Ambrosius Aurelianus, Ambroise Aurélien en français moderne (Emrys Wledic en gallois moderne), est un chef de guerre breton du Haut Moyen Âge sur lequel nous ne possédons que peu d'éléments, tous proches de la légende.
Il apparaît dans les sources comme actif de 435 à plus de 460Bruce, Christopher W. « Ambrosius Aurelianus » in The arthurian name dictionary. New York, Garland Publishing, Inc. 1999, . Il galvanise et organise la défense des troupes bretonnes face à l'invasion saxonne à partir des années 450. Cet officier, issu de l'aristocratie bretonne romanisée et formé aux techniques militaires romaines, entame une guerre marquante contre les Saxons. C'est ce conflit auquel aurait participé le personnage légendaire d'Uther Pendragon (père du roi Arthur), et qui lui donna la notoriété qu'il a aujourd'hui. Ambrosius Aurelianus ne connaît pas une telle reconnaissance, bien qu'il ait grandement contribué à la défense de l'île de Bretagne, ainsi qu'à de nombreux événements sur le continent lors de son repli stratégique en Armorique et dans son domaine gallo-romain.
Il aurait été parent d'Aurelius Conanus et de Paul Aurélien, l'évangélisateur du Léon en Bretagne armoricaine. Il pourrait aussi être à l'origine du personnage d'Arthur par son titre théorique de Riothamus, roi des rois. Ce sont les chroniqueurs latins de la Bretagne qui, les premiers, mentionneront l’individu entre le et le . D’un récit à l’autre, le rôle et les caractéristiques du personnage évolueront et il sera, tour à tour, chef de guerre, prophète et prince romain.
Hypothèses historiques Ascendance Deux Ambrosii ? Il se peut qu'il y ait deux Ambrosius :
Ambrosius Aurelianus l'aîné (vers 380-vers 440) apparait seulement chez Nennius et lié par lui à Guoloph vers 440 ("12 ans aprés le règne de Vortigern", lequel est sensé régné à partir de c. 425).
Le second, Ambrosius Aurelianus le jeune (vers 430-vers 480), serait celui qui aurait éventuellement aidé les Bretons contre les Saxons dans les années 460. Dans le texte de Gildas le Sage, on ne trouve qu'une seule mention de son ascendance, sur ses parents, « qui avaient aussi porté la pourpre pour leur mérite, et avaient sans doute été tués dans ces mêmes querelles »Christiane M.J. Kerboul-Vilhon Gildas Le Sage. Vies et oeuvres Editions du Pontig Sautron (1997)38mais aussi une à sa descendance via Conanus Aurélianus, qui partage le même nomen gentile, et "cuius nunc temporibus nostris soboles magnopere avita bonitate degeneravit" impliquant que ses petits enfants, ont dégénérés. Il est aussi cité Nennius, qui semble le confondre avec Ambrosius l'aîné.
Plusieurs suppositions ont été émises concernant les ancêtres de Ambrosius le jeune, qui aurait été latins pour l'historien Frank D. Reno ou Alex WolfAmbrosius Aurelianus. Ils auraient été fraîchement venue en Bretagne, ce qui expliquerait le curieux manque de généalogie à son sujet. Ainsi le père d'Ambroise de Milan se nommait dans certaines sources Aurelius Ambrosius, et fut préfet du prétoire des Gaules dans les années 340 ; il n'est pas absurde de penser que ce magistrat avait un lien de parenté avec le chef de guerre bretonAmbroise de Milan. Une autre solution consiste à supposer que la romanité du chef de guerre était à comprendre au sens politique du terme, et non ethnique.
