Jean-Louis Martinoty, né le à Étampes et mort le à Neuilly-sur-Seine, est un metteur en scène et essayiste français, remarqué pour ses mises en scène d'opéras baroques à partir des années 1980. Il a également été administrateur général de l'Opéra de Paris de 1986 à 1989.

Biographie Jean-Louis Martinoty passe son enfance et son adolescence en Algérie où son père est fonctionnaire des impôts ; il est élève au lycée Bugeaud d'Alger, comme avant lui Albert Camus et Jacques Derrida. En 1961, ses parents quittent l'Algérie et s'installent à Nice où il fait des études de lettres classiques tout en apprenant le violoncelle.. Après quelques années d'enseignement, il se fait connaître comme essayiste, journaliste, homme de radio et critique musical au journal L'Humanité.. C'est dans ce cadre qu'il rencontre le metteur en scène lyrique Jean-Pierre Ponnelle avec qui il découvre l'univers de l'opéra. Celui-ci l'invite en 1972 au Festival de Salzbourg où il prépare une nouvelle mise en scène des Noces de Figaro avec Herbert von Karajan pour évoquer un futur projet d'un livre commun sur Mozart. À la suite d'un remplacement ponctuel de Jean-Pierre Ponnelle pour une répétition, il devient son assistant pendant plusieurs années, écrivant pour lui la plupart des scénarios de ses films d'opéra (dont La Clémence de Titus, Madame Butterfly, Carmina Burana). et réalisera lui-même en 1985 un film d'opéra (Pasticcio d'après Haendel) ainsi que deux documentaires sur le maniérisme italien. En 1992, il épouse Tamara Adloff.

Jean-Louis Martinoty commence une carrière de metteur en scène d'opéra en 1975 avec Le Songe d'une nuit d'été de Britten à l'Opéra de Strasbourg suivi de La Périchole d'Offenbach à l'Opéra de Lyon en 1977. Alors que cela n'est pas encore la mode, Louis Erlo, directeur de l'Opéra de Lyon, lui confie ensuite plusieurs ouvrages rares du répertoire baroque (Ercole amante de Francesco Cavalli en 1979., David et Jonathas de Marc-Antoine Charpentier en 1981 qui obtient le Prix Claude-Rostand). Entretemps, il met en scène Semele dans le cadre du festival Haendel de Karlsruhe, festival auquel il participera régulièrement jusqu'en 1995 avec Rinaldo, Giulio Cesare in Egitto, Tamerlano et Amadigi. En , il se voit confier Le Couronnement de Poppée de Monteverdi à l'Atelier lyrique de Tourcoing sous la direction musicale de Jean-Claude Malgoire qui reçoit à nouveau le prix Claude-Rostand.

Au Festival d'Aix-en-Provence en 1982, c'est la consécration avec Les Boréades de Jean-Philippe Rameau et John Eliot Gardiner à la baguette : il s'agit de la création mondiale posthume après presque deux siècles d'oubli..) qui obtient le Grand Prix de la meilleure production lyrique. En 1991, Alceste de Lully au théâtre des Champs-Élysées (dont le cinéaste Jacques Rozier fera un film à partir d'extraits des répétitions et de la générale...) marque les esprits.. Ce sera aussi pour cas pour plusieurs créations d'opéras baroques : Tarare d'Antonio Salieri au Festival de Schwetzingen, évoqué en termes élogieux dans la : ; d'Antonio Cesti créé au sous la direction de René Jacobs ; L'opera seria de Florian Leopold Gassmann créé au Festival d'Innsbruck, également sous la direction de René Jacobs ; ou encore l'opéra Thésée de Lully avec Emmanuelle Haïm au théâtre des Champs-Élysées..

Son expérience du baroque l'amène à écrire un livre en 1990, Voyages à l'intérieur de l'opéra baroque, De Monteverdi à Mozart, dans lequel il analyse une dizaine d’œuvres sur les plans dramatique, scénographique et politique.

