thumb|upright=1.5|Carte SIM en Pologne affichant le slogan de la campagne contre le discours de haine : « Les mots ont du pouvoir, utilisez-les avec sagesse ». thumb|upright=1.5|Manifestation de la Westboro Baptist Church aux États-Unis en 2005. Les pancartes clament notamment : , ou . Un discours de haine (ou « discours haineux », « discours de la haine ») désigne un type de discours ou de système qui (au-delà de la violence ou de l'injure ponctuelle en termes de force et de natureDeleplace M (Ed.) (2009). Les discours de la haine: récits et figures de la passion dans la cité (Vol. 1135). Presses Univ. Septentrion. voir notamment p 12-14.) attaque une personne ou un groupe de personnes sur la base de caractéristiques diverses (couleur de peau, ethnie, âge, sexe, orientation sexuelle, religion). De tels discours sont accusés d'avoir conduit à des suicidesJohn, A. et al. Self-harm, suicidal behaviours, and cyberbullying in children and younG people: systematic review. J. Med. Internet Res. 20, e129 (2018)., lynchages, fusillades de masseBerman, M. Prosecutors Say Accused Charleston Church Gunman Self-Radicalized Online https://www.washingtonpost.com/news/post-nation/wp/2016/08/22/prosecutors-say-accused-charleston-church-gunman-self-radicalized-online/ (2016).Pagliery, J. The Suspect in Congressional Shooting Was Bernie Sanders Supporter, Strongly Anti-Trump http://www.cnn.com/2017/06/14/homepage2/james-hodgkinson-profile/index.html (2017).Yan, H., Simon, D. & Graef, A. Campus Killing: Suspect is a Member of ‘Alt-Reich’ Facebook Group http://www.cnn.com/2017/05/22/us/university-of-maryland-stabbing/index.html (2017)., attaques par explosifsAmend, A. Analyzing a Terrorist’s Social Media Manifesto: the Pittsburgh Synagogue Shooter’s Posts on Gab https://www.splcenter.org/hatewatch/2018/10/28/analyzing-terrorists-social-media-manifesto-pittsburgh-synagogue-shooters-posts-gab (2018)., guerres, crimes de masses et processus génocidaires comme en ex-Yougoslavie et au Rwanda (voir : incitation au génocide)GAYER L & JAUNAIT A (2000) Discours de guerre contre dialogues de paix Les cas de l'ex-Yougoslavie et du Rwanda Cultures et conflits, (40), 97-128 (extrait/page 1).

Ce genre de discours est également appelé « antilocution » sur l'échelle d'Allport (qui mesure le degré de manifestation du préjugé dans une société).

Discours haineux en général Le discours de haine est souvent une incitation à la haine raciale ; c'est le délit le plus retenu juridiquement, notamment dans les lois contre le racisme et les discours de haine. Il est également régulièrement condamné pour sa nature sexiste et homophobe.

Il peut être véhiculé par des individus, des instances politiques, ou des institutions (religieuses, associatives, médiatiques…). Il s'exprimait autrefois principalement au travers de groupes et de rassemblements, et se diffusait par les écrits et certains discours sur la place publique et dans les espaces privés, mais il a récemment pris des formes et voies nouvelles avec l'apparition de l'Internet.

Marc Deleplace note que, selon le contexte, dans la sphère du politique, le discours de haine peut avoir des effets très différents qui sont, entre deux extrêmes : susciter une réaction visant à le contrôler, ou au contraire justifier la violence politique.

Discours haineux en ligne

Prise en compte L'Internet et les réseaux sociaux ont été un nouveau moyen de diffusion très large et rapide de ce discours, avant qu'il y ait la moindre réglementation du cyberespace à ce sujet, et le Web s'est d'abord beaucoup développé aux États-Unis où le Premier amendement garantit une liberté d'expression presque sans limite, ce qui a freiné la mise en place d'une politique mondiale sur le discours haineux sur Internet, alors même que se développent parfois des comportements organisés de cyberharcèlement collectif (y compris sexiste et/ou homophobe comme dans le cas récent de la Ligue du LOL en France). Parfois il s'agit de campagnes de harcèlement soutenues par des gouvernements ou des lobbys, souvent justifiées par des conflits politiques, religieux et/ou idéologiques. Internet peut aussi être utilisé comme plate-forme de recrutement et de propagande en ligne pour des groupes radicaux et violents prêchant la haine. Google et d'autres développent des projets visant à contenir ou contrecarrer ces phénomènesProjets Conversation AI ; Perspective ; Redirect Method ; Abdullah-X ; Against Violent Extremism Network ; accessibles via la plateforme Jigsaw. En 2019, N. Derzy note en 2019 que face à la résilience intrinsèque des réseaux sociaux sur l'Internet, Noemi Derzsy (2019) Strategies for combating online hate ; An analysis of the dynamics of online hate groups on social-media platforms reveals why current methods to ban hate content are ineffective, and provides the basis for four potential strategies to combat online hate |Nature|21 aout.

En 1997 au sein de l'ONU, la Commission des droits de l'homme se montre assez préoccupée par le sujet, pour adopter une résolutionRésolution ONU 1999/78, parla quelle la Commission des droits de l'homme des Nations unies a prié le Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme d'entreprendre, notamment, des recherches et des consultations sur l'utilisation de Internet pour inciter à la haine raciale, à la propagande raciste et à la xénophobie, et pour étudier les moyens de promouvoir la coopération internationale dans ce domaine. visant à faire le point sur l'utilisation d'Internet à des fins d'incitation à la haine raciale, à la propagande raciste et à la xénophobie, et sur les moyens de promouvoir la coopération internationale dans ce domaine, en vue d'une conférence mondiale sur le sujet. Le Haut Commissariat aux droits de l'homme est chargé de ce travailReport of the High Commissioner for Human Rights on the use of the Internet for purposes of incitement to racial hatred, racist propaganda and xenophobia, and on ways of promoting international cooperation in this area, Preparatory Committee for the World Conference Against Racism, Racial Discrimination, Xenophobia, and Related Intolerance, United Nations, 27 April 2001|Voir notamment l'introduction p 3 à 5.

