Jussy est une commune suisse du canton de Genève.
Géographie La commune de Jussy s'étend sur . Lors du relevé de , les surfaces d'habitation et d'infrastructure représentaient de sa superficie, les surfaces agricoles , les surfaces boisées et les surfaces improductives . Les surfaces boisées de la commune forment les Bois de Jussy ; ils ont une surface d'environ et font de Jussy la commune ayant la surface forestière la plus étendue du canton de Genève.
La commune comprend les hameaux de Jussy-l'Évêque, Lullier, Monniaz - point le plus élevé du canton de Genève (516 mètres d'altitude) - et Sionnet, ainsi que divers mas comme Les Cabrits, Les Peutets, La Léchère, Le Petit-Lullier, Les Mévaux, Les Pauses-Basses, Les Beillans, La Renfile. La commune de Jussy est limitrophe de Gy, Presinge et Meinier, ainsi que de la France (Saint-Cergues, Juvigny).
Histoire Le nom de Jussy est d'origine latine : Jussiacum, mot issu du gentilice (nom de la gens) JustiusMot que l'on peut traduire par « homme juste, équitable, raisonnable ». Cf. Henry Suter : Glossaire des noms de lieux de Suisse romande, Savoie et environs, version du 18 décembre 2009, en ligne, consultée le 9 juin 2021: http://henrysuter.ch/glossaires/topoJ0.html qui correspondait sans doute au nom du propriétaire d'une villa (domaine agricole) de l'époque gallo-romaine. Cette origine étymologique explique le nombre de communes, villages et hameaux qui portent en France le nom de JussyNotamment en Haute-Savoie, mais aussi en Moselle, dans l'Aisne, l'Yonne et le Cher. .
La première mention écrite de Jussy qui nous soit parvenue est en latin et date de 1180 : Jussiacum Episcopi, c'est-à-dire Jussy de l'évêqueCette mention est faite dans un acte de donation d'une terre sise à Jussy, acte passé en 1180 par Guillaume de Faucigny en faveur de l'abbaye d'Abondance (cf. A. Corbaz, Mandement et chastellenie de Jussy-L'Evêque, Genève 1916, réimpression 1993, p. 16).. En effet, au Moyen Âge, Jussy constituait l'un des trois mandements épiscopaux que l'évêque de Genève détenait en toute propriétéMartine Piguet : « Mandement » in Dictionnaire historique de la Suisse (DHS), version du 23.06.2008, en ligne: https://hls-dhs-dss.ch/fr/articles/010359/2008-06-23/, article consulté le 08.06.2021.. À partir du , l'évêque de Genève exerce les pouvoirs ecclésiastique et temporel sur la ville de Genève et dans ses mandements ; il fait construire une forteresse à Jussy au .
Cependant, dès le milieu du , les comtes - puis ducsEn 1416, l'empereur du Saint Empire romain germanique Sigismond érige le comté de Savoie en duché (cf. Sandra Coram-Mekkey, Alain Becchia & Dominique Zumkeller : « Savoie » in Dictionnaire historique de la Suisse (DHS), version du 15.01.2015, en ligne: https://hls-dhs-dss.ch/fr/articles/006641/2015-01-15/, article consulté le 09.06.2021). - de Savoie étendent leurs territoires de façon très importante (notamment le Faucigny, le pays de Gex, le pays de Vaud, le comté de Nice, le Genevois et le Piémont), ce qui fait que Genève devient enclavée dans la Savoie. Dès lors, l'histoire de Jussy (ainsi que celle des autres mandements épiscopaux) va dépendre du sort de la lutte politique - et parfois militaire - entre Genève et la Savoie, qui cherche à l'annexer. Dans un premier temps, la Savoie a presque le dessus : sous une pression importante, l'évêque cède en 1290 à la maison de Savoie la forteresse commandant les ponts de l'Île, ainsi que la charge de vidomne; puis, en 1449, le pape confère au duc de Savoie le pouvoir de nomination aux bénéfices majeurs du duché, c'est-à-dire en particulier le droit de choisir les évêques des diocèses de Savoie, y compris celui de GenèveL'une des compensations accordées en 1449 par le pape Nicolas V au duc Amédée VIII de Savoie pour avoir abdiqué du trône pontifical auquel ce dernier avait été élu en 1439 par le concile de Bâle et couronné sous le nom de Félix V (cf. Bernard Andenmatten : « Félix V » in Dictionnaire historique de la Suisse (DHS), version du 10.04.2006, en ligne: https://hls-dhs-dss.ch/fr/articles/012614/2006-04-10/, article consulté le 08.06.2021).; dès lors, les évêques de Genève seront soit des membres de la famille de Savoie, soit des proches.
