Euterpe oleracea est une espèce de palmiers de la famille des Arecaceae, originaire du Nord de l'Amérique du Sud. Il est appelé wassaï ou pinot en Guyane, mais c'est le vocable brésilien açaï (ou açaíAu Brésil et dans d’autres pays d’Amérique du Sud, le terme açaí (emprunté à la langue tupi) est le nom commun donné à trois espèces de palmiers : Euterpe edulis Mart., Euterpe oleracea Mart. et Euterpe precatoria Mart. Le premier, E. edulis, est une source primaire de cœur de palmier, tandis que E. oleracea et E. precatoria sont connus pour la pulpe de leur fruit. Le terme açaí peut désigner, selon le contexte, le palmier en entier ou son fruit ou la pulpe de son fruit (seule comestible). Dans cet article, c’est uniquement dEuterpe oleracea qu’il s’agira. cf Wei Wycoff et al Chemical and nutritional analysis of seeds from purple and white açaí (Euterpe oleracea Mart.) ) qui tend à s’imposer sur les deux autres termes ailleurs en France.
Il pousse en touffe serrée de plusieurs tiges. Le stipe (faux-tronc) principal peut faire au plus de de hauteur et de diamètre. Sa couronne comporte de 8 à 14 feuilles pennées. Les fruits, aussi nommés açaís, sont des drupes violet très foncé, comestibles, et très réputées pour leur niveau élevé en antioxydants. L’açaí est considéré comme l’une des espèces les plus naturellement abondantes dans les plaines inondables de l’estuaire de l’Amazone.
La pulpe broyée du fruit, additionnée d’eau, donne une boisson onctueuse appelée jus de wassey en Guyane, et vinho de açaí au Brésil, bien qu’elle ne soit pas fermentée. La pulpe d'açaí se dégrade rapidement et doit donc être consommée dans les 2 à 3 jours après la cueillette du fruit, ou être lyophilisée en usine.
L’açai est maintenant planté pour la production de cœur de palmier. Il est cultivé comme ornemental en raison de l'élégance de ses palmes.
Nomenclature et étymologie En 1824, l’espèce a été décrite et nommée Euterpe oleracea par un botaniste allemand Carl von Martius (dans Historia Naturalis Palmarum 2(2): 29–31, f. 28–30).
Le nom de genre Euterpe est emprunté au grec ancien , francisé en Euterpe qui dans la mythologie grecque, était la muse de la musique. L’étymologie du mot grec Eutérpê, « qui sait plaire » (de εὖ / eũ, « bien » et de τέρπω / térpô, « plaire ») indique qu’elle était considérée comme une inspiratrice de la créativité artistique. Carl von Martius a choisi cette appellation en raison de la grâce et de la beauté des palmiers de ce genre.
L’épithète spécifique oleracea vient du latin oleraceus « employé comme légume » Linné, avec ŏlŭs (hŏ-), ĕris, n., légume, herbe potagère. L’épithète serait une allusion à l’utilisation culinaire de ses baies.
Dénominations Noms vernaculaires En Guyane, il est appelé wassaï (emprunt à la langue tupi-guarani) ou palmier pinot / pinot (emprunt à la langue caribe des Amérindiens Kali'na de la région de Saint-Laurent-du-Maroni). En Guyane, le palmier pinot peut former de vastes peuplements, sur les berges inondables des fleuves, quasiment monospécifiques, appelés « pinotières » (P. Laval, 2012).
En Amérique du Sud d’où il est originaire, il est appelé açaí au Brésil ou açaizeiro (du portugais açaí ), manaka / podosiri au Suriname, murrapo en Colombie. Le nom portugais açaí est une adaptation de la langue tupi /ĩwasa'i/ qui signifie « le fruit qui pleure », en raison d’une légende amérindienne.
Après le succès de l’introduction en Occident dans les années 1990, de produits de baies d’açai réputés bons pour la santé, le terme brésilien açai s’est imposé en France, comme ailleurs.
