L'ordre de Cluny (ou ordre clunisien) est un ordre monastique de l'Église catholique créé au et supprimé à la fin du , suivant la règle de saint Benoît.

Au début du naît au sein de l'Église catholique la volonté de réformer le monachisme. Cette restauration s'appuie sur la règle de saint Benoît qui régit dans ses moindres détails la vie monastique. Cette règle créée par saint Benoît de Nursie au connaît un important développement, notamment grâce à l'action de Benoît d'Aniane trois siècles plus tard. Elle est cependant limitée dans son application par les traditions qui s'établissent dans les abbayes, ainsi que par la méconnaissance de la règle. L'abbaye de Cluny s'impose alors, avec le soutien de la papauté, de la noblesse et du Saint-Empire romain germanique, en groupant sous sa direction un nombre croissant de prieurés ou d'abbayes, devenant ainsi le centre du plus important ordre monastique du Moyen Âge, rayonnant sur une partie de l'Europe de l'Ouest.

L'abbaye de Cluny au La fondation

L’ordre de Cluny est un très grand ordre bénédictin. Il a été créé par , duc d'Aquitaine et comte de Mâcon, par un acte rédigé à Bourges le (ou 910) donnant le domaine de Cluny « aux apôtres Pierre et Paul », à savoir l'Église romaine, pour y fonder un monastère de douze moines. Le monastère était situé dans le Mâconnais. La protection pontificale lui assura une indépendance vis-à-vis du pouvoir local, laïc ou épiscopal., en la dotant tout au long du de privilèges.

La donation à la Papauté visait avant tout à assurer au monastère la protection et la garantie du Saint-Siège, respecté à l'époque, même avec des pouvoirs réduits. Guillaume le Pieux voulut ainsi éviter que s'exerçât sur le monastère un quelconque dominium laïc.

Dans la Charte de fondation de l'abbaye, il fut donc décidé de la libre élection de l'abbé par les moines, un point important de la règle bénédictineLibre élection toute relative car bien souvent l'abbé en place désignait son successeur de son vivant, son choix étant entériné par les moines..

vignette|190px|Basilique Saint-Urbain de Troyes, statue d'Odilon de Cluny La Charte condamnait violemment ceux qui la transgresseraient :

Le cas de Cluny n'était pas isolé. Dans cette période, de nombreux domaines furent légués à la papauté, comme Vézelay. Le prestige des pontifes du était grand. La réforme, qu'ils appuyaient, s'inscrivait alors avec le monastère de Saint-Martin d'Autun et Fleury-sur-Loire. En 914, le monastère de Brogne fut fondé, et devint un centre influent avec son fondateur, Gérard. À Toul, Verdun, Metz, on désirait se couper du monde.

Guillaume le Pieux choisit l'abbé Bernon, abbé de Baume et de Gigny dans le Jura, issu de la famille des comtes de Bourgogne et homme important de la réforme. Il y établit l'observance de la règle de Benoît de Nursie réformée par Benoît d'Aniane, tout en gardant la direction de ses précédents monastères. Il mourut en 926, alors que dès 921 lui était confié le prieuré de Souvigny. La première expansion de Cluny En 926, quelques mois avant sa mort Bernon désigna Odon pour lui succéderHélyot, Pierre, en religion le P. Hippolyte, et Bullot, Maximilien (le P.), Dictionnaire des ordres religieux, ou Histoire des ordres monastiques, religieux et militaires et des congrégations séculières de l'un et de l'autre sexe, qui ont été établies jusqu'à présent…., t. 1, col. 1004, https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k209852t.r=.langFR.. C'était un compagnon de voyage de Bernon, proche des conceptions de son prédécesseur. Il voyagea de monastère en monastère pour asseoir la Réforme. Il obtint le droit de réformer d'autres abbayes en 931, droit accordé par le pape Jean XI. Certains renoncèrent à élire leur abbé, et adoptèrent le modèle clunisien, mais le fait était encore rare. L'influence de Cluny se développa, mais il n'y avait pas d'organisation à proprement parler. Le monastère obtint le droit de battre monnaie, des écoles furent ouvertes, ainsi que la bibliothèque. À la mort d'Odon, en 942, le rayonnement de Cluny s'était considérablement étendu.

