vignette|Soldat américain équipé d'un Bazooka M1.
Le terme lutte antichar désigne les moyens militaires mis en œuvre pour combattre les véhicules blindés. Elle est née de la nécessité de développer une technologie et des tactiques pour détruire les chars pendant la Première Guerre mondiale.
Durant la Première Guerre mondiale L'apparition des premiers chars lors de la bataille de la Somme, le , marque une avancée significative dans l'évolution des champs de bataille. Cependant l'attaque des Mark I échoue, dû au nombre insuffisant de chars déployés (une cinquantaine environ), de leur manque de fiabilité au niveau mécanique, et de leur blindage faible à cette époque. En tir direct, ils sont vulnérables aux obus explosifs des canons de campagne.
Une première approche du combat antichar se met en place : les tranchées de première ligne sont élargies, des canons de calibre 77 mm sont placés très en avant pour effectuer des tirs directs contre les blindés, et une cartouche en acier pour fusils et mitrailleuses est développée, la 7,92 K (). Apparaissent aussi les dents de dragon (parfois reliées entre elles par des câbles), des fossés antichars ; des murs en béton dans lesquels sont scellés des obstacles verticaux ou obliques faits de rails de chemin de fer.
vignette|gauche|Minenwerfer de allemand.
En 1917 apparaît le premier canon antichar de l'Histoire, spécialement étudié pour ce rôle, le 7,7cm NKK« BASE DE DONNEE DES CANONS SURVIVANTS DE LA GRANDE GUERRE », passioncompassion1418.com (consulté le 5 novembre 2019).. Pesant 845 kg et étant difficile à manœuvrer, il est rapidement remplacé par des canons plus légers, d'infanterie ou de montagne, tel le 7,5 cm M15, mais les obus qu'ils utilisent ont une faible vitesse initiale (350 m/s pour le M15, contre 465 m/s pour le NKK), et sont peu performants contre les blindés. Ke Minenwerfer « 7,6 cm IMW n/A », muni d'une bêche, sera aussi utilisé afin d'effectuer des tirs directs.
Un type de véhicule se révèle efficace dans la chasse aux chars, lorsque les conditions s'y prêtent : le canon antiaérien mobile, monté sur un véhicule à roues. Il en existe plusieurs modèles, tel le « Krupp-Daimler 7,7 cm FlaK ». En 1919 apparut le « Krupp-Daimler KD 1 Kw. 19 », étudié pendant le conflit, produit à 28 exemplaires et utilisé jusqu'en sous le nom de Sd.Kfz. 1Site internet www.kfz.derwehrmacht.de __"Krupp/Daimler KD-1 Kraftwagen 19..
vignette|Fusil antichar allemand Tankgewehr de calibre 13,2 x 92 mm.
En 1918 est distribué aux troupes le Tankgewehr de 13,25 mm, premier fusil antichar de l'Histoire, qui ne sera finalement pas très performant. Les balles en acier tirées sur un char n'obtiennent pas toujours sa paralysie, mais très souvent sa riposte. La fin de la guerre ne permit pas la diffusion d'une mitrailleuse de même calibre, la MG 18 TuF Le site internet www.cairn.info dans son article "Le haut commandement allemand et les chars d'assaut en 1916-1918 : incompréhension ou impasse délibérée ?", avance que cette arme aurait dû être produite avec un calibre de 22 mm.. Fut aussi utilisé le 3,7 cm Revolver Kanone, mitrailleuse lourde de type Gatling.
Autre moyen mis en œuvre pour lutter contre les chars, la grappe de grenades, ou « Geballte Ladung ». Il s'agissait, avec des grenades à manche (« Stielhandgranate »), de désolidariser plusieurs charges explosives de leurs manches, et de lier ces charges autour de celle d'une grenade entière. Ce bricolage s’avérera très efficace, et fut largement utilisé lors de la Seconde Guerre mondiale.
Un autre exemple est la mine terrestre : déclinée en plusieurs versions, destinée à être enfouie pour exploser au passage du char. Il y eut aussi la mine portable, déclinée elle aussi en plusieurs versions, mais qui devait généralement être placée soit contre l'un des flancs du blindé avant de l'amorcer (elle explosait quelques secondes après), soit placée devant une des chenilles d'un char en mouvement (elle explosait sous leur masse). Plusieurs chars de prise (« Beutepanzer ») furent utilisés pour entraîner les troupes à approcher et attaquer les blindés sous le meilleur angle.
