Dans son acception classique, l'architecte est d'abord un artiste et un technicien (dans la profession des architectes de l'État, du gouvernement, du département ou de la ville)« Architecte », www.cnrtl.fr (consulté le 2 mai 2019). spécialisé dans la conception des constructions (bâtiments, ouvrages d'art...). Répondant aux besoins – appelé programme – de son client, il traduit en dessins expressifs et techniques une réflexion sur l'espace attribué à une construction, un abri ou un signal. Il compose une œuvre dans l'espace à l'aide des moyens essentiels que sont la lumière, les volumes et les matériaux puis conduit le chantier. Professionnel de haut niveau ayant suivi cinq ans d'études après le baccalauréat pour l'architecte DE (diplômé d'État) et six ans d'études pour l'architecte HMONP (habilité à exercer la maîtrise d'œuvre en son nom propre), il doit avoir de larges connaissances et s'appuie sur des spécialistes pour détailler son projet. Il peut exercer à titre libéral (gérant d'une société) ou comme salarié (cadre).
L'architecte, quand il exerce la , rédige un contrat d'architecte signé par son client appelé le . Cette entente définit l'étendue de sa mission. L'architecte conçoit des bâtiments publics (écoles, mairies, musées...) ou privés (logements, commerces, industries…), des structures de génie civil (ponts, monuments) et des projets d'urbanisme. Il participe à l'aménagement du territoire (espaces bâtis ou naturels). Il est l'auteur d'œuvres d'art protégées au titre de la propriété intellectuelle.
Aujourd'hui, parce qu'il y a maîtrise d'œuvre, le terme « architecte » est également utilisé comme partie d'un titre composé : l'architecte d'intérieur, dont la mission est limitée à la conception d'aménagements non structurels ne nécessitant pas l'obtention de permis de construire. Par analogie, l'ingénieur en informatique, dit « architecte informatique », a pour rôle d'agencer, raccorder et mettre en œuvre les composants d'un réseau informatique. Ce titre n'enfreint plus la loi de 1977 sur l'architecture à la suite d'une création de titre RNCP.
Histoire Origines thumb|Imhotep, le premier architecte connu.
La première mention connue du mot architecte apparaît au dans le livre d'Hérodote, Histoires, décrivant le tunnel de Samos : . Le mot est composé de , « chef, maître », et de , « ouvrier, artisan, charpentier ».
Hérodote utilise ce mot pour le constructeur du pont de bateaux permettant de franchir l'Hellespont en 513 av. J.-C. (Histoires, 4,88) : Pour Hérodote, le mot architecte donné à Eupalinos qui est un des « auteurs des trois plus grands ouvrages que possède la Grèce » ou à Mandroclès de Samos n'a pas pour lui le sens qu'il a pris aujourd'hui, c'est plus un technicien de la construction ou un ingénieur. Il est possible que ce mot ait été utilisé parce que les premiers temples étaient construits en bois. C'est au que se fait la transition entre construction en bois des temples vers la construction en maçonnerieJean Charbonneaux, Roland Martin et François Villard, Grèce archaïque, Paris, Gallimard, « coll. « L'univers des formes », 1968, .. Quand Pausanias visite l'Héraion d'Olympie au , il y voit encore certaines colonnes en bois. Le mot tekton apparaît chez Homère ou chez Sophocle où il désigne un sculpteur.
Tous les premiers architectes de l'époque archaïque grecque ont laissé leur nom dans l'Histoire par les prouesses techniques de leurs constructions. Le rôle de l'architecte dans un chantier grec était celui d'un conseiller technique auprès des personnes chargées par la cité ou les responsables des sanctuaires de suivre l'exécution des bâtiments conformément aux devis et d'assurer le paiement des travaux après leur réception par l'architecte. C'est à partir du qu'ils exercent une activité indépendante avec des contrats définissant les bâtiments à construire présentés et votés par les assemblées des cités. Il existe aussi des architectes fonctionnaires travaillant pour une administration de cité ou de sanctuaireRoland Martin, Manuel d'architecture grecque, Paris, Éditions A. et J. Picard et , 1965, , ..
