Jever [], chef-lieu de l’arrondissement de Frise en Basse-Saxe (Allemagne), ancien port médiéval de la mer du Nord, est aujourd'hui une ville touristique agréée par l'État, la fonction portuaire ayant été reprise au par Wilhelmshaven. Surtout connue par la bière de même nom, de réputation internationale, Jever est parfois désignée comme MarienstadtOffizielle Homepage der Stadt Jever; consulté le 28 décembre 2010, nom qui renvoie à Marie de Jever, la dernière dame de Jever, qui octroya en 1536 une charte aux bourgeois.

Géographie Localisation Jever est la capitale du Jeverland, qui est la partie nord-est de la presqu'île de Frise-orientale. La ville s'est édifiée non loin des côtes saxonnes de la mer du Nord, à l’ouest de Wilhelmshaven et de la rade de la Jade. Au nord, Jever est frontalière de la commune de Wangerland, à l'est et au sud de la ville de Schortens, et à l'ouest de la ville de Wittmund. Au sud-ouest, Jever a une frontière commune avec Friedeburg, en Frise-Orientale.

Structure urbaine Depuis la fusion des communes de 1972, la ville comprend le noyau historique de Jever, auquel dès 1844 le faubourg de Vorstadt fut agrégé, ainsi que les faubourgs de Moorwarfen, Rahrdum, Cleverns, Sandel et Sandelermöns.

Géologie thumb|Paysage de Geest avec les haies bocagères caractéristiques. La ville s'étend sur un isthme bocager profondément avancé à l'intérieur des marécages des geest d’Oldenbourg-Frise orientale, s'étageant 7 à au-dessus de la plaine marécageuse du Wangerland. Cet exhaussement s'est formé par les dépôts sableux des glaciationsKarl Fissen: Jever. Volkskundliches aus einer kleinen Stadt und ihrer Landschaft, Jever 1960, et suiv.. Le faubourg de Clevern offre un paysage de bocage typique du Geest, avec ses talus pittoresques. Aux confins de Jever et Schortens, on trouve des tourbières qui sont aujourd'hui des zones naturelles protégées.

Hydrographie Jever est ceinturée de quelques chenaux interconnectés, tels le chenal de Moorland à l'est, le chenal des moulins (Mühlentief) à l'ouest, les chenaux de Tettens et de Hooksiel au nord. Ces fossés servent principalement au drainage des prairies basses abritées par la digue. Le chenal de Hooksiel se décharge par le déversoir de Hooksiel dans la mer du Nord. Il y a en outre en ville le lac de Moorwarfen, un ancien lac de plaisance d'une superficie de , contient un biotope précieux et d'excellentes eaux de pêche., géré désormais par l'association Angelverein-Jever e.V..

Climat Jever est dans la zone tempérée, sous influence directe de la mer du Nord. L’été, les températures de jour sont ordinairement plus faibles, et l’hiver moins froides que dans l'arrière-pays. Le climat est, dans l'ensemble, dominé par la zone des alizés d'Europe centrale.

D'après la classification de Köppen, Jever se rattache à la zone Cfb. C désigne un climat tempéré chaud, Cf un climat humide, avec des étés tempérés (b).

La station météorologique la plus proche est celle de Hooksiel située à .

Histoire thumb|200px|La seigneurie de Jever vers 1500 thumb|Jever en 1651 - on voit en bas à droite le port de Jever : la Schlachte. thumb|200px|Portrait de Marie de Jever (1572).

De nombreux vestiges archéologiques indiquent une colonisation très ancienne de la région de Jever par l'homme : entre autres un dolmen dans les environs de Nobiskrug-bei-Upjever, demeuré intact jusqu'en 1880Friedrich Wilhelm Riemann: Geschichte des Jeverlandes, Jever 1896, p. 30f et qu'on fit exploser à la fin du parce qu'il faisait obstacle aux demandes des agriculteurs. Cette tombe, ainsi que quelques objets (par exemple le poignard en silex d’Addernhausen et la faucille de silex de Mennhausen) témoignent d'un habitat néolithique en JeverlandKarl Fisser, op. cit., S. 9. De nombreux autres vestiges mobiliers ou d'habitat montrent que la région a été habitée à plusieurs reprises aux siècles postérieurs : une pointe de lance en bronze (site de Möns), un manche de hache (site de Grappermöns) et de nombreux tessons d'urnes (champs d'urnes de Gottels et de Jever), remontant au

