Jacques Duèze (ou Duèse), né en 1244 à Cahors et mort le à Avignon, issu d'une famille de la bourgeoisie aisée de Cahors, devient le de l’Église catholique en 1316 sous le nom de .

Âgé de lors de son élection, il inaugure véritablement la série des papes d’Avignon, après (pape de 1305 à 1314), qui ne s'était pas durablement installé dans la ville en 1309 et qui est mort à Roquemaure (de l’autre côté du Rhône, près d’Avignon).

Élu par des cardinaux pressés de trouver un compromis temporaire et qui espéraient le voir mourir rapidement, meurt après dix-huit ans de règne, à l’âge de environ.

Naissance et premières charges

thumb|upright|Tour dite « » du palais Duèze à Cahors. Arnaud Duèze, le progéniteur de la famille Duèze, et son épouse Hélène de Béraldi (de Bérail, de Béral), appartiennent à des familles de la bourgeoisie aisée de Cahors, ville active dans le domaine du commerce et de la banque au Moyen Âge.

Jacques Duèze fait ses études chez les dominicains à Cahors puis son droit à Montpellier et à la faculté de théologie catholique de Paris. Il enseigne à Toulouse.. Il est nommé archiprêtre à Cahors, chanoine de la cathédrale Saint-Front de Périgueux, archiprêtre de Sarlat et doyen du Puy. Il est le clerc du roi de Naples et fait partie de l’entourage de son fils Louis à Toulouse. Évêque de Fréjus en 1300, il est appelé par d'Anjou comme chancelier de Provence en 1308. Il est nommé évêque d’Avignon le puis cardinal-évêque de Porto et Santa Rufina en 1313.

Début du pontificat Après la mort de , le Sacré Collège s'installe à Carpentras, le , pour élire un nouveau pape. Or, trois partis étaient en compétition : les Gascons au nombre de dix, les Italiens au nombre de sept, adversaires acharnés des Gascons, avec Napoléon Orsini, Niccolò Alberti d'Ostie et Velletri, des cardinaux français d’origines diverses : trois Languedociens, un Quercinois et deux Normands complétaient le Sacré Collège. Les luttes de tendances entre Italiens, Gascons et Français furent telles que deux longs mois passèrent sans qu’ils parviennent à un accord pour trouver un successeur à .

Une élection difficile Le , le conclave est attaqué. Les responsables de ce coup de force sont Bertrand de Got, seigneur de Monteux, et Raymond Guilhem de Budos, recteur du Comtat Venaissin, neveux de . Ils pillent la ville, incendient nombre de demeures et surtout emportent avec eux le trésor de guerre de leur oncle, un million de florins destinés à la croisade. Affolés, les cardinaux s’enfuient.

Deux ans plus tard, la chrétienté est toujours sans pape. Sur l’initiative de Philippe de France, comte de Poitiers, frère du roi , un nouveau conclave est réuni à Lyon. Il commence ses travaux, au début du mois de , avec un certain mauvais vouloirLes cardinaux acceptèrent de se réunir en conclave à la seule condition .. Les cardinaux, entre deux sessions, apprennent que le roi Louis X est mort le .

Le comte de Poitiers, régent pour l'enfant à naître de la reine Clémence de Hongrie, veut accélérer l'élection pour rentrer à Paris. Le , prenant prétexte de la célébration d’un service funèbre en l’honneur du roi défunt, il assemble le Collège des cardinaux dans l’église des Dominicains. Elle est aussitôt cernée par les troupes de et, lors de l’office, le régent en fait murer toutes les ouvertures et menace de retirer le toit. Les cardinaux sont condamnés à trouver un pape.

Cependant, il faut attendre jusqu’au pour que Napoléon Orsini s’entende avec ses collègues Francesco Caetani et Arnaud de Pellegrue. Les trois cardinaux proposent d’élire le candidat pour lequel s’étaient déjà prononcés Philippe de Poitiers et Robert d’Anjou, nouveau comte de Provence et roi de Naples. C’était Jacques Duèze, originaire de Cahors, ancien évêque d’Avignon et cardinal de Porto, en qui ses confrères ne voyaient qu’un vieillard cacochyme.

