 1921 : L'Homme aux trois masques I : Les briseurs d’ailes de Émile Keppens avec Gina Manès 1921 : L'Homme aux trois masques II : Le calvaire de Pascaline de Émile Keppens avec Charles Casella 1921 : L'Homme aux trois masques III : L’innocent de Émile Keppens avec André Marnay 1921 : L'Homme aux trois masques IV : Les remords de Fergus de Émile Keppens avec Mario Nasthasio 1921 : L'Homme aux trois masques V : Je me vengerai de Émile Keppens avec Evelyne Janney 1921 : L'Homme aux trois masques VI : La fille du forçat de Émile Keppens avec Armand Dutertre 1921 : L'Homme aux trois masques VII : Le marquis de Santa-Fiore de Émile Keppens avec Malou Vasseur 1921 : L'Homme aux trois masques VIII : Le mendiant mystérieux de Émile Keppens avec Jane Dolys 1921 : L'Homme aux trois masques IX : La lutte à mort de Émile Keppens avec André Marnay 1921 : L'Homme aux trois masques X : L’horrible complot de Émile Keppens avec Pierre Bordery 1921 : L’Homme aux trois masques XI : Jean-Claude et Jeannine de Émile Keppens avec Gina Manès 1921 : L'Homme aux trois masques XII : Le justicier de Émile Keppens avec Jacqueline Arly 1921 : La Preuve / L’affaire Plassard d'André Hugon 1921 : L’Autre de Roger de Châteleux avec Jean Angelo 1922 : Le Roi de Camargue d'André Hugon avec Charles de Rochefort 1922 : Des fleurs sur la mer de André Liabel avec Jean Legrand 1922 : Judith de Georges Monca & Rose Pansini avec Jean Toulout 1922 : Le Refuge de Georges Monca & Rose Pansini avec Mévisto 1923 : Vidocq I : L’évasion de Jean Kemm avec René Navarre 1923 : Vidocq II : Manon la blonde de Jean Kemm avec Rachel Devirys 1923 : Vidocq III : La truite qui file de Jean Kemm avec Genica Missirio 1923 : Vidocq IV : L’espionne de Vidocq de Jean Kemm avec Jacques Plet 1923 : Vidocq V : L’homme au domino rouge de Jean Kemm avec Albert Bras 1923 : Vidocq VI : Dans la gueule du loup de Jean Kemm avec Dolly Davis 1923 : Vidocq VII : Le bandit gentilhomme de Jean Kemm avec Maud Fabris 1923 : Vidocq VIII : La mère douloureuse de Jean Kemm avec Géo Laby 1923 : Vidocq IX : Vers la lumière de Jean Kemm avec Georges Deneubourg 1923 : Vidocq X : La bataille suprême de Jean Kemm avec René Navarre