Abbatiat de Mayeul de Cluny (954-994) vignette|gauche|120px|Mayeul de Cluny, peinture anonyme du Aimar lui succèda, et poursuivit son œuvre. Mais il devint aveugle en 948, et nomma en conséquence un coadjuteur, Mayeul, qui finit par diriger Cluny de 954 jusqu'en 994. Il organisa la réforme, avec une grande piété, et de grandeur. Issu d'une grande et riche famille de seigneurs de Valensole, Mayeul se servit de sa grande expérience de la gestion. Il voulut conforter la puissance de Cluny. La règle dite « clunisienne » fut adoptée par d'autres monastères, qui formèrent autour de Cluny un véritable « empire monastique » de prieurés autonomes mais soumis au gouvernement commun de l'abbé de Cluny. L'affaiblissement de la réforme en Allemagne et en Lorraine conforta la place de Cluny dans le monachisme. L'ordre s'appuya sur la haute aristocratie, l'empereur, le roi de Bourgogne, les comtes et les évêques. On fonda de nouveaux monastères clunisiens, on en convertit d'autres en rétablissant la discipline. L'ordre de Cluny était alors présent dans le Jura, le Dauphiné, la Provence, la vallée du Rhône, le Sud de la Bourgogne, le Bourbonnais. Il réunissait une trentaine d'établissements très dynamiques.

On a surnommé Mayeul « l'arbitre des rois » pour ses relations avec l'aristocratie. Son prestige était grand, et il refusa la fonction papale en 973. Il fut notamment l'ami du futur roi de France Hugues Capet et eut de très forts liens avec le Saint-Empire romain germanique, ce qui permit l'expansion de Cluny vers l'est. Ses funérailles furent prises en charge par Hugues Capet, il fut béatifié peu après, puis canonisé.

Un ordre puissant () Après l'importante expansion du , l'Ordre affirma sa puissance entre le et la première moitié du . Il gagna en organisation, grâce à la rédaction de coutumes (), règlements précis qui adaptaient la règle de saint Benoît aux circonstances.

L'ordre de Cluny rassembla des monastères, le plus souvent des prieurés totalement soumis à l'abbaye-mère et quelques abbayes d'obédience. La plupart des abbayes qui rejoignirent l'ordre de Cluny perdirent leur statut d'abbaye pour devenir de simples prieurés. Ces monastères ne formèrent véritablement une organisation qu'à la fin du . C'est au , sous l'abbatiat d', que l'ordre acquit une véritable organisation structurée. On considère généralement que l'ordre de Cluny compta plus de établissements grands ou petits, dans la seconde moitié du ..

Abbatiat d'Odilon de Mercœur (994-1048) vignette|gauche|250px|Reconstitution de l'abbatiale .

En 994, Odilon de Mercœur devint abbé de Cluny, et le dirigea pendant 55 ans. Fils des seigneurs de Mercœur, il fut en relation avec les personnages les plus illustres de son temps. Il obtint en 998 du pape l'indépendance par rapport à l'évêché de Mâcon, droit étendu à toutes les abbayes clunisiennes en 1024 par le pape . Ces concessions papales donnèrent naissance à l''' (église clunisienne). Il saisit les opportunités qui s'offraient à l'ordre, dans une époque troublée par l'effondrement des structures carolingiennes et la naissance de la société féodale. Il ne comptait plus sur la protection de la haute aristocratie, et s'entendit avec les seigneurs, la force montante de l'an mille. Il voulut calmer les violences d'alors, appuyant la trêve de Dieu et la paix de Dieu. Il aida la chevalerie, proposa à tous les services spirituels de ses moines, qui favorisèrent les lignages. Il développa la vocation (parfois forcée) des cadets de grandes familles. La politique de Cluny en faveur de l'association et la création de grands établissements diminua et de petits couvents se développèrent. Ceux-ci furent strictement contrôlés par Odilon, directement ou par l'intermédiaire des grandes abbayes. À la mort d'Odilon, on comptait 70 couvents, et Cluny s'associa avec de puissantes abbayes, qui gardaient parfois une grande autonomie.

