Ernest Vilgrain, né le à Frouard et décédé le à Marlotte, est un industriel minotier qui a été chargé du ravitaillement dans le gouvernement de Georges Clemenceau de 1917 à 1920.
Biographie Ernest Vilgrain est fils et petit-fils de minotiers originaires de Metz et installés à Nancy. Il est le fils aîné de Louis Vilgrain (1854-1942), président de la Chambre de commerce de Nancy de 1903 à 1919, président de la chambre syndicale des meuniers de France, qui dirige depuis 1884 les Grands-Moulins de NancyDossier de la Légion d'honneur de Louis Antoine Vilgrain dans la base Léonore., Annie Sevin, Les acteurs économiques et le régionalisme lorrain de la Belle Époque, Annales de géographie, 2006, vol. 115, , . Louis Vilgrain et la bourgeoisie nancéienne: François Roth, "La bourgeoisie nancéienne autour de 1900 : ses différentes strates, ses activités, ses modes de relation à la culture", Annales de l'Est, 2005.
Son père le destine à être le commerçant de la famille et l'envoie à l'étranger, notamment en Angleterre et en Hongrie, pour acheter des blésTémoignage de son petit-fils, cf. supra la vidéo postée sur youtube le 17 avril 2013 .. La société familiale, Vilgrain et Cie, est une société en commandite dont Louis et Ernest sont les gérantsL'Est républicain, 12 avril 1913, . produits en 1902, pour un bénéfice de environ; dix ans plus tard, pour un bénéfice de environ. Elle est transformée en en société anonyme, la SA des grands moulins Vilgrain, au capital de 6 millions de francs, afin d'accroître ses capitaux pour pouvoir faire construire un grand moulin moderne. Ernest Vilgrain est administrateur-délégué, son père préside le conseil d'administrationL'Est républicain, 17 mai 1913, ,Ibid., 3 juin 1913, (statuts). Autres administrateurs: Henri Berveiller, rentier, administrateur de la Société nancéienne de crédit, Elie Bettinger, gérant de la banque Lévy, Bettinger et Cie, Antonin Daum, des verreries Daum, membre du conseil de surveillance de la banque Renauld et Cie de Nancy (son neveu Paul le remplace au conseil en 1931), le cimentier Charles Fisson, président du conseil de surveillance de la banque Renauld et Cie et président du conseil d'administration depuis 1911 de L'Est républicain, le général du cadre de réserve Parisot (beau-père d'Ernest Vilgrain), Paul Petit, professeur à la faculté des sciences de Nancy, Henri Prévost, gérant de la banque Claude, Lafontaine, Prévost et Cie, le baron Henry de Stucklé, administrateur de la banque d'Alsace et Jules Vuylstecke, minotier.. Il possède alors 578 actions de mille francs (au titre de ses apports) et ne souscrit que pour supplémentaires15 000 actions de avaient été émises pour le public ( souscrites par 51 personnes ). L'Economiste parlementaire, 10 avril 1921], /. Il affirme avoir démissionné de ses fonctions d'administrateur des moulins Vilgrain en Ibidem..
Le ministre du commerce le charge d'acheter des blés à l'étranger en 1915. L'année suivante, il est chargé de mettre en place à Londres le wheat executive, un organisme interallié de répartition qui permet d'acheter des blés en commun et d'éviter toute concurrence. Il est ensuite nommé en 1917 directeur du ravitaillement puis directeur des services commerciaux du ravitaillement. Il est sous-secrétaire d'État au ravitaillement, du au dans le Gouvernement Clemenceau II, .