Ce conflit vit donc se développer nombre de principes et d'armes antichars, ce qui n'empêcha pas les forces allemandes de plier devant la masse de blindés alignée par l'Entente : le à Villers-Cotterêts, ce sont 350 chars, appuyés par 2 000 canons et 500 avions, qui éventrent leurs lignes.
Entre-deux-guerres et Seconde Guerre mondiale
vignette|gauche|Char B1 bis.
Lors de l'entre-deux-guerres apparurent de nouveaux modèles de chars, mieux protégés et armés, tels les FCM 2C, Liberty, T-35, Matilda II, Panzer IV Ausf. C, Hotchkiss H35, B1 bis ou le Type 95 Ha-Go.
Apparut aussi un nouveau concept, qui fut clairement nommé lors du second conflit mondial « chasseur de chars »? Il s'agit d'un char sans tourelle (ou plus exactement, n'importe quelle arme antichar montée sur n'importe quel type de véhicule) doté d'un canon antichar à faible débattement intégré dans la caisse, ou dans une casemate sur son dessus. Ce principe est économique : il s'agit de produire le maximum de « chars » à moindre coût, ou de produire des véhicules de combat malgré une industrie faible. Il peut être aussi pratique : armer un châssis de char ou tout autre véhicule avec un canon, en se passant de tourelle.
Les Américains et les Britanniques produisirent des chasseurs de chars, équipés d'une tourelle armée mais peu blindée, ouverte sur le dessus, tel le M10 Wolverine.
Fin 1934, apparaît en Belgique le chasseur de chars T13, armé d'un canon de de calibre 47 mm, suivi par le T13 Type II en 1935, puis par le T13 Type III en 1937 (dont la tourelle pivotait sur ). Ils seront utilisés en 1940 face aux Panzer.
En 1935 en France, apparaît l'AMR Renault modèle 1935 ZT 3, dont la tourelle armée d'une mitrailleuse fut remplacée par une casemate fixe armée d'un canon antichar Canon léger de 25 antichar SA-L modèle 1934. Certains diront qu'officiellement c'était un véhicule de reconnaissance tout comme le Somua S-35 était officiellement une Automitrailleuse de combat (AMC). Il fut produit à 10 exemplaires.
vignette|Char Jagdpanzer Elefant.
Citons quelques chasseurs de chars célèbres : l'Achilles IIC (), le SU-85, le SU-122, le SU-152Les définitions étant parfois mouvantes, en voici un exemple : les Soviétiques utilisaient volontiers des pièces d'artillerie de campagne ou lourdes pour armer leurs chasseurs de chars. Ainsi, les engins étaient utilisés comme canon automoteur ou dans la lutte antichar. La puissance des pièces d'artillerie était estimée suffisante pour fracasser les chars adverses. Le SU-152 fut surnommé « Tueur de fauves », parce que les allemands nommaient souvent leurs véhicules avec des noms de félins. Il apparut sur le front en 1943 lors de la bataille de Koursk., l'ISU-122, le ZiS-30, le M10 Wolverine, le T48 Gun Motor Carriage, le M36 Jackson, le Marder II, le Jagdpanzer Elefant ou le StG III Ausf. G Voir Armes utilisées pendant la Seconde Guerre mondiale..
Rien de plus en ce qui concerne la lutte antichar pendant l'entre-deux-guerres et le début du conflit, qui se limite plus ou moins à ce qui se fit lors de la Der des Der Le mot "Der" est invariable, et s'écrit sans "S"., les matériels étant seulement améliorés. Ainsi, en exemples, apparurent les canons antichars 47/32 M 35 et de calibre 47 mm mle 1937, les fusils-antichars PTRS-41, , Boys Mk II et wz.35; les canons montés sur véhicules à roues tel le « Flak 18 (Sfl.) auf Zugkraftwagen 12t (Sd.Kfz. 8) », surnommé « Bufla », ou encore le Laffly W15 TCC ; les mines terrestres, telle la Tellermine 35. Notons tout de même deux nouveautés : la première utilisation du cocktail Molotov lors de la Guerre d'Espagne, qui se fit contre des chars T-26 ; l'utilisation par l'URSS de chiens antichars, idée qui émergea là-bas avant 1939.
