Un touraine-amboise, ou plus simplement un amboise, est un vin produit par dix communes bordant les deux rives de la Loire, à l'est la ville d'Amboise et de son château royal. Il s'agit d'une dénomination géographique au sein de l'appellation d'origine contrôlée touraine.
Il constitue une dénomination spécifique depuis son extraction de l'AOC touraine en 1954. Du vin effervescent est également produit sur le territoire de l'AOC, mais il ne peut prétendre à l'appellation spécifique touraine-amboise et reste donc catégorisé en AOC touraineDécret du 16 octobre 2009.
Histoire Antiquité vignette|Vigne sauvage. Au début de notre ère, le géographe Pline l'Ancien (23 à 79 ap. notre ère) décrit la viticulture gauloise, déjà fort développée, mais il ne cite pas de vin en provenance des bords de LoirePline l'Ancien, Histoire naturelle, Livre XIV. Si le vignoble nantais date du tout début de l'occupation romaine, dans le centre du cours de la Loire, la tradition populaire fait débuter la culture de la vigne en Touraine à la fondation de l'abbaye de Marmoutier par saint Martin en 372. La chute de l'Empire Romain, et les siècles troublés du haut Moyen Âge qui suivirent, interrompirent le développement de la production du vin, son emploi étant limité aux usages religieux et médicaux des monastères comme le note Sulpice Sévère au sujet des repas dans l'abbaye de Marmoutier, à la fin du : Sulpice-Sévère, Vie de Saint Martin, chapitre X. Plusieurs légendes concernant les effets du vin sur l'homme, ou la taille de la vigne, sont attribuées à saint Martin de Tours.
Moyen Âge vignette|Moine goûtant son vin. vignette|gauche|Viticulture monastique On ne dispose pas d'informations sur la culture de la vigne et la production de vin sur le territoire spécifique des environs d'Amboise au Moyen Âge. On ne peut donc que faire des extrapolations à partir de l'histoire viticole régionale, en supposant que les circonstances locales différaient peu.
Au haut Moyen Âge, le plus ancien témoignage semble être celui de Grégoire de Tours qui décrit les dégâts causés à la vigne par le mauvais temps au printemps de l'année 587. Il fait état, à plusieurs reprises, des vignes de la Basilique Saint-Martin de Tours. À cette époque, la basilique possédait la villa de Nazelles, à proximité immédiate d'Amboise, mais il n'est pas possible de savoir si elle était déjà plantée de vignesGrégoire de Tours, Histoire des Francs, édition des Belles lettres, collection « Classiques de l'Histoire », Paris, 1980.
À partir du , la plupart des monastères et abbayes qui s'échelonnent sur les rives de la Loire entreprennent la culture de la vigne, favorisée par les facilités offertes par le transport fluvial du vin. Une charte datée d'Bulletin de la Société archéologique de Touraine, T6, 1883,1884,1885, L.Péricar, Tours, 1885, Texte de la charte fait état d'un accord conclu entre les religieuses du prieuré de Moncé à Limeray et une certaine « Johanne, dame de Mont-Evran », portant notamment sur de nombreux muids de vin, ce qui confirme la présence d'une activité viticole importante au cœur du territoire de l'AOC dès cette époque. La Loire facilitait alors le transport du vin, un texte décrit un clerc de Chinon utilisant ce moyen pour acheminer son vin jusqu'à NantesIssue de La vie et les miracles de saint Mexme , cité dans Les vins de Loire, Éditions Montalba, 1979, p.31.
