Le château de Clagny est un édifice, aujourd'hui disparu, situé alors dans la commune de Versailles, dans le département français des Yvelines en région Île-de-France.

Histoire

Le château de de Montespan et de ses enfants légitimés vignette|gauche|Jules Hardouin-Mansart, élévation du corps central du château de Clagny, détail, vers 1676, Archives nationales. thumb|left|Schéma des dépenses de construction de Clagny. Le château est commandé à l'intention de Madame de Montespan, maîtresse et favorite du roi Louis XIV.

Il est alors situé au nord-est du château de Versailles. Les plans initiaux de 1674 sont l'œuvre de l'architecte Antoine Lepautre, mais sont rapidement abandonnés début 1675 faute, notamment, de devis trop peu nombreux.

Le projet est alors confié à l'architecte Jules Hardouin-Mansart, qui signe son premier grand chantier en faveur du roi et de sa famille. Il remanie les plans du château et une partie de ceux des jardins, en collaboration avec le jardinier et paysagiste André Le Nôtre. Le , les travaux redémarrent avec les premiers paiements aux entrepreneurs. Le , le domaine de Glatigny vient étoffer celui de Clagny.

Si les travaux de gros œuvre sont terminés en 1680, ceux de l'aménagement intérieur et des décorations sont quant à eux, malgré un bon état d'avancement, abandonnés dès 1683, en raison de la disgrâce de la favorite.

En , le roi fait don, par lettres patentes, du château, ainsi que 2000 arpents de terres en dehors du Grand Parc à Madame de Montespan et à ses enfants. Dès lors, la marquise ne revient plus au domaine, et en 1687 le château est démeublé et les jardins deviennent des friches.

A l'automne 1686, les ambassadeurs du roi de Siam "ont été logés durant huit jours à Clagny, et on leur a fait voir les jardins et les magnifiques appartements de ce château, de Trianon, de la Ménagerie, de Marly et de Saint-Germain en Laye"..

Les extérieurs du château

Le château fut le chef-d'œuvre du jeune Jules Hardouin-Mansart. Ce fut une création d'une totale modernité, où tous les volumes étaient spectaculaires. La symétrie était parfaite, la cour d'entrée éblouissante, et en comparaison à la même époque, le château voisin de Versailles faisait pâle figure... A Clagny tout était en pierre de taille, l'art de la stéréotomie avait atteint une apothéose pour un édifice de nature civile et non religieuse.

De part et d'autre du grand plan en U du bâtiment principal, une autre aile servait d'Orangerie, et une autre enfin pour les communs et cuisines. L'échelle de la construction ne s'était jamais vu en France à cette époque pour un tel palais. Rien ne fut trop beau pour Mme de Montespan, et surtout pour établir ses enfants légitimés.

Les intérieurs

En entrant, se trouvait au centre du château un somptueux vestibule à l'italienne, de plan carré, au sein du pavillon central. À gauche, l'appartement du roi (au sud de l'entrée), et à droite l'appartement de Mme de Montespan (au nord de l'entrée).

L'appartement du roi disposait d'une antichambre, d'une chambre de parade, d'une chambre à coucher, et d'une immense galerie, incontestablement la plus belle pièce du château, et qui précède la galerie des glaces du château de Versailles. Après la galerie, se trouvait encore une autre galerie pavée de marbre, l'orangerie, en retour dans la petite aile. Une salle de bains de parade voisinnait dans ces espaces.

De l'autre côté, on pouvait accéder aux autres appartements par un grand vestibule, qui desservait d'un côté l'appartement de Mme de Montespan, similaire à celui du roi, et donnant du côté du jardin. De l'autre, d'autres pièces voisinant près de la chapelle. Cette dernière était similaire aux 4 chapelles latérales des Invalides, puisque la chapelle de Clagny servit de modèle à Jules Hardouin-Mansart pour les chapelles latérale des Invalides. L'ensemble a ébloui les contemporains à juste titre, de par la régularité de la totalité de la construction.

