vignette|Autoportrait de Judith Leyster (1609-1660). Une femme peintre, une peintre ou peintresse est une artiste peintre de sexe féminin. Identifiées dès l'Antiquité dans le monde occidental, des femmes pratiquèrent la peinture à toutes les époques, mais furent plus ou moins marginalisées selon les périodes. Les peintres femmes des cultures non européennes ont elles subi un double processus d'effacement, de par leur genre, et de par l'expansion coloniale de l'OccidentAnne Bourrassé, Les Refusées. Les artistes femmes n'existent pas, Paris, Seuil, 2026.Marie-Laure Allain Bonilla, Emilie Blanc, Johanna Renard, Elvan Zabunyan (Dir.). Constellations subjectives : pour une histoire féministe de l'art. Éditions iXe, 2020 , à lire en ligne..
À partir des années 1970, la recherche universitaire, étudiant la contribution des femmes dans l'art et dans la peinture, révise un certain nombre d'attributions d'œuvres jusque-là portées au crédit d'hommes.
Lexique Selon le Littré d'avant 2019, la forme féminine pour les artistes peintres n'est pas fixée : on dit une femme peintre, une artiste peintre, une peintre ou une peintresse ; il donne des exemples par Calvin en 1512 ou Théodore Rousseau en 1763.. Peintresse existaitCité d'après Brunot t. IV, 2 partie, p. 669. et, selon l'Académie française, a été utilisé au sens de femme peintre du ..
Femmes peintres dans la culture occidentale Mythologie Les Anciens attribuaient la première idée de la peinture à Callirrhoé, fille du potier Dibutades, qui aurait dessiné sur un mur le profil de son amant en suivant l'ombre projetée par la lumière d'une torcheHistoire Naturelle, livre XXXV. Un paragraphe est consacré aux femmes.. Cette anecdote fournit un thème à la peinture du Moyen Âge au notamment par Jean-Baptiste Regnault au Salon des Nobles du Château de Versailles, par Robert Tournières, Jean-Louis Ducis, Joseph-Benoît Suvée..
Antiquité vignette|Callirrhoé trace le portrait de son amant ou L'Origine de la peinture par Jean-Baptiste Regnault, château de Versailles, salon des nobles. (Les femmes aussi ont peint) remarque Pline l'Ancien. Il cite les noms de Timarété, fille du peintre Micon, à laquelle il attribue une Diane conservée à Éphèse, d'Irène, fille du peintre Cratinus, d'Aristarété, fille et élève de Néarque, de Lala de Cyzique (ou Iaia), célèbre à Rome pour ses portraits de femme et dont les œuvres se vendaient plus cher que celles de ses collègues masculins, de Martia, , et d' qui aurait eu des élèves.
Dans le dernier quart du , Yves Véquaud relevait qu'en Inde, . Ce n'est que de nos jours, pour répondre à la demande commerciale, que des hommes y ont été impliqués..
Moyen Âge La plupart des œuvres d'art du Moyen Âge sont anonymes. On trouve la trace de femmes dans les ateliers d'enluminure comme celui de Jeanne de Montbaston, épouse de Richard, copiste parisien au . Le nom de Guda se lit dans un manuscrit du , un Homéliaire sans doute exécuté dans un monastère rhénanChristiane Klapisch-Zuber, Georges Duby, Michelle Perrot, Histoire des femmes en Occident, t. 2, Le Moyen Âge.. On sait également que les religieuses étaient copistes et enlumineuses comme les moines..
Renaissance vignette|Le premier autoportrait connu d'une femme peintre est celui, daté de 1548, de la Flamande Catharina van Hemessen (1528-1587).
À la Renaissance, la sœur dominicaine florentine Plautilla Nelli (1524-1588) est la première femme peintre dont parle Vasari dans ses Vies d'artistes. Élève de Fra Bartolomeo, on lui doit de nombreux tableaux de dévotion et une fresque de sept mètres de long, la Dernière Cène à la basilique Santa Maria Novella de Florence.
