Pierre-Maurice Masson (1879-1916) est un universitaire français, spécialiste de Jean-Jacques Rousseau. Il est tué le 16  pendant la Première Guerre mondiale.

Biographie Filiation

Pierre Alexandre Maurice Masson naît à Metz le pendant l'annexion allemande. Il est le fils de Pierre Eugène Masson et de Marie Élisabeth Lacour, domiciliés au n° 6, de l'avenue de la Garenne à Nancy (en 1899)Registre matricule militaire, bureau de Toul, classe 1899, n° 612..

Formation Il est élève de l'institution Saint-Sigisbert à Nancy, puis du lycée parisien Louis-le-Grand (internat du foyer Bossuet) en rhétorique supérieure. Il est reçu au concours de l'École normale supérieure en 1899. Durant l'année 1899-1900, il effectue son service militaire à Nancy.

En 1903, il est reçu à l'agrégation des lettres. Se préparant d'abord pour l'École d'Athènes, il choisit finalement les lettres françaises et part comme professeur de langue et littérature françaises pour l’université de Fribourg en Suisse en 1904"Bibliographie des œuvres de Pierre-Maurice Masson", Mélanges offerts par ses amis et ses élèves à M. Gustave Lanson, 1922, réimpression Slatkine, Genève, 1972, p. 38-40. Ces Mélanges avaient été préparés par Masson mais il n'a pas pu les mener à terme lui-même..

Mariage Le , à Paris (VIe arr.), il épouse Marie Adèle Marguerite ZeillerÉtat civil des archives départementales de Paris, tables décennales des mariages, année 1906, arrondissement.. Elle est la fille du paléobotaniste René Zeiller, mort en , et la sœur de l'historien antiquisant Jacques Zeiller. Celui-ci est l'auteur de la notice biographique consacrée à son beau-frère dans les Lettres de guerre de ce dernier qu'il fait paraître en 1918. Marie Adèle Marguerite Zeiller, épouse de Pierre-Maurice Masson, est morte en Journal des Débats politiques et littéraires, 29 mars 1936. Ses obsèques ont eu lieu à l'église Saint-Sulpice à Paris, le 30 mars 1936 et l'inhumation à Flirey ; cf. Le Petit parisien, 28 mars 1936..

Par son mariage, Masson se lie à une famille qui compte aussi le philosophe catholique Léon Ollé-Laprune (1839-1898), grand-père maternel de son épouse.

Professeur à Fribourg Dans cette université suisse, Pierre-Maurice Masson prend place dans le « parti français » qui, avec notamment Victor Giraud, défend les idées de Loisy lors de la crise moderniste. À cause de cette seconde tendance, écrit Emile Poulat, « Fribourg fut plusieurs fois dénoncée comme un « repaire moderniste » et encore en 1911.. » Émile Poulat estime encore que c'est grâce à lui aussi que l'influence moderniste avait pénétré l'École normale supérieure (ce qui fit perdre la foi au héros dAugustin ou le Maître est là, en ces « cruciales années 1907 » comme les appelle Jean Lebrec)..

Pierre-Maurice Masson est l’auteur de plusieurs ouvrages qui furent couronnés par l’Académie française. Ses Lettres de guerre (posthumes, 1918) adressées à son épouse, à sa mère, à ses beaux-parents et à d'autres interlocuteurs sont notables, selon Victor Giraud qui en écrivit la préface. Il écrivait le :

Pierre-Maurice Masson devient doyen de la faculté des lettres de l'université de Fribourg pour l'année 1913-1914.

La guerre et la thèse Pierre-Maurice Masson est mobilisé en comme sergent au territorial d’infanterie de Toul et envoyé sur différents champs de bataille du secteur sud du Saillan de Saint-Mihiel. Le , il est nommé sous-lieutenant au régiment d'infanterie, puis lieutenant à la . Il est tué dans les tranchées de Flirey, face au bois Mort-Mare, le dimanche matin .

Il devait soutenir ses deux thèses de doctoratLa religion de Jean-Jacques Rousseau étant la thèse principale et l'Édition critique de la profession de foi du vicaire savoyard, la seconde thèse. le en Sorbonne grâce à une permission. Mais celle-ci fut annulée au dernier moment et l'université apposa cette affiche : . Il avait évoqué cet événement dans une lettre à Victor Giraud :

La soutenance de thèse, in absentia, eut lieu le jeudi , présidée par le doyen de la faculté des lettres de la SorbonneLe Radical, 12 mai 1916.. Les deux thèses furent examinées par Gustave Lanson et Gustave MichautLa Grande Guerre du , 3e année, n° 27, avril 1917, p. 408..

Sa tombe se trouve au cimetière civil du village de Flirey en Meurthe-et-Moselle.

En 1918, il existait un Cercle Pierre-Maurice Masson animé par les professeurs français de l'université de FribourgBulletin de propagande française [catholique], septembre-octobre 1919, p. 200..

L'œuvre intellectuelle Pierre-Maurice Masson a consacré ses recherches à la littérature des . Il a laissé une œuvre de critique et d'interprétation, en particulier de Jean-Jacques Rousseau.

Critiques des ouvrages de Masson La démonstration, pourtant tout en nuances, de Rousseau comme "restaurateur de la religion" a été vivement combattue par un représentant de la pure orthodoxie catholique : le jésuite Alexandre Brou (1862-1947).. Brou dénie à tout "romantisme" la moindre compatibilité avec un quelconque système religieux.

