Loccupation des îles Anglo-Normandes renvoie à la période de l'histoire où les îles Anglo-Normandes sont militairement occupées par l'Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale, ce qui fait d'elles les seuls territoires des îles Britanniques à avoir été envahis par la Wehrmacht. Cette occupation couvre la période allant du à la libération, le . Ne faisant pas partie du Royaume-Uni, ces îles recouvrent les dépendances de la Couronne des bailliages de Jersey (îles de Jersey, des Écréhou et des Minquiers) et de Guernesey (îles de Guernesey, Herm et Sercq et Aurigny).
vignette|Faisant partie du Mur de l'Atlantique, les îles Anglo-Normandes ont vu, pendant leur occupation, les forces allemandes et l'Organisation Todt construire des fortifications sur leurs côtes, comme ici la tour d'observation des Landes, Jersey.
Avant l'occupation Démilitarisation Le , le gouvernement britannique décide que les îles Anglo-Normandes n'ont pas d'importance stratégique et ne seraient pas défendues. Londres estime alors que la défense des îles mobiliserait plusieurs dizaines de milliers de soldats anglais qui, obligés d'y stationner, ne seraient pas sur d'autres fronts plus stratégiques. Ainsi, et en dépit de la réticence du Premier ministre Winston Churchill, le gouvernement britannique abandonne la plus ancienne Dépendance de la Couronne « sans avoir tiré le moindre coup de feu ». Pour les Allemands, l'occupation des îles Anglo-Normandes n'a aucun autre but que de celui d'une propagande de prestige concernant l'occupation d'un territoire britannique. Les .
Évacuation
Le gouvernement britannique consulte les autorités des îles dans le but d'organiser l'évacuation des habitants. Néanmoins, les opinions sur ce sujet sont divisées, entraînant des prises de position divergentes entre les différentes îles. Cela ne permet pas de mener une politique commune et cohérente. Le gouvernement britannique décide alors que la meilleure politique est de mettre autant de navires que possible à la disposition des habitants qui ont ainsi la possibilité de partir s'ils le désirent. Les autorités d'Aurigny recommandent à tous ses habitants d'évacuer, et presque tous le font. À l'opposé, la Dame de Sercq, Sybil Mary Collings Beaumont, encourage les Sercquiais à rester. À Guernesey, les autorités décident l'évacuation des enfants d'âge scolaire, si les parents le souhaitent. Ils ont alors la possibilité de partir avec eux. La majorité des Jersiais décide de rester.
Invasion
thumb|Soldats allemands à Jersey en 1941. La Wehrmacht, ignorant que les îles sont démilitarisées, a une approche très précautionneuse dans son invasion. Le , les Allemands envoient un escadron de bombardiers en mission au-dessus des îles et bombardent les ports de Jersey et de Guernesey. À Saint-Pierre-Port, la mission de reconnaissance allemande croit voir des véhicules militaires de transport de troupes mais il s'agit en fait de convois chargés de tomates pour les personnes évacuées. Quarante-quatre insulaires sont tués au cours de ces raids aériens.
Alors que l'armée allemande se prépare à une opération d'invasion avec deux bataillons, le pilote d'un avion de reconnaissance qui s'est posé à Guernesey reçoit la reddition officielle de l'île, le . Jersey se rend le . Aurigny, où il ne reste presque plus personne, est occupée le lendemain et un petit détachement allemand va de Guernesey à Sercq qui se rend officiellement le .
Occupation Les forces allemandes consolident rapidement leurs positions. L'infanterie s'y installe, des réseaux de communication sont créés, ainsi qu'une défense antiaérienne. Un service aérien est créé entre les îles et la France occupée.
Gouvernement À Guernesey, le bailli, Sir Victor Carey, et les États de Guernesey cèdent le contrôle aux autorités allemandes. La gestion des affaires courantes de l'île est confiée à un comité de contrôle, présidé par Ambrose Sherwill.
Une monnaie d'occupation () est émise à Guernesey pour garder une certaine activité économique. Les militaires allemands utilisent une forme propre de pour le paiement de biens ou de services.
Les autorités allemandes changent les îles de fuseau horaire, les faisant passer du fuseau UTC+0, c'est-à-dire le fuseau de l'Europe de l'Ouest, au fuseau UTC+1, c'est-à-dire le fuseau de l'Europe centrale. Les numérotations des routes sont aussi changées ainsi que le sens de circulationJohn Nettles, Jewels and Jackboots, Channel Island Publishing; Limited edition, 25 octobre octobre 2012, ., les véhicules devant rouler à droite comme sur le continent, et non plus à gauche comme dans les îles Britanniques.
Camps de concentration d'Aurigny
thumb|right|Plaque du souvenir des camps de concentration d'Aurigny, dans lesquels ont vécu les prisonniers qui ont construit les fortifications allemandes du mur de l'Atlantique dans l'île. « Durant l'occupation allemande (1940-1945), après l'évacuation d'Aurigny, les nazis ont transporté des milliers de travailleurs de plusieurs nationalités jusqu'à cette île pour construire des fortifications militaires. Cette plaque indique les sites des principaux camps où étaient détenus les travailleurs… Les travailleurs étaient originaires de plusieurs pays mais étaient traités de manière très cruelle et brutale. Approximativement 400 tombes ont été identifiées sur Aurigny. Le nombre total, cependant, de ceux qui ont péri soit sur l'île soit dans des camps sur le continent après avoir été évacués de l'île est inconnu. Leur souvenir est gardé au Hammond Memorial à Saye. »Texte de la plaque en anglais : « »
Les Allemands construisent, sur l'île d'Aurigny, quatre camps de concentration qui dépendent du camp principal de Neuengamme, en Allemagne. Les quatre camps reçoivent le nom d'une des Îles de la Frise : Norderney, Borkum, Sylt et Heligoland. L'Organisation Todt opère dans chaque camp en ayant recours au travail forcé pour construire des bunkers, des abris anti-aériens et diverses fortifications.