Sur le statut des parents Concernant ses parents honorés de la pourpre, la liste des consuls romains (consuls ordinaires uniquement) est disponible et nul Ambrosius concordant avec le personnage ne se trouve là à la basse AntiquitéListe des consuls romains du Bas-Empire. . Cela n’empêche cependant pas que le titre puisse correspondre à celui de « consul suffect » . La liste des gouverneurs et des vicaires de l'île de Bretagne est presque totalement inconnue à cette époque. Il est donc possible, bien qu'hypothétique, qu'un fonctionnaire issu du Sénat ou d'une institution similaire soit devenu gouverneur de Maxime Césarienne (la tradition, l'étymologie et les noms relatifs au personnage le situent dans la moitié sud du Royaume-Uni ; cette région était traditionnellement attribuée à un gouverneur de rang consulaire selon la Notitia dignitatum) pour tenter de calmer les tensions politiques de la province après le passage de Constantin III, ou simplement pour réaffirmer l'autorité romaine, les Bretons se considérant encore comme romains. Cela expliquerait le fait que cet envoyé porte la "pourpre" (bande de couleur rouge sur la toge des hauts fonctionnaires romains). Gildas fait mention d'un "roi vertueux" ayant été démis de ses fonctions de manière légale, dans les chapitres évoquant le chaos politique post-romain ; quelques historiens y ont vu le père anonyme d'Ambrosius.
Il a été supposé que le père d'Ambrosius le jeune a été un des trois généraux dirigeant l'île à la période romaine : Dux Britanniarum (commandant des forces du mur d'Hadrien), Comes littoris Saxonici per Britanniam (commandant des défenses littorales) ou Comes Britanniarum (commandant des forces mobiles). Toutefois, certaines preuves montrent que le titre de Dux Britanniarum a disparu aprés le retrait romain. Un successeur autoproclamé a pu coordonner une alliance basée à York (inspiration possible du roi Cole Hen). De même, le dernier Comes Britanniarum fut sans doute Constantin lll et le dernier Comes Litoris fut actif à la fin du IVe ap JC (Eudaf Hen dans les récits légendaires). Cela exclut donc à l'heure actuelle Ambrosius l'ancien de ces hautes dignités militaires, et renvoie à l'administration civile.
En Est-Anglie
Le père d'Ambrosius le jeune pourrait également être le Aurelius Ursicinus dont on a retrouvé les possessions, possessions composant le trésor de Hoxne. En effet, la présence d'un noble chrétien du bas-empire du nom d'Aurelius, de surcroît dans la région de Maxime Césarienne, peut interroger. Le nom d'Ursicinus, ou Ursicin, connaît une certaine popularité durant le haut moyen âge ; venant du latin Ursus, ours.
Les régions d'Est-Anglie et du Sud-Est, dans le bas pays britannique, étaient particulièrement riches durant l'époque romaine.
Au sud du pays de Galles
Dans plusieurs légendes et traditions à son sujet, Ambroise apparaît lié tantôt à la région du Dyfed, tantôt du Glywysing, s'il n'en est originaire ; c'est une zone romanisée, où les chefs déisis latinisent leurs noms et s'intègrent sans heurts. La "légende de l'enfant sans père" de Nennius prend place au "champ d'Elletus" (Campus Elleti, près de Llantwit Major, ou Camarthen selon les versions), et saint Paul Aurélien, souvent considéré comme un membre de sa famille, naît peut-être dans le cantref de Penychen, actuel val du Glamorgan et lieu teinté d'une forte histoire archéologique romaine. On ignore pourquoi le personnage d'Ambroise est aussi présent dans la région sud du pays de Galles, bien que plusieurs théories aient été construites pour en expliquer le sens. "C'est à se demander, comme le dit C. Y. Kerboul, s'il n'est pas originaire de cette région."
Paul Aurélien, célèbre évêque gallois du , est le fils d'un comte fortuné nommé « Porphyrius », « Perphirius » ou « Porphino », c'est-à-dire le pourpre/porteur de la pourpre, à l'origine en grec. La relation entre ce nom inhabituel en Occident et la noblesse romaine des parents d'Ambroise (eux-mêmes liés à la pourpre) n'est pas clairement définie, mais la coïncidence reste notable. Une piste consisterait à mettre en relation Tudwal Pefir, père semi-légendaire d'Aurelius Conanus (probablement lié à Ambroise par le sang, et nommé Cunin Cof dans le De Situ Brecheniauc) et le Porphyrius des vitae : Pefir ou Befr, "le rayonnant" en gallois, se serait rapproché par homophonie du latin "Porphyrius" jusqu'à transformer le nom du père de Pol Aurélien (ce dernier étant donc frère putatif du roi fustigé par Gildas). La question serait donc de savoir pourquoi un descendant supposé d'Ambrosius Aurelianus, dont les bases sont situées dans le Gloucestershire et l'Hampshire, se serait retrouvé dans un petit cantref du Glywysing, étant donné sa filiation remarquable (peut-être y a-t-il confusion entre des homonymes).
