(Eudes de Lagery ou Odon de Lagery ou encore Eudes de Châtillon), né à Lagery en FranceFils du seigneur de Lagery, dans H. Jadart, « Du lieu natal d'Urbain II », dans Travaux de l'académie nationale de Reims, , et dans E. de Barthélémy, « De l'origine du pape Urbain II », Revue de Champagne et de Brie, , . vers 1035, mort à Rome le , est le de l'Église catholique. Il est à l'origine de la première croisade, ayant lancé le l'appel de Clermont qui en a été le déclencheur.
Biographie vignette|redresse=1.0|Louis Auguste Roubaud, Statue du pape Urbain II (1887) à Châtillon-sur-Marne, lieu présumé de sa naissance.
Premières années Né dans la noblesse champenoise, dans l'actuel département de la Marne, il est le dernier fils de Miles de Châtillon (vers 975-980 † vers 1044-1076), seigneur de Châtillon et Bazoches-sur-Vesles, et d'Avenelle de Montfort (née vers 988), fille d'Amauri de Montfort et de Judith de Cambrai. Son frère aîné est (mort après 1089), époux de Ermengarde de Choisy, puis de Miles (Milon alias Hugues), seigneur de Basoches, et juste avant lui Manassès (mort vers 1080), seigneur en partie de Basoches, mort sans postérité..
Eudes de Lagery est élève à Reims de l'écolâtre Bruno le Chartreux, futur fondateur des chartreux. Il reçoit la formation de moine bénédictin, il devient d'abord chanoine puis archidiacre à Reims. Il se fait ensuite moine à l'abbaye de Cluny en 1067, dont il devient le grand prieur. vers 1073, sous l'abbatiat d'Hugues de Cluny. Il y reste une dizaine d'années, se forme à la politique ecclésiastique européenne et y forge ses convictions.
À la recherche de moines clunisiens pour mener sa réforme, le fait venir à Rome en 1079-1080 et le nomme cardinal-évêque d'Ostie. Il devient un conseiller intime du pape, et soutient la réforme grégorienne. Celle-ci, lancée par et , voire par , vise à rendre indépendante la papauté des pouvoirs temporels (c'est-à-dire civils). L'Église se retrouve ainsi en confrontation avec l'empereur du Saint-Empire. L'affrontement atteint son paroxysme avec Grégoire VII, chassé de Rome et remplacé par un antipape, . Eudes est nommé légat en France et en Germanie, dans le but de démettre Clément III, et rencontre à cette fin en 1080, en vain.
Il préside plusieurs synodes, dont celui de Quedlinburg (1085) qui condamne les partisans de l'empereur Henri IV et de l'antipape Clément III.
Pape sous le nom d'Urbain II
Successeur de Grégoire VII vignette|redresse=1.0|Henri Gourgouillon, statue d'Urbain II du Monument des croisades (1898), Clermont-Ferrand, place de la Victoire (Clermont-Ferrand).
Au terme du bref pontificat de , successeur de , Eudes convoque les évêques partisans de la réforme grégorienne à Terracina, dans le Latium : Rome est aux mains des partisans de l'antipape . Là, il est élu pape puis consacré le sous le nom d'Urbain II. Son premier acte est d'affirmer solennellement sa fidélité à l'œuvre de Grégoire VII ; il renouvelle les condamnations de ce dernier en matière de discipline ecclésiastique : simonie (trafic de biens spirituels), nicolaïsme (concubinage des pretres) ou encore investiture des clercs par les laïcs.
En revanche, il se montre plus souple que Grégoire VII, notamment sur les cas de clercs ordonnés par des évêques simoniaques ou schismatiques : il considère leur ordination comme valide, s'attirant ainsi les critiques de théologiens comme ou de Bruno de Segni. Pour rendre plus souples les condamnations, il applique la doctrine de la dispense selon Yves de Chartres. Il ménage le roi d'Angleterre Guillaume le Roux en conflit avec Anselme de Cantorbéry, l'archevêque de Cantorbéry, qui veut assurer l'indépendance de l'Église vis-à-vis du roi. Dans la même logique, il conforte la papauté en faisant des royaumes hispaniques et de la Sicile des États vassaux du Saint-Siège. Urbain II continue à s'appuyer sur l'ordre de Cluny et les souverains.
