Saint Regnobert de Bayeux ou saint Renobert de Bayeux (mort vers 666), est le douzième évêque de Bayeux au , et le deuxième Regnobert du diocèse.
vignette|Saint Regnobert bénissant la statue de la Bienheureuse Vierge Marie, tympan de la basilique Notre-Dame-de-la-Délivrande.
Diverses transcriptions de son nom Appelé en latin, il est souvent transcrit en Renobert.., Rénobert., , Rembert ou Raimbert.
Renobert et Ragnebert ; documents témoins — ou faux-témoins Pour la biographie des personnes ayant vécu avant l'an mille, il n’est généralement pas simple de démêler la part du vrai et du faux dans les différents auteurs qui les ont mentionnés. Pour Renobert de Bayeux, ceci se complique de ce que la liste des évêques de Bayeux peints sur les voûtes de la cathédrale donne deux évêques de Bayeux portant le même nom ou presque : Ragnebert et Renobert, dont les orthographes respectives ont été assimilées l'une pour l'autre dans bien des cas, notamment dans les sources les plus anciennes — et certains (voir plus bas) les tiennent pour une seule et même personne. Qui plus est, la région de Bayeux a été envahie à deux périodes : au les Saxons envahissent le Bessin, et au les Bretons et Normands pillent Bayeux qui perd tous les documents relatifs à ses évêques. Toute l'histoire des premiers siècles de l'évêché de Bayeux est donc en grande part incertaine.. Avant d'établir la biographie de Renobert il est donc utile de faire le point sur les documents utilisés par les uns et les autres pour ce faire.
Jules Lair a écrit quatre articles détaillés sur les débuts de l'évêché de Bayeux. Il dresse un tableau comparatif fort utile des premiers évêques de Bayeux selon différentes sources., où l'on voit que la parité est loin d'être respectée :
Gallia Christiana Liste manuscrite Liste des voûtes S. Exuperius S. Exuperius S. Exuperius (-) Regnobertus Regnobertus (-) (-) Ragnebertus Rufinianus Rufinianus Rufinianus Lupus Lupus Lupus Patricius Patricius (-) Manveus Manveus Manveus Contestus Contestus Contestus Vigor Vigor Vigor Leucadius (-) (-) Lascivus (-) (-) Leudovaldus (-) (-) Geretrannus (-) (-) Ragnobertus (-) (-) Gereboldus (-) Gereboldus
Il donne aussi les quatre seules sources connues par ses prédécesseurs historiens. et les analyse soigneusement :
Un Regnobert évêque de Bayeux est mentionné au concile de Reims de 625Gallia Christiana, , . Cité par ., rapporté par Flodoard chanoine de Reims au . ; L'histoire de la translation de ses reliques au , cite les références suivantes pour le récit de la translation des reliques au : D'Achery, Spicilège, éd. nov. , ; et Bolland., , au 16 mai, ., écrite par un prêtre du nom de Joseph : abrégé (en latin) du récit de Joseph.. Ce récit est analysé par le bréviaire de Bayeux du qui le réduit à une légende.. La légende extraite du bréviaire de Bayeux indique que la légende du bréviaire de Bayeux est un manuscrit de la bibliothèque du chapitre de Bayeux. L'abbé Do la cite (abondamment) dans .. Insérée originellement dans les bréviaires du , elle est réduite au fur et à mesure des éditions et révisions pour finalement disparaître de ces bréviaires à l'époque suivante. Elle est reprise par l'abbé Do., qui pense démontrer qu'elle est bien de la main de saint Loup, évêque de Bayeux du . Elle suit la tradition (ou réciproquement), qui fait de saint Exupère († 405) le premier apôtre du Bessin dès le et un disciple de Clément (pape de 52 à 99) ; et de Renobert le successeur immédiat de saint Exupère, bâtisseur de deux ou trois cathédrales, et ayant légué par testament tous ses biens aux églises. note que c'est un « saint Loup apocryphe, auteur de la Vie, qui avait copié, en amplifiant, le récit du saint Loup authentique, auteur de la légende ». Dans ce bréviaire du , la légende de saint