Dans un second temps, dès le début du , un certain nombre de négociants genevois groupés autour de Besançon HuguesCf. Micheline Tripet : « Hugues, Besançon » in Dictionnaire historique de la Suisse (DHS), version du 06.09.2005, en ligne: https://hls-dhs-dss.ch/fr/articles/028565/2005-09-06/, article consulté le 09.06.2021. dans le parti des EidguenotsDe l'allemand Eidgenossen, qui signifie « Confédérés ». s'opposent au parti pro-savoyard et, après bien des aléasNotamment le « meurtre judiciaire » de Philibert Berthelier (1519), puis d'Amé Lévrier (1524): cf. Louis Binz : Une histoire de Genève, Genève 2016, p. 40., obtiennent en la signature d'un traité de combourgeoisie entre Genève, Fribourg et Berne, aux termes duquel les trois parties se promettent assistance militaire mutuelle en cas d'attaque. Ce succès du parti anti-savoyard et les prêches de Guillaume Farel entraînent en 1533 la fuite du dernier évêque de Genève, puis en janvier- l'intervention des troupes bernoises pour libérer Genève bloquée par les partisans de l'évêque et du duc de Savoie, et enfin en l'adoption de la RéformeJean Calvin n'arrive à Genève que deux mois plus tard, en juillet 1536. Cependant, à Pâques 1538, Farel et Calvin sont bannis de Genève à cause de disputes sur l'autorité de l'Église et de l'État. Finalement, en 1540 le Conseil de la ville se décide à rappeler Calvin, qui revient en 1541 et y restera jusqu'à sa mort en 1564. (Cf. Francis Higman: « Calvin, Jean » in Dictionnaire historique de la Suisse (DHS), version du 17.09.2009, en ligne: https://hls-dhs-dss.ch/fr/articles/011069/2009-09-17/, article consulté le 09.06.2021.).
Entre 1534 et 1536, la forteresse de Jussy a abrité des partisans de l'évêque et du duc de Savoie. Mais l'arrivée des Bernois entraîna sa reddition et elle fut incendiée en 1536, afin d'éviter qu'elle puisse à l'avenir servir d'abri aux troupes savoyardes. La Réforme fut dès lors imposée à Jussy et dans les autres mandements.
En 1690, une troupe de mercenaires du duc de Savoie pille et brûle Gy, une partie du Crest, La Gara et plusieurs maisons de Jussy.
Le traité de Turin de 1754 rattache les hameaux de Gy et de Sionnet à la commune de JussyAlfred Perrenoud, « Parents, grands-parents et parenté à Jussy au tournant du XIXe siècle » in Barbara Roth-Lochner, Marc Neuenschwander & François Walter (dir.), Des archives à la mémoire - Mélanges d'histoire politique, religieuse et sociale offerts à Louis Binz, éd de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Genève, Genève, 1995, pp. 303 à 323, cf. p. 311..
Après l'invasion de la Savoie par les troupes françaises en , puis l'annexion de celle-ci par la France en en tant que département du Mont-Blanc, Genève est encerclée par la France révolutionnaire. Les membres des cercles révolutionnaires genevois prennent alors le pouvoir le et le Conseil général décrète l'édit du qui proclame l'égalité politique entre citoyens, bourgeois, natifs, habitants et sujets. : les ressortissants des campagnes - c'est-à-dire de Jussy et des autres Mandements sujets de Genève (« la Seigneurie ») - obtiennent dès lors la qualité de citoyens de la république de Genève, ce que la Constitution genevoise du confirmeraCf. Marc Peter, Genève et la Révolution. Les Comités provisoires (28 décembre 1792 - 13 avril 1794), Genève 1921, p. 22-23.. Jusqu'alors, en effet, seuls les ressortissants de la ville de Genève et de ses franchises » (banlieues) pouvaient être bourgeois ou citoyens de Genève - les ressortissants des campagnes, sujets de Genève, n'avaient pas le droit, depuis le milieu du , d'en acquérir la bourgeoisie - et, par conséquent, membres du Conseil généralCf. Walter Zurbuchen, « Les écharpes des maires genevois » in Revue du Vieux Genève, 1983, p. 60 ss.. Ainsi, les habitants de ces communes rurales, qui jusqu'alors avaient été privés de droits politiques, obtiennent dès lors les mêmes droits que les habitants de la ville.
