(ou )Selon la généalogie traditionnelle des comtes de Toulouse faite par les Bénédictins dans l’Histoire générale de Languedoc, il serait , mais des études critiques ont établi que deux comtes du prénom de Raymond avaient été omis. Il serait donc : voir . de Toulouse, mieux connu sous le nom de Raymond de Saint-Gilles (né en 1041 ou 1042 et mort en 1105 à Tripoli), est un comte de Saint-Gilles (1060-1105), duc de Narbonne, marquis de Gothie, comte de RouergueDuc de Narbonne est un titre honorifique, la ville étant gouvernée par un vicomte qui n’entendait pas céder sa place. De même pour le titre de marquis de Gothie, comprenant les vicomtés d’Agde, de Béziers et d’Uzès, tenus par des vicomtes jaloux de leur pouvoir. Seul le comté de Rouergue lui appartient réellement. (1065-1105), marquis de Provence (vers 1085-1105), comte de Toulouse (1094-1105) et comte de Tortose (Tripoli) (de 1102 (et 1104) à 1105, sous le nom de ).
Biographie
Comte de Saint-Gilles Raymond est le second fils de Pons, comte de Toulouse, et de sa première femme, Almodis de la Marche, fille du comte . Sa date de naissance est incertaine, en 1041 ou 1042Laurita et John Hill (1959), p. 3.. Il est le demi-frère, par sa mère, d’Hugues VI de Lusignan, Seigneur de Lusignan, de Raimond-Bérenger II, Comte de Barcelone et de Bérenger-Raimond II, qui sera également Comte de Barcelone. À la mort de son père, son frère aîné hérite de l’ensemble des biens paternels. Raymond devant se contenter du comté de Saint-Gilles, qui se résume à une moitié de l'évêché de Nîmes, du château de Tarascon, de la terre d'Argence et de la moitié de l'abbaye de Saint-Gilles.
Implanté à proximité de la Provence, il épouse vers 1060 une princesse provençale qui serait soit une fille du comte ., soit une fille du comte Foundation for Medieval Genealogy.. À cette époque, le comté de Provence est tenu en indivision par les descendants du marquis et de son frère.
En 1065 sa cousine Berthe, comtesse de Rouergue décède, et Raymond s'empare de ses biens et titres aux dépens du veuf, . Seul ce comté de Rouergue lui apporte une puissance territoriale, les autres titres de Narbonne et de Gothie étant uniquement des titres apportant une suzeraineté plutôt théorique sur le Languedoc. Raymond de Saint-Gilles donne alors l'abbaye Sainte-Marie-et-Saint-Michel de Goudargues à l'abbaye de Cluny.
Mais en 1074, il refuse de répondre à l’appel du pape pour lutter contre les Normands du sud de l'Italie, Le pape, se souvenant du mariage consanguin de Raymond, l’excommunie à deux reprises, en 1076 et en 1078. Ces excommunications sont levées en 1080, à la mort de la première épouse de Raymond.. À cette période, il prend le parti de l'archevêque d'Arles Aicard contre le comte de Provence et le pape. Il devient comte indivis de Provence vers 1085, à la mort de son oncle Bertrand, et prend le titre de marquis de Provence en 1093, à la mort de son cousin le marquis .
En 1087 il se rend en Espagne et participe à la Reconquista contre les musulmans. Son frère Guillaume est particulièrement peu ambitieux, et dès 1088., Raymond use des titres de « duc de Narbonne, marquis de Gothie et comte de Toulouse ». Lorsque son frère meurt en 1093 ou 1094 au cours d'un pèlerinage à Jérusalem, Raymond évince sa nièce Philippe de Toulouse de la succession aux comtés de Toulouse, d'Albi, de l'Agenais et du Quercy, de façon peu claire, le principe de loi salique ne s'appliquant pas en Languedoc. Une prétendue « loi salique toulousaine », excluant les filles de la succession, ne repose en effet que sur une seule charte, qui ne concerne que Moissac (et non l'ensemble du comté). Datée de 1063, cette charte comporte de plus des passages interpolés.. Il épouse peu après Elvire de Castille, qui lui apporte en dot une fortune importante. À cette occasion il veut réattribuer l'abbaye Sainte-Marie-et-Saint-Michel de Goudargues à 1095, à l'abbaye de la Chaise-Dieu mais les moines fondateurs et propriétaires de l'abbaye d'Aniane portent l'affaire devant le pape qui confirme leurs droits, malgré l'appel au pape de la Chaise-Dieu en 1119Lieux sacrés du Gard..