Noms scientifiques synonymes Selon POWO, les synonymes hétérotypiques sont : Catis martiana O.F.Cook in Bull. Torrey Bot. Club 28: 557 (1901) Euterpe badiocarpa Barb.Rodr. in Contr. Jard. Bot. Rio de Janeiro 1: 12 (1901) Euterpe beardii L.H.Bailey in Gentes Herbarum 7: 426 (1947) Euterpe brasiliana Oken in Allg. Naturgesch. 3(1): 674 (1841) Euterpe cuatrecasasiana Dugand in Revista Acad. Colomb. Ci. Exact. 8: 393 (1951)
Le palmier royal des Caraïbes, Roystonea oleracea, est parfois confondu avec Euterpe oleracea.
Description
L'açaï est un palmier gracile, inerme, cespiteux, poussant en touffes serrées de 10 à 20 stipes. De jeunes palmiers naissent systématiquement à la base d'un stipe déjà développé. Les vieilles feuilles tombent au sol, ce qui contribue à donner à l'espèce un aspect net et gracieux.
Le stipe fait de 3 à de hauteur et de 7 à de diamètre. Il est gris, très droit, avec à sa base un cône de racines aériennes et à sa partie supérieure un manchon foliaire vert ou teinté de brun foncé, jaune vert, rouge terne ou pourpre.
Sa couronne comporte 8 à 14 feuilles (ce qui est peu). Chacune jusqu’à de longueur, est constituée de nombreuses 50 à 70 folioles de chaque côté, pennées et pendantes et disposées de manière régulièrement opposées ; ce qui est très caractéristiques du genre Euterpe et fait le tout le charme du palmier. La feuille est portée par un pétiole long d’environ et possède à la base une gaine foliaire longue de 0,80 à formant le manchon foliaire.
Les inflorescences sont ramifiées une fois et longues d’environ , portées sur un pédoncule long de 10 à , enfermées lors de leur phase initiale de croissance dans une spathe caduque, verte et longue d’environ . L’espèce est monoïque: les fleurs unisexuées sont disposées par 3, une femelle entre deux mâles. Le périanthe de la fleur a 6 tépales. Les fleurs mâles sont pourpres et les fleurs femelles marron clair. Les fruits sont des drupes comestibles, également nommés « açaí », d’un violet très foncé ; elles ressemblent à la myrtille, à la griotte ou au bleuet (au Canada). Ils poussent en grappes en haut du tronc du palmier. Leur goût rappelle le chocolat et les fruits rouges. Le fruit fait 1 à de diamètre et le noyau représente la majeure partie du fruit, mesurant jusqu’à de diamètre. Sa chair (le péricarpe) est pulpeuse et fine, et de 1 à d’épaisseur. Très fragile, les micro-organisme s’y développe rapidement, elle ne peut être consommée fraîche que dans les 48 heures suivant sa cueillette. La seule manière de la conserver sur une plus longue durée est de la congeler le plus rapidement possible après la cueillette.
Dans la région méristématique apicale, à l’aisselle de chaque ébauche foliaire se trouve une inflorescence préformée. Sa maturation est désynchronisée par rapport à celle de la feuille existante. Ce n’est qu’une fois la feuille tombée, que l’inflorescence commence à croitre. Ainsi, les inflorescences ouvertes et les infrutescences se situent aux aisselles des feuilles récemment tombées, juste au-dessous du manchon foliaire.
Caractères importants : l’albumen (en anglais : endosperm) ruminé : la couche de tissu nutritif qui entoure l’embryon dans la graine est divisée en plusieurs lobes distincts qui ressemblent à des feuilles repliées sur elles-mêmes. la feuille de la plantule est bifide, c’est-à-dire qu’elle divisée en deux lobes.
Répartition géographique Selon POWO (Plant of the World Online), Euterpe oleracea est originaire du Nord et Nord-Est du Brésil, de la Colombie, Équateur, Guyane française, Guyana, Suriname, Trinité-et-Tobago, Venezuela.
Au Brésil, on le trouve plus précisément dans les états d'Amazonas, Acre, Amapá, Pará et Maranhão.
Dans l'ouest, on note sa présence au niveau de la côte pacifique de Colombie et du nord de l'Équateur.
Ces régions offrent des conditions idéales à l’épanouissement de l’açaí : températures élevées (moyenne annuelle de ), précipitations importantes (moyenne annuelle de ), forte humidité (moyenne annuelle de 80 %), sols acides (pH 4 à 6) et une altitude n’excédant pas . Le palmier a besoin de sols acides, riches en substances organiques et constamment humides car il ne supporte pas les périodes de sécheresse. On estime à un million d’hectares la zone d’écosystèmes de forêts d’açaí.