Clemenceau met en place un dirigisme d'État, fait adopter une loi le qui généralise le rationnement. Une carte d'alimentation est mise en place à Paris puis généralisée à la province en . Vilgrain lance en 1919 les . Ces magasins, installés de manière assez sommaire dans des baraques conçues par l’intendant militaire Adrian, offraient à partir du aux habitants de Paris et de sa banlieue les produits alimentaires de première nécessité à des prix inférieurs de 20 à 30 % à ceux du commerce, à qualité égale. L’initiative de Vilgrain reçut de la population parisienne l’accueil le plus empressé Sylvain Leteux, Libéralisme et corporatisme chez les bouchers parisiens, Thèse d'Histoire, Lille 3, 2005, . Cf. des photographies dans BNF/gallica. Vilgrain intervient aussi de manière plus globale sur le marché et organise notamment un système de transports permettant de diriger les produits sur les centres de consommation rapidement et par trains complets, c’est-à-dire à des tarifs aussi réduits que possible. Ces initiatives hardies contribuèrent à freiner la hausse du coût de la vie au cours de la période critique du retour à l’économie de paixJean Jolly, Dictionnaire des parlementaires français (1889-1940), PUF, 1977, tome VIII, .. L'État, pendant la guerre, a eu le monopole du commerce des blés, qu'il conserva jusqu'en 1921.
Il reprend ensuite son ancien métier de meunier et de négociant en grains : il est administrateur de la Société d'entreprise meunière, de la Coopérative d'approvisionnement, de transport et de crédit, constituée en au capital de 15 millions de francs, qu'il préside, et de la société des Grands moulins de Paris, constituée en Le Rappel, 6 mars 1921 (lettre d'Ernest Vilgrain), , Le Populaire, 27 février 1922 (Ernest Vilgrain reconnaît qu'il a constitué la société d'entreprise meunière), . Il entre au conseil d'administration de la société foncière de l'Est, constituée en 1920 par son père et ses frères pour gérer leurs anciens moulinsL'Est républicain, 13 avril 1920, (statuts). S'il ne siège pas au conseil des grands moulins Vilgrain en 1923Cf. supra L'Illustration économique et financière, il est administrateur aux côtés de ses frères et d'un beau-frère d'une société constituée en 1924, la société d'exploitation de brevets et d'applications industriellesL'Est républicain, 8 mars 1924, . De même, avec ses frères Louis et Robert, il siège au conseil d'administration des moulins Hardy-Lebègue (Ardennes) Annuaire industriel, 1925. Leur mère, Fanny Hardy, était la fille d'un minotier, Alphonse-Ernest Hardy, . Il administre aussi, aux côtés de son beau-frère Jacques Cordier, la Société parisienne de banque, constituée en 1925Les Potins de Paris, 8 juillet 1928, . Il n'y siège plus en 1940 semble-t-il, contrairement à Cordier: Paris municipal, 29 décembre 1940, ..
Alors que la société d'entreprise meunière est dissoute en 1928L'Est républicain, 5 octobre 1929, : décision d'une AG extraordinaire de mai 1928, Ernest Vilgrain entre à nouveau au conseil d'administration des Grands moulins de Paris en décembre de cette même année, à l'instar de son frère MarcelLa Revue diplomatique, janvier 1929, . L'article 20 des statuts de la société prévoyait le renouvellement entier du conseil d'administration au bout du . Ce qui arriva en 1924. 13 administrateurs ont été désignés à cette date. Aucun Vilgrain n'en fait partie. Le conseil est alors présidé par François de Davit, ancien contrôleur général de l'armée et ancien conseiller d'État. 5 administrateurs désignés en 1924 quittent le conseil en 1928.. Ils sont rejoints par leurs frères Robert, nommé en outre directeur général, et Louis en 1935Les Documents politiques, diplomatiques et financiers, décembre 1935, . Le mandat d'administrateur d'Ernest est renouvelé en 1938. Il est redevenu également administrateur de la Coopérative d'approvisionnement, de transport et de crédit début 1929 ; son mandat a été renouvelé en 1934Les Documents, politiques, diplomatiques et financiers, janvier 1929, Ibid., décembre 1934, . Avec ses frères, il contrôle alors un des deux grands groupes de la meunerie française Le parti socialiste S. F. I. O. et l'agriculture, 1936, .
Ernest Vilgrain, comme ancien sous-secrétaire d'État, a été mis en cause dans deux affaires après son retrait de la vie publique ; la première porte sur une accusation de trafic d'influence, d'abus de pouvoir, d'enrichissement illicite et de constitution d'un trust de la meunerie, la seconde sur son passé contesté d'ancien combattant en 1914.