Raymond est donc à présent maître d'un vaste domaine. La création de son grand comté de Toulouse s'est bâtie sur quatre principes : relations cordiales avec l'Église, héritage, mariage et en dernier recours appel à la force..
Première croisade vignette|Antoine Rivalz, Raymond de Saint Gilles prenant la croix, 1706 (Toulouse, musée des Augustins). vignette|Raymond de Saint-Gilles, Adhémar de Monteil et les Provençaux. vignette|Route de Raymond de Saint-GillesLa carte est en partie fautive. L'armée des Provençaux suivit bien la côte dalmate entre Aquilée et Dyrrachion mais uniquement par voie de terre. Cf. Hill (1959), p. 35-37.. En , le pape profite du concile de Clermont pour lancer un appel à toute la noblesse d’Occident afin de combattre les Turcs qui menacent l'Empire byzantin, et de reconquérir les Lieux saints. Raymond de Saint-Gilles est l’un des premiers princes à y répondre. Les raisons qui incitent ce seigneur à abandonner la principauté qu’il a mis tant de temps et d’énergie à constituer pour partir à l’aventure en Terre sainte ne sont pas vraiment connues. La foi l’a évidemment motivé, mais Raymond est trop fin politique pour que l’on puisse admettre cette seule motivation.
Sage administrateur, il se prépare à la croisade en réunissant une importante fortune, sans aliéner ses possessions. Une bonne partie de cette fortune vient de la dot d’Elvire de Castille, qui l’accompagne en Terre sainte. Pour l’augmenter, il ordonne la dévaluation du denier de Toulouse, et met en gage quelques terres annexes. Ainsi, une partie du Rouergue est donnée aux vicomtes de Rodez. Cette fortune, qu’il reconstitue au fur et à mesure des pillages, lui permet de payer son armée, et même de financer les autres chefs, quand ceux-ci se retrouvent à court d’argent. Il est ainsi le plus riche des croisés, ce qui lui permet, mais sans succès, de proposer en aux autres princes croisés de les prendre à sa solde pour commander la croisadeÉlisabeth Crouzet-Pavan, Le Mystère des rois de Jérusalem (1099-1187), Albin Michel, 2013, p. 111. : sous d'or à Godefroy de Bouillon et Robert de Normandie, à Robert de Flandre, à Tancrède de Hauteville.
Il commande l'une des quatre armées de la première croisade, celle des « Provençaux » (regroupant les chevaliers de Bourgogne, d'Auvergne, de Gascogne, de Languedoc et de ProvenceLaurita et John Hill (1959), p. 29.), qui gagne Constantinople par voie terrestre. Une hypothèse en fait le chef militaire de la croisade nommé par le pape, à côté du légat Adhémar de Monteil, chef spirituel et théoriquement politique. Mais cette version ne fait pas l’unanimité parmi les historiens car il se comporte toujours en égal des autres chefsGodefroy de Bouillon, Robert Courteheuse, Bohémond de Tarente et Hugues de Vermandois. et non comme leur supérieur.
Arrivé à Constantinople, Raymond est le seul à refuser le serment d’allégeance qu’exige l’empereur Alexis Comnène, se contentant de promettre de protéger l’empereur et de ne pas lutter contre ses intérêts. Durant la bataille de Dorylée en 1097, il perce le front turc et permet la victoire des croisés. Après la prise d’Antioche, il s’oppose à ce que Bohémond de Tarente en devienne le prince, puis voyant que les autres chefs de la croisade s’attardent dans la ville, organise une mise en scène pour relancer l’armée croisée vers Jérusalem : il se joint aux pèlerins non combattants, pieds nus et portant une robe de pèlerin, et part avec eux devant les soldats croisés. Ceux-ci se décident alors à marcher vers Jérusalem, entraînant derrière eux les chefs croisés. Prudent, Raymond longe la côte, tout en organisant des expéditions de razzias pour ravitailler les troupes.