Écologie de la pinotière Peuplement type
En Guyane, les vastes peuplements de pinots (E. oleracea), quasiment monospécifiques, sont appelés pinotières. Dans son étude biologique des pinotières, le botaniste R. Oldeman de l’ORSTOM donne la définition écologique suivante de la pinotière . Par pégasse, il faut entendre une sorte de tourbe à réseau très lâche, plus ou moins fibreuse ou spongieuse, surmontant directement l’argile. La pinotière se caractérise par une interaction entre un climat tropical humide et des accumulations de matières organiques (de pégasse). La pinotière s’établit dans les écosystèmes inondés de forêt de varzea. La végétation de la pinotière pure (abstraction faite des plantes herbacées), comprend uniquement des individus dEuterpe oleracea. En Guyane à la limite de cette zone, apparaissent de grands arbres comme Virola surinamensis (Rol.) Warb. (Myristicacées), Symphonia globulifera L. f. (Guttifères), Pterocarpus officinalis Jacq. (Fabacées), Carapa guianensis Aubl. (Méliacées). On parle de « pinotières mélangées » pour les formations dans lesquelles la fréquence relative des pinots est comprise entre 50 et 90 %.
À l’intérieur de la Guyane, la pinotière mélangée est la plus fréquente alors que sur la plaine côtière, les pinotières pures occupent des surfaces importantes.
Croissance en touffe, pneumatophore Après la germination de la graine, la région apicale passe par une série d’élargissements, avec des entre-nœuds très courts, jusqu’à ce que l’axe ait atteint son diamètre définitif. Désormais la région mérismatique élargie conservera le même diamètre pendant toute la vie du palmier (aux fluctuations près dues aux sécheresses ou aux lésions).
Pendant un à trois ans, il n’y aura qu’une seule tige (l’axe épicotylé) à la base de laquelle se formera un manchon de racines aériennes jusqu’à une hauteur de quelques décimètres. Lorsque la tige atteint une hauteur d’environ , elle arrive à son diamètre définitif. Puis au niveau des cicatrices foliaires de la base s’ébauchent des axes latéraux d’une identité morphologique rigoureuse avec le premier axe. (Oldeman, 1969). Ce qui est confirmé quand le palmier meurt de mort naturelle, il en résulte que tout le complexe de racines et d’axes meurent ensemble puis tombent. Par contre les individus lésés, par exemple ceux dont les branches ont été coupées pour récolter le chou ou pour l’utilisation des feuilles, survivent en continuant à se ramifier.
Le palmier pinot forme des ramifications verticales de racine, terminées par des tissus spongieux effectuant des échanges gazeux, appelées pneumatophores. Il engendre très tôt sur les racines normales descendantes (à géotropisme positif) et sur les racines horizontales, des racines verticales (à géotropisme négatif), rouges, et qui se dressent jusqu’à au-dessus du sol. La partie inférieure, au-dessous de la surface de l’eau, est jaunâtre et porte de nombreuses racines absorbantes, capillaires. Tandis que la partie aérienne, rouge et lisse, est couverte de pneumatorhizes spécialisés dans la fonction respiratoire ; son apex est protégé par une coiffe épaisse et brunâtre. Le pinot continue à former toute sa vie des pneumatophores.
Récolte
La domestication du palmier wassaï E. oleracea et la consommation de son fruit sont attestées dès le dans la région de Marajo, à l’embouchure de l’Amazone, ainsi que dans d’autres communauté amérindiennes d’Amazonie, où le palmier occupait déjà une place importante dans l’économie. La consommation de l’açai perdure dans les communautés actuelles et dans les populations métisses, telles que les Caboclos. Depuis des siècles, on la rencontre dans la population urbaine des grands centres amazoniens. À Belem, l’açai est une spécialité culinaire emblématique. Depuis les années 80, une industrie de production et de transformation s’est constituée dans les États brésiliens du Pará, de l’Amapá, de l’Amazonas et du Maranhão afin d’assurer l’approvisionnement des centres urbains brésiliens et des pays du Nord comme les États-Unis, le Canada, l’Europe et le Japon où la demande est croissante.