La crise financière mondiale de 2007-2008 est une crise financière, marquée par une crise de liquidité et parfois par des crises de solvabilité tant au niveau des banques que des États, et une raréfaction du crédit aux entreprises. Amorcée en , elle trouve son origine dans le dégonflement de bulles de prix (dont la bulle immobilière américaine des années 2000) et les pertes importantes des établissements financiers provoquées par la crise des subprimes. Elle s'inscrit dans le cadre de la « Grande Récession » amorcée en 2008 et dont les effets se font sentir au-delà de 2010.
La crise financière de l'automne 2008 amplifie le mouvement et provoque une chute des cours des marchés boursiers et la faillite de plusieurs établissements financiers. Pour éviter une crise systémique, les États doivent intervenir et sauver de nombreuses banques, ce qui provoque une crise de la dette publique en Islande puis en Irlande, et une récession touchant l'ensemble de la planète. Les finances publiques sont lourdement sollicitées pour résoudre cette crise. Après un recul du produit intérieur brut mondial de 2,2 % en 2009, le déficit public se creuse dans de nombreux pays.
Cette crise provoque un mouvement en faveur d'une meilleure régulation du système bancaire et financier. Aux États-Unis, sous la pression de l'opinion publique et d'experts tel Paul Volcker est adoptée la règle Volcker destinée à éviter qu'une crise du même type ne se reproduise. Des mesures sont également adoptées dans le reste du monde, notamment dans l'Union européenne, mais le doute subsiste quant à l'amélioration de la sécurité bancaire collective que cela engendrerait.
Les causes de la crise perdurent toutefois au-delà de 2008, comme en Chine où les prêts bancaires progressent fortement durant l'année 2009 . Début 2010, l'afflux de liquidités fait craindre l'éclatement de nouvelles bulles dans l'immobilier chinois, les bourses, les emprunts d'États et les métaux. En Europe, la crise de la dette publique qui débute en 2010 et touche de très nombreux pays a souvent, notamment dans le cas irlandais, la crise financière comme source.
Chronologie
Crise des subprimes
La crise des subprimes se déclenche au deuxième semestre 2006 avec le krach des prêts immobiliers (hypothécaires) à risque aux États-Unis (les subprimes), que les emprunteurs, souvent de condition modeste, ne sont plus capables de rembourser. Révélée en par l'annonce d'importantes provisions passées par la banque HSBC, elle se transforme en crise ouverte lorsque les adjudications périodiques ne trouvent pas preneurs en . Compte tenu des règles comptables en cours, il devient alors impossible de donner une valeur précise à ces titres, qui doivent dès lors être provisionnés à une valeur proche de zéro. Dans le même temps, les détenteurs ne peuvent plus liquider leur créance. La défiance s'installe envers les créances titrisées (ABS, RMBS, CMBS, CDO) qui comprennent une part plus ou moins grande de crédits subprime, puis envers les fonds d'investissement, les OPCVM (dont les SICAV monétaires) et le système bancaire, tous susceptibles de détenir ces dérivés de crédit.
Crise financière de 2008
La seconde phase de la crise financière commence au cours de la semaine du , lorsque plusieurs établissements financiers américains entrent en cessation de paiement. Il est décidé de les sauver in extremis et directement par une prise de contrôle de la Réserve fédérale américaine (Fed) (comme la compagnie d'assurance AIG), un rachat par des concurrents en meilleure situation (Bear Stearns l'avait été en mars), ou une mise en liquidation (Lehman Brothers) plutôt qu'indirectement (via une reprise des créances d'une partie des emprunteurs, par exemple les plus modestes).
La crise s'étend à l'ensemble des banques en relations avec les banques américaines. Elle touche notamment l'Europe où plusieurs institutions financières connaissent de très graves difficultés et sont sauvées par l'intervention des États et des banques centrales (Banque centrale européenne dans la zone euro).
marquent le début de la crise par la nationalisation le de Freddie Mac et Fannie Mae, deux sociétés à capitaux privés et à mission publique, chargées de transformer des hypothèques en titres de prêts hypothécaires pour les revendre aux investisseurs sur le marché mondial, qui s'apprêtaient à déposer leur bilan.
Origine de la crise financière Raisons conjoncturelles La crise financière qui débute en 2007 tient principalement son origine de la politique monétaire de la Réserve fédérale américaine au cours des années 2000, sous le mandat d'Alan Greenspan, considérée comme trop accommodante , et d'innovations financières mal maîtrisées. Parmi les responsables politiques ayant favorisé directement les conditions de cette crise par des mesures économiques et sociales, le Guardian cite Bill ClintonRemplacement du Glass-Steagall Act par le Gramm-Leach-Bliley Act Financial Services Modernization Act de 1999, George W. Bush, Gordon Brown, ainsi que, dans le domaine de la finance, les anciens et actuels PDG de la compagnie d'assurance American International Group, des banques Goldman Sachs, Lehman Brothers, Merrill Lynch, Halifax-Bank of Scotland, Royal Bank of Scotland, Bradford & Bingley, Northern Rock, Bear Stearns, Bank of England, et des personnalités telles que le financier George Soros, le milliardaire Warren Buffett et le président d’un fonds d’investissement américain John Paulson.
Lors de la récession qui suit l'éclatement de la bulle Internet en 2000-2001, la Fed abaisse son taux directeur jusqu'à 1 %, puis le maintient à un niveau bas, provoquant une création monétaire trop forte et un gonflement de bulles sur les marchés immobiliers (bulle immobilière américaine des années 2000), ainsi que sur les matières premières.
thumb|Bâtiment saisi pour défaut de paiement en septembre 2008. Le panneau indique que la tuyauterie en cuivre a été retirée, pour éviter les cambriolages.
