Le château de La Bussière est un château français situé dans la commune de La Bussière et le département du Loiret en région Centre-Val de Loire.
Ses principaux bâtiments ont été construits entre la fin du et le début du sous les du Tillet. Il est ouvert au public depuis 1962 et abrite une importante collection d'objets sur la pêche en eau douce.
Histoire
Origines Le nom de La Bussière proviendrait du latin Buxeria, signifiant buisson ou buis, et la présence même de l'étang autour du château rappelle que le secteur était plutôt marécageux et avait besoin d'être assaini par ces retenues d'eau. Cet étang présente également l'intérêt de servir de vivier pour les poissons, et donc de réserve de nourriture pour le seigneur.
Le plus ancien propriétaire connu du château est Étienne de Feins, cité en 1204. C'est peut-être lui qui est à l'origine de la construction du château, à la fin du ou au début du . Le château de la Bussière est alors un point stratégique sur la grande route de Paris à Lyon, qui va d'ailleurs être détournée par Étienne de Feins pour la faire passer devant le château. Malgré cela, La Bussière n'est pas le lieu de résidence principal du seigneur, qui est à Feins-en-Gâtinais, plus à l'est. Le château de la Bussière est occupé par une garnison de soldats et défend à la fois la route et le territoire des Feins. La situation stratégique du château au bord de cette grande route va d'ailleurs être utilisée différemment par les descendants d’Étienne, dont Jean de Feins qui crée cinq foires par an et un marché hebdomadaire à la Bussière avant 1264, favorisant ainsi la vitalité économique du village.
Architecture thumb|La tour d'entrée du château. Du point de vue architectural, le château de la Bussière possède les principales caractéristiques du style dit « philippien », correspondant au règne de Philippe-Auguste (1180-1223). Ce mode de bâtir se prolonge jusqu'au . L'usage de la pierre de taille se développe et n'est plus réservé aux constructions prestigieuses. Cependant, son coût élevé oblige à faire certains choix : au château de la Bussière, seules les façades extérieures de la tour d'entrée sont en pierre de taille, la façade donnant sur la cour intérieure est simplement en moellons. Si les différentes reconstructions du château ne nous permettent pas d'avoir une idée précise sur son organisation interne au Moyen Âge, ni sur ses matériaux (les façades extérieures du château étaient-elles toutes en pierre de taille ou bien se mêlaient-elles aux murs de moellons ou aux palissades de bois ?), le plan du château n'a jamais été modifié et les tours aux quatre angles nous permettent de restituer la forme du château au .
La famille de Sancerre La dernière représentante des Feins est Agnès de Feins, qui épouse Robert de Sancerre dans les années 1260. Ils deviennent seigneurs de Menetou-Salon, qui va être leur résidence principale. À partir de ce mariage, et pendant tout le , La Bussière va dépendre d'une branche cadette de la Maison de Sancerre.
Après 1350, à la mort d'Agnès de Feins, la Bussière passe à son fils Louis de Sancerre, puis à ses deux enfants : Louis, qui meurt sans descendance, puis Isabeau de Sancerre, qui avait épousé Arnould de Bonnay. En 1346, face à l'armée anglaise, il participe à la bataille de Crécy aux côtés du cousin de sa femme, Louis II de Sancerre, comte de Sancerre. Cette bataille s'est conclue par une défaite de l'armée française face à des Anglais pourtant moins nombreux, et constitue une des premières grandes batailles de la guerre de Cent Ans. Louis II de Sancerre y perd la vie, et Arnoul de Bonnay a son cheval tué sous lui, survit, et est fait chevalier à l'issue de la bataille. Il meurt avant 1385, Isabeau de Sancerre lui survit une dizaine d'années.
