vignette|Décor de style rococo, salle du trône de la résidence des princes-abbés de Kempten, Allemagne. vignette|Commode de style rocaille de Denis Genty, Paris, vers 1760.
Le rococo ou « style rocaille » ou « baroque tardif », est un mouvement artistique européen du touchant l’architecture, les arts décoratifs, la peinture et la sculpture qui émerge en France au moment de la Régence (1715-1723). Déclinaison tardive du mouvement baroque, il conquiert toute l'Europe.
Il se caractérise par une ornementation abondante, des courbes fluides, une asymétrie et une échelle réduite destinée à favoriser l'intimité. Il utilise le rocaille et associe souvent des couleurs blanches et pastel à des dorures et des moulures sculptées, en recourant à des fresques en trompe-l'œil pour créer une illusion d'espace. Dans les arts visuels, les thèmes dominants sont les loisirs aristocratiques et la pastorale, représentés dans des décors semblables à des scènes de théâtre. Il est souvent considéré comme l'expression finale du mouvement baroque.
L’origine du terme « rococo » Selon Delécluze, le terme fut inventé, vers 1797, en dérision par Pierre-Maurice Quay., élève de Jacques-Louis David, maître à penser du mouvement des Barbus et chantre d’un néo-classicisme poussé à l’extrême. Il résulterait d’une association du mot français rocaille, qui désigne une ornementation imitant les rochers et les pierres naturelles et la forme incurvée de certains coquillages, et du mot portugais barroco : .. Le terme rococo conserve longtemps un caractère péjoratif avant d’être accepté par les historiens de l'art vers le milieu du et d'être considéré comme un mouvement artistique européen à part entière., quoique l'on préfère parler de style rocaille pour ce qui concerne la France.
Historique du mouvement rococo Le style rocaille en France Le mot « rococo » ne doit pas être utilisé dans le contexte de l'évolution des styles français en matière d'arts décoratifs. On le rattache cependant au style « rocaille », bien que les deux styles ne recouvrent pas tout à fait la même notion. Le rococo est vu comme une évolution du rocaille hors de France, qui s'autorise plus de liberté, d'exubérance et de fantaisie. Le rococo est plus influencé par l'art pleinement baroque précédemment en vigueur dans les pays qui l'ont adopté.
Le style rocaille apparaît en France sous la Régence (1715-1723) et culmine sous le règne de , vers 1745, où il supplante le style Louis XIV, jugé alors trop solennel et formel, voire lourd.. Le rocaille est un sous-style du style Louis XV, issu du style Régence et suivi par le rocaille symétrisé (à partir de 1745). Sa durée de vie est courte. Le rocaille symétrisé classicisant (vers 1755) en est une ultime évolution aux côtés du Goût grec qui est la première manifestation du néoclassicisme qui s'oppose au style rocaille puis le remplace. Le rococo, pour sa part sera encore très présent en Italie, ou dans la sphère germanique dans les années 1780 et ..
Ce style rocaille est inventé par des ornemanistes et architectes décorateurs tels que Gilles-Marie Oppenord, Juste-Aurèle Meissonnier et Nicolas Pineau. Son succès peut s'expliquer par le contexte politique. Sous la Régence, la cour quitte Versailles pour Paris et se libère de la discipline et de l'étiquette contraignante imposée par Louis XIV. Elle aspire à une vie plus légère, à plus de liberté, et le style rocaille, qui semble en parfaite adéquation avec cette frivolité, connaît une diffusion immédiate dans la peinture, la sculpture et le mobilier. Ensuite, l'arrivée au pouvoir de Louis XV ne fait qu'entériner le mouvement, le style correspond en effet très bien à la personnalité du roi, très différente de celle de son prédécesseur. Le rocaille s'inspire du baroque par son goût pour les formes et les dessins complexes. Mais il s'en différencie par des ornements aux formes moins architecturales, plus organiques, plus fines et légères, sur des surfaces lisses ainsi mises en valeur, et en incluant des éléments asymétriques.