Il est possible que dès les temps archaïques, le mot désigne celui qui commande les ouvriers. On retrouve cette définition dans Le Politique de Platon où on trouve en :
Dans la Métaphysique, Aristote a opposé larchitecton au travailleur manuel (). On voit aussi Aristote qualifier l'architecte de la cité de Milet et du Pirée, Hippodamos, de météorologos, dans la mesure où il essaie de recréer une cité reflétant dans son plan l'harmonie céleste. Hippodamos est aussi un penseur politique dont le livre II 1267b22-30 de La Politique d'Aristote fait une description de sa vision de la cité idéale au Marco V. Garcia Quintela, « Le Livre d'Anaximandre et la société de Milet », Mètis. Anthropologie des mondes grecs anciens, 1996, , , .. Progressivement va apparaître une différenciation dans le monde gréco-romain entre architektôn et méchanikos, l'architecte et l'ingénieur.
Cette fonction d'architecte n'est pas propre à la cité grecque. Le plus ancien nom d'architecte qui est resté dans l'histoire est celui d'Imhotep, l'architecte du complexe funéraire de Saqqarah et le conseiller du pharaon Djéser, vers 2630 à 2611 av. J.-C., de la dynastie égyptienne. En Babylonie, aucun nom d'architecte n'est parvenu. La fonction de maçon existait et apparaît dans le Code de HammurabiAndré Finet, Le Code d'Hammurabi, Paris, Le Cerf, 1996 . § 228-230, rédigé par Hammurabi, sixième roi de la première dynastie amorrite et datant d'environ 1750 av. J.-C..
Vitruve, De architectura thumb|L'architecte en son cabinet, Neuwied, 1779.
Larchitecton grec va passer directement au latin dès le où on le retrouve dans les textes de Plaute au au sens propre et figuré. Larchitecton va devenir architector dans l'époque tardive, mot qui va donner architectura en suivant la même variation que sculptor-sculptura ou pictor-pictura. La forme architectus apparaît aussi chez Plaute. Les deux formes architector et architectus s'utilisent dans le sens de au sens propre comme au sens figuré. La forme architectus va donner une explication étymologique erronée du mot en rapprochant tectus de tego, tegere, texi, tectus, conjugaisons du verbe « couvrir » et lui donnant le sens de personne qui réalise la couverture d'un bâtiment.
C'est un architecte et ingénieur d'Auguste, Vitruve, qui va donner le premier livre d'architecture, De architectura. Ce n'est pas le premier livre d'architecture qui a été rédigé (on sait par Vitruve que certains architectes grecs ont écrit des livres d'architecture), mais le seul qui nous soit parvenu. On peut ajouter celui que Frontin alors curateur des eaux écrit sur les aqueducs de Rome : De aquis urbis Romœ.
Dans l'introduction du chapitre I du livre I, Vitruve définit ce qu'est pour lui l'architecture :
Vitruve a voulu rédiger un traité complet sur l'architecture considérée dans le champ large donné par les architectes grecs. En plus de l'architecture prise dans son domaine traditionnel, il a ajouté traitant de l'hydraulique urbaine, de l'astronomie et de la gnonomique et des engins de siège. Il n'est pas inutile de rappeler qu'il a été un technicien attaché à César et fut chargé par Octave d'assurer la maintenance du parc d'artillerie, qu'il a été probablement pris comme expert dans le Service des eaux de Rome d'après Frontin et qu'il a construit la basilique de Fanum Fortunæ (Fano) dont il fait la description au livre V. La compréhension du De architectura n'est pas toujours simple, car il y a peu de dessins permettant d'expliciter le texte. Vitruve a en effet choisi de s'adresser à un milieu cultivé et non aux architectes dont la corporation était peu considérée à Rome. C'est peut-être ce qui explique le choix de Vitruve et quand il fait référence à l'architecture grecque des qui est pour lui l'aboutissement de l'architecture et traite d'une manière dépréciative l'usage de la brique et de l’opus caementicium (mortier) qui ont pourtant été largement utilisés par les architectes romainsJean-Pierre Adam, La Construction romaine. Matériaux et techniques, Paris, Éditions A. et J. Picard, 1984 , .. Pour rédiger son livre, Vitruve a utilisé les écrits d'architectes grecs qui ont été perdus tels Hermogène, Hermodoros, Pythéos de Priène… ou de philosophes comme Aristoxène de Tarente sur l'harmonie musicale. Les architectes romains sont architectus, machinator (ingénieur) et redemptor (entrepreneur).