À l'aube du millénaire, le Jeverland aurait été (selon les chercheursCf. Karl Fisser, op. cit., S.12f) le pays des Chauques. À la fin des Grandes invasions, le maître du pays est un prince dane dénommé Hariold. Celui-ci se fait baptiser et obtient ainsi, le comté de Rüstringen (dont Jever était alors la capitale), devenant le vassal de Louis le Pieux. La Chanson de Gudrun, une épopée du chante la Frise des princes Danes et le poète Horand, qui parcourut « Givers » (sans doute la première mention écrite de Jever) au milieu des sables. Le nom de la ville réapparaît dans les sources en 1158 sous la forme latinisée de Geveræ, d'un toponyme bas-allemand, sans doute « Geveren » ou « Gaveren » (« sauleraie », ou peut être, au sens figuré, « assemblée du „Thing »).

Les spécimens de monnaie de Jever retrouvés dans le golfe de Finlande et la vallée de la WartheD'après montrent l'importance de cette ville pour le commerce des rives sud de la Baltique. Aux , Jever était encore un port maritime et possédait des chenaux d'accès à l’estuaire de la Harle et le golfe de la Jade. Il est vrai que les courants marins ensablèrent les chenaux peu à peu, et par la suite des endiguements firent définitivement de Jever une ville de l'arrière-pays ; elle n'en conservait pas moins son importance en tant que carrefour commercial et terminus d’une importante route commerciale. Par le chenal de Hooksiel, les quais de la Schlachte demeuraient accessibles aux grosses barques. Enfin en 1546 Hooksiel devint le débouché maritime de Jever. Avec la construction de chaussées permanentes reliant Jever à Hooksiel, la navigation perdit pour la ville de son importance et le port tomba en déshérence. Aujourd'hui, seul un terrain de jeux en forme de darse portuaire rappelle cet ancien port de la Schlachte.

Désormais, les seigneurs du Jeverland seront les ducs de Saxe et à leur suite les Guelfes hanovriens. C'est au plus tard vers la fin du que Jever passe sous la domination des princes d’Oldenbourg. Un écrit adressé entre 1271 et 1285 par les bourgeois d’Œstringen à Philippe le Hardi laisse entrevoir une forme primitive de démocratisation du pays vers cette époque, dans la mesure où ils ne sont sujets d'aucun prince, et où ils élisent librement leurs juges et échevins (autonomie des Frisons).

Dès 1347, les habitants de Jever sont couramment qualifiés de bourgeois dans les actes officiels. Vers 1400, ils entretiennent des relations commerciales étroites avec les Frères des victuailles. Les représentants les plus connus de cette piraterie de la mer du Nord, qui s'appelaient volontiers Likedeeler (litt. « ceux qui se partagent équitablement [le butin] »), furent Klaus Störtebeker et Gödeke Michels.

Le dernier prévôt du Jeverland fut Edo Wiemken, qui fit achever en 1505 la construction du château et dont la sépulture se trouve dans la cathédrale. Dans l'intérim qui suivit, Jever passa aux mains du comte de Frise-orientale Edzard le Grand. Marie de Jever, la fille d’Edo Wiemkens, parvint cependant à rétablir l'autonomie de la ville. Sous sa régence, Jever reçut officiellement une charte en 1536 et s’appelle depuis aussi en hommage à sa bienfaitrice « Marienstadt ».

À la mort de Marie, la seigneurie de Jever fut annexée en 1575 à la principauté d’Oldenbourg. puis en 1667 à celle d’Anhalt-Zerbst. Comme selon la loi successorale d'Anhalt-Zerbst, seuls les descendants mâles pouvaient hériter, à la mort du dernier prince de la lignée de Zerbst, en 1793, le pays de Jever aurait dû être partagé entre les différents héritiers de cette maison princière. Mais compte tenu de son statut particulier (terre transmise par les femmes, ou Kunkellehen dans la terminologie juridique du Saint-Empire), Jever passa à la plus proche parente du dernier prince (à savoir sa sœur), la tsarine de Russie Catherine II. Ainsi cette ville de Frise vint à être « gouvernée depuis la Russie », et devait demeurer terre russe jusqu'à l'invasion française en 1807. Au terme du traité de Tilsit, toute la Frise-Orientale fut annexée au Royaume de Hollande, avant d'être intégrée (avec toute la Hollande, d'ailleurs) en 1810 à l'empire français ; elle demeura sous administration française jusqu'en 1813. Le Congrès de Vienne réintégra Jever à l'empire russe, qui le céda en 1818 au grand-duché d'Oldenbourg.