En France le style rocaille reste le plus souvent assez modéré. Il est moins porté vers l'apparat, dont les besoins sont désormais remplis par les importantes créations du style Louis XIV qui le précédait, et donc plus porté vers les nouveaux besoins d'intimité, de fonctionnalité, de confort et vers la délicatesse ornementale et la sensibilité, tout en demeurant sous un certain contrôle de principes esthétiques classiques tels que l'équilibre et la mesure en tant que fondements de l'élégance, malgré les nombreuses libertés qu'il prend. À Versailles ainsi que dans divers châteaux et hôtels particuliers déjà construits, le style rocaille vient souvent, en quelque sorte, compléter les lacunes que le style Louis XIV avait laissé. Quant aux nouvelles constructions aux intérieurs entièrement décorés en style rocaille, ceux-ci sont désormais plus dédiés à la vie très raffinée de leurs commanditaires qu'à leur seule représentation publique.
Expansion du rococo en Europe Le style rococo s'est propagé dans toute Europe durant une grande partie du .
Le vocabulaire ornemental du style rocaille est adopté et développé par les catholiques des pays germaniques et d'Europe centrale. Il en résulte un mélange avec la tradition baroque allemande : le Rokokozeit (ou Spätbarock, baroque tardif) suit le Barockzeit. Le rococo allemand, bien plus mouvementé et libéré que le style rocaille français, se manifeste avec enthousiasme dans les églises et les palais. En plus d'embellir la vie privée de l'aristocratie, le rococo joue aussi le rôle de grand style d'apparat pour la représentation publique. Les dirigeants des nombreux petits états allemands, souvent absolutistes, rivalisaient de magnificence et d'originalité dans leurs nombreux et vastes palais, en ce qui fut un âge d'or culturel pour les pays germaniques et l'Europe centrale, qui connaissaient une nouvelle prospérité après un très sombre. Même des petits villages ruraux démontraient leur renouveau en faisant décorer leur église à grand frais et à la dernière mode.
Si les origines du rocaille en France étaient celle d'un style décoratif mondain, en Europe centrale le rococo se démocratise, se développe et se transforme avec une telle ampleur qu'il atteint le statut d'art sacré. L'école de Wessobrunn, qui a formé de nombreux stucateurs de haut niveau, a joué un rôle de premier plan pour la diffusion de ce style dans le sud de l'Allemagne et dans les pays alentours. Particulièrement dans ce qui est le sud de l'Allemagne actuelle, le rococo cherche à devenir un art total : il dissout les frontières entre architecture, stuc, sculpture, peinture, espace et lumière. Tout fusionne en une œuvre unique dont les éléments ne peuvent plus être jugés séparément. Alors que dans le baroque précédent, si les différents arts devaient se compléter harmonieusement au service de l'ensemble, ils préservaient encore une part d'indépendance. Dans les églises, l'objectif et de plonger le fidèle dans une expérience céleste. L'Autriche adopte également cet art mais conserve plus d'attachement à la structure architecturale.
Le nord de l'Allemagne n'est pas en reste, notamment avec le rococo frédéricien qui affiche la volonté de Frédéric II de Prusse de construire le royaume prussien. Mais le rococo tend à rester un art princier dans les régions protestantes. Le protestantisme est beaucoup moins perméable à ce style dans l'art religieux car il reste fortement associé à la contre-réforme catholique. L'art religieux protestant utilise cepandant une version plus retenue et décorative du rococo, qu'on ne pourrait pas rattacher à un autre style (intérieur de église Notre-Dame de Dresde, par exemple).
