thumb|right|upright|La fessée, photographie de Giorgio Conrad.
La fessée est l’administration de coups donnés sur les fesses [consulté le 2017]. [consulté le 2017].Entrée () des Dictionnaires de français [en ligne], sur le site des Éditions Larousse [consulté le 2017]., avec ou sans instruments, en guise de châtiment corporel.
La fessée existe principalement dans deux contextes. Il s'agit d'une part de son utilisation par un parent envers son enfant, ou d'un enseignant envers son élève, en réponse à un comportement non désiré. La valeur éducative de cette pratique est contestée, et elle est critiquée pour ses conséquences négatives. Le deuxième contexte est celui de relations érotiques.
Certains pays ont interdit la pratique de la fessée, ou ne l'autorisent que sous certaines conditions (selon le lieu ou le cadre de la famille). Fin 2016, dans le monde, 53 États ont interdit toute punition corporelle dans le cadre de la famille, et donc la fessée(source : ..
Fessée punitive thumb|upright|Représentation médiévale d'un écolier fessé aux verges. thumb|upright|Représentation cartographique Italienne d'un écolier fessé sur ses fesses nues thumb|upright|Photographie illustrant une mère donnant une fessée à son fils avec une brosse thumb|upright|dessin illustrant une mère donnant une fessée à sa fille
Histoire
Les punitions corporelles ont été utilisées dans de nombreuses sociétés humaines pour punir et discipliner adultes et enfants. La punition corporelle de l'enfant était très répandue, dans la famille, dans les écoles et sur les lieux de travail. Elle est mentionnée dans de nombreux documents historiques, biographies, chants et comptines, poésiesP. Ariès, G. Duby, Histoire de la vie privée, paris Seuil, 1987Philippe Ariès, Histoire de la vie familiale sous l'Ancien Régime, paris Seuil, 1973Burguière et col., Histoire de la famille, Paris Armand Colin, 1986École française de Rome, Du châtiment dans la cité, Paris Table ronde, 1984. Il est cependant difficile de retracer l'histoire de la fessée indépendamment du châtiment corporel.
Aristote ou Platon s'étaient prononcés pour un usage régulier de la fessée. Pendant la Renaissance, les pratiques éducatives se durcissent par rapport aux pratiques du Moyen ÂgePhilippe Ariès, L'enfant et la vie familiale sous l'Ancien Régime, 1960, réédité chez Points, 2014 . Les fessées au fouet ou à la férule remplacent les amendes. On voit apparaître des « fesseurs » dans les institutions religieuses et en droit pénal, une grande majorité des délits sont alors punis par le fouet dont le nombre de coups est proportionnel à la faute commise.
Prises de position d'institutions de santé Dans une prise de position sur les châtiments corporels datant de 2004, la Société canadienne de pédiatrie évoque la fessée, indiquant que . Cette position a été reconduite par la Société canadienne de pédiatrie le ..
L'Académie américaine de pédiatrie estime que . Cette position a été réaffirmée en avril 2014..
Le Collège Royal britannique de Pédiatrie et de Santé Infantile estime qu' ..
Corrélations entre fessée et maltraitance parentale La méta-analyse de Gershoff et Grogan-Kaylor conduite en 2016, exploitant 75 études portant sur enfants, estime que plus un enfant est fessé, plus il risque de subir des maltraitances physiques caractérisées.
Selon une étude menée sur un échantillon de familles aux États-Unis et publiée en 2014, la probabilité qu'une famille recourant à la fessée envers un enfant âgé de fasse l'objet d'une intervention des services de protection de l'enfance (entre la première et la cinquième année de l'enfant concerné) est accrue de 33 % par rapport aux familles qui ne recourent pas à la fessée à cet âge-là.
Une étude, menée sur un échantillon de mères et publiée en 2006, met en évidence l'usage de la fessée comme l'un des deux seuls facteurs de risque statistiquement significatifs (parmi 17 facteurs étudiés) liés à la survenue d'une blessure dans la première année de vie des enfants étudiés.