Période moderne On doit à la prose truculente de Rabelais la popularité des vins de Touraine, à travers l'apologie de la « dive bouteille » :
...En la tant divine liqueur, Qui est dedans tes flancs reclose, Bacchus, qui fut d'Inde vainqueur, Tient toute vérité encloseŒuvres de Maître François Rabelais - Livre cinq - Jean de Bonnot - 1973 - extrait de la chanson de la dive bouteille - p139. Le vin d'Amboise était particulièrement apprécié par le roi Louis XI, qui publia une charte ordonnant de vendre le vin d'Amboise avant tout autre sur le marché de ToursCité par la Commanderie des Grands Vins d'Amboise sur son site officiel. Il institua par ailleurs en 1477 une donation annuelle de cent muids de ce vin aux religieux de l'église de CantorbéryJules Tardif, Archives nationales de France, 1977. C'était aussi le vin couramment servi à la table du roi François , ce qui lui aurait fait dire : Citation figurant sur la contre étiquette des vins de la Prévôté, domaine de Serge et Pascal Bonnigal
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Deux facteurs essentiels furent à l'origine du développement des vins tourangeaux dans la période allant du au . Le premier fut un arrêt du parlement de Paris, en date du , interdisant aux marchands de vin parisiens de s'approvisionner à moins de vingt lieuesAvant 1674, il s'agissait de l'ancienne lieue de Paris, d'une longueur de mètres, soit une distance d'environ 65 km. de leur villeInterdiction annulée en 1776 par un édit royal.. La vallée de la Loire étant facilement accessible par route depuis la capitale, la demande se développa rapidement sur l'Orléanais, puis sur la Touraine. L'attrait des Hollandais pour les vins blancs du Val de Loire fut le second facteur. Pour assurer leurs importations, ils installèrent leurs courtiers dans plusieurs comptoirs du Val de Loire, dont un à Amboise.
En fait, les Hollandais étaient essentiellement des intermédiaires qui entreposaient et revendaient les productions françaises dans le monde entier, réalisant au passage des profits substantiels. Colbert tenta de leur enlever ce monopole en créant une compagnie de commerce pour exploiter directement leur marché. En représailles, les Hollandais frappèrent d'une surtaxe considérable divers articles de nos manufactures, mais aussi les eaux-de-vie et les vinsAndré Cochut, Le ministère de Colbert, Revue des Deux Mondes, T.15, 1846 Wikisource. Les exportations s'en trouvèrent freinées et il en résulta un développement de la quantité aux dépens de la qualité. Par ailleurs, les cultures céréalières furent souvent abandonnées au profit de la culture de la vigne, même sur des terrains inappropriés.
Période contemporaine Au début du , la viticulture devint une des principales ressources économiques locale. C'était sans compter sur les ravages causés par le mildiou et le phylloxéra, fléaux qui apparurent dans la région en 1882. Les désastres furent d'autant plus considérables que les Tourangeaux commencèrent par refuser l'arrachage des vignes et essayèrent de les soigner en les traitant au sulfure de carbone, sans grands résultats.
Après un nouvel encépagement à partir de greffes sur des plans américains, le vignoble sera reconstitué entre 1901 et 1905. Malgré cela, le déclin sera progressif, avec des crises successives provoquées par l'effondrement des cours en 1906-1907 puis par la surproduction dans les années 1922-1923. Il faudra attendre le lendemain de la Seconde Guerre mondiale pour voir la tendance s'inverser grâce à une amélioration de la qualité découlant de l'utilisation de cépages nobles et par l'attrait pour les vins effervescents de qualité, en alternative au champagne. Le développement du tourisme sera aussi déterminant pour faciliter l'écoulement des récoltes.
Le est reconnu comme une appellation d'origine contrôlée (AOC) en 1939, publié au JORF du . ; ce vin est renommé touraine en 1953, publié au JORF du ., puis le vignoble situé aux alentours du château d'Amboise obtient de pouvoir étiqueter son vin « touraine-amboise » à partir de 1954, portant à l'origine sur neuf communes du département d'Indre-et-Loire, trois sur la rive gauche de la Loire (Amboise, Chargé et Mosnes) et six sur la rive droite (Cangey, Limeray, Pocé-sur-Cisse, Nazelles-Négron, Saint-Ouen-les-Vignes et Montreuil-en-Touraine). En 1967, la « Commanderie des grands vins d'Amboise » est créée pour assurer leur promotion. La commune de Saint-Règle (rive gauche) est ajoutée à l'aire de production de la dénomination en , publié au JORF du .. Le cahier des charges de ce vin est donc celui commun à tous ceux de l'AOC touraine, tel que celui de , homologué par l'arrêté du publié au JORF du .. Le syndicat des producteurs a fait une demande auprès de l'INAO pour passer de la dénomination « touraine Amboise » à l'appellation « amboise » spécifique, autour de deux cépages (le chenin en blanc et le côt en rouge)..