À la suite de la révolution genevoise de 1792, en , au motif d'une altercation entre « englués » et « montagnards » qui avait eu lieu au café de Sionnet, et en raison de rumeurs de conspiration patricienne dans la « Vendée genevoise », le gouvernement genevois (les « Comités provisoires ») envoie à Jussy un détachement de 80 soldats, auquel se joignent plusieurs dizaines de membres du club des montagnards, surexcités et en armes : c'est « l'expédition de Jussy ». En chemin, des citoyens faisant partie de l'expédition fusillent à Chêne, sans jugement, un jeune tonnelier savoyard du nom de Salomon Burdet, avec lequel ils s'étaient disputés au cabaret à cause d'opinions politiques divergentes. Puis, l'expédition se poursuit et va occuper le village de Jussy, Le Crest et La Gara, pendant plusieurs semaines; les propriétaires de ces deux domaines, MM. Micheli du Crest et Labat, sont emprisonnés à Genève du au , avant d'être déchargés des accusations sans fondement portées contre eux et libérésCf. Marc Peter, Genève et la Révolution. Les Comités provisoires (28 décembre 1792 - 13 avril 1794), Genève 1921, p. 291-314, et André Corbaz, Un coin de terre genevoise. Mandement et chastellenie de Jussy-L'Evêque, Genève 1916 (réimpression 1993), p, 262 et ss..
À partir de l'invasion des troupes de la jeune République française en 1798 et jusqu'à la chute de en 1814, Genève est annexée à la France et devient le chef-lieu du département du Léman, dont Jussy est une commune.
En , Genève - à savoir la ville de Genève avec ses « franchises » (c'est-à-dire les communes de Plainpalais, des Eaux-Vives, du Petit-Saconnex, de Chêne-Bougeries et, partiellement, de Cologny) et ses mandements de Jussy, Peney (aujourd'hui les communes de Satigny, de Dardagny et, partiellement, de Russin), Genthod et Céligny - devient canton suisseCf. Paul-F. Geisendorf, « D'une explication historique du paysage genevois », Genava - revue d'histoire de l'art et d'archéologie, N° 11, Genève 1963 - https://www.e-periodica.ch/cntmng?pid=gen-001:1963:11::614..
En 1816, le traité de Turin accorde au nouveau canton de Genève notamment les communes savoyardes situées entre Jussy et la ville de Genève, en particulier Meinier, Choulex, Presinge-Puplinge et ChêneEn fait, quatorze communes sont cédées à Genève par la Savoie-Sardaigne lors du traité de Turin de 1816 : Hermance, Corsier-Anières, Collonge-Bellerive, Meinier, Choulex, Presinge-Puplinge, Chêne, Veyrier-Troinex, Carouge, Lancy, Bernex-Onex-Confignon, Compesières, Aire-la-Ville, Avusy-Laconnex-Soral (cf. Paul-F. Geisendorf: "D'une explication historique du paysage genevois" in Genava, revue d'histoire de l'art et d'archéologie, N° 11 - 1963)..
Le nombre d'habitants de la commune de Jussy reste stable entre 1750 et 1850 : environ 900 habitants. Cependant, cette apparente stabilité cache un double fait : d'une part, les jeunes gens, qui éprouvent de grandes difficultés à s'établir dans la commune, sont nombreux à émigrer vers la ville (56 % des femmes et 42 % des hommes au ) ; d'autre part, la proportion de domestiques et d'ouvriers est croissante : 12,7 % en 1797 pour 17,7 % en 1834Alfred Perrenoud, « Parents, grands-parents et parenté à Jussy au tournant du XIXe siècle » in Barbara Roth-Lochner, Marc Neuenschwander & François Walter (dir.), Des archives à la mémoire - Mélanges d'histoire politique, religieuse et sociale offerts à Louis Binz, op. cit., pp. 311-312..
En 1850, à la suite d'un différend remontant à 1821 relatif à la suppression de l'école de Gy et la construction de l'école communale aux Beillans, Gy (qui faisait partie de Jussy depuis le traité de Turin de 1754) se sépare de la commune de Jussy et forme une nouvelle commune.