Descendance Pour ce qui est de l'identité son épouse ou de ses descendants, les sources restent muettes. Le contexte local nous donne néanmoins certains indices ; on peut facilement imaginer le ou les Ambrosii épouser des femmes issues de l'aristocratie brittonique ou britto-romaine. Quant aux noms des descendants dégénérés cités par Gildas dans son œuvre, ils sont purement et simplement absents des documents de l'époque, du moins en tant que descendants clairement admis comme tel (voir paragraphe suivant). La seule indication fournie est que les descendants du grand Ambrosius « ont beaucoup dégénéré de la vertu de leurs aïeux »Christiane M.J. Kerboul-Vilhon Gildas le Sage op.cit .. Pour l'écrivain Mike Ashley, ces descendants dégénérés concernent la lignée d'Aurelius Conanus, un des cinq tyrans critiqués par le moine, qui aurait régné dans la région des marches galloise contrôlée, entre autres, par son ancêtre, le Gloucestershire. il est appelé catule leonine, aureli canine (en latin : lionceau du lion) par Gildas, ce qui tendrait à lui attribuer une ascendance très noble. Cette région, centrée sur Gloucester (Caer Gloui) reste fortement romanisée au moins jusqu'au VIe siècle.
Noms dans les légendes Dans les légendes où l'historicité est confuse, Ambroise apparaît toutefois sous le nom "celtisé" d'Emrys, où se trouvent accolés tantôt le surnom de "Wledig" tantôt celui de "Ben-Aur", plus énigmatique. Wledig, assimilé plus tard au brittonique Amerauder/Amheraudyr/Ymrodur (empereur) est un titre légendaire particulièrement honorifique, attribué uniquement à des souverains d'exception. Il se traduit selon le contexte en "protecteur", "maître des milices", "propriétaire terrien" ou simplement "[grand] souverain". Le surnom de Ben-Aur (ou Benaur) évoque en gallois l'épithète assez hermétique de "tête d'or" ou "tête dorée" : les surnoms fortement imagés ne sont pas rares (Penasgell : tête ailée ; Sarffgadau : serpent de bataille ; Claforawg : le saliveur ; Eurfron : poitrine d'or ; Ysgithrog : grands-crocs) et semblent évoquer des particularités physiques, des traits de caractères ou des faits légendaires.
Noms historiques
Le nom d'Ambrosius Aurelianus peut donner quelques indices sur son identité, même si les spécialistes ne sont pas d'accord entre eux. La première hypothèse est qu'il ferait usage des les tria nomina : praenomen, nomen, cognomen (prénom, nom et surnom de famille). Ambrosius en tant que praenomen est très rare mais attesté cf. Ambroise de Milan. De fait, son praenomen est donc trés probablement aujourd'hui inconnu : dans l'épigraphie latine, il est souvent abrégé par son initiale et cette lettre unique pourrait avoir été perdue au fil du temps, à cause de son insignifiance, ce qui n'est pas un cas isolé. Ambrosius serait plus probablement son nomen. Aurelianus est un autre nomen permettant de différencier le père et le fils ou indiquer une adoption par le suffixe -anus, le liant à la gens Aurelii, une riche et ancienne famille romaine commune à Ambroise de Milan et Jules César. Son cognomen serait soit Ursicinus, s'il a un lien avec Aurélius Ursicinus soit Constantius, si son père est effectivement un Constant comme dans les légendes. Pour les grands personnages romains, on pouvait également ajouter un cognomen évocateur de succès militaires ou civils. Dans le cas d'un général victorieux comme Ambrosius Aurelianus, les noms honorifiques avérés comme "Britannicus" ou "Saxonicus" seraient plutôt appropriés.
Une autre hypothèse est celle de Léon Fleuriot qui suppose qu'Ambrosius fut son véritable "prénom" et qu'il portait le titre Riothamus, bien qu'aucune source britttonique insulaire ne mentionne de Riothamus qui est un personnage historique liée à la Domnonée continentale.
Chronologie du monde breton à l'époque d'Ambroise