Un rapport ONU de 2001 montre que , suscitant des réactions . D'autres efforts portent sur le destinataire ultime du contenu, qu'on cherche alors à sensibiliser et responsabiliser, dont en les aidant à identifier les sites dont le contenu leur est jugé répréhensible ou nuisible afin de les éviter. Au tout début du , les systèmes judiciaires nationaux commencent à cibler les créateurs de contenu haineux, et/ou leurs hébergeurs, et ils peuvent s'appuyer sur Interpol (ainsi un tribunal français a jugé une entreprise américaine de l'Internet pour avoir donné accès à du matériel illicite à des résidents français, et un tribunal allemand a ce qui a permis à une commission australienne de lui ordonner de retirer ce contenu illégal, hébergé en Australie. En 2001, plusieurs pays surveillent déjà ce type de contenu sur l'Internet, et subordonnent l'attribution de licences à des fournisseurs à un engagement à interdire l’accès au matériel haineux et plus généralement au matériel « illicite ou préjudiciable ». Des législations commencent aussi à criminaliser ce délit ou créent une responsabilité civile pour les visites effectuées par les utilisateurs finaux sur des sites interdits.

Des organisations privées commencent aussi à proposer des logiciels de filtrage et d'étiquetage de contenu, ou à cibler les créateurs de contenu ou les fournisseurs d'hébergement, dont via l'ouverture de sites ou de « lignes directes où des usagers peuvent se plaindre d'un contenu Internet qu'elles jugent illégal ou préjudiciable. Les plaintes jugées recevables peuvent alors donner suite à des actions contre le fournisseur d’hébergement ou le contrevenant. En outre beaucoup de fournisseurs d’accès vont créer ou adopter un code de conduite ou des règles de refus d'hébergement de contenus illicites ou préjudiciables, dont haineux, s'engageant à les supprimer dès qu’ils apparaissent sur leurs sites. L’Union européenne a adopté un « Plan d’action pour la promotion d’une utilisation plus sûre d’Internet » pendant que le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme (HCDH), l'OCDE et d'autres travaillaient à encourager la coopération internationale, dont pour combattre le racisme basé sur Internet.

La position de l'UNESCO est que sur Internet ou hors Internet, , néanmoins les hébergeurs et les utilisateurs doivent s'efforcer de refuser le discours haineux, notamment dans les lieux tels que Facebook ou Twitter qui font facilement et rapidement passer une parole privée dans l'espace public. En , à la suite du mouvement Black lives Matter, de nombreuses grandes entreprises menacent, sous la pression de la société civile, de couper leurs dépenses publicitaires sur Facebook, plateforme suspectée via son ciblage de laisser la part trop belle aux discours polarisants en particulier ceux incitant à la haineBoycottage des grandes marques: Facebook frappé au cœur de son modèle économique, juillet 2020, lapresse.ca avec [AFP], par Aurelia End, Laurent Barthélémy et Julie Jammot.

Des objectifs idéologiques, mais aussi financiers et de pouvoir Pour The Guardian, la haine en ligne sur les réseaux sociaux, qui est activement diffusée par des mouvements d'extrême droite, répond par ailleurs à des objectifs financiers et de pouvoir. Les messages de haine génèrent en effet un plus fort engagement (commentaires, propagation) des usagers de ces réseaux et sont donc très rentables, et la création de contenu toxique est devenue un moyen de subsistance viable, via les publicités qui les accompagnent. Cet objectif financier, partagé par les milliardaires du secteur, rejoint les besoins d'hommes politiques tels que Poutine, pour qui ces discours permettent d'instrumentaliser une colère présente dans une population déclassé ou appauvrie, et peuvent conduire à une mobilisation du type de celle rencontrée lors de l'attaque du Capitole aux États-Unis. Cela permet , et, en polarisant la société, d'éviter un statu quo qui n'est pas dans leur intérêt.

Législation

Des lois contre le discours haineux existent aux échelles nationales et internationales. Elles ont souvent un ou deux objectifs : 1) préserver l'ordre public, et 2) protéger la dignité humaine. Le premier exige qu'un seuil plus élevé soit violé, pour que la loi n'ait pas à être appliqués trop fréquemment. Par exemple, en Irlande du Nord, en 1992, une seule personne avait été poursuivie pour avoir enfreint cette réglementation depuis vingt et un ans. Les réglementations destinées à protéger la dignité humaine ont un seuil de violation beaucoup plus bas, de sorte que les réglementations du Canada, du Danemark, de la France, de l'Allemagne et des Pays-Bas ont tendance à être appliqués plus fréquemment.

Législation internationale La Déclaration universelle des droits de l'homme, écrite à la suite des deux guerres mondiales est le premier texte international qui engage tous les États membres à promouvoir « le respect universel et effectif des droits de l'homme et des libertés fondamentales pour tous, sans distinction de race, de sexe, de langue ou de religion »Charte des Nations unies, préambule et article 56.. Elle a été suivie d'autres textes ciblant plus précisément les discours de haine : Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP, ONU, 1966) stipule que International Covenant on Civil and Political Rights, Article 20. La Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale (CIEDR, ONU, 1965.) interdit toute incitation au racismeConvention on the Elimination of All Forms of Racial Discrimination, Article 4. La Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide condamne (et cherche, en amont à prévenir) l'incitation au crime de génocide. Elle a été approuvée le 8 et est en vigueur depuis le .