Étymologie L'origine étymologique de la dénomination touraine-amboise est assez transparente : elle est constituée du nom de la province : la Touraine (qui tire elle-même son nom du peuple gaulois des Turones qui l'occupaitSelon certaines sources, l'oppidum d'Amboise pourrait même avoir été la cité d'origine des Turones.) suivi, depuis 1954, du nom de la ville d'Amboise qui est la plus célèbre des communes constitutives.
Vignoble vignette|redresse=1.2|Carte de l'aire du touraine-amboise.
Aire de production
Le vignoble s'étend en Indre-et-Loire sur les dix communes d'Amboise, Chargé, Mosnes, Cangey, Limeray, Pocé-sur-Cisse, Nazelles-Négron, Saint-Ouen-les-Vignes, Montreuil-en-Touraine et Saint-Règle.
Le vignoble s'étend sur 220 hectares avec une production annuelle de , répartie en 60 % de rouge, 30 % de rosé et 10 % de blanc.
vignette|centre|redresse=3|Vignobles de la vallée de la Loire.
Orographie Le territoire des communes de l’AOC touraine-amboise est essentiellement constitué par un plateau situé entre 105 et 130 m d’altitude, séparé en deux par la large vallée de la Loire, d’une altitude moyenne d’environ 55 m, bordée de coteaux aux pentes souvent abruptes[Notice de la carte géologique d'Amboise (XIX-22) publiée par le Bureau de recherches géologiques et minières.
Géologie vignette| La large vallée de la Loire est constituée d’un mélange de sable et de limon charriés par le fleuve. Les coteaux situés de part et d’autre, sont constitués par un mélange d’argiles et d’éléments provenant des plateaux. Le vignoble est essentiellement localisé sur les plateaux, plus rarement sur le haut des coteaux. Les plateaux sont recouverts d’une faible épaisseur de limon argilo-sablonneux apporté par le vent. Sous ce limon se trouve un poudingue polygénétique datant de l’éocène supérieur, mélange d’argiles de couleurs variées et de cailloutis composés de silex roulés, de chailles du jurassique et de grains de quartz. D'une façon générale, les sols de ce terroir viticole peuvent être carbonatés, sur tuffeau en haut des pentes, ou, plus souvent, siliceux et assez lourds, sur sables et graviers argileuxTerroirs et vins de France. Itinéraires œnologiques et géologiques. Touraine-amboise, p. 306..
Climatologie La Touraine se situe au carrefour des influences océaniques et continentales. La succession de vallées orientées est-ouest, où l'influence continentale est plus atténuée, favorise l'existence de microclimats particulièrement propices à la culture de la vigne.
La plus proche station météorologique dont les relevés sont accessibles est celle de Tours.
vignette|redresse=1.5 Conséquences possibles du réchauffement climatique Selon les conclusions de deux études publiées aux États-Unis (dont une menée par l’INRA de Colmar), sur les conséquences du réchauffement climatique sur la viticulture, les vignobles du Val de Loire devraient être parmi les principaux bénéficiaires de l’augmentation progressive des températures. En se fondant sur les statistiques de ventes aux enchères de Sotheby's, ces études considèrent que la température optimale pour la qualité du vin a été atteinte, dans la plupart des régions viticoles françaises, durant les dix dernières années, alors qu’il reste une marge de progression d’environ 0,8 °C pour atteindre cet optimum en bord de Loire. Selon ces conclusions, les vins de la région pourraient, de ce fait, se rapprocher des sommets sans avoir à modifier leur encépagement E. Duchêne et C. Schneider, Grapevine and climatic changes : a glance at the situation in Alsace, Agron, Sustain, Dev. 25 (2005) pp.93-99 G.Jones, M.White, O.Cooper & K.Storchmann, Climate change and global wine quality in Climatic Change, Springer, Volume 73 , 12/2005, pp.319-343.