Le domaine, toujours lié à Menetou-Salon, passe à Robert de Bonnay, leur fils. Proche du roi de France Charles VI, il est nommé maréchal du Berry, bailli de Mâcon et sénéchal de Lyon. Il meurt à la bataille d'Azincourt en 1415, autre grande défaite française. Son frère Philippe de Bonnay lui succède en tant que bailli de Mâcon, mais, s'étant montré favorable au roi de France, il est révoqué par le duc de Bourgogne Jean sans Peur. Néanmoins, Philippe ne semble pas prendre possession de la Bussière, et doit mettre le domaine en vente après la mort de son frère.
La famille Froment Vers 1420, La Bussière est achetée par Étienne Froment, notaire et secrétaire du roi. À plusieurs reprises, il est envoyé par Charles VII en mission dans différentes provinces pour lever des impôts pour la guerre contre les Anglais. En 1462, il organise le partage de ses biens entre ses sept enfants. François, son seul fils, reçoit la Bussière, mais sa charge de greffier du Parlement de Toulouse l'éloigne de son château, et son père reste seigneur effectif de la Bussière. Étienne Froment, dès les dernières années de la guerre de Cent Ans, contribuera au rétablissement du Royaume et du domaine de la Bussière.
Les Écossais ont eu un rôle à jouer dans cette victoire sur les Anglais (Jean Stuart reçoit la ville d'Aubigny-sur-Nère en don de Charles VII en 1423) et restent auprès du roi de France. Ainsi, en 1484, lorsque Charles VIII rend visite à sa sœur Anne de Beaujeu en son château de Gien, des détachements de la Garde écossaise qui l'accompagnait sont logés au château de la Bussière.
Après son mariage en 1498, Georges Froment, le petit-fils d’Étienne, achète les parts de ses trois sœurs. Il meurt sans enfants, et c'est Jean Brinon, un lointain cousin par alliance, qui hérite de la Bussière vers 1513.
La famille Brinon Jean Brinon est maître ordinaire en la chambre des comptes. Il se marie en 1518 à Jeanne Lhuillier, quelques années après avoir reçu la Bussière. Jean Brinon va continuer dans la voie d’Étienne Froment pour la mise en valeur de son domaine. Ainsi, vers 1525 un relais de poste est établi dans le bourg de la Bussière, qui devient alors une étape sur la route Paris-Lyon. Cette route connaît une grande activité à partir de la fin du puisqu'elle permet aux rois de France d'aller faire la guerre en Italie.
Le , François , allant de Châtillon sur Loing à Gien, s'arrête à la Bussière. Trois ans plus tard, il autorise Jean Brinon à rétablir les foires et marchés mis en place à l'époque des Feins, et qui avaient dû être interrompus à cause des guerres. À cette époque, la route passe toujours le long de l'étang, au bord du château, et le parc, qui n'existe pas encore, voit le croisement de plusieurs autres routes.
Jean Brinon épouse Jeanne Lhuillier ; à partir de 1540, à la mort de son mari, elle gère seule le domaine. Ils ont une fille, Jeanne Brinon, qui épouse en 1533 Jean du Tillet. Cependant, le couple est plutôt occupé à Paris, et Jeanne Lhuillier demeure au château de la Bussière jusqu'à sa mort, qui a lieu après 1550.
Du au , l'évolution architecturale En trois siècles, l'architecture du château de La Bussière a dû être modifiée afin de répondre aux évolutions de la poliorcétique (l'art de prendre une forteresse). Si le plan au sol du château est parvenu jusqu'à nous grâce à sa forme toujours visible aujourd'hui, il n'en va pas de même pour le plan de ses bâtiments ou les matériaux dont il était constitué, qui ont évolué au fil des siècles. Dans la deuxième moitié du , afin de répondre aux progrès des armes de guerre, il faut transformer le château : les murs sont épaissis et pouvaient atteindre d'épaisseur pour résister à la puissance des canons modernes, et, à l'intérieur des tours, des voûtes maçonnées très épaisses permettaient de supporter les canons du château. Trois murs et deux tours de cette époque nous sont parvenus, dont une a conservé ses ouvertures de tir et sa voûte maçonnée.