À partir de 1024, les monastères rattachés à l'abbaye mère sont eux aussi exemptés, ils ne dépendent plus donc que de Cluny et du pape.

Abbatiat d'Hugues de Semur (1049-1109) En 1049, Hugues de Semur devint abbé. Il poursuivit la montée en puissance de Cluny dans la lignée d'Odilon. C'était un Bourguignon, issu de Semur-en-Brionnais. Il possédait une grande éloquence, et un sens politique à l'image de son prédécesseur. Il termina l'intégration de Cluny au Féodalisme qui venait de naître. Beaucoup de petits couvents furent encore créés. Le principe hiérarchique s'assouplit quelque peu vers 1075, quand Cluny accepta dans l'ordre de véritables abbayes, afin de faire sa part à l'ancien système du monachisme bénédictin et de ne pas devoir renoncer à intégrer nombre d'établissements prêts, comme Vézelay, à passer dans l'ordre de Cluny pour bénéficier de l'exemption pontificale mais désireux de ne pas tomber au rang d'un simple prieuré. Durant son abbatiat, de grandes abbayes furent incorporées : Moissac (Tarn-et-Garonne), Lézat (Ariège), Figeac (Quercy) et Saint-Martin-des-Champs à Paris (1079). L’ordre étendit à l’Espagne, à l’Italie et à l’Angleterre, fort de .

En 1089, Hugues de Semur entreprend la construction de nouveaux bâtiments, Cluny III.

L'ordre, via l’abbé Hugues joua un rôle de première importance dans la Querelle des Investitures qui opposa la papauté à l’Empereur germanique.

La crise et la restauration () thumb|right|250px|plan de l'abbaye de Cluny avec .

Le pouvoir de l'abbé contesté En 1109, après l'abbatiat d', qui ne dure que quelques semaines, Pons de Melgueil est élu abbé (1109-1122). C'est un méridional, habile en négociation, mais intransigeant. Il joue un rôle très actif dans la fin de la Querelle des Investitures, et poursuit la politique de grandeur de l'Ordre. À ce sujet, il entame la construction de , une abbatiale gigantesque qui engloutit tous les dons, y compris celui important venant de Castille. Ce sont sans doute les premières difficultés financières de l'Ordre qui engendrent une contestation de l'abbé, aux raisons encore mal connues. Des critiques se font entendre sur un attiédissement de la ferveur, alors que surgit un nouveau monachisme bénédictin, celui de Cîteaux, fondé en 1098. Pons demande à s'entretenir avec le pape , et démissionne à l'issue de cette entrevue dont on ignore le contenu.

Abbatiat de Pierre le Vénérable (1122-1156) Pierre de Montboissier, plus connu sous le nom de Pierre le Vénérable le remplace en 1122. C'est un homme cultivé, et très habile. Il doit faire face au retour inattendu de Pons en 1126, après un pèlerinage en Terre sainte. Celui-ci reprend le pouvoir à Cluny en usant de son influence et de la force armée. Il est finalement excommunié et Pierre le Vénérable reprend en main le monastère. Il rétablit la paix, et restaure la discipline, après le relâchement observé. Les finances sont dans un état lamentable après les violences : des mercenaires ont été engagés grâce à l'or du Trésor. Pierre tente d'imposer une saine gestion domaniale, avec l'aide d'Henri de Blois, évêque de Winchester, qui apporte sa connaissance et sa richesse d'Angleterre. Les traditions sont restaurées. Mais l'ordre de Cluny semble s'enfoncer dans un lent déclin après la mort de Pierre le Vénérable en 1156, auquel succède , qui sera déposé en 1161« Un abbé de Cluny schismatique », article de Raymond Oursel paru dans la revue « Images de Saône-et-Loire » n° 131 de septembre 2002 (p. 2-5)..

Influence de Cluny sur l'Occident ()

Un réseau monastique au service de la réforme grégorienne vignette|gauche|300px|Le pape consacre l'abbatiale de Cluny