(, en vieil anglais : Dægberht), canonisé sous le nom de saint Dagobert, est un roi des Francs de la dynastie mérovingienne. Fils du roi , il règne sur le royaume d'Austrasie de 676 à 679. Considéré comme un martyr et reconnu comme saint par l'Église catholique depuis le , il est fêté le ..

Aucun texte contemporain dressant l'histoire des Mérovingiens ne rend compte du règne de Dagobert, qui doit être reconstitué à partir de plusieurs sources différentes. À la mort de son père en 656, il est privé de la succession et exilé en Irlande pour y vivre comme moine. Son retour en Austrasie est organisé par Wilfrid, évêque d'York.

Il monte sur le trône pendant une période troublée provoquée par l'assassinat de en 675. Durant son bref règne, il est en guerre avec la Neustrie, signe un traité de paix avec le royaume lombard en Italie et émet les dernières monnaies en or mérovingiennes.

La Vita sancti Wilfrithi, œuvre quasi contemporaine, dépeint Dagobert comme un tyran qui se mettait à dos les évêques et imposait de nouveaux impôts. Il est assassiné par une conspiration de la noblesse et son cousin, , roi de Neustrie contre lequel il avait déjà fait la guerre, lui succède.

Biographie

Naissance et exil

Dagobert est le fils de et de son épouse Chimnechilde et remettent toutefois en question la filiation biologique entre Chimnechilde et Dagobert.. Il est nommé ainsi en référence à son grand-père, .

Selon le Liber historiæ Francorum, vers 650, le roi Sigebert, alors sans enfant, adopte le fils de son maire du palais Grimoald, Childebert, et en fait l'héritier de son royaume. Vers 652, à la naissance de Dagobert, Sigebert casse son testament et institue son fils comme seul héritierCe fait est contesté par plusieurs historiens. La qualité de fils adoptif pour Childebert a d'abord été remise en cause par Richard Gerberding qui considère qu'il n'est pas vraisemblable que Sigebert, âgé de 21 ans, ait craint de ne pouvoir avoir d'enfant, puis par Matthias Becher qui remarque qu'aucun texte contemporain ne dénie à Childebert la qualité de mérovingien. C'est seulement le Liber Historiae Francorum, soixante ans plus tard, qui le premier qualifie Childebert d'adoptif, mais dans un sens qui semble dire que son père adoptif est Grimoald. Pour plus de détails, voir l'article ..

En 656, le roi Sigebert est assassiné. Le maire du palais d'Austrasie, Grimoald, fait alors tonsurer le jeune Dagobert, ce qui le prive de ses droits à la succession royale, puis, il l'exile. Il charge Didon, évêque de Poitiers, de l'emmener dans un cloître en Irlande. Grimoald répand alors le bruit de la mort de Dagobert, et fait monter Childebert sur le trône.

vignette|left|Ruines de l'église Saint-Patrick sur la colline de Slane. Le couvent établi au peut avoir été le refuge de Dagobert entre 656 et 676.

Aucune source contemporaine ne décrit le séjour de Dagobert en Irlande. , antiquaire du , est le premier à associer Dagobert à un lieu précis en Irlande. Il écrit qu'une tradition orale locale en vigueur à l'époque plaçait Dagobert dans le monastère de Slane, une conclusion acceptée par certains érudits modernes.

Grimoald meurt assassiné en 657. À la mort de Childebert en 662, le deuxième fils du roi , Childéric, encore mineur, est placé sur le trône d'Austrasie. Il est marié à Bilichilde, sœur de Dagobert, et placé sous la régence de Chimnechilde. Il est assassiné en 675 avec son épouse et son fils.

Le meurtre de Childéric fut l'occasion du retour de Dagobert, mais son résultat immédiat fut la guerre civile. L'ancien maire du palais, Ébroïn, déclare roi en Austrasie un certain Clovis, fils du roi de Neustrie , tandis que le troisième fils de , , est placé sur le trône de Neustrie par Léger, évêque d'Autun. Après la capture de Léger, Ébroïn abandonne Clovis au profit de Thierry et perd ainsi ses alliés austrasiens. Dans cette situation, Dagobert est rappelé de son exil.