La tourelle d'escalier est le seul élément en briques pour cette époque. La façade donnant sur la cour intérieure ayant été refaite une centaine d'années plus tard, il est difficile de savoir si elle était déjà en briques ou pas. Quoi qu'il en soit, cette brique n'apparaît pas sur les façades extérieures, à la différence des châteaux de Gien et Saint-Fargeau, pourtant contemporains. Cela pourrait nous indiquer que le château de La Bussière n'avait pas encore une fonction de château de plaisance, soit parce que ses propriétaires n'y portaient pas attention et souhaitaient privilégier l'aspect fortifié du château, soit parce qu'ils n'avaient pas les moyens d'entreprendre de grands travaux.
Le château sous les du Tillet
sous Jean du Tillet, entre 1540 et 1557
Jean 1er du Tillet devient seigneur de la Bussière en 1540, à la suite du décès de son beau-père Jean Brinon. Il est né en Angoumois au début du , d'une famille très proche des comtes d'Angoulême.
Son père, Hélie du Tillet, était maître d'hôtel de François d'Angoulême (futur François ), secrétaire et contrôleur général des finances de son père Charles d'Orléans, comte d'Angoulême, trésorier de son épouse Louise de Savoie, maire et échevin de la ville d'Angoulême, président de la Chambre des comptes d'Angoulême puis vice-président de la Chambre des comptes de Paris. En 1515, lorsque François d'Angoulême devient roi de France, la famille du Tillet profite de sa position privilégiée et suit le nouveau roi à Paris, où elle va pouvoir bénéficier de charges autrement prestigieuses.
Le frère aîné de Jean , Séraphin, devient Valet de chambre de François . En 1518, il achète à Anne de Montmorency et Philippe de Chabot la charge de Protonotaire, secrétaire et greffier civil au parlement de Paris, charge qu'il donne, en 1521, à son frère Jean l'aîné.
Jean est dit « L'Aîné » car il a un frère s'appelant également Jean (« Le Jeune »), qui va être évêque de Saint-Brieuc puis de Meaux, et qui va coopérer à ses recherches et publier plusieurs livres importants, dont la Chronologie abrégée des rois de France depuis Pharamond jusqu'à Henri II en 1551.
La charge de greffier de Jean le conduisant en effet à consulter de nombreux documents anciens, il souhaite étudier les archives du Parlement. Il obtient le soutien de François , qui lui donne l'autorisation de prendre les documents qu'il souhaite. Vers 1545, il commence la rédaction de son Recueil des rois de France, qui aurait dû être offert à François . Le décès de celui-ci, en 1547, l'oblige à modifier son projet. Il se fait introduire à Henri II par le connétable de Montmorency, et le roi lui donne le droit de consulter le Trésor des Chartes du royaume. Il est alors le premier à obtenir ce privilège, qui montre la confiance que lui témoignaient les différents souverains. Les enluminures, en pleine page et représentant plusieurs rois de France, sont attribuées au Maître des Heures d'Henri II. En 1559, Jean du Tillet devient greffier en chef du Parlement de Paris. Il offre finalement son manuscrit, en 1566, à Charles IX qui lui octroira, deux ans plus tard, la charge de conseiller clerc au Parlement.
Même si ses principales occupations sont à Paris, Jean 1er reste très ancré à sa terre natale (il demeure échevin de la Ville d'Angoulême jusqu'en 1558) ainsi qu'à son fief de La Bussière de 1540 à 1557. A cette date cependant, Jean du Tillet (qui mourra en 1570) et Jeanne de Brinon, trop occupés à Paris, donnent le château de la Bussière à leur fils Jean II.
sous Jean II du Tillet, entre 1557 et 1588 Jean II du Tillet est, comme son père, conseiller, notaire, secrétaire et protonotaire du roi, et, de 1552 à 1605, greffier civil du Parlement.