Exupère est un abrégé de certaines parties de la Vie et y est réduite à une légende. Lair conclut que le texte du bréviaire, copié sur celui de la Vie, n'a pas plus de valeur que cette dernière qui selon lui n'en a aucune. Une Vie de Regnobert, manuscrit resté inédit jusqu'en 1862 et publié par . On connaît trois exemplaires de ce texte : l'un dans un manuscrit de Belfort, trouvé par les Bollandistes ; un autre venant de Varzy (Yonne) ; et un troisième venant d'Auxerre (Yonne).. Cette Vie dit que saint Exupère, disciple de Clément, aurait été sacré évêque par saint Denis (évêque de Lutèce (Paris) † vers 258 ou 272), saint Martial (évêque de Limoges ) et saint Saturnin (évêque de Toulouse ) ; puis venu à Bayeux, Exupère aurait « promu Regnobert à toutes les dignités ecclésiastiques ». Saint Regnobert, sacré évêque par saint Saturnin, aurait désigné pour son successeur saint Loup, qui d'après aurait vécu au († 632, donc selon l'article wikipédia ; une erreur de ). Les auteurs des Act. Sanct. ont rejeté cette versionAct. Sanct., 16 mai, . Cité par ., les jésuites Bollandistes du l'ont condamnée, le Gallia Christiana les a suivi. et elle paraissait oubliée. Mais elle a resurgi, et les deux sources sur lesquelles s'est appuyé ce renvoi d'Exupère au sont précisément deux vitae de Regnobert.. Certains incluent aussi la tradition. J. Lair (1862) ajoute un deuxième texte nouveau : la vita de saint Révérend. Lebeuf trouve un acte de Bertefrid évêque d'Amiens (644-666) concernant la fondation du monastère de Corbie, fait au « palais » de Chatou (Yvelines) en 663 et signé entre autres par Renobert évêque de Bayeux..
L'abbé Lebeuf, historien bien connu du diocèse d'Auxerre notamment, y est né dans la paroisse Saint-Renobert et a donc très tôt porté son attention sur l'histoire de son patron dès le début du .. Il profite de son séjour de un an à Lisieux, proche du Bessin, pour aller en 1707 consulter sur place les documents et monuments relatifs aux premiers évêques de Bayeux.. Il note l'histoire des évêques de Bayeux écrite en manuscrit par un chanoine de cette ville et publiée par Hermant., curé de Maltot près de Caen ; cet ouvrage indique toutes les inscriptions et peintures à Bayeux et ailleurs ayant quelque rapport avec Renobert, et Lebeuf les visite et consulte tous.. Il consulte Baillet, qui écrit en 1703 et donne bien saint Renobert au . Baillet mentionne aussi l'existence d'un saint Ragnebert distinct de saint Renobert, le premier comme contemporain d'Ebroïn et qui aurait été le martyr dont les reliques ont été translatées en Forez. ; mais Lebeuf note que Baillet a abandonné « le Renobert, prétendu successeur d'Exupère ».. La position de Baillet quant à Renobert a été « assez vivement contestée », selon les mots de Lebeuf.. Lebeuf est lui-même convaincu que « le premier [Renobert,] qu'on fait successeur de saint Exupère, n'a jamais existé » ; il note d'ailleurs que Bayeux ne fête qu'un seul Renobert évêque, et que même Hermant a dû reconnaître l'existence d'un Renobert au . Mais comme Hermant est de ceux qui veulent faire remonter l'évêché de Bayeux à la plus grande ancienneté possible, il reprend la version d'un Renobert successeur d'Exupère et attribue à son Renobert toutes les actions du second Renobert du .. Lebeuf examine de près et rejette la version de la Vie, qui a subséquemment disparue du bréviaire d'Auxerre dans lequel Renobert est resté comme évêque du . Il consulte aussi Chastelain, le père Mabillon, don Denis de Sainte-Marthe (auteur du nouveau Gallia Christiana), le père Papebrok (jésuite continuateur du recueil de Bollandus), les auteurs des Mémoires de Trévoux ; tous agréent que Renobert a vécu au , a assisté au concile de Reims et a signé plusieurs documents sous le nom de Ragnobertus..
