vignette|Le SNLE-NG Le Triomphant, de la Marine nationale française. Un sous-marin nucléaire lanceur d'engins (SNLE), aussi connu comme SSBN en anglais (dans le système de désignation des bâtiments de l'US Navy et celui de l'OTAN), est un sous-marin à propulsion nucléaire navale de très grande taille, équipé de missiles balistiques stratégiques à charge nucléaire en tubes verticaux et lancés en plongée. Il est également équipé en torpilles et en missiles à changement de milieu, des armes anti-navires pour son auto-défense. Sa mission est la dissuasion nucléaire ; il assure, à ce titre, la garantie d'une frappe nucléaire de riposte, en raison de la difficulté de le localiser lors de ses patrouilles en plongée, grâce notamment à ses qualités de discrétion acoustique. La difficulté à localiser et à identifier le sous-marin lanceur d'engins permet en outre l'utilisation en première frappe, car la riposte ne saura qui frapper parmi les possesseurs de SNLE (en théorie). Il est possible d'imaginer au pire une attaque anonyme (réalisable également avec un sous-marin lanceur d'engins à propulsion classique).
Historique vignette|gauche|Le USS Tunny (SSG-282) tirant un missile de croisière SSM-N-8A Regulus. Des projets de sous-marins pouvant tirer des missiles contre des cibles terrestres furent imaginés par le complexe militaro-industriel allemand durant la Seconde Guerre mondiale mais ne furent jamais réalisés. Les anciens Alliés firent chacun de leur côté des projets en ce domaine.
Après avoir étudié les missiles allemands, des variantes du V-1 furent tirées depuis la mer par les et en , la portée de ces engins était de 135 milles nautiques et leur erreur circulaire probable de près de .
Les États-Unis lancèrent plusieurs programmes pour se doter de systèmes d'armes plus performants. Ils déployèrent le missile de croisière SSM-N-8 Regulus subsonique d'une portée de dont le premier tir eut lieu en depuis le . L', doté d'un lanceur de missiles Regulus pouvant emporter cinq de ces derniers, lancé en . Il est le premier sous-marin nucléaire lanceur de missiles de croisière..
Les premiers sous-marins porteurs de missiles balistiques sont, à partir de 1955, six navires modifiés type projet AV611 ou - selon le code OTAN de la marine soviétique. Ces sous-marins à propulsion conventionnelle étaient porteurs de deux missiles R-11FM dérivés du Scud qui devaient être tirés en surface. vignette|L', le premier SNLE de l'Histoire. Mais le premier véritable SNLE fut l' de l'United States Navy opérationnel à partir de 1960 avec ses UGM-27A Polaris d'une portée de .
À partir des années 1960, ces vecteurs virtuellement indétectables sont un des piliers de la destruction mutuelle assurée grâce à leur capacité de seconde frappe en cas d'attaque nucléaire de l'autre camp.
La mise en service de sous-marins lance-missiles à propulsion conventionnelle entraîne, dans la liste des codes des immatriculations des navires de l'US Navy, l'utilisation du sigle SSB () pour les sous-marins à propulsion diesel (dans les années 2010, un sous pavillon chinois, le type 032 et un ou des sous-marins nord-coréens de la classe Sinpo. suivi par le Héros Kim Kun Ok en 2023) et du sigle SSBN (sigle « SSB(N) » jusqu'au années 70) pour désigner les sous-marins à propulsion nucléaire navale.
Caractéristiques techniques
La spécificité du SNLE est d'emporter des missiles balistiques armés d'une ou plusieurs têtes nucléaires qui jouent un rôle central dans la dissuasion nucléaire. Il en découle plusieurs caractéristiques : c'est un sous-marin de gros tonnage car les missiles sont de grande taille (une dizaine de mètres de haut) et ils ont une masse individuelle qui dépasse les pour les missiles récents (Trident, M51…). Compte tenu du coût d'un SNLE, celui-ci emporte plus d'une dizaine de missiles (jusqu'à 24, plus généralement 16). Il en découle que le maitre-bau de ces navires est de l'ordre de , sinon plus, et que le déplacement en plongée dépasse en général . La partie du navire qui contient les missiles (la tranche missiles) représente entre un quart et un tiers du volume du sous-marin ; la discrétion pour le SNLE est vitale car s'il est repéré il sera intercepté avant d'avoir pu remplir son rôle principal. Tous les équipements sont pensés en fonction de ce critère. Le sous-marin dispose de détecteurs (sonars) particulièrement sophistiqués lui permettant d'identifier et de localiser d'éventuelles menaces extérieures afin de pouvoir s'en éloigner ; pour remplir sa mission, le SNLE va durant sa sortie rester plusieurs mois sous l'eau en croisant loin des zones fréquentées. La résistance psychologique de l'équipage, qui reste enfermé durant toute la mission, constitue la principale limite de cette patrouille. Les aménagements de l'équipage (nourriture, cabines, espaces de détente, volumes, suivi médical) sont beaucoup plus élaborés que sur les autres types de sous-marins ; compte tenu de son rôle le SNLE emporte des torpilles et éventuellement des missiles anti-navires qui sont utilisés uniquement en tant qu'armes défensives.