Une invention va cependant faire du bruit : la charge creuse, dont le principe est connu depuis 1888 sous le nom d'« effet Munroe ». En , entrait en service la grenade à fusil britannique (), susceptible de percer d'acier. Elle fut la première munition antichar HEAT à être utiliséeLes parachutistes allemands utilisèrent des charges creuses lors de l'assaut du Fort d'Ében-Émael le 10 mai 1940, mais contre des tourelles, et ils utilisèrent des sortes de pains explosifs (entre autres deux charges de 50 kg) qu'ils posèrent contre ou sur le métal avant de les faire détoner..
Cette invention est une révolution : une faible charge creuse dans une grenade ou un obus permet de percer plusieurs centimètres de blindage. Un fantassin est susceptible de détruire un char. Autant dire que tous les belligérants de ce conflit abusèrent de l'utilisation de cette nouveauté technique, et que le blindage des chars pris de l'épaisseur. Reste tout de même le problème de l'utilisation de la charge creuse dans un obus tiré à grande vitesse initiale : lorsque ce dernier frappe le métal, la charge s'écrase et ne perce pas le blindage. Il faudra attendre l'après-guerre pour résoudre ce problème et, en attendant, les obus HEAT ne pourront être utilisés que par des canons tirant à faible vitesse initiale. Nouveau problème : si le tir n'est pas « tendu », s'il est lent, sa trajectoire est courbe et il perd de sa précision.
vignette|Soldat allemand équipé d'un Panzerfaust. vignette|Un Panzerschreck en dessous d'un Panzerfaust.
Lors de ce conflit les obus à charge creuse furent utilisés, mais par des pièces d'artillerie à vitesse initiale lente , montées sur véhicules ou non, et leur rôle ne sera pas la lutte antichar, mais elles utiliseront les obus HEAT en dernier recours, si elles sont prises à partie par des blindés à faible distance. Un exemple : le Sturmpanzer IV qui pouvait tirer des obus à charge creuse, mais qui, vu son physique, n'avait certainement pas vocation à être un tueur de chars. Les blindages prennent de l'épaisseur, et les obus des canons antichars doivent gagner toujours plus de vitesse initiale pour espérer les percer. Dans les derniers mois de cette guerre apparut chez les britanniques un tout nouveau projectile, l'obus-flècheCertaines sources laissent entendre que les allemands utilisaient déjà l'obus-flèche pour certains de leurs canons antiaériens ("Treibspiegel" - voir partie Historique de la page "Pénétrateur à énergie cinétique".). Se pose alors ces questions : pourquoi n'ont-ils utilisé ce type d'obus contre des chars ? L'information est-elle vraie ?, qui n'est pas encore parfaitement au point à cette époque, mais qui battra par la suite des records de vitesse et de précision. Le principe de la charge creuse sera principalement utilisé pour les armes d'infanterie. Les ingénieurs européens et américains rivaliseront d'ingéniosité pour créer des armes légères utilisant l'« effet Munroe ». Citons les plus connues : le PIAT ; la mine magnétique Hafthohlladung, dont le modèle 3.5 était susceptible de pénétrer jusqu'à d'acier ; le , pistolet dont la munition HEAT pouvait percer de blindage ; le Panzerfaust ; le Puppchen ; le Panzerschreck ; le RPG-43 ; le Bazooka ; la Mine lunge.
Revenons aux canons antichars, privés de charge creuse, et qui doivent se débrouiller autrement : plus la vitesse initiale d'un obus est importante, et mieux sera percé un blindage. Il en va aussi pour le calibre de l'obus : plus il est important, mieux c'est. Les canons seront donc obligés de prendre de la masse pour tirer de gros obus, au moins jusqu'à la limite de ce que peuvent manipuler les servants.
vignette|gauche|Des canons de 88 installés sur des wagons de chemin de fer comme défense aérienne.
Citons les canons antichars les plus connus, en commençant par une arme antiaérienne qui se révélera occasionnellement performante dans la destruction des chars : le légendaire « 88 » (v/i = ). De nombreuses fois il renversa des situations dramatiques pour les assaillis par des essaims de chars russes ou britanniques en Afrique.