Une étude menée auprès de 370 étudiants canadiens et publiée en 2015 indique que la fréquence des fessées est . Les auteurs précisent que et que les résultats dans l'échantillon étudié. Cette même étude indique que la fréquence des fessées reçues est corrélée avec un recours accru des parents à l'agression psychologique envers leurs enfants, à une discipline parentale plus impulsive et à une moindre chaleur et un moindre soutien parental.
Conséquences psychologiques de la fessée sur l'enfant Depuis plusieurs décennies, la recherche scientifique s'est intéressée aux effets des châtiments corporels, et notamment de la fessée. L'étude de 2016 indique que l'usage des seules fessées à main nue et tapes sur les mains, à l'exclusion de tout autre châtiment corporel, est associé avec une augmentation de nombreux troubles et problèmes au cours de l'enfance : agressivité, comportement antisocial, Troubles émotionnels et du comportement, problèmes de santé et de santé mentale, relations négatives avec les parents. La fessée est aussi associée à une intériorisation moindre des principes moraux, à une diminution des capacités cognitives et de l'estime de soi.
La psychologue française Marie Choquet et Catherine Taylor aux États-Unis, comparant des groupes d'enfants élevés sans violence à des groupes d'enfants élevés avec des punitions physiques, trouvent de fortes corrélations entre les punitions physiques reçues et l'agressivité des enfantsMarie Choquet, Adolescents : Enquête nationale, Paris Inserm, 1994, et Murray StrausMurray Straus, Fessée et construction d’une société violente, Pediatrics, octobre 1996.
L'anthropologue Ashley Montagu, comparant entre elles différentes sociétés primitives, notait que ce qui différenciait les sociétés guerrières de celles qui ne l'étaient pas, c'était la façon d'élever leurs enfants, avec ou sans fessées. Il concluait : Ashley Montagu, Learning Non-Aggression: The Experience of Non-Literate Societies, New York, Oxford University Press, 1978.
Une étude américaine de 2010 parue dans la revue Pediatrics affirme que les enfants qui reçoivent fréquemment une fessée à trois ans ont toutes les chances de devenir plus agressifs dès l'âge de cinq ans faisant preuve C. Taylor, J. Manganello, S. Lee, J. Rice, « Mothers' Spanking of 3-Year-Old Children and Subsequent Risk of Children's Aggressive Behavior », Pediatrics, mai 2010, , .
Conséquences physiologiques des fessées punitives Une étude, publiée en 2003 et portant sur 44 enfants (âgés de en moyenne) et leurs mères, testés en situation expérimentale, suggère que l'usage de la fessée chez de très jeunes enfants engendre une plus forte réactivité hormonale (sécrétion de cortisol) au stress lorsque l'enfant est de sa maman. Les auteurs de l'étude estiment que dans le cas d'un usage régulier de la fessée, . Elles soulignent néanmoins que, du fait des limitations inhérentes à leur étude, leurs résultats demandent à être répliqués.
Selon un article de synthèse paru en 2016, . Si , l'auteur indique cependant que cette hypothèse et que de futures recherches demeurent nécessaires pour .
Jacqueline Cornet, médecin généraliste et Odile Bourguignon, professeur de psychopathologie, avancent par ailleurs que les accidents et certaines maladies seraient beaucoup plus fréquents et graves chez les enfants qui subissent des fessées (J. CornetJacqueline Cornet, Faut-il battre les enfants ?, La Revue du Praticien , 1996., J. Lau J. Lau, J. Liu, J. Cheung, A. Yu, et C. Wong, Prevalence and correlates of physical abuse in Hong Kong Chinese adolescents: a population-based approach, Child Abuse and Neglect, , , juin 1999, O. Bourguignon). Une étude conduite en Arabie saoudite sur 450 patients et 250 personnes en bonne santé tendrait à montrer que les coups (mais aussi les insultes) reçus durant l'enfance seraient « associés à un risque accru de maladie somatique », telle que les cancers, les maladies cardio-vasculaires et l'asthme. Ils expliquent ce risque accru par le stress généré par ce type d'éducation Beating and insulting children as a risk for adult cancer, cardiac disease and asthma, M.E. Hyland, A.M. Alkhalaf, B. Whalley, J. BehavMed, 29 septembre 2012.