Tout était neuf, monumental, luxueux, et la position plutôt élevée du rez-de-chaussée offrait des vues dominantes sur le jardin. Le goût du faste de Mme de Montespan ne pouvait mieux s'exprimer que dans cette demeure prestigieuse, sans doute la plus neuve et la luxueuse alors que l'on pouvait trouver en France.

Les jardins au temps de Mme de Montespan

Description du jardin au temps de sa splendeur

Les jardins de Clagny ont été réalisés sur un site assez plat, avec un domaine préexistant. André Le Nôtre a organisé les choses en fonction de l'ancien manoir de Clagny. Il a conservé un petit bois préexistant. La construction du nouveau château a été axée par rapport à l'île de l'étang de Clagny, préexistante. C'est depuis cet axe qu'a découlé la construction. Le jardin a été planté alors que le projet de construction était suivi par Antoine Le Paultre, architecte de Monsieur. On sait que Monsieur, frère de Louis XIV, et Mme de Montespan furent toute leur vie les meilleurs amis du monde. Le Nôtre a organisé les choses, et probablement modifié encore ses plans quand il a été décidé de changer d'architecte et de prendre Jules Hardouin-Mansart.

Un grand parterre était aménagé du côté des appartements du roi et de Mme de Montespan. Derrière, l'étang de Clagny servait de canal, et l'île de Clagny, une île de fête, depuis laquelle on pouvait tirer des feux d'artifice, servait de point de fuite à toute la composition. La ville de Versailles se découvrait au sud. Cet aménagement grandiose permettait d'offrir une vision du jardin assez simple mais d'une grande magnificence.

Du fait du terrain assez plat, il fallait composer par parties, et des bosquets furent aménagés dans des compartiments, entre de grandes allées rectilignes. On trouvait un immense parterre de fleurs au sud du grand parterre. De même d'autres parterres au sud de l'Orangerie, ainsi qu'un grand treillage copié sur le Panthéon de Rome, avec un occulus zénithal. Cette petite construction de treillages fut peut-être proposée par Hardouin-Mansart lui-même, puisque le modèle du Panthéon était un motif indépassable pour un architecte.

Au nord du grand parterre, un grand espace était aménagé comme un labyrinthe. Au centre, un grand bosquet orné de treillages, avec un grand bassin rectangulaire. D'ailleurs, ce bosquet n'est pas sans rappeler le plan du bosquet du Marais, pour les jardins de Versailles, qui avait été imaginé justement par Mme de Montespan.

Dans un petit bois, du côté de la serre, au sud, se trouvait le petit bois de Clagny, qu'André Le Nôtre avait tracé. On y voyait des petits balustrades de treillage à hauteur d'appui, et des caisses d'orangers derrières. Mme de Sévigné s'extasie sur ce lieu qu'elle a visité en compagnie de Mme de Montespan. Madame de Sévigné écrit à sa fille, dans une lettre du 7 août 1675 :« Nous fûmes à Clagny : que vous dirai-je ? C’est le palais d’Armide. Le bâtiment s’élève à vue d’œil, les jardins sont faits. Vous connaissez la manière de Le Nostre ; il a laissé un petit bois sombre qui fait fort bien ; il y a un bois entier d’orangers dans de grandes caisses ; on s’y promène, ce sont des allées où l’on est à l’ombre ; et pour cacher les caisses, il y a des deux côtés des palissades à hauteur d’appui, toutes fleuries de tubéreuses, de roses, de jasmins, d’œillets ; c’est assurément la plus belle, la plus surprenante et la plus enchantée nouveauté qui se puisse imaginer ; on aime fort ce bois. ».La grande serre, ou autre Orangerie, située au sud, près de l'avenue, devait également être attrayante, puisqu'on constate qu'un grand bassin rectangulaire (servant de réservoir à tout le domaine) y avait été aménagé, où les caisses et pots de fleurs et végétations devaient être placées avec profusion à la belle saison. Des milliers de fleurs, des centaines et des centaines de caisses d'orangers, rien n'était trop beau, et l'effet de profusion de Clagny sera imité à Marly par le roi lui-même.