vignette|centre|800px|Schéma d'un SNLE (ici le classe Redoutable) en coupe (la coque épaisse est tracée en bleu) : 1 Tubes lance-torpilles (x4) - 2 Antenne sonar - 3 Ballasts avant - 4 Élévateur à torpilles - 5 Salle des torpilles - 6 Sas avant - 7 Propulseur d'étrave - 8 Cabines de l'équipage - 9 Cabines des officiers - 10 Batteries électriques - 11 Carré des officiers - 12 Sas du massif - 13 Cabines des officiers mariniers - 14 Cafétéria - 15 Poste de veille - 16 Forêt des périscopes - 17 Poste central navigation/opérations (PCNO) - 18 Tube de missile (x16) - 19 Atelier, usines oxygène... - 20 Enceinte chaufferie nucléaire - 21 Cœur du réacteur nucléaire - 22 Générateurs de vapeur (x2) - 23 Poste central propulsion (PCP) - 24 Ballasts arrière - 25 Sas arrière - 26 Usine frigorifique - 27 Turbo-alternateur - 28 Turbines - 29 Réducteur - 30 Embrayeur - 31 Moteur électrique auxiliaire - 32 Vérin barre de plongée. La coque épaisse est subdivisée sur sa longueur en tranches (A,B,C,D,E,F,G) isolées par des cloisons étanches qui peuvent être résistantes (en bleu) ou non. La coque épaisse est percée par quatre sas (s) qui permettent à l'équipage d'y pénétrer et comporte trois brèches (b) utilisées lors des grandes révisions pour remplacer les plus grosses pièces ou recharger le réacteur nucléaire.
Mise en œuvre
Spécificités du SNLE
Le SNLE a pour mission de rester dissimulé, à l'écoute permanente des instructions, prêt à tirer ses missiles, dès que l'ordre lui en est donné, vers les cibles désignées. La puissance des charges militaires (pour un SNLE français en 2020 : nucléaires, chacune ayant une puissance égale à plusieurs fois celles de la bombe d'Hiroshima) et la difficulté à localiser un SNLE en plongée sont au cœur du principe de la dissuasion nucléaire. Les systèmes de détection classiques (caméras, radars) ne fonctionnent pas dans l'eau ; seules les ondes acoustiques (sonar) permettent de repérer un sous-marin en plongée, toutefois avec une portée limitée (de quelques kilomètres à quelques dizaines de kilomètres). Ces sonars deviennent inopérants si le sous-marin plonge sous une thermocline, c'est-à-dire sous la limite entre les couches d'eau superficielles plus chaudes et les couches d'eau plus profondes. Pour accroître ses chances de dissimulation, la signature sonore des SNLE est particulièrement soignée. À une profondeur supérieure à il est impossible, même dans des eaux cristallines, d'identifier visuellement un sous-marin ; or les SNLE ont une profondeur d'immersion d'au moins . La propulsion nucléaire permet au SNLE de rester en permanence en plongée.
Pour être crédible, la force de dissuasion nucléaire d'un pays doit maintenir en permanence au moins un SNLE prêt à tirer dans son secteur de patrouille c'est-à-dire dans un lieu non identifiable. En France et au Royaume-Uni, cet objectif nécessite de disposer d'une flotte de quatre SNLE compte tenu de la nécessité d'assurer les maintenances lourdes (IPER en France), d'effectuer la relève des équipages, la maintenance courante et les temps de transit jusqu'à la zone de patrouille.
Critères de sélection de la zone de patrouille
Le secteur de patrouille est choisi en tenant compte des objectifs et des contraintes suivantes : La distance entre le sous-marin et les cibles potentielles doit être compatible avec les capacités des missiles. Cette contrainte imposait aux SNLE de la classe Le Redoutable, à leur début, de naviguer au large de la Norvège car les missiles M1 ne portaient pas à plus de (à l'époque la cible était l'Union soviétique). Les SNLE français actuels n'ont plus cette contrainte pour cette cible (portée de ). Les patrouilles se déroulent dans l'océan Atlantique. Les États-Unis, confrontés aux nouvelles menaces potentielles (Corée du Nord ou Chine), ont réparti leur flotte de SNLE entre l'océan Atlantique et l'océan Pacifique. La zone de patrouille doit permettre de parcourir de grandes distances, en disposant en permanence de suffisamment de fond (au minimum plusieurs centaines de mètres). Elle doit être à l'écart des routes commerciales. Le SNLE doit éviter les navires militaires ou les navires civils aux activités susceptibles de contribuer à sa détection (chalutiers russes ou chinois).
vignette|centre|700px|Début de patrouille du SNLE français Le Terrible.
Déroulement d'une patrouille
La durée d'une patrouille n'est pas limitée par la quantité de carburant car le réacteur nucléaire peut fonctionner durant plusieurs années avant de renouveler son combustible. C'est la résistance de l'équipage (et surtout le ravitaillement) qui fixent la durée d'une patrouille. Pour les SNLE français celle-ci dure en moyenne selon les besoins et la crise en cours ainsi que la durée de maintenance des autres SNLE. Le SNLE quitte son port d'attache (l'île Longue près de Brest pour les SNLE français) avec une escorte chargée de traquer d'éventuels navires (sous-marins) ou les dispositifs d'écoute destinés à identifier la signature du SNLE (ces navires blanchissent la zone d'appareillage). En France cette escorte comprend un sous-marin d'attaque qui fait fonction d'éclaireur. Le SNLE dont le tirant d'eau est de plus de navigue en surface tant qu'il n'a pas atteint la limite du plateau continental à partir de laquelle débutent les grands fonds. Il plonge alors et revient en surface en fin de patrouille.
vignette|Centre de transmission de Rosnay communiquant avec les SNLE en patrouille.