(1921-1925) Un des hommes politiques qui a le premier critiqué la gestion d'Ernest Vilgrain semble avoir été le député catholique Joseph Denais, dans La Libre Parole, en 1918. Il a mis en cause la présence au sous-secrétariat d'hommes liés aux moulins Vilgrain et la distribution trop généreuse de croix de chevalier de la Légion d'honneur . Un article du quotidien nancéien L'Est républicain dresse au contraire un portrait flatteurL'Est républicain, 15 septembre 1919. En retour, un journal nancéien de droite souligne perfidement que l'article ne mentionne pas sa carrière militaire de 1914 à 1916 et que Louis Vilgrain préside le conseil d'administration de l'Est républicain ( il est en réalité vice-président) : Journal de la Meurthe et des Vosges, 21 septembre 1919, . Sur la famille Vilgrain et l'Est républicain, cf. Collette Hirtz, L'Est Républicain 1889-1914: naissance et développement d'un grand quotidien régional, Presses Universitaires de Grenoble, 1973, Jean-Marie Launay, L'Est républicain de 1944 à nos jours, thèse de doctorat, 1981. Un héritier Vilgrain, Bernard, vend les parts de la famille ( 21 % ) dans ce journal en 1973..
Le , la Chambre des députés consacre une séance à l'interpellation de deux députés, Victor Lesaché et Édouard Barthe, sur la gestion de l'ancien sous-secrétaire d'État au ravitaillement. Le premier, au nom de la défense du monde agricole, dénonce la mise en place par Vilgrain d'un trust de la meunerieJournal officiel, 11 mars 1921, .Il évoque encore l'affaire en avril (Journal officiel, 23 avril 1921, ) et adresse ensuite une lettre au garde des sceaux pour compléter ses accusations: . Le second, Barthe, député socialiste de l'Hérault, qui s'est fait une réputation de dénonciateur de scandalesJean Sagnes, Politique et syndicalisme en Languedoc: l'Hérault durant l'Entre-deux-guerres, Centre d'histoire contemporaine du Languedoc méditerranéen et du Roussillon, Université Paul Valéry, 1986, ., est le plus pugnace et l'accuse de nombreux faits plus ou moins délictueuxJournal officiel, 11 mars 1921, L'Economiste parlementaire, 25 mars 1921, L'Echo de Paris, 12 mars 1921, , Ibid., 13 février 1921, . Il reprend et accentue les accusations de Joseph Denais, malgré leurs approximations. Il entend démontrer . Il cite aussi des rapports parlementaires du député de Nancy Louis Marin, de droite, pour montrer que les services du ravitaillement étaient rétifs aux contrôles. Marin l'appuie, en soulignant que ses rapports ont mis en valeur ; il fustige . Ces deux députés ont auparavant accusé Vilgrain dans la presse, dans L'Heure en 1919 et dans le quotidien Le Journal notamment, en ce qui concerne Barthe , . Vilgrain y répond, s'en plaint au garde des Sceaux dans un courrier adressé aussi à la presse, et accuse un de ses concurrents, Louis Louis-Dreyfus, d'être à l'origine de la campagne contre lui, , , .. Le député Pierre Forgeot, ami de Vilgrain et avocat-conseil de ses sociétés, demande le à la Chambre la constitution d'une commission d'enquête ; l'affaire Vilgrain est encore abordée à la Chambre ce jour-làJournal officiel, 18 mars 1921, . Il demande la levée de l'immunité parlementaire de Barthe pour pouvoir l'attaquer en diffamation, alors que ce dernier maintient ses accusations, mais la Chambre des députés refuseL'Est républicain, 17 avril 1921, , , Ibid., 20 mars 1921, , Ibid., 20 mai 1921, . et c'est Vilgrain qui est inculpé, en , à la grande joie du quotidien des socialistesLe Populaire, 19 juin 1921, . Vilgrain se défend aussi en adressant un mémoire aux parlementairesL'Economiste parlementaire, 10 avril 1921, ; il n'aurait agi qu'avec une .