En 1844, Jever reçut une nouvelle charte, puis bénéficia à partir du du droit de cité de (équivalent au statut allemand actuel de kreisfreien Stadt).

La ville fut connectée au réseau de chemin de fer en 1871 par la ville de Sande. Deux ans plus tard, la ligne était prolongée vers Wittmund. En 1881, une ligne ferroviaire desservait Wittmund, Esens et Dornum vers Norden, et en 1888 un embranchement desservait Carolinensiel. La gare de Jever a conservé son aspect primitif ; elle comportait à l'époque wilhelmienne une salle d'attente à l'usage exclusif du grand-duc d’Oldenbourg.

La voirie connut un développement soutenu tout au long du : en 1836, la route de Sande à Jever devenait la première chaussée pavée du pays ; elle devait par la suite être prolongée jusqu'à la frontière avec le grand-duché d'Oldenbourg en direction de Wittmund. Au début des années 1850, le grand-duc dit construire une chaussée d'État reliant Jever à Oldorf et Hohenkirchen. Un peu plus tard encore, une nouvelle route pavée reliait Jever à Waddewarden puis, par Federwarden et Heppens, au nouveau port de guerre de Wilhelmshaven.

Au terme de la Première Guerre mondiale, le climat politique de la ville, jusque-là volontiers libéral, se modifia profondément à l'instigation d'un professeur de lycée, Oskar Hempel, militant völkisch : son antisémitisme foncier exerça une influence profonde et durable auprès des couches aisées de la citéCf. Hartmut Peters, Verbannte Bürger, die Juden aus Jever, et suiv.. En 1920, il fondait l'antenne locale du parti raciste et antisémite, Deutschvölkischer Schutz- und Trutzbund, qui sera interdit dès le suivant dans l’État libre d'Oldenbourg. Ses 34 adhérents étaient presque exclusivement des notables de Jever : des fonctionnaires, le directeur du lycée et un professeur du lycée Marie. Il n'est pas jusqu'à l’hebdomadaire Jeversches Wochenblatt, naguère de ligne libérale, qui ne se mît avec son rédacteur en chef, Friedrich Lange, au service du mouvement völkisch. Le parti se présenta sous l'étiquette Bloc Völkisch-socialiste aux élections au Reichstag de 1924. Ce dernier mouvement, qui sous la monarchie culminait à 6,6 % des voix, obtint cette fois dans le Jeverland 22,6 %. Et si lors des élections au Reichstag de 1928 le parti nazi connut un relatif échec avec seulement 10,9 % dans le Jeverland, il remportait déjà 44,8 % des suffrages aux élections au Reichstag de 1930. Les élections municipales de 1930 donnèrent à Jever un tiers des sièges de conseillers aux nazis, et de fait la présidence de l'agglomération, tandis que les partis traditionnels supportés par les syndicats et les agriculteurs n'obtenaient plus qu'un score insignifiant : seuls les sociaux-démocrates et les communistes tiraient leur épingle du jeu avec environ 25 % des voix chacun. Lors des élections au parlement régional d'Oldenbourg, en 1931, les nazis obtinrent plus de 55 % des suffrages, puis lors du scrutin de 1931 exactement 64 % pour toute la région. À Jever même, 57,2 % des électeurs avaient opté pour les nazis, ce qui incita Adolf Hitler à s'y produire : le , il prononça un discours dans le hall de l’agriculture devant auditeurs enthousiastes. Un an plus tard, c'était au tour de Joseph Goebbels de visiter la Marienstadt et de tenir un meeting dans la salle bondée de Schützenhof. Aux élections au Reichstag de 1933, les nazis obtinrent 60,1 % des voix, et le Deutschnationale Volkspartei 12,6 % : ainsi, 73 % des électeurs de Jever se montrèrent favorable au Troisième Reich, tandis que la moyenne en AllemagneChiffres tirés de était de 52 %.