Philippe de France, premier duc Valois de Bourgogne, dit « Philippe le Hardi »Il aurait gagné son surnom lors de la bataille de Poitiers, Collectif, Vie de cour en Bourgogne à la fin du Moyen Âge, Alan Sutton, collection : histoire et architecture, Saint-Cyr-sur-Loire, 2002, , ., né le à Pontoise et mort le à Hal (Hainaut), est le quatrième et dernier fils du roi , dit « Jean le Bon », et de Bonne de Luxembourg. Il est, de 1363 à 1404, le premier duc de Bourgogne de la maison de Valois.
La bravoure dont il fait preuve lors de la défaite française de Poitiers, en 1356, alors qu'il est tout juste âgé de quatorze ans, lui vaut le surnom de « Hardi ». Il est appelé un temps Philippe « sans Terre » mais son père le récompense au retour de sa captivité londonienne en lui conférant, en 1360, la Touraine en apanage. En 1363, le roi lui concède le duché de Bourgogne, dont il avait hérité à la mort du dernier duc capétien de Bourgogne, Philippe de Rouvres (décédé sans descendance à l'âge de ). Son mariage, le dans l'église Saint-Bavon de Gand avec Marguerite de Male, veuve du précédent duc de Bourgogne et riche héritière présomptive des comtés de Flandre, d'Artois, de Rethel, de Nevers et du comté de Bourgogne, puis la mort de son beau-père Louis de Male en 1384, le rendent maître de nombreux territoires, apportés en dot par sa femme.
Maître de la Flandre, de l'Artois, de Rethel, des seigneuries de Malines et de Salins, de terres champenoises, de Nevers et de la baronnie de Donzy, Philippe a également sous son autorité le duché de Bourgogne et le comté de Bourgogne (terre relevant du Saint-Empire) qui vont, pendant un siècle, suivre à nouveau une destinée commune. La possession de cet ensemble territorial considérable fait de lui le plus puissant des « sires des fleurs de lys », le premier des pairs de France.
Cet amateur d'art, mécène fastueux, passionné par l'architecture, mais aussi homme politique habile, avisé et subtil, mène la politique bourguignonne avec prudence — écrit le chroniqueur Jean Froissart dans ses ChroniquesFroissart, Chroniques, , 24, : « Le duc de Bourgogne, sage et imaginatif » ; : « Le duc de Bourgogne, qui clair véoit et oyoit sur ces traités, … » ; , 27, : « par espécial le duc de Bourgogne y entendait très fort de la partie des François » ; etc. ; Christine de Pizan, autre témoin de l'époque, souligne son . Philippe jette les bases d'un État bourguignon puissant qui, à son apogée, se dresse en rival du royaume de France, allant jusqu'à le mettre en péril. Il ouvre une page prestigieuse de l'histoire de la Bourgogne, et la dynastie des Valois de Bourgogne, qu'il fonde, règne plus d'un siècle.
Jeunesse Enfance thumb|400px|Le lien de parenté. Philippe le Hardi est né le . Il est le quatrième fils du roi de France et de Bonne de Luxembourg, fille de Jean l'Aveugle, roi de Bohême, et sœur du futur empereur . Le prince est longtemps appelé Philippe « sans terre »La Bourgogne au Moyen Âge, Académie de Dijon, Centre Régional de Recherche et de Documentation Pédagogiques, 1972, 135...
Il est éduqué à la cour avec des enfants d'âges similaires dont il reste par la suite proche : Philippe d'Orléans son oncle, ses frères Charles, futur , Louis, futur duc d'Anjou, et Jean, futur Jean de Berry ainsi que Louis de Bourbon, Édouard et Robert de Bar, Godefroy de Brabant, Louis d'Étampes, Louis d'Évreux (frère de Charles le Mauvais), Jean et Charles d'Artois, Charles d'Alençon et Philippe de Rouvres..