Restitution du jardin de Clagny au temps de Mme de Montespan

Il est tout à fait possible de procéder à une restitution précise du domaine, d'après de nombreux plans conservés, élévations, coupes précises du château et des jardins, ainsi que de nombreuses gravures et dessins, certaines fantaisistes, d'autres plus précises. etc. Les plans possèdent des indices primordiaux : ils donnent l'échelle réelle des choses qui ont existé. Il faut donc analyser les sources, comparer les plans pour un lieu donné, et compléter avec le style des années 1675-1680. Par exemple pour le bosquet central du labyrinthe dit d'Aubépine, de nombreux plans se contredisent sur le nombre de niches de treillages. Pour une paroi, on peut voir 3, 5 ou 7 aménagements différemment représentés. Il faut donc choisir le meilleur plan, le plus fidèle, celui réalisé par un artiste qui a eu le plus grand souci de l'exactitude. Un plan peut être juste pour un endroit et faux pour un autre. Un autre plan sera faux pour le même endroit, et juste pour l'autre. C'est un travail de comparaison qu'il faut effectuer pour procéder à une restitution fidèle, ici proposée. On peut même finalement noter que pour Clagny, nous sommes fort bien informés. Il n'y a pas de si grandes contradictions entre les plans. L'aspect au temps de Mme de Montespan n'est donc plus une enigme, l'étude précise des lieux permet de revoir fidèlement les splendeurs de Clagny.

Les plantes et fleurs utilisées à Clagny au temps de Mme de Montespan

Les "comptes des bâtiments du Roy" décrivent avec précision et profusion la totalité des travaux de création du château de Clagny et des jardins, des terrassements, des caisses d'orangers, des treillages, des entretiens divers etc. Si on reprend la liste des fleurs et plantes alors utilisées, on pourrait obtenir un aperçu véritable des espèces employées. Tout se comptait en milliers ... les caisses d'orangers sont citées par centaines, les pots en terre pour des petites plantes par milliers (on en livre plus de 6.000 pots en 1676). On ne saurait comprendre le jardin sans se rendre bien compte de la profusion des fleurs, et de leur aspect multicolore, des odeurs merveilleuses ressenties. Tout était en fleurs à l'arrivée du printemps, et à cette saison, la visite du jardin devait être la plus éblouissante.

L'étang de Clagny

L'étang de Clagny, qui préexistait au site, disposait d'une petite île circulaire sur laquelle étaient plantés quelques arbres. On pouvait y accéder en barque depuis le château. C'est dire que les jardins et l'axe principal de symétrie du château ont été réalisés d'après l'emplacement préexistant de l'île de Clagny, servant de point de fuite.

Créé sous Louis XIII, l'étang de Clagny à Versailles servait de première réserve d'eau pour alimenter les bassins et fontaines du château. Face à l'insuffisance de ses eaux, Louis XIV y installa des pompes et moulins. Devenu insalubre après le règne du Roi-Soleil, l'étang fut totalement comblé en 1736 pour laisser place à un nouveau quartier urbain.

Le château du duc du Maine, fils de de Montespan

thumb| de Montespan allongée dans son château de Clagny, vers 1675-1680. par Henri Gascar.

de Montespan s'éteint en , et son fils aîné, Louis-Auguste de Bourbon, duc du Maine, en hérite. Celui-ci n'y réside alors que rarement, à l'exception d'un séjour inattendu et forcé en compagnie de sa femme en 1720, sur le retour pour Sceaux, à la suite de leur implication dans la conspiration de Cellamare, leur coûtant alors à tous les deux une peine de prison.

Le domaine continue d'être fréquenté par la duchesse du Maine, qui y organise notamment de nombreuses fêtes et spectacles jusqu'à la fin du règne du roi Louis XIV, puis devient un de ses nombreux lieux de retraite dans les années 1730. En 1734, elle lance une campagne de restauration de la grande galerie, qui s'interrompt à la mort du duc, deux ans plus tard. L'étang, participant à l'insalubrité du quartier, est comblé en 1736, l'année même de la mort du duc du Maine.