La première guerre des Boers (, , littéralement « première guerre de Libération ») également connue en tant que première guerre anglo-boer ou encore guerre du Transvaal, est un conflit qui se déroule entre le et le .
Circonstances La menace britannique contre les républiques boers La partie sud du continent africain fut dominée au par une série de luttes visant à la création d'un État unique unifié. Les ambitions britanniques pour ce faire avaient trois motivations principales : en premier contrôler la route vers les Indes, la principale colonie de la Couronne, et passant par Le Cap ; ensuite, la découverte en 1868 d'un important gisement de diamants dans la région de Kimberley à la limite entre la Colonie du Cap et l'État indépendant d'Orange, puis en 1886 un important gisement d'or au Transvaal; enfin le cadre général du partage de l'Afrique, la lutte engagée par les puissances coloniales européennes pour acquérir des territoires en Afrique. Les colonisateurs potentiels comptaient ainsi le Portugal (qui contrôlait déjà les actuels territoires du Mozambique et de l'Angola), l'Allemagne (l'actuelle Namibie), et plus au nord la Belgique (État indépendant du Congo) et la France (Afrique occidentale et équatoriale, Madagascar).
Les tentatives britanniques d'annexion du Transvaal en 1880 et celle en 1899 du Transvaal et de l'État libre d'Orange (menant à la seconde guerre des Boers) furent les principales incursions en Afrique australe, mais il y en eut d'autres. En 1868, les Britanniques annexèrent le Basutoland dans les monts du Drakensberg (l'actuel Lesotho, entouré par les deux colonies britanniques du Cap et du Natal, ainsi que les deux États boers) à la suite d'une demande de Moshesh, le commandant d'un groupe de réfugiés des guerres zouloues, qui demanda aux Britanniques une protection contre les Zoulous et les Boers. Dans les années 1880, le Bechuanaland (le Botswana moderne, situé au nord du fleuve Orange) fut l'objet d'un contentieux entre les Allemands à l'ouest, les Boers à l'est, et la colonie britannique du Cap au sud. Bien que le Bechuanaland n'avait à l'époque que peu de valeur économique, la « route des missionnaires » passait par le territoire vers le nord. Lorsque les Allemands annexèrent le Damaraland et le Namaqualand (la Namibie moderne) en 1884, les Britanniques annexèrent le Bechuanaland en 1885.
La Grande-Bretagne acquit la colonie du Cap en 1814 après les guerres napoléoniennes. Certains groupes de colons néerlandais (les « Boers ») n'acceptèrent pas le contrôle britannique, bien que celui-ci permît un essor économique. Il y eut dès lors plusieurs vagues de migration de ces fermiers (dénommés dès lors Trekboers), d'abord vers l'est en direction de la région du Natal, puis finalement davantage vers le nord et l'intérieur du continent, où ils établirent deux États, l'État libre d'Orange et le Transvaal (littéralement « au-delà de la rivière Vaal », un affluent du fleuve Orange).
Les Britanniques ne tentèrent pas d'empêcher les Trekboers de quitter le Cap. Ils les considéraient comme des pionniers, colonisant l'intérieur et ouvrant la voie à l'occupation des territoires, permettant à terme d'agrandir la Colonie du Cap vers l'est. L'annexion de Natalia permit par ailleurs la création de la colonie du Natal en 1845. Vers l'intérieur, les Anglais reconnurent les deux nouvelles républiques boers créées par deux traités : la convention de Sand River en 1852 qui reconnaissait la république du Transvaal, et la convention de Bloemfontein de 1854 qui reconnaissait l'indépendance de l'État libre d'Orange. Cependant, l'expansion coloniale britannique ne se fit pas sans divers affrontements entre d'une part les Boers, et d'autre part les tribus locales dont le territoire était progressivement incorporé au cours du .
