La société La Presse régionale est un groupe de presse catholique français fondé par l'industriel du Nord Paul Féron-Vrau en 1905.
Historique Fondation : la lutte contre le Bloc des gauches Riche industriel du textile du Nord, héritier de Philibert Vrau et de Camille Féron-Vrau., son père, Paul Féron-Vrau (1864-1955) est le propriétaire de la Maison de la Bonne Presse et de La Croix depuis 1900. Ce catholique social et homme d'œuvres fonde le Et non 1904 comme on peut le lire parfois. la Société anonyme de la Presse régionale, avec son cousin André Bernard, administrateur de la Compagnie des mines de Courrières et président du conseil d'administration des Forges et aciéries de Denain et Anzin, désigné premier président du conseil d'administration jusqu'à son décès en 1913. Paul Féron-Vrau a épousé Germaine Bernard. C'est un consortium ; son siège est établi rue Bayard (au siège de la Bonne Presse), puis quelque temps avant la Première Guerre mondiale, au 43 rue de Trévise à Paris.
Son capital initial de divisé en mille actions de mille francs est souscrit par 178 personnesLa chronique de la presse, 1905, , Petites affiches, 31 août 1905, Cote de la Bourse et de la banque, 8 septembre 1905, , AN, F/7/13941 (dossier La presse régionale). Son AG constitutive a lieu le 12 août 1905, pour l'essentiel des personnalités du monde des affaires du Nord, souvent issues de dynasties apparentées, et dans une moindre mesure du Pas-de-Calais et de Paris, ainsi que d'autres départements. Sont ainsi administrateurs en 1905, outre Féron-Vrau : Jean Tiberghien-Caulliez (1874-1957), de Tourcoing, industriel lainierDirigeant de Charles Tiberghien et fils puis de la SA des Ets Paul et Jean Tiberghien, constituée en 1921, au capital de 20 millions de francs : Société anonyme des Établissements Paul & Jean Tiberghien, Archives commerciales de la France, 28 mars 1930 : actes de la société. Cf. . , repris dans , écrit que le vice-président en 1905 est Jean Tiberghien-Salmon. Or ce dernier, né en 1900, est le fils de Jean Désiré Tiberghien, qui a épousé Marie Emmanuelle Caulliez. (vice-président), Paul Boselli-ScrivePriamar-Paul-Fernand Boselli, décédé en 1907 : La lignée des Scrive.. (vice-président), Louis Lepoutre-Caulliez (1862-1935)A sa mort, il est commandeur de l'Ordre de Saint-Grégoire-le-Grand, membre du Tiers-Ordre franciscain et président d'un conseil paroissial : Journal de Roubaix, août 1935, obsèques de L. Lepoutre., industriel du textile à Roubaix (vice-président), Jacques Vaney, propriétaire à Paris, son premier administrateur-déléguéMort pour la France en septembre 1914 : Le Gaulois, 3 novembre 1914., Paul Bernard, industriel à Lille, Joseph Motte, filateur de RoubaixJoseph Motte (1865-1944), fils de Motte-Dewavrin, Paul Le Blanc, filateur à Lille, le banquier Henri Scalbert, d'Arras (Banque Scalbert-Dupont), Alexandre Cavrois de Saternault, propriétaire à Arras, Louis Thiriez, filateur à Loos-les-Lille, et Cordonnier-Coué, propriétaire, de Petit-Couronne (Seine-Maritime). Féron-Vrau (376 actions souscrites ; il a versé le quart de leur valeur en 1905 soit ) et Paul Bernard (100) sont les deux plus gros souscripteurs, loin devant les autres, qui ont souscrit une, deux ou cinq actions (Joseph Motte), et de dix à 25 pour quelques-uns (10 pour Louis Thiriez, Emile Descamps, Jean Maître ou Louis Lepoutre, 20 pour Boselli, 25 pour Paul Le Blanc). Quelques rares femmes ont souscrit (telle la baronne Reille: 2 actions), et quelques clercs aussi, comme l'abbé Charles Thellier de Poncheville (1 action).
