Paul Éluard, nom de plume d'Eugène Grindel, né à Saint-Denis (Seine) le et mort le à Charenton-le-Pont (Val-de-Marne), est un poète français.
En 1916, il choisit le nom de Paul Éluard., nom emprunté à sa grand-mère maternelleRobert D. Valette, Éluard, livre d'identité., Félicie. Il adhère au dadaïsme et devient l'un des piliers du surréalisme en ouvrant la voie à une action artistique politiquement engagée auprès du Parti communiste.
Il est connu également sous les pseudonymes de Didier Desroches et BrunAutres pseudonymes : dans la Résistance, il se fait appeler Jean du Haut et Maurice Hervent (voir aussi L'Honneur des poètes)..
Biographie Gala et la naissance du surréalisme (1917-1930) Paul Éluard naît à Saint-Denis, au 46 boulevard de Châteaudun (actuellement boulevard Jules-Guesde)Une plaque commémorative y est apposée., le à 11 heures du matinArchives en ligne Saint-Denis, voir Registre d'état civil, Ville de Saint-Denis, Naissances, du 22/06/1895 au 31/12/1895, tome 2, p. 100, acte , « Grindel ».. Son père, Clément Eugène Grindel (1870-1927), est comptable lorsque naît son fils mais ouvre, peu après 1900, un bureau d'agence immobilière. Sa mère, Jeanne Marie Cousin (1874-1955), est couturière. Éluard fréquente l'école communale de Saint-Denis, puis celle d'Aulnay-sous-Bois à partir de 1903. Vers 1908, la famille s'installe à Paris, rue Louis-Blanc. Il entre comme boursier à l'école supérieure Colbert. Il obtient son brevet en 1912 et en juillet, sa santé apparaissant fragile, part avec sa mère se reposer à Glion, en Suisse. Une grave crise hémoptysique l'oblige à prolonger son séjour et il est contraint, à l'âge de seize ans, d'interrompre ses études car il est atteint de tuberculose. Il reste hospitalisé jusqu'en au sanatorium de Clavadel, près de DavosŒuvres complètes, tome I, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1968, p. XV et XVI..
Il y rencontre une jeune Russe de son âge en exil Elena Diakonova, qu'il surnomme Gala. La forte personnalité, l'impétuosité, l'esprit de décision, la culture de la jeune fille impressionnent le jeune Éluard qui prend avec elle son premier élan de poésie amoureuse, un élan qui se prolongera dans tous ses écrits. Elle dessine son profil, et il ajoute à la main : . Ils lisent ensemble les poèmes de Gérard de Nerval, Charles Baudelaire, Lautréamont et Guillaume Apollinaire.
Mobilisé en 1914, il part sur le front comme infirmier militaire avant d’être éloigné des combats en raison d’une bronchite aiguë. Cette expérience de la guerre et de ses champs de bataille le traumatise et lui inspire Poèmes pour la Paix (publiés en 1918).
Devenu majeur à 21 ans, le , il épouse Gala dès le suivantArchives en ligne Saint-Denis, voir Registre d'état civil, Ville de Saint-Denis, Naissances, du 22/06/1895 au 31/12/1895, Tome 2, page 100, « Grindel », mariage avec Hélène Diakonoff, le 21-02-1917, Paris arrondissement..
Le , il écrit à l'un de ses amis :
En 1918, lorsque la victoire est proclamée, Paul Éluard allie la plénitude de son amour à une profonde remise en question du monde : c'est le mouvement Dada qui va commencer cette remise en question, dans l'absurdité, la folie, la drôlerie et le non-sens. C'est ensuite le surréalisme qui lui donnera son contenu. Juste avant les surréalistes, les dadaïstes font scandale. Éluard, ami intime d'André Breton, est de toutes les manifestations dada. Il fonde sa propre revue, Proverbe, dans laquelle il se montre, comme Jean Paulhan, obsédé par les problèmes du langage. Tous deux veulent bien contester les notions de beau / laid, mais refusent de remettre en question le langage lui-même. En 1920, Éluard est le seul du groupe à affirmer que le langage peut être un « but », alors que les autres le considèrent surtout comme un .
vignette|Maison de Paul Éluard à Eaubonne, où il habite à partir de 1923.
En 1922, il promet à André Breton de et de ne plus rien produire.