La découverte de diamants en 1867 près de la rivière Vaal, à environ neuf cents kilomètres au nord du Cap, mit fin à l'isolement des Boers et changea l'histoire de l'Afrique du Sud. Cette découverte déclencha une « ruée sur les diamants » attirant des gens du monde entier vers Kimberley, qui devint rapidement une ville de , attirant les convoitises de l'Empire britannique. Dès les années 1870, les Britanniques annexèrent le Griqualand Ouest, site de la découverte des diamants de Kimberley.
Le secrétaire d'État aux Colonies Lord Carnarvon tenta un moment d'étendre l'influence britannique en 1875 en proposant aux deux républiques boers l'organisation d'une fédération de l'Afrique du Sud sur le modèle mis en place en 1867 pour les provinces francophones et anglophones du Canada, mais les dirigeants boers déclinèrent l'invitation. Les annexions britanniques successives, et en particulier l'annexion du Griqualand Ouest, créèrent un climat de méfiance entre les Britanniques et les républiques boers.
La menace zouloue Il y avait également d'autres pressions contre le territoire des deux républiques boers. L'État libre d'Orange et le Transvaal étaient entouré par les colonies du Cap et du Natal au sud, mais aussi le Royaume zoulou à l'est et d'autres puissances coloniales (dont les territoires britanniques de Rhodésie et du Bechuanaland).
Durant les années 1870, il y eut une série d'escarmouches entre le Transvaal et les « tribus » locales, en particulier avec les Pedi dirigés par Sekhukhune Ier, et avec lesquelles une guerre se déroula en 1876, au cours de laquelle les Boers furent défaits, les Pedi ayant acquis des armes à feu après avoir travaillé dans les mines de Kimberley.
Il y avait également des tensions importantes entre la république du Transvaal et les Zoulous commandés par le roi Cetshwayo. Les Zoulous occupaient un royaume au sud-est, limité d'un côté par la république du Transvaal et de l'autre par le Natal britannique. Depuis son ascension sur le trône, le roi Cetshwayo avait étendu son royaume et réintroduit de nombreuses pratiques militaires de l'illustre roi Shaka. Il avait aussi commencé à équiper ses impis avec des armes à feu, bien que le processus d'équipement ne soit pas achevé, la majorité des guerriers n'étant armés que de boucliers, de cannes, d'épieux et de sagaies... Au nombre de plus de , les guerriers zoulous, motivés, disciplinés et fiables furent une formidable force sur leur propre terrain, compensant le manque d'armes modernes. Le roi Cetshwayo bannit alors les missionnaires européens de son royaume, et il incita vraisemblablement d'autres communautés indigènes à se soulever contre les Boers au Transvaal. Les Boers du Transvaal se sentirent de plus en plus menacés, mais le roi Cetshwayo garda de bonnes relations avec les Britanniques afin de pouvoir gérer le cas échéant la menace boer.
L'annexion de 1877 En 1877, le Transvaal était en situation de banqueroute et était menacé par une offensive imminente des armées zoulous en provenance du Natal. Lord Carnavon, le ministre des colonies britanniques, un partisan de la création d'une fédération d'Afrique du Sud, pensa alors que les habitants du Transvaal ne pourraient que se réjouir d'une annexion par le Royaume-Uni.
Le , sir Theophilus Shepstone pénétra dans la république boer avec 25 hommes de la police montée du Natal. Ce fut sans rencontrer de résistance qu'il atteignit Pretoria, où les discussions avec le gouvernement boer aboutirent à l'annexion du Transvaal par l'Empire britannique le . Le vice-président de la République, Paul Kruger, fut alors l'un des rares dirigeants boers à s'y opposer. Mais aussi longtemps que la menace zouloue était présente, les Boers préférèrent se satisfaire d'un statu quo. S'ils se dressaient contre l'Empire britannique, ils craignaient de se voir attaquer par le roi Cetshwayo et ses armées zouloues. Ils craignaient également de devoir faire face à des fronts supplémentaires face aux tribus locales. Le ressentiment contre l'Empire britannique et le sentiment nationaliste grandirent à la suite de l'annexion.