En 2006, la Fed, au début du mandat de Ben Bernanke, augmente son taux directeur de 1 % à 5 % afin de réduire les pressions inflationnistes grandissantes. Cette hausse du taux directeur provoque un dégonflement de la bulle immobilière américaine des années 2000, et entraîne un renchérissement des mensualités de remboursement des crédits immobiliers (les crédits étant souvent à taux variables). Plus de deux millions de foyers américains pourraient être en situation de défaut de paiement cette année-là, plus d'un million doivent quitter leur bien immobilier, saisi puis mis en vente par les établissements de crédit, entraînant une augmentation de l'offre sur le marché immobilier, et faisant donc encore baisser les prix.
Du fait de la baisse des prix, les établissements ne récupèrent toutefois que partiellement la somme prêtée. Les effets du dégonflement d'une bulle immobilière se limitent généralement à des faillites personnelles et à des pertes réduites pour les établissements financiers. La crise de 2007-2008 est différente car les établissements de crédit immobilier ne conservent pas les créances immobilières dans leurs bilans, mais les regroupent dans des véhicules de placement, des fonds hypothécaires, pour les revendre notamment à des fonds de pension et à des banques.
Les fonds hypothécaires perdant de la valeur avec la fin de la bulle immobilière, et, surtout, la complexité et l'enchevêtrement des véhicules de placement rendant très difficile l'estimation de leur valeur, le bilan des établissements financiers se dégrade. Du fait des normes comptables de , ceux-ci doivent provisionner d'importantes dépréciations d'actifs. Ceci provoque un effet de contagion et une perte de confiance généralisée entre établissements financiers, ce qui assèche le marché interbancaire (crise de liquidité). Les institutions financières, en particulier les banques d'investissement, sont fragilisées.
Raisons structurelles
Les années antérieures à la crise ont vu se multiplier des innovations financières qui ont débouché sur un marché de Virginie Robert, « Les produits dérivés, première étape de la réforme des services financiers », Les Échos, 15-16 mai 2009 peu ou pas régulé, appelé aussi « shadow market ». Ces innovations financières visaient à réduire les risques et ont pris notamment la forme de « produits dérivés » dont deux types sont au cœur de la crise financière : .
Par ailleurs, la montée des profits et la baisse du poids des salaires provoquent un . Les prêts « subprimes », en particulier aux États-Unis, incitent une partie de la population à consommer au-dessus de ses moyens, ce qui permet en retour d'assurer la rentabilité du secteur immobilier. Les inégalités de revenus sont devenues très fortes : , la création de richesse ayant été captée pour l'essentiel par une petite partie de la population, au détriment de l'efficacité économique .
Enfin, l'outil mathématique qui a partiellement servi à justifier la financiarisation de l'économie semble avoir été créé sur une hypothèse erronée. En effet, il est basé sur la théorie que les cours financiers suivent un « hasard sage » (où le processus ne connait pas d'irrégularités extrêmes, du type du pollen dans le mouvement brownien) et non . Les financiers en grande majorité suivent cette théorie, d'où l'application d'un certain type de mathématiques financières et l'adoption à partir de 1993, à l'initiative de la banque JP Morgan Chase de la VaR (value at risk) pour mesurer les risques financiers reposant sur des probabilités respectant la loi normale. Cet instrument favorise l'innovation mais permet également aux banques d' et de .
Pour d'autres personnes, les cours financiers suivent bien un « hasard sauvage ». Dès 1973, partant d'une hypothèse de « hasard dur », Benoît Mandelbrot a développé la théorie des fractales et du mouvement brownien fractionnaire, qui est mal intégrée par les praticiens des marchés financiers. Avec la crise, la théorie du « hasard sage » en finance est de plus en plus remise en question. David Viniar, alors directeur financier de Goldman Sachs, voit durant de la crise de 2007-2010 des , ce qui, au regard du modèle classique (loi normale), .
D'autres économistes posent encore plus radicalement le problème d'une mathématique financière maitrisée. Par exemple, pour Jon Danielsson de la London School of Economics, la et les financiers jouent avec les modèles, ce que ne fait pas la Nature.
Crise du secteur financier
Crise de liquidité bancaire Les incertitudes sur les engagements directs et indirects des établissements financiers en matière de crédit à risque, mais aussi la crainte d'un ralentissement général des activités de banque de financement et d'investissement, très rentables et moteurs de la croissance au cours des années précédentes, finissent par entraîner une véritable crise de confiance, ayant connu peu de précédents, entre banques. Celles-ci voient se tarir leurs principales sources de refinancement, le marché interbancaire et l'émission de papier commercial adossé à des actifs non bancaires (asset-backed commercial paper, ABCP).
Sur le marché interbancaire, sur lequel les banques en situation d'excédent de capitaux prêtent à celles qui en manquent, la défiance des banques envers elles-mêmes conduit à une envolée du taux interbancaire.
Par ailleurs, les banques ont mis en place au cours des années précédentes des structures de financement, appelées conduits ou SIV () qui émettent du papier commercial à court terme et à taux faible (ABCP), ensuite vendu à des investisseurs. Les fonds levés sont ensuite prêtés à long terme à des taux plus élevés, ce qui permet en théorie de dégager une marge d'intérêt. Toutefois, ces emprunts à court terme doivent être par définition renouvelés régulièrement (tous les trois mois). Or, une fois la crise de confiance envers les banques engagée, les investisseurs cessent de s'intéresser aux ABCP, obligeant les banques à les financer elles-mêmes.