Le château de Challain-la-Potherie, situé dans la commune française de Challain-la-Potherie en Maine-et-Loire, a été construit de 1847 à 1854 dans le style néo-gothique alors en vogue parmi l'aristocratie française. Son architecte, René Hodé, a dessiné beaucoup d'autres châteaux du même style en Anjou, mais Challain demeure le plus imposant. Sa taille et son allure lui valent le surnom de « petit Chambord » ou de « Chambord angevin ».

La construction actuelle remplace un château plus ancien, dont l'origine remonte au Moyen Âge. Ancien siège de la seigneurie de Challain, il est passé dans les mains de nombreuses familles au cours de son histoire. Au gré des ventes et des héritages, il a ainsi été la propriété successive de la famille de Châteaubriant et de la famille de Chambes avant d'échoir à des membres de la famille de Nicolas Fouquet, puis à la famille de La Potherie, qui a laissé son nom au château et au village.

Le château construit au a été commandé par Louise-Ida Le Roy de La Potherie (1806 / 1884), dernière du nom, et son mari François Albert de La Rochefoucauld, comte de Bayers (1799 / 1854). Le choix du style néo-gothique est pour eux un moyen de remettre en valeur la gloire familiale après la Révolution française. C'est également un choix motivé par les goûts de l'époque, le néo-gothique étant alors en vogue parmi l'aristocratie angevine. René Hodé adopte plus précisément le style troubadour, qui vient plaquer un décor néo-médiéval sur une structure fonctionnelle. La structure interne du château et ses dispositions générales suivent en effet les règles architecturales néoclassiques élaborées au .

Malgré sa grandeur et sa place importante dans l'histoire de l'architecture angevine, il subit une certaine dégradation après la mort de ses commanditaires. Il connaît de nombreux propriétaires successifs au cours du , et sert de centre de colonies de vacances pendant une vingtaine d'années. Il est finalement transformé en chambres d'hôtes de luxe en 2002.

Situation thumb|alt=Photographie montrant la porterie d'entrée du château.|La porterie sur la place de l'église. Le château de Challain se trouve à Challain-la-Potherie, commune de Maine-et-Loire située sur la limite occidentale du département, près de la Loire-Atlantique. Avant la disparition des provinces de France à la Révolution, Challain se trouvait en Anjou, alors que la commune limitrophe de Vritz, au sud, était en BretagneCarte du gouvernement de Bretagne, Robert de Vaugondy, 1768.. Challain-la-Potherie se trouve entre Angers et Châteaubriant, près de la petite ville de Candé.

Le château est construit dans le village de Challain. Il est voisin de l'église paroissiale, et la porterie principale s'ouvre sur la place de l'église. Le domaine occupe un quadrilatère compris entre la rue de l'Étang au nord et la route de Candé à l'ouest. Une partie du domaine se trouve également au dehors de ce quadrilatère. Ainsi, la Basse-Cour et le potager sont situés de l'autre côté de la route de Candé, et l'orangerie est de l'autre côté de la rue de l'Étang. Cette dernière rue offre une vue dégagée sur la façade nord du château, et elle donne un accès au domaine par la tour Monplaisir, qui sert d'entrée secondaire.

Le château occupe une petite terrasse naturelle dominant l'Argos, rivière coulant du nord au sud à travers la propriété. Au nord, grâce à une retenue qui alimentait autrefois un moulin à eau, l'Argos forme un étang. Le domaine du château est également traversé par le ruisseau de Planche Ronde, qui coule d'ouest en est, et dont le confluent avec l'Argos se situe également dans le parc, au sud-est du château. Le ruisseau alimente un second étang à la limite sud du parc.

Histoire Ancien château Apparence thumb|alt=Lavis représentant l'ancien château avant sa démolition.|Lavis de 1842 illustrant l'ancien château, par Théodore de Quatrebarbes. Challain-la-Potherie possède un château depuis le Moyen Âge et l'édifice actuel remplace une construction d'origine médiévale. L'histoire de l'ancien château est très mal connue, et il n'existe qu'une seule illustration de celui-ci, réalisée en 1842 par Théodore de Quatrebarbes. Elle montre un édifice en équerre, sobre et entouré par des bâtiments de service. Le comte René de l'Esperonnière, historien local du , décrit ce château dans son ouvrage Histoire de la baronnie de Candé, publié en 1894. :

Propriétaires successifs thumb|alt=Plan de l'ancien château avant sa démolition.|L'ancien château d'après le plan cadastral de 1832. Le château est le siège de la seigneurie de Challain, et son existence remonte au moins au .. Le premier seigneur de Challain pourrait être Hilduinus de Calein, mentionné en tant que témoin vers 1050 dans une charte.. Vers 1120, des descendants probables de Hilduinus, appelés Rainaud, Warin et Haï de Challain, apparaissent à leur tour dans le cartulaire de l'abbaye Saint-Nicolas d'Angers. Ensuite, aucun seigneur de Challain n'est mentionné avant le début du . Le village appartient alors à Guillaume de Thouars, seigneur de Candé et du Lion-d'Angers. Ses descendants font partie de la famille de Châteaubriant, qui possède Challain pendant deux cents ans.