Opposition à la fessée et interdiction Histoire de l'opposition à la fessée en tant que châtiment corporel En , la législation suédoise interdit toutes formes de punitions corporelles, fessées comprises, et les punitions morales ou traitement vexatoires. L'interdiction n'est pas assortie de dispositions pénales, mais l'enfant est en droit de se plaindre.
En 2002, l’Organisation mondiale de la santé se prononce contre l’usage des punitions corporelles, en raison de leur caractère nocif pour le développement des enfants. Elle en fait un « problème de santé publique »OMS, Rapport mondial sur la violence et la santé, Genève, novembre 2002, pages 20, 21, 36, 37, 46, 47, 71, 77, 78, 109, 275.. Le Conseil de l'EuropeConseil de l'Europe, Rapport sur les punitions corporelles, 8 octobre 2002 lui emboîte le pas en s'engageant dès lors à interdire « même les petites fessées ». Suivent l'Unicef en 2003 et l'ONU en 2006ONU, Rapport de l'Expert en matière de violence, 26 août 2006. Il y a ainsi une unanimité des organisations internationales pour la pratique éducative de la fessée, arguant de plus qu’on ne peut pas espérer agir sur la violence si on ne peut pratiquer la non-violence dans le quotidien des familles.
Depuis une trentaine d’années, des chercheurs ont investigué les effets de la fessée. Dans les années 2000, l'accent est mis sur ses effets néfastes à long termeOMS, Rapport de l'Organisation mondiale de la santé, Genève, novembre 2002 Pediatrics (revue des pédiatres américains), , 4 octobre 1996Site ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/?term=corporal+punishment.. S'appuyant sur ces travaux, les instances internationales qui se sont préoccupées de l'éducation des enfants ont condamné l'usage des punitions corporelles envers les enfants et demandé qu'elles soient interdites : OMS, ONU, UnicefUnicef, Rapport sur la maltraitance des enfants dans les nations riches, septembre 2003, Conseil de l'Europe qui précise que l’interdit doit concerner « même les petites fessées ». Vingt et un des vingt-sept pays du Conseil de l’Europe ont déjà suivi ces recommandations de même que douze autres pays dans le monde.
Interdiction de la fessée par pays Le Conseil de l'Europe s’est engagé au niveau de ses États membres à mettre un terme à tous les châtiments corporels infligés aux enfants afin de se mettre en conformité avec l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme, convention complétée de l’arrêt décisif de la Cour européenne des droits de l'homme rendu en et interdisant toute punition corporelle au sein de la familleLes enfants et les châtiments corporels : « Le droit à l’intégrité physique, aussi un droit de l’enfant » - Commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe, janvier 2008.
Suède La Suède fut la première nation à interdire la fessée en 1979. Un recul de vingt ans a permis en 1999 à des chercheurs de publier des travaux sérieux vérifiant l'impact positif de la loi de 1979 sur les comportements des Suédois. En 1958, les châtiments corporels sont interdits à l'école dans ce pays. La loi de dispose que Le Ministère de la Justice fit une campagne d'information à la télévision et sur les autres médias. Une brochure intitulée « Pouvez-vous élever vos enfants avec succès sans gifle ni fessée ? » fut distribuée. Alors que seuls 53 % des Suédois étaient en faveur de cette loi en 1959, en 1995, 89 % y étaient acquis (96 % chez les moins de 35 ans).
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