Alexandre Brou raille le propos de Masson (Rousseau et la restauration religieuse, p. 113) qui affirme que si Rousseau répudie les dogmes, du moins conserve-t-il le "sens du mystère" : "Oui, dans le même sens que Chateaubriand qui justifie les mystères du catholicisme, c'est-à-dire ses dogmes, par le charme que l'homme trouve au mystère de la pudeur, de l'innocence, ou tout simplement des forêts". Quand Rousseau dit : "La vie et la mort de Jésus sont d'un Dieu"Profession de foi du vicaire savoyard., c'est comme s'il disait qu'elles sont d'un "surhomme" : "un Dieu" est une formule païenne selon Brou :

Le journaliste catholique helvétique François Carry (1857-1928)Français naturalisé suisse, François Carry a été formé par les jésuites à Dôle puis a mené une carrière journalistique. Cf. notice biographique. a fortement rejeté les thèses massonniennes : il "dénonce Rousseau comme le plus grand hérésiarque, père du jacobinisme et «à travers Tolstoï, tout imprégné de l'esprit et des tendances à la fois anarchiques et absolutistes de Rousseau, il est aussi l'ancêtre du bolchévisme» ; philosophe plus néfaste que Voltaire et aboutissement logique du calvinisme ; Pierre-Maurice Masson a soutenu une thèse «aussi fausse que spécieuse» ; cet article a été reproduit le par l'Écho de Lausanne"Annales de la Société Jean-Jacques Rousseau , tome seizième, 1924-1925, p. 353..

Publications Ouvrages

Alfred de Vigny, Bloud, Paris, 1906, prix d'éloquence de l’Académie française. Fénelon et Madame Guyon, documents nouveaux et inédits, Paris, Hachette, 1907. Une vie de femme au : Madame de Tencin : (1682-1749), troisième édition, augmentée et corrigée, Paris, Hachette, 1910. Réédition en fac-similé : Genève, Slatkine, 1970"Nous l'appelons «la marquise de Tencin», et chacun sait qu'elle est la mère de d'Alembert. À dire vrai, elle n'était point marquise, et d'Alembert ne fut dans sa vie qu'un incident ou plutôt un accident", début de l'ouvrage., prix Marcelin Guérin de l’Académie française. Lamartine, Paris, Hachette, 1911, prix d'éloquence de l’Académie française. La Religion de Jean-Jacques Rousseau, Paris, Hachette, 1916. (Les paragraphes VI et suivants ont été écrits dans les tranchées !). Œuvres et maîtres, préface de Paul Hazard, Paris, 1923. Lettres de Guerre, nouvelle édition augmentée de lettres inédites, Paris, E. de Boccard, 1931, 274 pages, in-8. (Préface de Victor Giraud, notice biographique par Jacques Zeiller). Cf. édition en ligne.

Articles

"Rousseau à la Grande Chartreuse", Annales de la Société Jean-Jacques Rousseau, tome cinquième, 1909, p. 247-258. "Contribution à la prose métrique dans La Nouvelle Héloïse", Annales de la Société Jean-Jacques Rousseau, tome cinquième, 1909, p. 259-271. "Rousseau contre Helvétius", Revue d'histoire littéraire de la France, tome XVIII, n° 1, janvier-mars 1911, p. 103-124. "S'il y a un «art» lamartinien ?", Revue de Fribourg, . "Comment connaître Jean-Jacques ? À l'occasion du deuxième centenaire de sa naissance", Revue des Deux-mondes, mai 1912, p. 872-905. "Madame d'Épinay, Jean-Jacques... et Diderot chez mademoiselle Quinault" [autre titre : "Le dîner chez mademoiselle Quinault"], Annales de la Société Jean-Jacques Rousseau , tome neuvième, 1913, p. 1-28. "Questions de chronologie rousseauiste", Annales de la Société Jean-Jacques Rousseau , tome neuvième, 1913, p. 37-61. "Chateaubriand en Orient", Revue des Deux-mondes, vol. XXIV, novembre-décembre 1914, p. 94-123. "Le séjour de J.-J. Rousseau à l'hospice du Spirito Santo", Revue d'histoire littéraire de la France, tome XXI, 1914, p. 62-71.

Bibliographie Albert Cahen, "Le dernier livre de P.-M. Masson, La religion de Rousseau", Revue du XVIIIe siècle, janvier-avril 1916, p. 163-170. J. Sainte-Marie, "Les lettres de guerre de Pierre-Maurice Masson", Études, 55e année, tome 155, 20 mai 19178, p. 465-472.

Voir aussi Articles connexes Jean-Jacques Rousseau Victor Giraud Robert Derathé

Liens externes

"Pierre-Maurice Masson", Le Cri de Paris, 30 avril 1916, p. 10. Maurice Barrès (), "Les sacrifices de l'intelligence (Pierre-Maurice Masson). In Memoriam", in L'âme française et la guerre. Pendant la bataille de Verdun, 1919, p. 229-239. Victor Giraud, "Pierre-Maurice Masson", Revue des Deux-mondes, mai 1916, p. 448-455. Jean de Gourmont, Compte rendu de La religion de J.-J. Rousseau, dans le Mercure de France, 1er janvier 1917, p. 106-108. Jacques Zeiller, "Pierre-Maurice Masson", La Revue hebdomadaire : romans, histoire, voyages, février 1917, p. 76-88. Michel Annebault, "Paroles idéalistes", Nouvelles de France : chronique hebdomadaire de la presse française, 27 juin 1918, p. 514. .

Notes et références

Liens externes

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