Le pape était âgé de . Il n’est pas impossible que son âge avancé fût pris en considération par les cardinaux qui pensaient élire ainsi un pape de transition ; d'autant que, n'étant ni italien ni gascon, il n'avait eu qu'un rôle politique effacé jusqu'alors. Or son aspect chétif, sa petite taille, son teint pâle et sa voix fluette cachaient une robuste santé renforcée par une remarquable hygiène de vie. Le pape mourut à , après de pontificat, le plus long de tous ceux des papes d’Avignon.

Dans Lyon en liesse, le nouveau pape est couronné le et choisit le nom de . Il décide alors de rejoindre Avignon. Le Souverain pontife débarque au pied du pont Saint-Bénézet, le , et s’installe dans le palais épiscopal qu’il avait occupé pendant trois ansJacques Duèze, cardinal de Porto au titre de Saint-Vital, avait été remarqué par Louis d’Anjou, évêque de Toulouse. Ce qui lui valut d’être favorisé par les comtes de Provence. En 1308, il monta sur le siège épiscopal de Fréjus et fut fait chancelier du royaume de Naples. le nomma évêque d’Avignon deux ans plus tard. Le palais épiscopal de Jacques Duèze étant devenu celui de son neveu Jacques de Via, en dédommagement, celui-ci reçut de son oncle le chapeau de cardinal et une Livrée..

Le complot

thumb|upright|Hugues Géraud brûlé vif à Avignon. Une procédure judiciaire avait été ouverte contre l’évêque de Cahors, Hugues Géraud, accusé de malversations. Ce dernier, se sentant perdu, décide d’empoisonner le pape. Il s’assure la complicité de deux personnes de l'hôtel pontifical : Pons de Vassal et Isar d’Escodata.

Il se procure des poisons et des statuettes de cire pour procéder à l’envoûtement du pape. Le rite est d’abord pratiqué contre Jacques de Via qui mourut (coïncidence ?) le . Trois figurines de cire à l’effigie du pape, de Bertrand du Pouget et de Gaucelme de Jean sont cachées dans des pains et confiées à des messagers pour les porter dans le palais épiscopal. L’attitude étrange des voyageurs attire l’attention de la police pontificale qui découvre ces voults. À la fin de , toutes les personnes impliquées, dont Hugues Géraud, sont arrêtées. Celui-ci est déclaré coupable de l’assassinat de Jacques de Via, dégradé de l’épiscopat et livré au bras séculier ; il périra sur le bûcher.

Ce complot illustre les pratiques d’une époque où le recours à la sorcellerie n’était pas exceptionnel. Par une bulle pontificale de 1318, élargit les pouvoirs donnés aux inquisiteurs pour intenter des procès aux sorciers. En 1317, fait aussi mener un procès inquisitoire contre l'archevêque d'Aix-en-Provence Robert de Mauvoisin, un membre de la famille de et du « parti gascon », ancien ami d'Hugues Géraud. Robert de Mauvoisin est en particulier accusé d'avoir eu recours aux prédictions d'un astrologue juif, Moïse de Trets, pour savoir combien de temps le pape vivrait et à quel moment il valait le mieux lui envoyer des cadeaux pour obtenir sa bienveillance. Moïse lui avait aussi confectionné des talismans. L'archevêque ne fut pas accusé de sorcellerie, mais dut démissionner, et c'est un proche de , Pierre Des Prés, qui lui succédaJean-Patrice Boudet, Julien Théry, Le procès de contre l'archevêque d'Aix Robert de Mauvoisin : astrologie, arts prohibés et politique (1317-1318), in Cahiers de Fanjeaux 45, 2012, ..

Choix d’Avignon pour résidence thumb|Plan d'Avignon avec ses deux enceintes de remparts et le pont Saint-Bénézet enjambant le Rhône. Pour , prédécesseur de , Avignon avait été plutôt une halte qu’une résidence. Au contraire fut le pape qui s’implanta effectivement à Avignon. Le choix de cette ville présentait de nombreux avantages. En effet l’Église possédait déjà le Comtat Venaissin, grâce au traité de Paris, signé le entre , roi de France, et le comte . Ce dernier précisait dans ce traité Avignon qui ne faisait pas partie de cette donation car la ville appartenait aux comtes de Provence, présentait de nombreux avantages. Elle est située au carrefour d’axes de communication, elle dispose d’un port fluvial et possède le fameux pont Saint-Bénezet, premier ouvrage de franchissement du Rhône en remontant ce fleuve. De plus cette ville se trouve à l’intérieur d’une riche zone agricole produisant les ressources nécessaires au ravitaillement d’une population nombreuse telle que celle de la cour pontificale.

