La répression dans l'Ogaden de 2007-2008 (appelée la sale guerre éthiopienne par certains médiasTom Porteous, "La sale guerre éthiopienne", Guardian Unlimited, 5 août 2007.) est une campagne militaire menée par l'armée éthiopienne contre le Front national de libération de l'Ogaden (FNLO). Cette campagne a débuté à la suite de l'attaque des champs pétrolifères d'Abole par le FNLO, qui fit 74 morts en .
Les principales opérations militaires se sont concentrées autour des villes de Degehabur, Kebri Dahar, Werder et Shilavo dans l'Ogaden, une zone située dans la région Somali en Éthiopie, berceau du FNLOLa crise éthiopienne de l'Ogaden, Reuters AlertNet, décembre 2007..
Selon Human Rights Watch (HRW), de nombreuses violations des droits de l'homme auraient été commises par les militaires éthiopiens et les combattants du FNLORapport sur l'Éthiopie, Human Rights Watch, 2008.. Des centaines de civils ont été tués et des dizaines de milliers déplacés sur la seule année 2007, les chiffres exacts étant inconnus dans la mesure où le gouvernement éthiopien avait interdit l'accès à la région aux journalistes et aux organisations humanitairesEdmund Sanders, "Ethiopia war gets little attention", Los Angeles Times, 23 mars 2008.. Plusieurs organisations des droits de l'homme ont comparé la situation dans l'Ogaden au sort réservé aux civils au cours de la guerre du Darfour au SoudanJeffrey Gettleman, "In Rebel Region, Ethiopia Turns to Civilian Patrols", The New York Times, 14 décembre 2007..
Contexte L'insurrection
La région Somali à l'est de l'Éthiopie, dont la majeure partie constitue l'Ogaden, est le siège d'un conflit armé depuis de nombreuses années entre le gouvernement éthiopien et le FNLO. Créé en 1984, le FNLO est composé de partisans qui avaient pour beaucoup soutenu la Somalie durant la guerre de l'Ogaden contre l'Éthiopie à la fin des années 1970.
Le FNLO s'était battu contre le Derg de Mengistu Hailé Mariam, mais ne s'était pas allié au Front de libération des peuples du Tigré (FLPT) qui prit ensuite le pouvoir et dont le leader était l'actuel premier ministre du pays Meles Zenawi. En 1992, après la chute de Mengistu, le FNLO remporta le pouvoir dans la région Somali nouvellement créée. Cependant, les revendications d'indépendance du FNLO ont miné ses relations avec le gouvernement national ce qui a conduit à son éviction du gouvernement en 1994. Le FNLO s'est alors tourné vers la lutte armée contre le gouvernement éthiopien et, pendant plus d'une décennie, une forte présence militaire éthiopienne dans la région a donné lieu à de nombreuses altercations entre les deux parties.
Les attentats du FNLO en avril-mai 2007 Abréviations utilisées dans l'article FNLO : Front national de libération de l'Ogaden FLPT : Front de libération des peuples du Tigré ONU : Organisation des Nations unies HRW : Human Rights Watch CICR : Comité international de la Croix-Rouge OCHA : Bureau de la coordination des affaires humanitaires UTI : Union des tribunaux islamiques
Le , des membres du FNLO lancent un raid sur une exploitation pétrolière chinoise à Abole, dans la région Somali, tuant 65 ouvriers éthiopiens et 9 chinoisLes rebelles éthiopiens tuent 70 personnes dans une installation pétrolière chinoise, The New York Times, 24 avril 2007.. Les combattants affirment avoir « complètement détruit » le champ pétrolier. La plupart des personnes tuées sont des ouvriers, des gardes ainsi que du personnel d'encadrementDétails sur le massacre du FNLO.
Le , des combattants du FNLO lancent des grenades lors de cérémonies à Djidjiga et Degehabur. La déflagration et la panique qui suivent font 17 morts et des douzaines de blessés dont le président de la région Somalie. La plupart des victimes qui succombent à ces deux attentats simultanés sont des civils, dont un jeune écolier de 17 ans et plusieurs femmes. Le FNLO nie toute implication dans ces attentatsÉthiopie: La répression dans l'est tue des civils, Human Rights Watch, 4 juillet 2007..
Chronologie En , l'armée éthiopienne a commencé à masser ses troupes dans l'Ogaden, en jurant de «traquer les rebelles». Elle a commencé à fermer les routes de la région aux échanges commerciaux ainsi qu'aux organisations humanitairesWill Connors, "Why we don't hear about the conflict in the Ogaden, Slate Magazine, 5 septembre 2007. et, le , le Premier Ministre Meles Zenawi annonça que le gouvernement éthiopien avait entamé une offensive à grande échelle pour supprimer la rébellion du FNLO et avait considérablement renforcé le nombre de militaires dans la région SomalieCrime de guerre et crimes contre l'humanité dans l'Ogaden.
Le , dans le village de Labiga, au sud de la ville de Degehabur, les forces éthiopiennes auraient tué 21 villageois qui s'était opposés à l'armée qui tentait de prendre leurs bétails. De juin à , la campagne de contre-insurrection atteint son apogée avec une utilisation systématique de mesures abusives par les militaires.
left|thumb|Zones de conflit en rouge foncé Le FNLO annonça un cessez-le-feu le lorsqu'une mission de l'ONU fut chargée d'examiner sa plainte au sujet des atteintes au droit de l'homme commises par le régime éthiopien : "Effectif immédiatement. Les forces armées du Front national de libération de l'Ogaden cesseront toute offensive militaire contre les troupes et milices pour la durée de la mission d'enquête de l'ONU"Les rebelles éthiopiens annoncent un cessez-le-feu pour laisser la mission de l'ONU travailler", eitb24.com, 2 septembre 2007.". À partir de , la stratégie du gouvernement éthiopien est passée de l'exploitation directe des forces militaires à l'augmentation du recrutement forcé et le déploiement de milices locales.
