vignette|alt=Tableau électronique dans une école qui affiche « Bienvenue à l'école centrale de Nantes, 12 heures 09, 3 janvier 1900 ».|Un tableau d'affichage électronique de l'École centrale de Nantes (France) qui indique au lieu de .
Le passage informatique à l'an , connu sous le terme de bug de l'an , est un défi sans précédent en matière de conception et de programmation informatique ayant lieu lors du passage à l'an . Ce problème est attribuable à la manière dont les dates étaient formatées dans les systèmes informatiques, souvent réduites à deux chiffres pour l'année. Ainsi, en passant de à , ces systèmes risquaient d'interpréter cette transition comme un retour à l'année , entraînant des conséquences potentiellement graves sur le fonctionnement des programmes et des équipements.
Contrairement à la perception courante que ce problème était un simple bug, il s'agissait en fait d'une question d'obsolescence systémique qui exigeait une refonte profonde de l'architecture des systèmes d'information. Cette mise à jour était d'autant plus complexe que certains composants anciens n'étaient plus maintenus, nécessitant parfois le remplacement complet des systèmes.
L'ampleur des efforts déployés pour résoudre ce problème a été considérable, mobilisant des ressources financières estimées à plusieurs centaines de milliards de dollars à l'échelle mondiale. Malgré les coûts et les défis, ces initiatives ont réussi à prévenir tout incident majeur lors du passage au nouveau millénaire.
Origines Dans les années et avant la d'ordinateurs, la mémoire en informatique était coûteuse, la plupart des traitements étaient faits sur la base de la carte perforée stockant les données (système d'information utilisé avant-guerre). Ces cartes représentent un texte sur des lignes de . IBM est resté seul fabricant de l'époque de machines mécanographiques. Les cartes perforées sont destinées à un traitement de masse d'informations. Les langages de programmation d'alors, comme le Fortran, le Cobol et le RPG traitent les nombres à partir de leur représentation EBCDIC et apparut à partir de 1975 la norme ASCII non utilisée par IBM.
Le coût de la mémoire dynamique et le coût des données stockées sur des supports externes en forme de fiches ont fait coder les années sur deux chiffres seulement. Les évolutions spectaculaires des moyens de traitement et de stockage n'ont pas vraiment remis en cause ces pratiques.
Les systèmes du web, tels qu'Internet, Extranet et intranet, plus récents que les applications informatiques de gestion classiques, étaient très peu affectés par les erreurs de format de date, en raison du nombre d'applications utilisant comme base de stockage pour les dates l'heure Unix. Les systèmes UNIX en général n'étaient donc pas touchés par ce bug, mais ils sont en revanche sujets au bug de l'an .
En réalité, « Y2K » n'était pas à proprement parler un bug, mais un choix de conception des matériels informatiques, des logiciels et de leur génération et des donnéesEn anglais, : ..
Il s'agissait donc essentiellement d'un problème de normalisation et de conception très problématique aux États-Unis.
Y2K vignette|Logo de Y2K. Y2K (Y pour et 2K pour ) est le sigle américain le plus couramment employé pour désigner le problème. Par extension, Y2K désigne le projet mondial de conversion des systèmes informatiques occasionné par le passage à l'an . Les termes , , (« bug du millénaire »), et sont aussi utilisés aux États-Unis, même si , le nouveau millénaire commençait le . Les Américains ont aussi parlé de et de .
Sensibilisation et mobilisation
Aux États-Unis Peter de Jager, ingénieur canadien entré chez IBM en , ne cesse d'alerter sur le problème. En , il quitte son entreprise pour fonder un centre d'information sur le passage à l'an (). Son site web year2000.com est à l'époque le plus interconnecté au monde avec . Aux États-Unis, dans les années , il existe plusieurs sites internet du même type qui informent sur le problème. Le problème suscite un véritable phénomène de société, de nombreux « » prenant la parole ou s'exprimant sur des sites internet pour alerter le grand public, comme Donald S. McAlvany...
Rôle d'internet Internet joue un rôle clé dans la prise de conscience de l'ampleur du problème de l'an et dans sa résolution. Il permet une mobilisation de la communauté mondiale. Pour le dixième anniversaire du passage à l'an , Peter de Jager est reconnu pour ses efforts de mobilisation mondiale..
Aspects sociaux et pilotage Le pilotage de l'opération du passage à l'an se met progressivement en place entre , date à laquelle IBM reconnaît le problème, et .
Les services de renseignement américains s'intéressent à la question dès . D'après le département de la Défense des États-Unis, c'est le cabinet Mitre qui effectue les adaptations des systèmes. Le gouvernement américain met en place une cellule sous la responsabilité du vice-président Al Gore et installe une salle de commandement qui fournit une visibilité mondiale sur l'avancement du projet. Les Américains sont alors en mesure de connaître l'avancement de chaque pays dans la résolution du problème.
En France, le pilotage gouvernemental est mis en place en . Il porte sur cinq secteurs de services essentiels, dont l'électricité et l'eau. Le Cigref se saisit du problème en . Il met en place un premier groupe de travail constitué d'une dizaine de grandes entreprises. En Europe, la charge de travail pour les informaticiens est telle que, dans la plupart des cas, il est nécessaire de repousser au-delà du les conversions à l'euro qui ne concernent pas directement les marchés financiers.