Jérusalem est prise en . Les barons se réunissent pour choisir le seigneur qui en aura la garde et élisent Godefroy de Bouillon au détriment de . Le comte de Toulouse participe à la bataille d'Ascalon en , puis aide les Byzantins à défendre Laodicée contre Bohémond de Tarente. Il se rend à Constantinople en . En , il prend la tête d'une croisade de secours composée de Lombards, mais ne réussit pas à les convaincre de suivre la côte. Les Lombards prennent Ancyre, mais se font massacrer le par les Turcs. Avec quelques chevaliers, Saint-Gilles parvient à s'échapper vers la mer Noire et à rejoindre Constantinople.
Conquête de Tortose vignette|États latins en 1102. vignette|Citadelle de de Toulouse à Mont-Pèlerin (Liban). Raymond se consacre ensuite à se tailler un fief en Orient, et décide de conquérir l'émirat de Tripoli. Il commence par deux points forts, Tortose, qu'il prend le . et Gibelet qu'il prend . En , il fait construire une forteresse au Mont-Pèlerin, où Elvire accouche d’un fils, prénommé Alphonse en l’honneur de son grand-père maternel, et surnommé Jourdain car baptisé dans le fleuve de même nom.
Tout en maintenant le siège sur Tripoli, Raymond aide le roi à prendre Saint-Jean-d'Acre. Il reprend ensuite le siège de Tripoli, mais il est gravement blessé d'une flèche au début du mois de .. Retiré au Mont-Pèlerin, il fait rédiger son testament, que signe Bertrand des Porcellets, gentilhomme provençal. Il lègue le comté de Tripoli à son fils aîné Bertrand, plus en âge de le défendre, et ses possessions françaises à son cadet Alphonse-Jourdain, trop jeune pour ce territoire insoumis ; il estime que dans le comté de Toulouse, le jeune héritier aura l'appui des conseillers de son père..
vignette|Intérieur de la citadelle. Il meurt dans son château de Mont-Pèlerin à Tripoli au Liban peut-être des suites de sa blessure, le Patrice Cabau, « Deux chroniques composées à Toulouse dans la seconde moitié du », Mémoires de la Société archéologique du Midi de la France, t. 56, 1996, p. 85, -12. ..
Mariages et enfants Il épouse en premières noces vers 1066 la fille d'un comte de Provence, qui peut être soit et Alix de Die, soit selon un étude récente et Stéphanie Douce. De ce mariage est né : Bertrand (c.1065 † 1112), comte de Toulouse, d'Albi, d'Agen, de Rouergue et du Quercy, marquis de Gothie, duc de Narbonne et comte de Tripoli.
Probablement veuf, il se remarie avec Mathilde de Hauteville († av. 1094) fille de , comte de Sicile, et de Judith d'Évreux.
Il se marie ensuite pour la troisième fois en 1094 avec Elvire de Castille, fille d', roi de Castille et de Léon, et de sa maîtresse Jimena Munoz. Elle donna naissance à : Alphonse Jourdain (1103 † 1148), comte de Toulouse.
Ascendance
Monnayage de Saint-Gilles Raymond de Saint-Gilles a créé le monnayage de Saint-Gilles, la moneta egidiensis, dont la plus ancienne mention se trouve dans une charte datée du (12 des calendes de ). En 1095, Bertrand de Toulouse ne reçoit pas de son père le comté de Saint-Gilles. Alphonse Jourdain naît en Palestine en 1103 et reçoit probablement le comté de Saint-Gilles, mais à la mort de son père, en 1105, il ne peut pas s'opposer à son frère qui saisit le comté. Bertrand se rend un peu plus tard en Terre sainte pour prendre possession du comté de Tripoli. À sa mort, Alphonse Jourdain devient comte de Toulouse entre 1112 et 1148. Alphonse Jourdain va émettre des pièces de monnaie à Saint-Gilles comme on le voit avec la marque ANFOS COMES. La moneta egidensis est mentionnée dans des textes datées de 1105, 1109, 1110, 1138 et 1141. La dernière mention de cette monnaie est datée de 1144. Le denier melgorienNumismatique en ligne : le denier de Melgueil. redevient la monnaie courante du Sud de la FranceHenri Rolland, « La monnaie de Saint-Gilles », , dans Provence historique, tome 5, fascicule 19, 1955 (lire en ligne).. Une des faces de cette monnaie représente un quadrupède que certains ont pris pour l'agneau pascal mais qu'Henri Durand considère être la biche qui a nourri l'ermite Ægidius dans le désert.
Notes et références
Notes
Références
Annexes
Bibliographie . .