Seulement neuf jours après son élection, se réserve le la disposition du couvent des frères prêcheurs. Son neveu Jacques de Via étant évêque d’Avignon, il le nomme cardinal sans lui désigner de remplaçant, afin de disposer du palais épiscopal qu’il avait habité auparavant. Il sait que ces bâtiments sont dans le secteur de la ville le plus facile à défendre, d’où son choix. Il entreprend d’adapter son ancien palais à sa nouvelle charge. Guasbert Duval (ou Gasbert de la Val), vicaire général, compatriote du pape et futur évêque de Marseille, est chargé des acquisitions nécessaires à l’agrandissement. Il est nommé le archevêque d'Arles, puis archevêque de Narbonne le par le pape . Les premiers travaux sont confiés à Guillaume de Cucuron. Le logement du pape se trouve dans l’aile ouest, ainsi que les bureaux et appartements de ses plus proches collaborateurs. Le côté nord est constitué par l’église paroissiale Saint-Étienne qui est transformée en chapelle pontificale. À l’est, sont installés les logements des cardinaux neveux, ainsi que différents services. Dans cette aile orientale, mais plus au sud, se trouvent les services du trésorier et du camérier. Au sud un bâtiment est construit pour les audiences.

L'épineuse question des franciscains Toute la chrétienté est secouée par un profond débat sur la pauvreté de l'Église. Il a été suscité par les franciscains et a provoqué des fractions en leur sein même, l'ordre des Frères mineurs se divisant entre conventuels et spirituels.

Spirituels et conventuels Pour tenter de calmer ces tensions, , le , canonise Louis d'Anjou, archevêque franciscain de Toulouse proche des spirituels. Mais le frère aîné du roi Robert est surtout porté sur les autels comme étant un homme de toute science, toute pitié et toute charité, plein de compassion envers les pauvresLouis d'Anjou avait été nommé évêque de Toulouse en 1296. Il s'était éteint à Brignoles en 1297, âgé seulement de vingt-cinq ans. Son procès avait été initié par dès 1307..

Ce geste lui attire la gratitude de Michel de Césène, général des franciscains, qui intervient auprès du Souverain pontife pour qu'il fixe la constitution franciscaine. Aussi, le , rend publique sa décrétale Quorumdam Exigit qui reconnaît les délibérés du dernier chapitre général de Pérouse comme lucides, solides et mûrs, tout en attribuant des biens propres aux frères mineursEn 1316, les franciscains étaient estimés à et occupaient mille quatre cents maisons..

thumb|upright|Bernard Délicieux, l'agitateur du Languedoc.

Le pape ordonne de plus que tous les minorites soient revêtus de l'habit des conventuels et obéissent à leurs supérieurs sous peine d'excommunication. Ce qui met hors d'eux les partisans de la pauvreté absolue de l'ordreDepuis 1315, la France de langue d'oïl subissait une telle pénurie de vivres que cette période de deux ans est considérée comme le premier grand cataclysme économique du bas Moyen Âge. La famine fit d'énormes ravages tant à Paris que dans toutes les grandes villes du royaume qui manquèrent totalement de blé et de céréales. Le sel même, qui servait à conserver la viande, fit défaut. Aussi, selon le désir de Michel de Césène, autorisa les frères mineurs à faire désormais des réserves de blé et de vin, à posséder en propre greniers et chais. Ce fut cette clause de propriété qui souleva l'ire des partisans de la pauvreté absolue.. Dès le mois de décembre, les spirituels et les fraticelles entrent en révolte ouverte. À la demande de Michel de Césène, ministre général des mineurs, le pape réagit durement en prononçant, par les bulles du et du , l'excommunication des spirituels et des fraticelles.