Le , un porte-parole du FNLO indiqua avoir tué 250 soldats au cours d'une bataille près de la localité de Werder, cette information n'a toutefois jamais été confirmée par le gouvernement éthiopien ni par une source indépendante"Les rebelles affirment avoir tué 250 soldats", Herald Sun, 23 octobre 2007.. Le , le FNLO affirma que 270 soldats éthiopiens auraient péri dans des combats qui se seraient déroulés entre le et le 1er novembre, ce qui n'a, là encore, pas pu être vérifié par une source indépendanteLes rebelles éthiopiens affirment avoir tué plus de 270 soldats , AFP, 5 novembre 2007.
Le , l'armée éthiopienne annonce avoir tué 100 combattants du FNLO au cours du mois d'octobre et en avoir capturé une centaine d'autresL'armée éthiopienne affirme avoir tué 100 rebels de l'Ogaden , AFP, 16 novembre 2007. Deux jours plus tard, le , le FNLO rapporte que l'aviation éthiopienne aurait bombardé des villages et des habitations nomades dans la région de l'Ogaden, tuant plus d'une douzaine de civilsJeffrey Gettleman, "les rebelles séparatistes accusent les militaires éthiopiens de tuer de civils", The New York Times, 20 novembre 2007.L'Éthiopie bombarde des villages de l'Ogaden,BBC, 19 novembre 2007, ce que le gouvernement éthiopien contestaL'Éthiopie nie les attaques d'hélicoptères dans l'Ogaden , Reuters, 20 novembre 2007..
Le , le secrétaire général adjoint aux Affaires humanitaires de l'ONU, John Holmes indique que la situation humanitaire dans l'Ogaden est "potentiellement sérieuse mais pas encore catastrophique". Le Premier Ministre Meles Zenawi répond que les violations des droits de l'homme et la crise humanitaire "n'ont jamais existé, n'existent pas et n'existeront pasLes soldats continuent à violer les droits de l'homme , International Herald Tribune, Associated Press, 28 novembre 2007".
Le , le FNLO annonce avoir tué 43 soldats lors de deux semaines de combats dans la partie nord de l'Ogaden, mais le gouvernement indiqua qu'il n'y avait eu aucun combat dans cette zone"Communiqué militaire", Front national de libération de l'Ogaden, 26 février 2008.
Le premier ministre Meles Zenawi a déclaré le que le FNLO a été en grande partie «neutralisé» par l'offensive militaire en cours depuis plus d'un an. « Il n'y a pas d'opération organisée par le FNLO dans la région Somalie. Il a été neutralisé. Il y a peut-être quelques personnes isolées et nous allons les cueillir un par un ». Le FLNO le conteste, indiquant qu'en dépit de la campagne de terreur menées par le gouvernement dans la région, l'armée ne l'a pas vaincuL'Éthiopie demande à ses troupes de rester en Somalie, International Herald Tribune. Selon un rapport de Human Rights Watch, les incendies de village et les délocalisations ont toutefois diminué en 2008.
Allégations de violation des droits de l'homme Abus perpétrés par les militaires éthiopiens thumb|right|300px|Principales zones de conflit dans la région Somali. La campagne de répression militaire a déclenché une importante crise humanitaire, d'autant plus que, d'après le FNLO, le gouvernement aurait instauré un véritable blocus de la région afin de créer une "famine artificielle"Ethiopia deadline for Red Cross", BBC News, 24 juillet 2007..
Selon l'organisation Human Rights Watch, les civils de la région Somalie ont été pris au piège entre les parties belligérantes. Des dizaines de civils auraient été tués dans ce qui semblait être une volonté délibérée de punir collectivement une population civile soupçonnée de sympathie avec les rebelles. Les interventions militaires dans les villages ont contraint les populations à quitter leurs villages, notamment dans les zones de Werder, de Korahe et de Degehabur, mais aussi dans d'autres zones qui n'étaient pourtant pas réputées pour abriter des sympathisants du FNLO. Les troupes éthiopiennes ont détruit des villages et des maisons, confisqué du bétail et obligé des civils à déménager, autant de pratiques considérées comme des violations du droit de la guerre
Les réfugiés fuyant la répression et les zones de combats racontaient des histoires de violences généralisées, de villages entièrement détruits, de vols, de meurtres ou de viols par des soldats éthiopiensL'Éthiopie laisse mourir de faim et tue son propre peuple," GaroweOnline, 15 septembre 2007.. En , certains médias ont comparé la situation dans l'Ogaden au conflit du Darfour, avec des réfugiés indiquant que les troupes gouvernementales avaient brûlé des villages, violé et tué des civilsSteve Bloomfield, Ethiopia's 'own Darfur' as villagers flee government-backed violence , The Independent, 17 octobre 2007..
Abus perpétrés par le FNLO Human Rights Watch a accusé le FNLO d'être responsable de nombreux abus et violations des droits de l'homme, notamment des enlèvements, des passages à tabac et des exécutions sommaires de civils, y compris des responsables gouvernementaux et de personnes soupçonnées de soutenir le gouvernement. Alors que les actes du FNLO étaient largement dirigés contre les forces armées éthiopiennes, il a parfois mené des attaques contre des zones civiles et utilisé des mines antipersonnel tuant aveuglément des civils. Le FNLO a également menacé de s'en prendre à des entreprises commerciales et il a imposé des «taxes» sur les camions et les convois se déplaçant dans les zones rurales sous son contrôleCrimes de guerre et crimes contre l'humanité dans l'Ogaden : Partie - les abus du FNLO.
Enrôlement forcé de civils