Le , il embarque à Marseille pour un voyage autour du monde. Le lendemain, paraît le recueil Mourir de ne pas mourir qui porte en exergue : Il est de retour à Paris au début du mois d'octobre comme si de rien n'était. Breton en dit : Lettre à Marcel Noll du 7 octobre 1924 ; Henri Béhar, André Breton le grand indésirable, éditions Fayard, Paris, 2005, .. Tout naturellement, il participe au pamphlet Un cadavre, écrit par les surréalistes en réaction aux funérailles nationales faites à l'écrivain Anatole France.
Toute la vie d'Éluard se confond à présent avec celle du mouvement surréaliste. C'est cependant lui qui échappe le mieux à la réputation de violence et qui est le mieux accepté comme écrivain par la critique traditionnelle. Éluard se plie à la règle surréaliste résumée par cette phrase du Comte de Lautréamont : Avec Benjamin Péret, il écrit 152 proverbes mis au goût du jour. Avec André Breton, L'Immaculée Conception. Avec Breton et René Char, Ralentir travaux.
Dès 1925, il soutient la révolte des Marocains et en , il adhère au Parti communiste français, avec Louis Aragon, Breton, Benjamin Péret et Pierre Unik. Ils s’en justifient dans le tract collectif Au grand jourMarguerite Bonnet, André Breton, œuvres complètes, tome 1 : chronologie, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, Paris, 1988, p. LIII..
C'est aussi l'époque où il publie deux recueils essentiels : Capitale de la douleur (1926) et L'Amour la poésie (1929).
En 1928, malade, il repart dans un sanatorium avec Gala, où ils passeront leur dernier hiver ensemble. C'est à ce moment que Gala, qui était ouvertement la maîtresse de Max Ernst, rencontre Salvador Dalí et quitte le poète pour le peintre. Paul Éluard dit à Gala :
Peu après, il fait la connaissance de Maria Benz, une artiste de music-hall d'origine alsacienne surnommée « Nusch » avec qui il se mariera en 1934Archives en ligne Saint-Denis, voir Registre d'état civil, Ville de Saint-Denis, Naissances, du 22/06/1895 au 31/12/1895, Tome 2, page 100, « Grindel », mariage avec Marie Benz, le 21-08-1934, Paris ..
Nusch et le combat pour la liberté (1931-1946) Les années 1931-1935 comptent parmi les plus heureuses de sa vie. Marié avec Nusch en 1934, il voit en elle l'incarnation même de la femme, compagne et complice, sensuelle et fière, sensible et fidèle. En 1931, il s'insurge contre l'Exposition coloniale organisée à Paris et signe un tract où est écrit : .
Avec plusieurs amis écrivains (René Char, André Breton, Louis Aragon, etc.), il attaque frontalement l’Exposition coloniale de 1931, qu'ils décrivent comme un « carnaval de squelettes », destiné à « donner aux citoyens de la métropole la conscience de propriétaires qu’il leur faudra pour entendre sans broncher l’écho des fusillades ». Ils réclament également « l’évacuation immédiate des colonies », et la tenue d'un procès sur les crimes commis.
Exclu du Parti communiste français fin 1933, il se fait ambassadeur du surréalisme et voyage en Europe, afin de dénoncer le fascisme. Bien qu'engagé dans les milieux pacifistes, il déclare au sujet d'Hitler que . En , avec André Breton, il est en Tchécoslovaquie, une des rares démocraties européennes, où la capitale, Prague, les accueille avec chaleur. L'organe du Parti communiste hongrois les présente comme deux poètes, les plus grands de la France contemporaine. En Espagne en 1936, il apprend le soulèvement franquiste, contre lequel il s'insurge violemment. L'année suivante, le bombardement de Guernica lui inspire le poème Victoire de Guernica. Pendant ces deux années terribles pour l'Espagne, Éluard et Picasso ne se quittent guère. Le poète dit au peintre : . Des désaccords politiques mais aussi littéraires (refus de l’écriture automatique) conduisent à la rupture entre Éluard et le groupe surréaliste organisé autour d'André Breton en 1938..
Mobilisé dès dans l'Intendance, il s'installe avec Nusch à Paris après l'armistice (). Durant cette période, il héberge à Paris le couple d'artistes républicains espagnols Concha Méndez et Manuel Altolaguirre, exilé après l'arrivée au pouvoir de Franco. Ses premiers poèmes de résistance paraissent dans la clandestinité, dès 1941. Il y fustige la collaboration, y exalte ceux qui disent non, sauve les martyrs et les fusillés de l’oubli : .