Mais ses nombreuses mises en scène (près d'une centaine entre 1975 et 2015) ne se limitent pas au baroque au cours de sa carrière et abordent l'ensemble du répertoire sur les grandes scènes françaises et internationales : Ariane à Naxos de Richard Strauss à Covent Garden, la Tétralogie de Wagner à Karlsruhe dont il a également conçu les décors, Le Vaisseau fantôme du même compositeur et Orphée aux Enfers d'Offenbach à l'Opéra de Paris, Carmen de Bizet à Bonn et à Tokyo, Pelléas et Mélisande de Debussy au théâtre des Champs-Élysées, La Clémence de Titus de Mozart et Don Pasquale de Donizetti au Deutsche Oper Berlin., Faust de Gounod au Teatro San Carlo de Naples, Don Giovanni de Mozart au Wiener Staatsoper. Après une expérience théâtrale au Festival d'Avignon en 1983 avec un montage d'extraits des pièces de Racine dans un décor d'Olivier Debré, il fait une incursion dans le domaine de l'opérette viennoise avec La Veuve joyeuse de Franz Lehár et Le Baron tzigane de Johann Strauss à l'Opéra de Zurich en 1990 sous la direction musicale de Nikolaus Harnoncourt. Et même de la comédie musicale avec Le Petit Prince tiré du roman de Saint-Exupéry sur une musique de Richard Cocciante et des paroles d'Élisabeth Anaïs au Casino de Paris en 2002.

Sa solide direction d'acteur, ses mises en scène érudites en collaboration régulière avec le décorateur autrichien et le costumier Daniel Ogier, sont la plupart du temps saluées, telle sa production des Noces de Figaro de Mozart qui reçoit à nouveau le Grand Prix de la meilleure production lyrique. Créée au théâtre des Champs-Élysées en 2001, elle est reprise trois fois au cours des sept saisons suivantes, puis au Wiener Staatsoper en Autriche où elle entre au répertoire.. En revanche, Faust de Gounod à l'Opéra Bastille en 2011 avec Roberto Alagna dans le rôle-titre fait l'objet d'une salve de critiques négatives, notamment en raison de son décor chargé et de sa mise en scène jugée trop « kitsch »..

Il fait un retour remarqué en 2012 avec l'opéra Macbeth de Verdi créé à l'Opéra national de Bordeaux... Cette production, reprise à l'Opéra de Nancy en 2013 et à l'Opéra de Toulon en 2014., est sa dernière mise en scène.

Jean-Louis Martinoty meurt à l'âge de 70 ans le dans une clinique de Neuilly-sur-Seine après une opération du cœur.... Fleur Pellerin, ministre de la Culture et de la Communication, lui rend hommage dans un communiqué de presse. : . En , son ami Jean Ristat publie un long poème élégiaque sur sa disparition, Éloge funèbre de Monsieur Martinoty..

Jean-Louis Martinoty est inhumé dans le cimetière de Joiselle, village de la Marne où il vivait depuis quarante-cinq ans..

Administrateur général de l'Opéra de Paris Jean-Louis Martinoty a été l'administrateur général de l'Opéra de Paris de 1986 à 1989.. Nommé à la surprise générale le après la démission de son prédécesseur, l'Italien Massimo Bogianckino élu maire de Florence., il doit diriger la maison dans le contexte très tendu du « pré-Bastille », caractérisé par des querelles internes et d'importants problèmes de budget.. Malgré ces difficultés, il innove néanmoins à plusieurs reprises pendant son mandat...

Dès son arrivée, il nomme un directeur musical (Lothar Zagrosek), fonction qui n'existait plus à l'Opéra de Paris depuis 1826 et qui a été maintenue quasiment sans interruption jusqu'à aujourd'hui, ainsi qu'un directeur technique, un directeur de la programmation et un directeur des ateliers..

Passionné d'art contemporain, il le fait entrer, non sans quelques remous, sous les ors du Palais Garnier :

en initiant les "Cartes blanches", spectacle global monté autour d'un artiste peintre, d'un plasticien ou d'un sculpteur (Karel Appel, Paul Jenkins, Arman, Bernar Venet) en collaborant avec des peintres ou des plasticiens comme décorateurs d'opéra (Valerio Adami, Olivier Debré, Dado), pratique qui était une première à l'époque et qui s'est largement généralisée par la suite en décorant son propre bureau d'administrateur de meubles créés par Arman en forme d'instruments de musique.

Il inscrit au répertoire deux opéras du compositeur tchèque Leoš Janáček, Katja Kabanova et De la maison des morts, produits parallèlement pour la première fois en 1988 au Palais Garnier et Salle Favart.

Entre 1986 et 1989, trois opéras seront créés sur la scène du palais Garnier : La Célestine de Maurice Ohana dans une mise en scène de Jorge Lavelli, Doktor Faust de Busoni et Le Maître et Marguerite de York Höller d'après le roman de Boulgalkov, prix de la critique en Allemagne. C'est également sous le mandat de Jean-Louis Martinoty en que sera programmé à l'Opéra-Comique Atys de Lully, mis en scène par Jean-Marie Villégier sous la direction musicale de William Christie.