Pendant la Renaissance, de nombreux peintres enseignèrent leur art à leurs filles, qui quelquefois épousèrent d'autres peintres, mais même si leur compétence était reconnue et quelle que soit leur participation à des œuvres, elles ne pouvaient accéder au statut de maître. Les règlements des corporations et les coutumes en général n'autorisent pas les femmes à diriger un atelier. Il ne sera sans doute jamais possible de savoir ce qui est de leur main dans les œuvres sorties des ateliers. Marietta Robusti, la fille du Tintoret, fut une portraitiste célèbre. Son père s'opposa à ce qu'elle fût nommée peintre de la cour de Maximilien d'Autriche et de Philippe II d'Espagne. On possède d'elle différentes toilesAutoportrait au clavecin, v.1590 galerie des Offices à Florence, un autre au Prado à Madrid., tandis que d'autres lui sont attribuéesLe Portrait d'Ottavio Strada (v. 1567-68) du Rijksmuseum d'Amsterdam, le Vieil homme et enfant (v. 1585) du Kunsthistorisches Museum de Vienne. Sous le nom de Marie (la) Tintorette, son histoire où elle figure comme modèle d'amour filial devient un motif de peintures, romans et opéras romantiques au Blanc, Charles (1813-1882). Histoire des peintres de toutes les écoles... Tome 12, Paris, 1883-1884, pp 13-15.. Levina Teerlinc fut une miniaturiste appréciée des monarques Tudor ; à la fin de la Renaissance, Sofonisba Anguissola devint peintre officiel de la cour d’Espagne de Philippe II.. Lavinia Fontana fit carrière à Rome. En Flandres la veuve de Pierre Brueghel l'Ancien fit fonctionner l'atelier après la mort du peintre en 1569 jusqu'à ce que Pierre Brueghel le jeune le reprenne en 1584Cat. collectif sous la direction de Peter Van Den Brink, L'Entreprise Brueghel, Bruxelles, 2001..
vignette|Autoportrait de Artemisia Gentileschi en allégorie de la Peinture (1593-1652).
Dès le début du l'Italie s'impose comme un foyer particulièrement fécond pour les artistes femmes. Plusieurs d'entre elles pratiquent la peinture d'histoire alors au sommet de la hiérarchie des genres. Artemisia Gentileschi, fille du peintre Orazio Gentileschi chez qui elle commence son apprentissage, fut une grande artiste, vivant de son travail de peintre. Les limites imposées aux femmes à son époque marquent son histoire : l'enseignement artistique de l'Académie de Saint-Luc de Rome était fermé aux femmes ; son père la confia à son collègue Agostino Tassi qui la viola. Cependant, les commanditaires reconnurent son talent. Sa carrière, dans le courant caravagesque, se déroula à Rome, à Naples, à Florence, à Venise et en Angleterre. Toujours en Italie, Elisabetta Sirani (1638-1665) de Bologne obtint finalement une reconnaissance publique avec sa réception à l'Accademia di San Luca. Au Portugal, l'Espagnole Josefa de Óbidos s'imposa également comme peintre d'histoire particulièrement prolifique. Chose rare, elle dirigeait un atelier composé d'hommes dans la ville d'Óbidos.
Au sein des écoles du nord, Judith Leyster est célèbre pour ses scènes de genre populaires. Néanmoins, plusieurs femmes de talent se distinguent en tant que peintres de natures mortes. La flamande Clara Peeters est reconnue pour ses tables servies là où la Néerlandaise Maria van Oosterwijk l'est pour ses peintures de fleurs. La France connaît aussi une représentante renommée dans ce genre, Louise Moillon. Issue d'une famille de peintres protestants, elle se spécialisa, de 1630 à son mariage en 1640, dans les natures mortes aux fruits, parfois accompagnées de figures.
En France, l'Académie royale de peinture et de sculpture reçoit pour la première fois une femme, Catherine Girardon en 1663, quinze ans après sa création et huit ans après le règlement de son différend avec la corporation, où la maîtrise était réservée aux hommes. Élisabeth-Sophie Chéron, portraitiste protestante convertie au catholicisme, y entra en 1672. L'Académie reçut quinze femmes au cours de son siècle et demi d'existence. ; elle n’en admit pourtant aucune comme , genre supérieur qui seul donnait accès au titre de professeur.