En , il s'installe chez des amis, Christian et Yvonne Zervos, près de Vézelay à proximité des maquis. Éluard demande sa réinscription, clandestine, au Parti communiste.
Les vingt et une strophes de Liberté, publiées dans le premier numéro de la revue Choix, sont parachutées par les avions anglais. à des milliers d'exemplaires au-dessus de la France (ce poème est mis en musique par Francis Poulenc dès 1944).
thumb|alt=Photo noir et blanc d'un groupe de cinq personnes, avec l'Arc de triomphe en arrière-plan|Paul et Nusch Éluard, à droite, le jour de la Libération de Paris.
En 1943, avec Pierre Seghers et Jean Lescure, il rassemble les textes de nombreux poètes résistants et publie un livre intitulé L'Honneur des poètes. Face à l'oppression, les poètes chantent en chœur l'espoir, la liberté. C'est la première anthologie d'Éluard où il montre sa volonté d'ouverture et de rassemblement. En , Éluard se réfugie avec Nusch à l'hôpital psychiatrique de Saint-Alban (aujourd'hui considéré comme le berceau de la psychothérapie institutionnelle), dirigé par le docteur Lucien Bonnafé (proche des surréalistes) et François Tosquelles, où se cachaient de nombreux juifs et résistants.. Dans cet hôpital, il est séduit par les œuvres des patients, notamment celles d'Auguste Forestier, qui fabrique des petites statues avec des bouts de ficelle, de bois ou de métal, et il en rapporte à Paris, les faisant connaître à Picasso, Raymond Queneau, Jean Dubuffet, qui donnera à l'« art brut » ses lettres de noblesse.
À la Libération, il est fêté comme le grand poète de la Résistance.
Avec Nusch, il multiplie tournées et conférences. Mais le , pendant un séjour en Suisse, il reçoit un appel téléphonique lui apprenant la mort subite de Nusch, emportée par une hémorragie cérébrale. Terrassé, il écrit :
Un couple d'amis intimes, Jacqueline et Alain Trutat (pour qui il écrit Corps Mémorable), lui redonnent peu à peu le . Son recueil De l'horizon d'un homme à l'horizon de tous retrace ce cheminement qui mène Éluard de la souffrance à l'espoir retrouvé.
La bataille de Grèce n'est pas terminée, et son amour et sa lutte avec Nusch se poursuit au-delà de la mort :
Dominique et l'engagement pour la paix (1947-1952) gauche|vignette|Plaque commémorative à Charenton, où il est mort. En , Paul Éluard et Picasso sont invités à participer au Congrès pour la paix à Wrocław (Pologne). En juin, Éluard publie des Poèmes politiques préfacés par Louis Aragon. L'année suivante, au mois d'avril, c'est en tant que délégué du Conseil mondial de la paix, qu'Éluard participe aux travaux du congrès qui se tient à la salle Pleyel à Paris. Au mois de juin, il passe quelques jours auprès des partisans grecs retranchés sur les monts Gramos face aux soldats du gouvernement grec. Puis il se rend à Budapest pour assister aux fêtes commémoratives du centenaire de la mort du poète Sándor Petőfi. Il y rencontre Pablo Neruda.
En septembre, il est à Mexico pour un nouveau congrès de la paix. Il rencontre Odette, dite Dominique Lemort avec qui il rentre en France. Ils se marieront en 1951Archives en ligne Saint-Denis, voir Registre d'état civil, Ville de Saint-Denis, Naissances, du 22/06/1895 au 31/12/1895, tome 2, page 100, « Grindel », mariage avec Odette Suzanne Lemort, le 15-06-1951, Saint-Tropez (Tar).. Éluard publie cette même année le recueil Le Phénix entièrement consacré à la joie retrouvée.
En 1950, avec Dominique, il se rend à Prague pour une exposition consacrée à Vladimir Maïakovski, à Sofia en tant que délégué de l'association France-URSS et à Moscou pour les cérémonies du . Il publie le recueil Hommages, qui inclut le poème Légion, dédié au groupe Manouchian.
vignette|Tombe au Père-Lachaise.