Opéra de Massy Entre fin 1989 et 1993, Jean-Louis Martinoty se consacre essentiellement à la création de l'Opéra de Massy, devenu le plus jeune Opéra de France. Sous l'impulsion de Claude Germon, maire socialiste de l'époque, il l'aide à concrétiser son concept .. Création qui provoquera au début énormément de polémiques compte tenu de son budget jugé "pharaonique" pour un opéra de banlieue. Jean-Louis Martinoty y travaille pendant trois ans, en participant à l'architecture de la salle de spectacles et en préparant la programmation de la première saison.

Principales mises en scènes 1975 : Le Songe d'une nuit d'été, opéra en 3 actes de Benjamin Britten, Opéra de Strasbourg.

1977 : La Périchole de Jacques Offenbach, direction musicale de Claire Gibault, Opéra de Lyon.

1978 : Idoménée, opera seria de Mozart, direction musicale d' Erich Bergel, Opéra de Lyon.

1979 : Ercole amante, opéra de Francesco Cavalli, direction musicale de Michel Corboz, Opéra de Lyon. 1980 Semele, opéra en 3 actes de Haendel, Badisches Staatstheater de Karlsruhe. Écouter-Mourir, musique et livret de Nguyên Thiên Dao, Festival d'Avignon, Cloître des Célestins.

1981 David et Jonathas, tragédie lyrique de Marc-Antoine Charpentier, direction musicale Michel Corboz, Opéra de Lyon. La Bohème de Giacomo Puccini, direction musicale Paolo Peloso, Opéra de Lyon.

1982 Le Couronnement de Poppée de Monteverdi, direction musicale Jean-Claude Malgoire, Atelier lyrique de Tourcoing. Les Boréades de Jean-Philippe Rameau, direction musicale John Eliot Gardiner, Festival d'Aix-en-Provence.

1983 : Racine(s) d'après Racine, adaptation et mise en scène, scénographie et peintures d'Olivier Debré, costumes de Daniel Ogier, Festival d'Avignon, Chapelle des Pénitents blancs.

1984 : Madame Butterfly, opéra de Puccini, direction musicale Hans Gierster, Opéra de Nuremberg 1985 Ariane à Naxos de Richard Strauss, direction musicale Jeffrey Tate, Covent Garden, Londres. L'Heure espagnole de Maurice Ravel, direction musicale Philippe Nahon, Opéra-Comique Gianni Schicchi de Puccini, direction musicale Marcello Panni, Opéra-Comique 1986 : Ariane à Naxos de Richard Strauss, direction musicale Marcello Panni, Opéra-Comique.. 1987 Le Vaisseau fantôme, opéra de Richard Wagner, direction musicale Marek Janowski, Opéra Garnier Il trittico de Puccini, direction musicale Marcello Panni, Opéra-Comique 1988 Orphée aux Enfers, opéra bouffe de Jacques Offenbach, direction musicale Lothar Zagrosek, Opéra Garnier Tarare, tragédie lyrique de Salieri, direction musicale Jean-Claude Malgoire, Festival de Schwetzingen en Allemagne..

1989 Le Chevalier à la rose de Richard Strauss, direction musicale Georg Schmőhe, théâtre des Champs-Élysées.. Le Maitre et Marguerite, opéra de York Höller d'après le roman éponyme de Mikhaïl Boulgakov (création), Opéra Garnier...

1990 L'heure espagnole de Maurice Ravel et Les tréteaux de Maître Pierre de Manuel de Falla, direction musicale Jacques Mercier, Opéra-Comique. Le Baron tzigane, opérette de Johann Strauss, direction musicale Nikolaus Harnoncourt, Opéra de Zurich..

1991 La clemenza di Tito de Mozart, direction musicale Franz-Welser-Möst, Deutsche Oper Berlin Alceste de Lully, direction musicale Jean-Claude Malgoire, théâtre des Champs-Élysées et Opéra royal de Versailles..

1993 Miroirs d'Aragon, d'après des textes de Louis Aragon, avec François Chaumette, Edith Scob, Daniel Mesguich, théâtre des Champs-Élysées Mefistofele d'Arrigo Boito, Opéra de Bâle Tamerlano, opéra de Georg Friedrich Haendel, décors de Dado, direction musicale de Roy Goodman, Badisches Staatstheater Karlsruhe.