Sagement, Lebeuf ne retient de la tradition que très peu d'événements, essentiellement ceux susceptibles d'avoir marqué l’esprit populaire : la noblesse de la famille de Renobert, les grandes donations qu'il faites à l’Église, les miracles qu'il a opérés, et son grand âge. Pour lui, la Vie est un amalgame écrit en « un temps fort stérile en habiles écrivains, et où l’esprit de discernement était fort rare ».. Pour un homme aux paroles généralement si peu critiques envers les textes de religion, c'est dire le peu d'intérêt hagiographique qu'il y voit.
À la suite des travaux du (les jésuites Bollandistes du qui ont condamné cette vue, le Gallia Christiana les a suivi) et de la première partie du (Baillet, Lebeuf, De la Rue (1842). et d'autres), la version du Renobert successeur immédiat de saint Exupère et ce dernier envoyé par le pape Clément (52-99) pour évangéliser la Neustrie, est à peu près délaissée. Elle resurgit vers le milieu du , sur la base de la fausse Vie de saint Renobert et une Vie de saint Exupère dans un légendaire de Saint-Spire de Corbeil, disparue mais copiée par Dumoustier au .. Cette fausseté est tenace : elle ressort encore au début du sous la plume de Destarac (1903) qui lui aussi fait de Renobert le successeur immédiat d'Exupère premier évêque de Bayeux..
Biographie Saint Regnobert est qualifié de second apôtre du Bessin (après saint Exupère), ce qui s'applique à son impact sur la région et non à ce qu'il soit le second évêque de Bayeux — ce qu'il n’est pas..
Selon Arcisse de Caumont (qui n'en donne ni preuve ni explication soutenue), il serait né à Noron-la-Poterie ., un village sur la route de Coutances-Saint-Lô-Bayeux à au sud-ouest de Bayeux. l'ancienne capitale gallo-romaine des Bajocasses (Augustodurum) et siège d'un évêché.
Ceneau le donne comme fondateur de trois églises à Caen. et la tradition lui en attribue une quatrième : église du Vieux Saint-Sauveur de Caen ; Notre-Dame (maintenant église Saint-Sauveur) ; Saint-Pierre ; Saint-Jean. Un nombre peu crédible pour l'époque, et d'ailleurs seules les églises Saint-Pierrehttps://caen.fr/annuaire-equipement/eglise-saint-pierre et Saint-Jean semblent avoir réellement existé au .
On lui attribue également la fondation de la chapelle à l'origine du pèlerinage de la Délivrande..., le plus ancien pèlerinage de Normandie..
Jules Lair, pourtant très critique des vitae de Renobert, pense qu'il est sinon probable, tout au moins possible, qu'il ait fait bâtir ou réparer l'église Saint-Exupère située sur le mont Phaunus. Le quartier Saint-Exupère est à environ au sud-est ; voir l'église Saint-Exupère en caméra de rue sur google.fr, à au sud-est de la « rue du Mont-Phaunus ». à Bayeux (Augustodurum), sépulture des premiers évêques de Bayeux..
En 625 il assiste au concile de Reims., et en 657 ou 658 au concile de Malay « qui était alors un domaine royal à de la ville de Sens »., convoqué par saint Emmon évêque de Sens.
En 663 il contresigne un acte concernant la fondation du monastère de Corbie — acte fait au palais de Chatou près de Paris.
Il meurt un , vers l’an 666 selon Gallia Christiana..
Les translations des reliques Ce titre est mieux connu au singulier, d'après le texte du prêtre Joseph qui a écrit l'Historia Translationis Corporum SS. Raynobertti et Zenonis entre 877 et 886.
Première translation En 846 les Bretons sont proches de Bayeux.. Hervé, originaire du Maine et peut-être proche des Rorgonides et des comtes du Perche., demande à Fréculf évêque de Lisieux la permission de transférer les reliques de l'évêque de Bayeux saint Renobert et du diacre saint Zénon de l'église Saint-Exupère de Bayeux où elles sont conservées.. Il recherche la même permission auprès de saint Baltfride évêque de Bayeux, mais ce dernier est absent : il répond d'une attaque dont la nature n'est pas précisée. Hervé part pour Bayeux accompagné de deux prêtres désignés par Fréculf. Mais il est difficile de savoir si Hervé cherche réellement Baltfride ou s'il profite de l'absence de ce dernier pour enrichir un sanctuaire familial.