Elle a pour objectifs d'aider financièrement des journaux catholiques de province à s'équiper pour prendre leur essor et s'assurer une clientèle, et de leur apporter une aide matérielle par la suite, en ce qui concerne le financement, la diffusion, la mise à disposition d'informations et de documentation et la collecte de la publicité extrarégionale. Elle s'associe donc à des journaux existants, dont elle devient le copropriétaire, et leur apporte un financement et une aide technique. Parmi les principaux collaborateurs originels de la PR figurent des journalistes, des employés et des cadres de La Croix et de la Bonne Presse : Louis Hermelin, Léon Berteaux, Faigle, Petel et Edouard Avenel., ..
Ce projet s'est réalisé en étroite relation avec le parti politique des catholiques ralliés à la République (les ), l'Action libérale populaire (ALP). Paul Féron-Vrau et André Bernard sont alors les représentants du Nord de ce parti et sont membres de son comité directeurAlmanach de l'Action libérale populaire, 1904, David Bellamy, Geoffroy de Montalembert (1898-1993): Un aristocrate en République, Presses universitaires de Rennes, 2015 : André Bernard préside l'Association républicaine libérale pour la défense des intérêts politiques et économiques de la région du Nord, fondée en novembre 1902. André Bernard, toutefois, aurait rallié l'Action française vers 1910L'Ouest-Eclair, 24 décembre 1910.. Jacques Piou, président de l'ALP, assiste aux réunions annuelles de la PRLa Croix, 17 décembre 1910, Ibid., 20 décembre 1913.. Selon lui, l'ALP n'a pas versé d'argent à la PR mais a reçu de Féron-Vrau quelques actions gratuitesLa Croix, 6 avril 1907.. Une partie du capital de chacun des journaux du groupe est apportée par des notables catholiques locaux, eux aussi souvent liés à l'ALP.
En outre, certains évêques réclamaient dans leur diocèse la création ou le développement d'un journal catholique chargé de défendre l'Église et les catholiques contre la politique anticléricale des gouvernements du Bloc des gauches, qui met en péril les congrégations religieuses et leurs écoles : procès intenté aux Assomptionnistes en 1900 et leur dissolution, loi sur les associations en 1901, qui oblige les congrégations à déposer une demande d’autorisation dans les trois mois, ou, à défaut, à s’exiler ou à se disperser, fermeture, à l’été 1902, de plus de 2500 écoles congréganistes, loi du interdisant tout enseignement aux congrégations, même autorisées, crise de la loi de séparation de 1905. Dès lors, les journaux de la Presse régionale vont défendre les libertés religieuses, combattre cette politique jugée sectaire et dictatoriale et ses partisans, déclarés ou fantasmés : gauches, francs-maçons, juifsAinsi, L'Eclair de l'Est publie par exemple en 1906 un appel de Jacques Piou : (L'Eclair de l'Est, 14 janvier 1906, Appel de l'ALP). Ou bien cet éditorial de 1908 : (L'Eclair de l'Est, Paul Sordoillet, 27 juin 1908). Ce quotidien est marqué par un assez net antisémitisme avant 1914 : il combat (11 mai 1907), (2 mai 1906), (5 novembre 1910), (P. Sordoillet, 6 mars 1911).
Le choix des journaux soutenus par la Presse régionale a été parfois critiqué, notamment par des catholiques proches de journaux à la fois royalistes et catholiques, qui s'estiment concurrencés et délaissés par l'Église, par des catholiques intransigeants et antilibéraux comme l'abbé Emmanuel Barbier..
Cinq ans après sa fondation, elle regroupe 11 journaux, répandus à travers 57 départementsÉtudes (revue des jésuites), avril 1912 : présentation de la Presse régionale, .. Son capital a été porté à 1,5 million de francs en 1907, 1,6 million en 1908, 1,8 million en 1910, 2 millions en 1911, 2,850 millions en 1913BNF/gallica : collection de l'hebdomadaire Archives commerciales de la France. Féron-Vrau participe à une augmentation du capital par des apports en nature en 1912Les Petites affiches, 30 juillet 1912.
Le nouveau pape Benoît XV appuie la société en 1915La Semaine religieuse, 31 juillet 1915..