En Italie, le style des derniers artistes baroques, barocco, tels que Borromini et Guarini, donne la tonalité pour le rococo à Turin, Venise, Naples et en Sicile, tandis que les arts en Toscane et à Rome sont plus rattachés au style baroque.
vignette|redresse|La salle de bal du Palais de Catherine à Tsarskoïe Selo. Le style rococo se répand dans toute l'Europe, jusqu'en Russie où il prend une grande importance. L'Angleterre bien que sensible aux grands courants européens, cultive une certaine indépendance et s'invente, au , des décors qui lui sont propres. Thomas Chippendale publie en 1754 les planches d'un répertoire de modèles décoratifs The Gentleman's and Cabinet Maker's Director, qui fait référence en prolongeant les effets du rococo, additionné d'éléments exotiques. On y trouve les thèmes de l'Extrême-Orient, mêlés à ceux du gothique. Les sinuosités végétales épousent les motifs de coquilles brisées, les bulbes hindous le disputent aux frontons en forme de pagodes. William Hogarth participa lui aussi au développement d'une base théorique pour atteindre les standards de beauté rococo. Bien qu'il n’ait pas l'intention d'appartenir au mouvement, il développa dans Analysis of beauty (1753) que les lignes ondulées et les courbes en S, existantes de manière prééminente dans le rococo, étaient la base de la beauté dans l'art et la nature. En 1758, soit quatre ans après la parution de l'ouvrage de Chippendale, le jeune architecte Robert Adam rentre d'Italie. Inspiré par les ruines impériales, il sera l'apôtre en Grande-Bretagne du néoclassicisme. Ces deux courants divergents vont s'opposer, du moins en apparence, puisqu'en fait ils cohabitent jusqu'en 1850.
Fin du style Le commencement de la fin de la période rococo peut être daté à partir du début des années 1760. Des personnalités comme Voltaire ou Jean-François Blondel critiquèrent ce style en le qualifiant de dégénéré et de superficiel. Jean-François Blondel déclare, à ce sujet, qu'il trouve dans les intérieurs de cette époque. En 1785, le rococo est passé de mode en France. Il est remplacé par le sérieux et ordonné style néo-classique, personnifié par des artistes tels que Jacques-Louis David. En Allemagne, à la fin du , le rococo est qualifié comme Zopf und Perücke (queue de rat et perruque) laissant au passage l'intitulé de cette période comme Zopfstil. Le rococo resta cependant populaire en Allemagne et en Italie jusqu'à la deuxième phase du néoclassicisme : le style Empire et l'arrivée du gouvernement napoléonien. Le style rococo connut un regain d'intérêt entre 1820 et 1870.
Nuance du baroque ou style autonome ? Pour Heinrich Wölfflin., c’est une nuance du baroque, mais pour Hans Sedlmayr et H. R. Hitchcock puis Philippe MinguetPhilippe Minguet : Esthétique du rococo (1966), Baroque et rococo en Belgique (1987), France baroque (1988), le rococo est une catégorie de style autonome. Le rococo serait autant distinct du baroque qui le précède, que du néoclassicisme qui le suit.
Meubles et objets décoratifs rococo
vignette|left|Dessin pour une table par Juste-Aurèle Meissonnier, Paris, .|alt=
Ce style se caractérise par : La fantaisie des lignes courbes et asymétriques rappelant les volutes des coquillages ou bien les feuillages, L'utilisation de teintes claires (blanc, ivoire, or), Des motifs mêlant fleurs, feuilles, fruits, rubans, etc. L'insertion de peintures et de miroirs.
vignette|Canapé.
Les thèmes légers et sur la joie de vivre, les conceptions complexes et détaillées du rococo sont en totale opposition à l'architecture et la sculpture imposante et massive du baroque. Le style rococo répond avant tout à un important besoin de renouveau : après le goût du faste et de la solennité qui a marqué le long règne de , il répond à une aspiration à la légèreté, au confort et à la frivolité.
En France, le rococo s’exprime de manière éclatante dans la décoration intérieure à travers la ferronnerie, les figures de porcelaine, les petits objets décoratifs sans utilité et les meubles. La décoration d'intérieur rococo est le symbole de bon goût et de la mode pour toute la noblesse et la bourgeoisie de l'époque.