Sa position est difficile. Il ne peut rentrer à Rome, occupée par l'antipape . Il séjourne alors durant à Troina, en Sicile, sous la protection du normand , qui est en train d'achever la reconquête de l'île sur les musulmans (1061–1091). Il retourne à Rome fin 1088 ou début 1089 sous escorte normande mais est chassé par l'empereur germanique Henri IV l'année suivante. Par sa politique modérée en France et en Angleterre, il crée un « parti romain » en sa faveur, isolant l'empereur. Il doit affronter personnellement le schisme du parti impérial, dont il triomphe avec l'aide de Conrad II de Basse-Lotharingie, fils d'Henri IV. En 1093, Urbain II peut regagner Rome. Il achète la reddition du palais du Latran l'année suivante, et fait tomber le château Saint-Ange en 1098, parachevant ainsi sa reconquête de la ville.
Sa politique devient alors plus rigoureuse. L'exemption, qui place les abbayes sous la responsabilité directe du pape, largement pratiquée, concerne tous les établissements clunisiens. Les chanoines réguliers sont créés, les légats réutilisés, les primats instaurés. Il préside les conciles de Plaisance et de Clermont en 1095. Pendant le premier, il invalide toutes les ordinations effectuées par l'antipape après sa condamnation. Il condamne également les thèses de Bérenger de Tours qui affirme, contre la thèse de la transsubstantiation, le caractère symbolique de la présence du Christ dans l'Eucharistie. Enfin, répondant à l'appel de l'empereur byzantin , il exhorte les chrétiens d'Occident à défendre ceux d'Orient. La réforme grégorienne porte ses fruits. L'Église est indépendante et l'antipape Clément III est isolé.
Les valeurs de l'Église s'affirment complètement dans la société féodale. L'action des rois est influencée par le serment du sacre : maintenir la justice, défendre les faibles. Les pillages et les guerres privées sont combattus par la Paix de Dieu avec des ligues pour la paix, des forces de police organisées par les évêques. Urbain II consacre la Trêve de Dieu au concile de Clermont en 1095, qui suspend la guerre aux temps consacrés..
Le concile de Clermont
vignette|redresse=1.0|Sceau papal d'. vignette|redresse=1.0|Benjamin-Constant, L'Entrée à Toulouse du pape en 1096 (1900), Capitole de Toulouse, salle des Illustres.
À Clermont, du au , avec et , préside un concile dont quelques canons (c'est-à-dire des prescriptions du concile) ont été conservés. Il y réitère la condamnation de l'investiture laïque et interdit aux clercs de prêter hommage à un laïc, même au roi. Il proclame solennellement la Trêve de Dieu ou Paix de Dieu, déjà annoncée dans des synodes précédents et renouvelle l'excommunication prononcée par l'évêque Hugues de Die contre le roi des Francs, , pour son remariage avec Bertrade de Montfort.
Enfin, le , il lance l'appel à la croisade. Plus tard, il fixera le début de la croisade au et en confiera la direction spirituelle à Adhémar de Monteil, évêque du Puy, le commandement militaire revenant à . Parallèlement, il encourage la ou reconquête de l'Espagne occupée par les Maures.
Cet appel est l'aboutissement d'une réflexion de l'Église sur la guerre et l'existence de causes . Ce concile s'inscrit aussi dans la continuation de la réforme grégorienne et l'émancipation du pouvoir religieux sur les laïcs. Les thèmes du concile et de l'appel seront relayés par des prédicateurs comme Pierre l'Ermite, permettant le succès de la croisade.
Consécration de la basilique Saint-Sernin à Toulouse Lors de son périple en 1095–1096, prépare la première croisade en s'appuyant sur l'évêque du Puy Adhémar de Monteil et le comte de Toulouse Raymond de Saint-Gilles (tout juste comte puisque son frère est mort environ un an auparavant et que la succession est contestée par , mari de sa nièce)..