Son précepteur est probablement Sylvestre de la Servelle. ; il lui inculque le latin et la grammaire. Sa mère et sa grand-mère paternelle meurent de la peste en 1349. Son grand-père, , décède peu après en 1350.. Une des premières décisions de son père, sacré roi de France le à Reims, est de réorganiser l'armée et de discipliner la noblesse qui en forme une grande partie en recréant l'ordre de l'Étoile. Philippe et son frère, Jean, sont armés chevaliers de cet ordre parmi cent autres le ..
Bataille de Poitiers
vignette|upright|alt= Jean le Bon et son fils, debouts et armés au centre, encerclés par des cavaliers et des soldats, au sol des cadavres|L'héroïsme de Jean le Bon et de son fils Philippe à la bataille de Poitiers est resté célèbre. Il vaut au premier sa réputation de roi-chevalier et au deuxième son surnom de « Hardi »Illustration d'Alphonse de Neuville pour L'Histoire de France depuis les temps les plus reculés jusqu’en 1789 de François Guizot, 1870..
En cette , la situation du royaume de France dont a hérité le roi dit « Jean le Bon », en recevant la couronne six ans plus tôt, se révèle des plus instables. Elle ne repose que sur une fragile trêve conclue entre les Valois et les Plantagenêt avec des hostilités qui, en Bretagne et en Guyenne, n'ont jamais cessé. La guerre de Cent Ans est toujours dans une phase active. Charles le Mauvais, roi de Navarre, comte d'Évreux, à qui a donné sa fille en mariage, noue des intrigues avec . Le roi a bien capturé son gendre et l'a interné au Château-Gaillard mais les capitaines des garnisons normandes du Mauvais en appellent à l'Anglais. Partout les hostilités reprennent. Le Prince noir, prince de Galles, mène des chevauchées dévastatrices et en particulier dans le Languedoc. La campagne de 1356 le conduit dans le Poitou, où il s'approprie un butin considérable. , avec une armée supérieure en nombre à celle du prince de Galles a décidé d'empêcher ce dernier d'atteindre Poitiers...
La bataille s'engage le . Les Français, avec des troupes certes fidèles aux principes de bravoure et d'honneur de leur chevalerie mais, mal disciplinées et mal coordonnées, mises devant une armée anglaise qui a pour elle l'unité de commandement et qui est puissamment aidée par la supériorité de ses archers, voient rapidement le sort tourner en leur défaveur. Au moment critique de la bataille, se place sur une élévation de terrain. Conscient du péril qu'ils courent, il fait mettre à l'abri ses fils aînés Charles (le futur roi ), Louis qui devient par la suite de Naples et Jean (futur Jean de Berry), voulant ainsi préserver la lignée mâle de sa dynastie. Il conserve toutefois auprès lui le jeune Philippe, tout juste âgé de quatorze ans, encore trop jeune pour brandir l'épée.. Exposé à tous les dangers, Philippe assiste son père dans un corps à corps héroïque et gagne, grâce à sa bravoure, son surnom du « Hardi »..Olivier de la Marche, chroniqueur des ducs de Bourgogne, révèle qu’il reçut trois fois ce brillant surnom. La deuxième fois se produit alors qu'il est prisonnier. Un différend surgit au cours d'un débat entre un chevalier anglais qui contredit son père en présence du conseil d'Angleterre. Philippe le moleste. Le roi d'Angleterre est du parti de Philippe et dit que vraiment il doit être nommé Philippe « le Hardi » ; écrit Olivier de la Marche. Il l'est encore une troisième fois lors d’un autre différend qui l'oppose au Prince noir, fils d'. Édouard donne tort à son fils. Olivier de la Marche souligne : .. Ses cris de bataille deviennent légendaires : . Ces mots célèbres auraient été transmis par le chroniqueur Giovanni Villani.. Jean le Bon et Philippe, blessés, sont finalement faits prisonniers par les Anglais.. et connaissent la captivité.
Captivité à Londres
vignette|alt=carte de France avec des zones bleue, verte, rouge, rose et blanche|La France en 1365, après les traités de Brétigny et de Guérande.