C'est avec Piet Joubert et Marthinus Wessel Pretorius que Paul Kruger commença à organiser une résistance armée qui ne fut en mesure de passer à l'action qu'à la fin de l'année 1880.
Les Boers du Transvaal dirigés par Paul Kruger (le futur président du Transvaal) décidèrent de gérer en premier la menace zouloue, et d'autres tribus locales, avant de s'opposer à l'annexion britannique. Paul Kruger fit deux visites à Londres pour des pourparlers directs avec le gouvernement britannique. En , au retour de sa seconde visite, Kruger rencontra à Pietermaritzburg les représentants britanniques sir Henry Bartle Frere et le lieutenant general Frederic Augustus Thesiger (peu après avoir hérité du titre de lord Chelmsford), pour discuter des progrès des négociations.
La guerre zouloue
Sir Theophilus Shepstone, en sa qualité de gouverneur britannique, éprouvait des inquiétudes quant à l'expansion zouloue et la menace que représentait l'armée zouloue du roi Cetshwayo, qui commençait à s'équiper de mousquets et d'autres armes modernes. En tant qu'administrateur du Transvaal, il en était également le protecteur et était concerné par le contentieux territorial entre les Zoulous et le Transvaal. Les demandes boers et les manœuvres diplomatiques de Paul Kruger ajoutèrent à la pression. Il y eut des incidents impliquant des soldats zoulous des deux côtés de la frontière Transvaal/Natal, et les Britanniques commencèrent à se méfier de Cetshwayo (qui n'avait pas de partisans au Natal sauf l'évêque Colenso) car ayant permis certains débordements et se montrant d'allure « défiante ». Shepstone dès lors convainquit Sir Bartle Frere que le roi Cetshwayo et son armée zouloue représentait une menace pour la paix dans la région. En , Bartle Frere ordonna à Cetshwayo de démanteler son armée. Cetshwayo refusa et mobilisa ses troupes pour la guerre.
Le , les Britanniques envahirent le Zoulouland avec , un même nombre d'auxiliaires africains et un millier de volontaires blancs. Les Britanniques anticipèrent la guerre avec les Zoulous, pensant avec la force levée pouvoir contrer l'armée zouloue dont la motivation et le nombre ne tiendraient pas face au professionnalisme d'une armée coloniale solidement armée. Différents observateurs locaux (dont Paul Kruger) qui connaissaient les Zoulous avaient un grand respect pour les armées zouloues et leurs capacités offensives, et recommandèrent dès lors des stratégies défensives dont un feu nourri à partir d'un point fortifié, tel le laager qui fit ses preuves à la bataille de Blood River. Cependant, l'avertissement fut ignoré et le , les Britanniques perdirent plus de lorsqu'ils furent surpris par l'armée zouloue à la bataille d'Isandhlwana. Peu après cependant à Rorke's Drift à la frontière entre le Zoulouland et le Natal, les Britanniques réussirent à tenir tête à l'armée zouloue en un poste promptement fortifié, en lui infligeant d'importantes pertes. Une fois les renforts arrivés, les Britanniques remportèrent une série d'escarmouches et s'emparèrent de la capitale zouloue Ulundi en , ce qui consacra la fin de l'indépendance zouloue.
Sir Garnet Wolslely s'occupa alors des Pedis du Transvaal, qui furent finalement battus par les troupes britanniques en 1879.
Déclenchement de la guerre des Boers vignette|250px|Rassemblement boer à Paardekraal (Krugersdorp) en 1891, pour les 10 ans du serment. Avec la défaite des Zoulous et des Pedis, les Boers du Transvaal commencèrent à donner de la voix contre l'annexion du Transvaal intervenue en 1877, affirmant que celle-ci avait été réalisée en violation de la convention de Sand River de 1852 et la convention de Bloemfontein de 1854.