Peu d'architectes romains ont laissé leur nom. Les architectes ne sont plus dans le monde romain que des (constructeur, technicien) au service des maîtres d'ouvrage, magistrats ou puissants, évergètes cherchant à laisser leurs noms à la postérité par la construction de monuments nécessaires à l'agrément de la ville romaineAndré Pelletier, L'Urbanisme romain sous l'Empire, Paris, Picard, 1982 .L. Duret et J.-P. Néraudau, Urbanisme et métamorphose de la Rome antique, Paris, Société d'édition Les Belles Lettres, coll. « Réalia », 1983 .. On connaît Apollodore de Damas, l'architecte de Trajan qui lui a confié la construction de son forum, Robirius, celui de Domitien qui a dirigé les travaux du palais du Palatin. Cependant, le livre de Vitruve est un témoin essentiel de l'architecture grecque et romaine. Malgré les troubles provoqués par les invasions du début du , on sait qu'il va être utilisé jusqu'à l'époque carolingienne. On ne peut pas affirmer que l'architecte de la chapelle palatine d'Aix-la-Chapelle, Eudes de Metz, connaissait l'œuvre de Vitruve, mais c'était probablement le cas de ceux qui surveillaient les travaux, comme Éginhard. En effet, ce dernier cite Vitruve dans une lettre datant de 840. On a retrouvé des manuscrits de Vitruve dans les bibliothèques des abbayes de Reichenau, de Murbach, de Saint-Gall. Un manuscrit du se trouve à la Bibliothèque humaniste de Sélestat. Il a la particularité de contenir des dessins de chapiteaux dont certains historiens ont rapproché le style aux chapiteaux réalisés à la porte monumentale de l'abbaye de Lorsch et les ont attribués à ÉginhardRoland Recht (dir.), Les Bâtisseurs des cathédrales gothiques, Strasbourg, Éditions Les musées de la ville de Strasbourg, 1989 ..
Des époques carolingienne et romane sont restés une cinquantaine d'exemplaires du livre de Vitruve. Au , après la fin des attaques contre l'empire carolingien des Vikings à l'ouest et au nord, des Sarrasins au sud, des Hongrois à l'est, la reprise des constructions autour de l'an mil se fera sans oublier l'apport de l'Antiquité romaine. Ainsi la construction de l'abbatiale Saint-Michel à Hildesheim commandée par l'évêque Bernwald et édifiée sous la direction du prieur Gonderamnus entre 1010 et 1033. Certains historiens ont fait de l'évêque Bernwald l’architectus sapiens, concepteur de l'ensemble de l'édifice, et du prieur Gonderamnus, l'architectus cementarius, dirigeant le chantier de l'abbatiale. Cette proposition a été faite à la suite de la découverte d'une copie carolingienne du De architectura (manuscrit Harleianus 2767) au British Museum de Londres, signée à la dernière page par Gonderamnus. Il se trouve aussi dans le trésor de la cathédrale de Hildesheim le Liber mathematicalis de l'évêque Bernwald, qui est une copie du De institutione arithmetica de Boèce. On peut supposer que ce livre a été consulté par Gonderamnus, d'où viendrait la disposition de l'axe longitudinal de l'église suivant la série du tétraèdre développée à partir des nombres triangulaires.
L'œuvre de Vitruve est étudiée tout au long du Moyen Âge. Il a voulu montrer que l'architecture était un véritable . C'est ce qu'il justifie dans le paragraphe qui suit dans le premier chapitre du livre 1 :