En 1284, à la suite d'un partage d'héritage, Challain devient la propriété d'une branche cadette des Châteaubriant. Celle-ci garde le village et son château jusqu'à son extinction vers 1522, lorsque meurt Marie de Châteaubriant. Elle s'était mariée à de Chambes, seigneur de Montsoreau, fils de Jean II de Chambes bâtisseur du Château de Montsoreau et premier conseiller de . Leur fils, Philippe de Chambes, et leur petit-fils, , veulent chacun vendre Challain et le dernier le cède définitivement en 1574.. Le nouveau propriétaire, Antoine d'Espinay, avait été page d'. Il réside à Saint-Michel-du-Bois et laisse le château de Challain à un intendant. Sa veuve vend la propriété à Christophe Fouquet en 1599.. Président du Parlement de Bretagne, Fouquet réside surtout à Rennes, mais se rend aussi parfois à Challain et souhaite reconstruire le château, mentionné comme étant vétuste. Il abandonne ce projet pour fonder un couvent de Carmes à Challain. Son petit-fils, également appelé Christophe, est fait vicomte de Challain en 1650 et la châtellenie devient comté sept ans plus tard..

En 1747, les héritiers Fouquet vendent Challain et son château à Urbain Le Roy, seigneur de La Bourgonnière. Le titre de comte de Challain, éteint avec les derniers Fouquet en 1722, est relevé en 1749 sous l'appellation « comte de La Potherie ».. Le petit-fils d'Urbain, Louis Le Roy de La Potherie, émigre pendant la Révolution, revient en France en 1801 puis participe à la vie militaire et politique de la Restauration. Il est ainsi maréchal et député. Son seul fils, Charles, est tué en duel en 1825. À sa mort en 1847, ses possessions vont donc à sa fille, Louise-Ida, née en 1808..

Louise-Ida Le Roy de La Potherie épouse en 1826 François Albert de La Rochefoucauld comte de Bayers, membre d'une branche cadette de la maison de La Rochefoucauld. Cette branche, issue d'une des plus vieilles familles de la noblesse française, a notamment donné un comte-évêque de Beauvais, un évêque de Saintes, un pair de France et un député aux États généraux de 1789. Ce mariage associe le grand nom et la fortune des La Rochefoucauld à la fortune tout aussi importante des La Potherie.. Le comte s'installe à Challain dont il devient maire. Il occupe aussi un mandat de conseiller général de Maine-et-Loire.

Nouveau château Contexte de la construction thumb|alt=Illustration montrant les blasons associés des deux familles.|Armoiries associées des La Rochefoucauld et des La Potherie, utilisées par le comte et la comtesse de La Rochefoucauld-Bayers. Beaucoup de nobles de l'Ouest français, y compris les Le Roy de La Potherie et les La Rochefoucauld, n'ont pas été dépossédés de leurs propriétés à la Révolution. Après cette période troublée, les aristocrates angevins rentrent de leur exil en Angleterre et entendent copier les aristocrates anglais, qui possèdent de vastes estates comprenant un château et un ensemble immense de terres agricoles. Le Maine-et-Loire voit alors apparaître de nouveaux domaines, dont Challain fait partie.. Le comte de La Potherie réorganise ses terres et retrace les limites de sa propriété pour former un ensemble compact autour du château, afin qu'elle soit plus rentable.. Il peine néanmoins à rivaliser avec les grands estates anglais et il ne parvient à réunir que à force d'achats et d'échanges.. Le comte échoue également à créer un ensemble d'un seul tenant, car il ne parvient pas à négocier le repoussement des voies de communication du village de Challain. Les routes continuent donc de traverser le domaine..

Les émigrés vivent peu sur leurs terres, car la Restauration des Bourbons leur redonne leur place au sommet de la hiérarchie sociale. Ils ont accès à des charges publiques et se contentent de mœurs assez simples, leur noblesse les élevant automatiquement au-dessus du reste de la population. Ils peinent également à se sentir chez eux sur leurs terres, car ils manquent d'assurance pour retrouver leur rôle seigneurial et ils se heurtent aux servitudes de l'Ancien régime perpétrées par les paysans, qui s'autorisent encore des droits de passage, de glânage ou de pacage sur les terres. De même, le comte de La Potherie ne jouit pas d'une grande ancienneté dans sa propriété, étant donné que la famille ne l'a achetée qu'au . Au contraire, la génération suivante, celle du comte et de la comtesse de la Rochefoucald-Bayers, montre un intérêt accru pour la propriété terrienne. Cette génération arrive aux affaires après la Révolution de juillet qui met fin à la Restauration des Bourbons et place sur le trône un roi plus libéral, Louis-Philippe. Elle a perdu de nombreux privilèges sociaux avec la révolution, et elle tente de conserver sa place dans la hiérarchie sociale en revenant à la campagne. Là, l'industrialisation n'a pas encore enrichi une bourgeoisie concurrente et elle peut encore bénéficier d'une influence publique.. Par ailleurs, les faillites bancaires ou industrielles qui ont lieu vers 1840 montrent que l'agriculture demeure une source de revenus stables et sûre.. De nombreux aristocrates angevins s'intéressent, alors à l'agronomie et développent l'élevage en améliorant les races.

Genèse

Les aristocrates de 1840 ont connu le confort des hôtels parisiens et, lorsqu'ils décident de passer plus de temps sur leurs terres, ils ne se satisfont pas des vieilles demeures campagnardes de leurs ancêtres. Ils les font donc remplacer par de nouveaux châteaux. La tendance à la reconstruction des châteaux angevins commence dans les et devient un phénomène incontournable dans les . Le style le plus recherché est le néo-gothique, né en Angleterre au . Il est apparu en Anjou vers 1835 et sa popularité parmi l'aristocratie locale peut s'expliquer par une volonté de retour aux idéaux de l'Ancien Régime : féodalité, religion, continuité avec le passé. Il peut également être perçu comme un acte réactionnaire face à l'architecture néo-classique alors prépondérante et associée aux idées esthétiques et culturelles des Lumières et de la Révolution.