Avènement

vignette|Gravure de l'évêque Wilfrid par Sébastien Le Clerc, .

Si le Liber historiæ Francorum est la seule source décrivant les circonstances de l'exil de Dagobert, la Vita sancti Wilfrithi est la seule à évoquer son retour. Cette biographie de l'évêque anglais Wilfrid a été composée dans les premières décennies du par Étienne de RiponLa Vita sancti Wilfrithi utilise l'orthographe anglo-saxonne « Dægberht » pour désigner le roi.. Selon Étienne, Dagobert a été exilé en Irlande « dans sa jeunesse » et lorsque ses amis et parents ont appris qu'il vivait encore, ils ont demandé à Wilfrid de l'emmener en Angleterre et de l'envoyer ensuite en Austrasie. Ce dernier équipa Dagobert en troupes pour l'aider à établir son pouvoir naissant.

La Vita sancti Wilfrithi ne précise pas qui était responsable du rappel de Dagobert, mais seulement qu'il s'agissait d' « amis » (amici) et de « parents » (proximi). Il est possible que les parents aient été du côté de sa mère. Il n'y a pas de consensus sur l'identité des amis, peut-être Wulfoald, le maire du palais sous , ou Pépin et Martin, qui sont arrivés au pouvoir, selon le Liber historiæ Francorum, après « la mort des rois », peut-être en 675 ; ou même Ultan, abbé de Saint-Maur-des-Fossés, qui était lui-même irlandais et avait des relations en Irlande.

La date d'accession au trône de Dagobert n'est pas connue avec certitude. est assassiné en 675 et est déposé en 676, au moment où Dagobert prend ses fonctions, soit entre le et le selon Richard Gerberding, ou vers pour Paul Fouracre. Le règne de Dagobert est peu documenté. Le Liber historiæ Francorum, qui s'inscrit dans une perspective neustrienne, ne le mentionne plus après avoir décrit son exil. Gerberding dit de son auteur : « Soit il ne croyait pas que Dagobert était revenu pour devenir roi, soit il ne voulait pas que nous le sachions ». Fouracre suggère qu'il ne considérait pas Dagobert comme un roi légitime soit parce qu'il n'avait pas été choisi avec le soutien des Neustriens, soit parce qu'il était considéré comme un étranger après son long exil.

Guerre entre la Neustrie et l'Austrasie

Seule une œuvre du , la , mentionne brièvement le règne de Dagobert. Il y est écrit que l'abbesse Salaberge a déplacé son couvent des faubourgs de Langres à la ville de Laon en raison de pressentiments, qui se sont avérés exacts par la suite en raison de « récents combats entre les rois Dagobert et Thierry ». Il s'agit de la seule mention d'une guerre entre Dagobert et son cousin germain, . Elle témoigne de l'animosité persistante entre Ébroïn et les Austrasiens, bien qu'il puisse s'agir à l'origine d'un conflit frontalier en Champagne.

Le fait que la guerre se soit déroulée au cœur de la Bourgogne, qui était sous domination neustrienne, suggère que Dagobert a eu l'initiative pendant un certain temps. C'est peut-être au cours de ce conflit que les Austrasiens, menés par Pépin et Martin, se révoltent. Cependant, et Ébroïn les battent lors de la , entraînant la mort de Martin. Bien que cette bataille ait pu avoir lieu après la mort de Dagobert, il est plus probable qu'elle se soit déroulée en , lorsque Dagobert était encore en vie et en mesure d'ordonner la levée de troupes. La guerre mentionnée dans la Vita ne peut cependant pas être datée avec précision. Elle peut s'être terminée dès .

Les destructions consécutives à une bataille indécise entre Neustriens et Austrasiens se sont déroulées aux alentours de Langres et Chaumont, vers le . Les diocèses de Châlons-sur-Marne et de Langres étaient au cœur des affrontements et, bien que juridiquement neustriennes, étaient partiellement occupées par l'Austrasie, laquelle signa un accord de paix avec la Neustrie après ces litiges frontaliers.

Politique extérieure, charte et monnayage

vignette|Tiers de sou de .Avers : Buste diadémé à droite.Revers : Croix sur un globe.