La Presse régionale dans l'entre-deux-guerres Au lendemain de la guerre, la Presse régionale continue d'apporter son soutien aux quotidiens. Son capital est porté à en 1920. Paul Féron-Vrau a su mobiliser les capitaux d'industriels catholiques. Il a aussi subventionné les quotidiens en difficulté du groupe avec son argent. En outre, avant 1939, il consacrait par mois à la Presse régionale en dépenses publicitaires pour le Fil au chinois, un des principaux produits de son entreprise. Il préside alors le conseil d'administration de la Presse régionale. Sont réélus administrateurs en 1921Moniteur de la papeterie française et de l'industrie du papier, 15 décembre 1921. Louis Lepoutre, Joseph Motte ainsi que François Dillies-Piat, de Roubaix, Charles Huon de Penanster, administrateur du Petit Écho de la mode et vice-président de la Presse de Bretagne, qui édite Le Nouvelliste de Bretagne. Fils de Charles Huon de Penanster : cf. L'imprimerie du Petit Echo de la mode à Châtelaudren., et Henri de Quérézieux, propriétaire terrien dans la Loire, directeur de l'hebdomadaire La France ruraleDomaine à Valeille dont il a hérité avec son frère Gaston, de à sa mort en 1931, autour du château du Soleillant acheté par leur père, ancien magistrat: Henri Gerest, Ainsi coule le sang de la terre: les hommes et la terre en Forez, , Université de Saint-Étienne, 2005, p. 129-130.
Les dirigeants du groupe restent proches de l'ALP, qui disparaît cependant progressivement, et de son avatar, les Secrétariats de Concorde nationale et sociale, présidés par le comte Xavier de La Rochefoucauld, vice-président de l'ALP. Le principal animateur de la PR est désormais Jules Dassonville, administrateur-délégué de la Presse régionale depuis l'avant-guerre, administrateur de plusieurs journaux du groupe et secrétaire général des Secrétariats.
Les quotidiens financés par le groupe sont, par ordre d'importance en fonction du tirage revendiqué en 1921, La Liberté du Sud-Ouest (), Le Nouvelliste de Bretagne (), Le Télégramme, de Toulouse, (), L'Express de Lyon (), L'Eclair de l'Est (), L'Echo de la Loire et La République de l'Isère ( chacun), L'Eclair comtois (), Le Journal d'Amiens et le Journal d'Indre-et-Loire ( chacun), présents en tout sur 63 départementsLa Publicité, février 1921, publicité de La Presse régionale à destination des annonceurs..
Les dirigeants du Nouvelliste de Bretagne accueillent leurs confrères de la Presse régionale à Rennes en 1922Eugène Delahaye, « A des confrères amis », Le Nouvelliste de Bretagne, 5 novembre 1922, Ibid., 7 novembre 1922.. Les directeurs de journaux appuient alors un projet de loi demandant l'interdiction des journaux du dimanche soir et du lundi matin, pour respecter le repos dominical.. Les dirigeants de L'Express de Lyon, les abbés Bailly et Duclaux-Monteil, accueillent en 1923 leurs confrères pour un congrès, avec à leur tête Dassonville et le chanoine Ardant, aumônier de la PR et vicaire général du diocèse de LimogesJean Limosin Ardant, chanoine depuis 1904, fondateur de La Croix de Limoges, ancien aumônier militaire de la Division durant la guerre (Annales de l'Est, 1923) et chevalier de la Légion d'honneur, a collaboré à la Bonne Presse et à La Croix de Paris et a pris part aux congrès des catholiques du Nord, aux côtés de Féron-Vrau : La Croix, 11 novembre 1909, La Croix, 28 juillet 1940, "Les noces d'or sacerdotales de M. le vicaire général Ardant".. Y participent Delahaye du Nouvelliste de Bretagne, Sordoillet de L'Eclair de l'Est, Cuvilliez du Télégramme de Toulouse, Poncet de La République de l'Isère, ainsi que le comte Xavier de La Rochefoucauld, le directeur du Mémorial d'Amiens, un représentant du Bien public de Dijon, des délégués de La Presse rurale de Lyon, de journaux de Tours, Nantes et Chalon, des représentants du conseil d'administration de L'Express (Jean Frachon, le colonel de Parseval, Lucien Cozon)La Croix, 19 juin 1923, Semaine religieuse du diocèse de Lyon, 29 juin 1923, Le Nouvelliste de Bretagne, 20 juin 1923..