Le pape commence donc son périple par Le Puy, Saint-Gilles et Clermont où a lieu le célèbre concile où il appelle solennellement à se croiser pour prendre Jérusalem aux Turcs. Il parcourt ensuite le Maine accompagné de l'évêque du Mans Hoël du Mans avant de redescendre vers Toulouse où il consacre la nouvelle église et son autel . Le pape est accompagné de Raymond de Saint-Gilles et assisté des archevêques de Tolède, de Bordeaux, de Pise et de Reggio, des évêques d'Albano et de Pampelune et de dix autres. Il consacre et dépose .
C'est donc à cette occasion qu'est installé l'autel sculpté par Bernard Gilduin, sans doute au-dessus du tombeau du saint, dans l'abside majeure. Et peut-être aussi les reliefs du Christ en majesté, du chérubin et du séraphin aujourd'hui placés dans et autour de la fenêtre axiale murée de la crypte supérieure.
La consécration et le passage du pape sont aussi l'occasion pour les chanoines de marquer quelques points dans leur longue lutte contre le parti du comte et de l'évêque : ainsi du retour de l'église Saint-Pierre de Blagnac en leur possession (elle avait été donnée à Moissac par le comte en 1070–1071. Et de la confirmation par de leurs .
Raymond de Saint-Gilles partira ensuite pour la première croisade dont il sera l'un des acteurs majeurs, absence dont profite aussitôt pour occuper Toulouse en 1097. Occasion pour les chanoines de Saint-Sernin de manifester une fois de plus leur indépendance et leur opposition au parti du comte et de l'évêque puisqu'ils rejoignent aussitôt le camp du duc.
Urbain II et la Reconquista Le pape Urbain II estime que la en Espagne a la même valeur méritoire que celle dirigée vers l'Orient. Les Espagnols sont même invités par le pape à combattre plutôt les Sarrasins en Espagne. Il estime en effet que ceux qui combattent les Sarrasins participent à l'action divine de reconquête et de restauration de l'Église, c'est-à-dire de la Chrétienté. En 1088, dans une lettre à l'archevêque de Tolède, Bernard de Sédirac, il y rappelle le passé glorieux de cette ville puis la domination des Sarrasins et la perte de liberté des Chrétiens pendant trois cent soixante dix-ansUrbain II, à l'archevêque Bernard de Sédirac (1088), epistolae et privilegia, PL 151, ..
La même année, le pape écrit cette fois-ci à l'évêque de Huesca, à peu près dans les mêmes termes pour rendre louanges et grâces à Dieu. Celui qui a permis aux forces chrétiennes de battre les Sarrasins, les Turcs en Asie, les Maures en Espagne96, PL 151, : ..
Dans une autre lettre de date incertaine, le pape Urbain II s'entretient avec les comtes catalans en ces termes :
Mort et postérité Urbain II meurt à Rome le , peu après la conquête de la ville de Jérusalem (). Il est béatifié le par . Cependant, en 1638, au cours de travaux, on avait découvert dans une chapelle du palais du Latran une fresque datant de 1154 où Urbain II était représenté avec le titre de saintIvan Gobry, Mathilde de Toscane, .. C'est un Bienheureux pour l'Église catholique, célébré le .. Urbain II instaure la grande prière de l'angélus pour la conversion des musulmansCertains attribuent cette prière à .. Une statue est érigée à son honneur à Châtillon-sur-Marne, dans la Marne.
Notes et références
Bibliographie . . Colin Morris, The Papal Monarchy: The Western Church from 1050 to 1250, Clarendon Press, Oxford, 1991 . Georg Schwaiger, , . André Du Chesne, Histoire de la maison de Châtillon-sur-Marne contenant les actions plus mémorables des comtes de Blois et de Chartres..., Paris, chez Sébastien Cramoisy, 1631. Louis Moreri, Grand Dictionnaire Historique, ou Le mélange curieux de l'histoire sacrée et profane, , Paris, 1740, .
Articles connexes Histoire de la papauté Querelle des Investitures Première croisade Maison de Châtillon Paix de Dieu 12px|Bon article Concile de Clermont (1095) Appel de Clermont
Liens externes
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