En 676, Dagobert signe un traité de paix avec les Lombards. Cet événement peut être daté avec précision car la seule autre source, l'Historia Langobardorum écrite par Paul Diacre vers la fin du , fait état de l'apparition d'une comète au mois d'août de la même année. Cette comète a été largement signalée dans le monde entier, de l'Irlande au Japon. Paul situe cependant par erreur le pacte sous le règne du roi lombard Grimoald, qui mourut en 671, avant même que Dagobert ne soit revenu d'Irlande. Le roi lombard à l'époque de la comète était en réalité Perthari.

La seule charte authentique de Dagobert qui nous soit parvenue confirme les possessions du monastère de Stavelot-Malmedy. Dans cette charte, Dagobert fait référence aux donations faites par son père, mais ne mentionne pas que le monastère a été fondé par Grimoald, l'homme qui l'avait exilé.

Pendant son règne, Dagobert émet les derniers tiers d'or mérovingiens, l'or sur les monnaies disparaissant à partir de la mort de en 675. Ses trémissis en or rompent avec l'ancien style franc et copient la croix potencée sur trois marches des solidi byzantins. Dagobert est également le dernier roi au nom duquel des pièces de monnaie ont été frappées à Marseille. L'important monnayage royal de Marseille, qui a duré de 613 à 679, a toujours été frappé au nom d'un roi, ce qui est inhabituel puisque les pièces franques ne contiennent généralement que les noms du monnayeur et du lieu d'émission.

Fin de règne et mort

En 679, alors qu'il se rendait à Rome pour assister à un concile, Wilfrid séjourna à la cour de Dagobert, qui lui était reconnaissant d'avoir facilité son retour d'Irlande. Dagobert lui propose de le nommer au diocèse de Strasbourg, que la Vita sancti Wilfrithi qualifie de « principal évêché de son royaume », mais Wilfrid décline l'offre. Dagobert lui fournit des armes et des compagnons pour le reste de son voyage vers Rome. En Italie, Wilfrid séjourne quelque temps à la cour du roi lombard et nouvel allié de Dagobert, Perthari.

Fin 679, peu après la visite de Wilfrid, Dagobert est assassiné. La Vita sancti Wilfrithi affirme que cet assassinat a été organisé par des « ducs perfides » avec l'accord des évêques. Selon la Vita Dagoberti, source tardive écrite à la fin du , il serait mort assassiné aux alentours de Mouzay, en forêt de Woëvre, suivant une embuscade d'Ébroïn et selon une exécution sans appel de son filleulExtrait du martyrologe d'Adon : « Eodem die passio sancti Dagoberti regis Francorum, qui quadam die pergens venatum in saltu Wavrensi plenus Spiritu sancto in loco qui dicitur Scortias, tribus millibus distante a fisco Sataniaco, in quo ipse morabatur, a filiolo suo nomine Ioanne 10. Kal. Ianuar. martyrizatus est et ab angelis deporatus est ad societatem sanctorum martyrum ». .. La date traditionnelle de sa mort, le , est également basée sur des sources tardives mais largement acceptées.

Après la mort de Dagobert, Ébroïn réussit à étendre l'autorité de sur l'Austrasie. Lors de son voyage de retour à travers l'Austrasie en 680, Wilfrid est arrêté par les Neustriens d'Ébroïn, qui lui reprochent d'avoir organisé le retour de Dagobert. Selon le rapport de la Vita, Dagobert était un « destructeur de villes, méprisant les conseils des magnats, réduisant le peuple par des impôts, [...] méprisant les églises de Dieu et leurs évêques ». Il est possible que la référence à la destruction des villes renvoie à l'incapacité de Dagobert à les protéger lorsque Ébroïn dévasta le pays après sa victoire à Bois-du-Fays.

Vénération vignette|gauche|Stèle du martyr de saint Dagobert, crypte de l'église Saint-Dagobert de Stenay. La Vita sancti Wilfrithi est la seule source qui relate l'assassinat de Dagobert, mais elle est corroborée par le fait qu'il était vénéré comme martyr dans la région des Ardennes avant la fin du .