Le désastre de Poitiers plonge tout le royaume dans la consternation. Le roi, en choisissant de combattre avec honneur et bravoure selon les principes de la chevalerie française, plutôt que de fuir lâchement et ternir encore un peu plus le nom des Valois, s'est sacrifié. Ce geste épique et ce sacrifice lui valent un énorme prestige. Même son vainqueur, le Prince noir, le traite avec une grande déférence. Mais, malgré ces marques d'égards le roi de France et son fils Philippe sont conduits en captifs d'abord à Bordeaux où ils restent environ six mois, avant d'être embarqués, le , pour l'Angleterre. Arrivés à Londres, leur réserve un accueil royal et traite d'abord ses prisonniers avec générosité. Les négociations sont aussitôt engagées afin de fixer les conditions de leur libération, ainsi que le montant de la rançon. Toutefois, les conditions fixées par sont si élevées qu'elles aboutissent à un échec des premières négociations. Après cet échec, les conditions de détention deviennent progressivement moins confortables et, en , Jean le Bon est assigné à résidence, sous la garde de soixante-neuf hommes. Six mois plus tard, le roi de France est transféré à la sinistre forteresse de Somerton puis, au , à la tour de LondresSur cette période, lire : ..
Le roi Jean et son fils passent un peu plus de quatre ans de l'autre côté de la Manche. Les exigences, élevées, fixées par et la difficulté des négociations qui en découlent font que le roi de France et son jeune fils ont dû attendre la conclusion des accords signés le à Brétigny pour enfin fouler à nouveau du pied la terre française. Jean et son fils sont alors conduits à Calais où ils restent détenus encore quelques mois et rentrent dans le royaume en passant par Boulogne. Deux de ses fils, Louis et Jean, prennent leur place à Londres pour garantir le paiement de la rançon. fait ensuite son entrée dans la capitale sous les acclamations des Parisiens.. Pendant cette captivité, le royaume, privé de roi et d'armée, déchiré par les factions, est plongé, malgré les efforts du dauphin, dans une période d'anarchie, et connaît un état de misère effroyable. D'une visite qu'il a fait en Guyenne, avant sa captivité, où il a trouvé la province déjà érigée en principauté largement autonome, s'est convaincu de l'avantage des apanages. Il met cette politique en application à son retour et nomme, dès 1360, son fils Philippe, duc de Touraine.
Succession de Bourgogne Testament de Philippe de Rouvres En 1349 la mort d' livre le duché de Bourgogne aux mains de son petit-fils, Philippe de Rouvres, un enfant alors âgé de trois ans. Sa mère, Jeanne, comtesse de Boulogne et d'Auvergne, reine de France depuis son mariage avec le roi le Bon, tutrice du jeune Philippe assume le fardeau de l'administration du duché et des comtés d'Artois et de Bourgogne. Le désastre de Poitiers en 1356 entraîne le duché dans la crise la plus douloureuse de son histoire. La situation y est alarmante. La guerre, apportée par les aventuriers, ainsi que la cruelle et dévastatrice campagne de 1360 du roi d'Angleterre (qui hiverne dans les parages de Flavigny-sur-Ozerain) a fait le lit de l'épidémie, entré dans le duché à la tête d’une formidable armée, ravage le pays d'Avallon et s'installe à Guillon le dans les bâtiments du prieuré. Devant des forces aussi écrasantes, le jeune duc et ses conseillers sont contraints de signer le le traité de Guillon par lequel exige la somme exorbitante de d’or pour suspendre les hostilités et restituer.. La désolation qui suit la trêve de Guillon en 1360, signée avec , est encore pire que celle provoquée par la guerre. Les Compagnies écrasent les populations sous leurs ravages. La misère du peuple alimente le fléau de la peste. Elle décime la Bourgogne tout entière. À Rouvres, se sentant malade, le , le duc dicte ses dernières volontés. Dix jours après la rédaction de son testament, le , dans ce château de Rouvres qui l'a vu naître quinze ans auparavant, le dernier chef de la branche aînée des ducs capétiens de Bourgogne, Philippe, rend son dernier soupir et disparaît sans postérité..
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