Les camps Borkum et Heligoland sont des camps de travail pour « volontaires » (Hilfswillige) et les travailleurs de ces camps sont traités durement mais bien mieux que ceux des deux autres camps. Le camp Borkum était constitué de travailleurs d'Allemagne et d'autres pays européens et le camp Heligoland était constitué de travailleurs de Russie recrutés par l'Organisation Todt .. Le camp Norderney reçoit des prisonniers européens (principalement de l'Europe de l'Est et de Russie mais aussi d'Espagne). Le camp Sylt reçoit des prisonniers juifs. En 1943, les camps Norderney et Sylt, regroupant les prisonniers européens et juifs, sont placés sous l'autorité du Hauptsturmführer SS Max List. Plus de 700 prisonniers sont morts et les survivants sont transférés dans d'autres camps en Allemagne en 1944.
Résistance et collaboration thumb|left|Affiche en français informant de mesures contre des actes de résistance à Jersey : « Pendant la nuit de samedi à dimanche les 28 et 29 juin 1941 un écriteau militaire allemand fut défiguré et la lettre « V » et autres écrits furent peints sur certaines maisons ainsi que sur des murs et dans la route dans le district du Rouge Bouillon, en la paroisse de St. Hélier. ». Il n'y a pas eu de mouvement de résistance dans les îles à un niveau comparable à celui de la France occupée. Ceci est dû à un faisceau de facteurs, comprenant l'éloignement géographique des îles, la densité des troupes allemandes (presque un soldat allemand pour deux insulaires), la petite taille des îles (ce qui amène de fait peu de possibilités de caches ou de dépôts) mais aussi l'absence de la Gestapo dans ces territoires. De plus, une grande partie de la population en âge de combattre (et donc la plus à même de mener des mouvements de résistance) a quitté les îles pour intégrer l'armée britannique.
thumb|Plaque apposée sur le monument aux morts à Saint-Ouen, Jersey, en mémoire de Louisa Mary Gould : « Louisa Mary Gould, née Le Druillenec, mise à mort en 1945 au camp de concentration de Ravensbrück en Allemagne ».
thumb|Monument aux morts à Saint-Hélier, Jersey : « Pour mémoire : entre 1940 et 1945, plus de 300 insulaires ont été emmenés de Jersey dans des camps de concentration et des prisons sur le continent, pour des crimes politiques commis contre les forces d'occupation allemandes. »Texte de la plaque en anglais : « »
Des actes de résistance passive ont toutefois lieu, incluant des actes mineurs de sabotage, des aides pour cacher des prisonniers et les aider à s'évader (comme pour le Juste parmi les nations Albert Bedane) et la publication de journaux clandestins reprenant les informations de la BBC. Les habitants des îles rejoignent également la campagne de Winston Churchill du signe V en recouvrant les symboles nazis (sur les affiches, sur les murs) par cette lettre V (pour Victoire). Un autre acte de résistance passive est d'écouter de manière privée les émissions de radio de la BBC, ce qui était interdit lors des premières semaines d'occupation, et (de manière surprenante vu la politique appliquée ailleurs en Europe occupée) toléré par la suite avant d'être de nouveau prohibé. Plus tard, cette politique est même portée à un degré supérieur : l'occupant interdit d'écouter quelque programme radio que ce soit (y compris les radios allemandes et le programme anglophone nazi du propagandiste William Joyce) confisque tout poste radio sans fil. Néanmoins, beaucoup d'habitants réussissent à cacher leurs postes aux autorités allemandes, ou à bricoler des récepteurs à cristal et peuvent donc continuer à écouter la BBC malgré le risque que cela représente. Il faut noter aussi que, l'information circulant entre voisins, il suffit qu'un petit nombre seulement de personnes écoute ces programmes pour permettre à une grande majorité de la population de se tenir au courant .
Plusieurs habitants des îles réussissent à s'en enfuir (comme le futur Bailli de Jersey, Peter Crill). Ces évasions augmentent après le débarquement de Normandie le , alors que les conditions de vie dans les îles sont devenues plus difficiles à cause de l'interruption du ravitaillement depuis le continent et que la volonté de participer à la libération de l'Europe occupée grandit parmi les habitants.
La politique générale des dirigeants des îles, telle qu'elle avait été définie par le gouvernement britannique, est une politique de coopération passive, malgré les critiques qui ont pu être formulées (notamment par rapport à la question du traitement des Juifs dans les îles). Les quelques Juifs résidents des îles (pour la plupart des membres de l'Église d'Angleterre qui ont un ou deux grands-parents juifs et qui sont donc considérés comme des Juifs par les Allemands) sont frappés par neuf mesures contre les Juifs (), notamment : fermeture des commerces ou des entreprises tenus par des juifs (ou placement de ces commerces sous administration « aryenne »), confiscation de tous les postes radio sans fil, résidence forcée à domicile mis à part une autorisation de sortie d'une heure par jour…
La déclassification des documents a montré qu'à Jersey et à Guernesey, la politique de collaboration des édiles et notamment du bailli Victor Carey a abouti à la dénonciation de nombreux Juifs et à la déportation à Auschwitz de Juifs réfugiés sur l'île...
Quelques femmes des îles ont des relations avec des soldats allemands, bien que cela soit décrié par la majorité des habitants. Ces femmes reçoivent le sobriquet péjoratif de (qu'on pourrait traduire, plus ou moins, par Sac à Boche).