La période transitoire de passage à l'euro se déroule donc en deux phases : une première phase en pour les systèmes financiers, puis une seconde phase en pour les autres systèmes. Les bascules à l'euro, c'est-à-dire les conversions de la devise dans les systèmes comptables de la monnaie locale à l'euro, sont effectuées la plupart du temps lors de cette deuxième phase. Peu d'entreprises réussissent à faire la bascule à l'euro dès .
Le gouvernement français lance une politique d'intelligence économique vers . Elle est arrêtée peu de temps plus tard.
Différents impacts selon les types d'informatique Les principaux impacts se trouvent en informatique de gestion, tant dans le matériel informatique que dans le logiciel. Pour traiter ces non-conformités, il faut soit migrer vers de nouvelles plateformes matérielles et applications logicielles, soit réparer les anciennes plateformes et applications.
En informatique technique (temps réel), les impacts sont moindres, en raison du plus faible nombre de systèmes de pilotage industriels employant l'année. La plupart des systèmes embarqués ou de pilotage dans l'aéronautique, le spatial, l'armement, les transports, le nucléaire, n'utilisent que le jour, l'heure, la minute ou la seconde. La nécessité de garantir le bon fonctionnement des systèmes électroniques déjà embarqués fait rapatrier pour le changement de siècle les cartes électroniques et les reprogrammer. Concernant l'informatique scientifique, les impacts sont quasi nuls, le temps n'étant qu'un paramètre d'intégration des calculs scientifiques, pour la résolution des équations différentielles discrétisées.
Migration ou conversion Deux tactiques sont utilisées par les grandes entreprises dans la décennie .
Migration Très souvent dans l'industrie des progiciels de gestion intégrés (PGI) sont présents (par exemple SAP en Europe), sous Unix ou « Type Unix » suivant le fabricant de matériel. En Europe, cela présente l'avantage de coupler le passage à l'an à celui de l'euro, et donc de réduire globalement les coûts. En effet, le passage à l'euro consiste alors en une mise à jour vers une version euro, puis en une bascule à l'euro selon les spécifications du fournisseur de PGI. L'autre avantage réside dans le passage à des systèmes complètement rénovés, avec des architectures informatiques mieux normées. .
Réparation (ou conversion) La réparation concerne les entreprises « moins prévoyantes » ou dont la complexité des systèmes ne permet pas de mieux anticiper le problème (langages informatiques utilisés) ou encore structurées en « départements ». (production quelle que soit la nature du produit, recherche). En Europe, il comporte l'inconvénient de nécessiter une double conversion pour le passage à l'an et à l'euro, donc d'augmenter les coûts. D'autre part, ces entreprises restent avec d'anciennes architectures d'applications informatiques dites propriétaires. .
Les « plus petites entreprises » avaient des problèmes beaucoup plus légers, dans la mesure où elles étaient déjà équipées de progiciels, qu'il suffisait de mettre à jour vers des versions conformes an et euro.
Couverture des programmes An et plans de secours Un point essentiel des programmes « An » est leur couverture sur le territoire. Il s'agit en effet de s'assurer que toutes les organisations (administrations, entreprises, collectivités locales) ainsi que toutes les filiales (dans le cas des grands groupes) ont un programme « An » avec un responsable. Par ailleurs, les organisations établissent, à partir du début de , des plans de secours. En Europe, ces plans sont utiles pour remédier aux conséquences de la tempête de fin .
Aspects économiques De nombreuses estimations ont été avancées sur le coût de la correction du « bogue », surtout aux États-Unis. « Les plus sérieuses » seraient celles du cabinet d'analyse stratégique Gartner, qui estime en que le projet Y2K coûterait environ de dollars dans le monde., sur la base de de lignes de programme existant dans le monde, et un dollar par ligne de programme à convertir.
Le coût estimé est extrêmement variable si on se limite aux conversions de code proprement dites, ou bien si le coût de mise en œuvre de tous les progiciels qu'il a fallu déployer au cours de la décennie 1990 pour remplacer d'anciennes applications devenues obsolètes est inclus.
Il est estimé en depuis les États-Unis que ce coût allait se répartir à peu près à parts égales en Amérique, en Europe, et en Asie. Le projet aurait donc coûté entre 100 et de dollars en Europe.
Le traitement du passage informatique à l'an crée un marché temporaire de l'emploi informatique, d'autant plus qu'en Europe cette échéance est quasi simultanée avec le passage à l'euro. Même si les systèmes Internet sont peu concernés, la bulle Internet accroît cet appel d'air. Les sociétés d'informatique (constructeurs et services) augmentent alors leurs effectifs pour l'année. La surcharge de travail autour de l'an , aggravée encore par le passage à l'euro, entraîne aussi une dépression sur le marché informatique à partir de .
Aspects juridiques Le bogue de l'an pose des questions juridiques sur les responsabilités respectives des utilisateurs d'informatique, et des fournisseurs de matériels informatiques et de logiciels. Ces aspects sont rendus complexes par le nombre important de fournisseurs engagés dans les grands contrats d'intégration, notamment chez les constructeurs de matériels informatiques et leurs services de maintenance, les fournisseurs de logiciels spécifiques, les éditeurs de solutions progicielles (ERP), les intégrateurs, les entreprises d'infogérance et les opérateurs de télécommunications. Les sociétés de conseil en management jouent aussi un grand important pour la planification des projets de mise en conformité à partir des estimations des analystes Gartner.
En France et en Europe