La gravure connait quelques représentantes comme Claudine Bouzonnet-Stella et Anna Waser, tout comme l'aquarelle avec Gesina ter Borch.
vignette|gauche|Portrait de jeune femme en allégorie de la Peinture, par Jean-Marc Nattier. vignette|Autoportrait d'Élisabeth Vigée Le Brun (1755-1842). En 1710, l'Académie émit une résolution, non suivie, de ne plus admettre de femmes. Les exceptions à cette règle sont pour certaines des peintres étrangères célèbres à qui l'on souhaite rendre hommage durant leur passage à Paris. Rosalba Carriera, peintre italienne qui lança la mode du pastel lors de son séjour parisien, est admise en 1720. Elle préféra cependant retourner à Venise après moins de deux ans en France. La Néerlandaise Margareta Haverman est admise en 1722 et la Prussienne Anna Dorothea Therbusch en 1769. Alors qu'Haverman est expulsée de l'Académie en 1723 pour soupçon de triche, Therbusch quitte la France moins d'un an après son arrivée.
Quant aux Françaises, quelques-unes parviendront à enfreindre cette interdiction. Marie-Thérèse Reboul est admise en 1754. Elle épousera son professeur à l'Académie, Joseph-Marie Vien, quelques années plus tard. Marie-Suzanne Roslin, épouse d'académicien pratiquant elle-même le pastel, profita probablement de son statut pour contourner la règle en . Quelques mois seulement après la réception de Roslin, Anne Vallayer-Coster devient à son tour académicienne avec l'appui de la nouvelle Dauphine Marie-Antoinette.
Le , dans la même séance où elle recevait Adélaïde Labille-Guiard et Élisabeth Vigée Le Brun, l'Académie fixa le nombre des académiciennes à quatreChristian Gury, Les Académiciennes, Paris, Kimé, 1996, , ., même si ces dernières n'ont pas accès aux cours de dessin d'après modèle vivant nu.. À la veille de la Révolution, il s'agit d'Adélaïde Labille-Guiard, Élisabeth Vigée-Lebrun, Anne Vallayer-Coster et Marie-Suzanne Roslin.
Des artistes exerçaient également hors de l'Académie. Des peintres itinérantes voyagent notamment à travers la France et l'Europe pour satisfaire une clientèle variée. Les portraitistes Marianne Loir et Françoise Duparc en sont les plus fameuses. Ces dernières, privées des honneurs de l'Académie parisienne, sont toutes deux récompensées pour leur talent par leur réception en 1762 et 1776 à l'Académie de Marseille. Jeanne Doucet de Surigny, née Glaessner (1762-1823), est une miniaturiste réputée.
vignette|gauche|Tableau de Marie-Guillemine Benoist réalisé en 1800, renommé plus tard Portrait de Madeleine. L'Académie cantonnait en général les femmes aux sujets les moins prestigieux : le foyer, les enfants, l'intimité familiale, les fleurs, et plus rarement, le portrait. Si leur réputation croissait au-delà d'un succès modeste, le public s’attachait davantage aux scandales réels ou imaginaires de leur vie privée, ou aux intrigues politiques et religieuses qui entouraient leur carrière.
À la fin de l'Ancien Régime, Élisabeth Vigée Le Brun, célèbre portraitiste de l'aristocratie française, souffrit d’une réputation imméritée de femme facile à qui l'on prêtait tous les amants possibles alors que, selon ses dires, elle devait fréquemment refuser les commandes de portraits que lui faisaient les galants dans le seul but de la rencontrer. La Révolution française affecta fortement sa carrière. Elle émigra et revint en France à la suite de sa clientèle ; dans ses mémoires publiés en 1835, elle écrira .
Entre 1770 et 1804, plus de soixante portraits ou autoportraits de femmes peintres à leur travail figurent dans les différents salons.. Cette ambition affichée a fait parler de . Le milieu artistique ne les a cependant pas reçues sans résistance, comme en témoigne Diderot à propos de Madame Therbusch au Salon de 1767..
établit dans la loi l'idéologie familialiste qui exclut les femmes des professions. Marie-Guillemine Benoist, élève de Vigée-Lebrun et de Jacques-Louis David, dont le tableau Portrait d'une négresse, réalisé à la fin de la Révolution, est considéré comme un manifeste de l’émancipation des femmes et des esclavesJean-Clément Martin, La Révolte brisée : femmes dans la Révolution française et l’Empire, Paris, Armand Colin, 2008, 272 ., doit abandonner sa carrière lorsque son mari obtient un poste de ministre sous la Restauration.