thumb|alt=Insigne de spécialité des Linguistes de l'Armée de Terre|Insigne de spécialité des linguistes de l'armée de terre (OSRQLE, OLRAT, OIRAT).

Les interprètes militaires sont des sous-officiers ou officiers français dont la spécialité est la connaissance de langues étrangères.

Cette spécialité a été initiée par Bonaparte lors de la campagne d'Égypte :

Début de la Notice sur les officiers interprètes rédigée en 1931 par l’interprète commandant Abribat, notice inspirée de l’ouvrage de Laurent-Charles Féraud, Les Interprètes de l’armée d’Afrique, publié en 1876.

et formellement établie par lui en 1803.

Référence à l'Égypte, leur insigne est d'ailleurs un sphinx, sur fond d'un globe terrestre bleu divisé par les barrières linguistiques, enchâssé sur un fond circulaire excentré parcouru de rayons symbolisant chacun une langue parlée par les interprètes militaires, sur lequel repose la courte épée symbolisant l'armée de terre.

officiers et sous-officiers de réserve qualifiés langues étrangères (OSRQLE), ils ont été officiers linguistes de réserve de l'armée de terre (OLRAT), interprètes/officiers interprètes de réserve de l'armée de terre (IRAT/OIRAT) ou officier de liaison et interprète de réserve (OLIR).

Historique L'époque des truchements (avant 1798)

Campagne d’Égypte (1798) Pour la première fois, un général en expédition, Napoléon Bonaparte, choisit de se faire accompagner de linguistes. Le , le commandant de l'expédition d'Égypte s’entoure de neuf personnalités choisies parmi les orientalistes les plus en vue de l’époque, désignés comme « interprètes de l’armée » et rattachés à la commission des sciences et arts. Ils dépendent du ministère de la Guerre, mais n'ont pas de grade militaire ; ils conservent le statut de civils et du reste seront rendus à la vie civile dès la fin de la campagne.

Parmi eux, Venture Paradis, spécialement attaché à Bonaparte, l’accompagne dans ses moindres déplacements, avec le titre d’interprète en chefassimilé plus tard au grade de commandant ou lieutenant-colonel. Décédé au retour de l’expédition de Saint-Jean-d'Acre, il est remplacé par son élève, Amédée Jaubert. Tous deux sont membres de l’Institut d'Égypte fondé au Caire par Bonaparte le .

Plusieurs interprètes sont aussi recrutés sur place. Ce premier corps d'interprètes est dissous à l’issue de la campagne ; ses membres, poursuivant leur carrière personnelle, ont souvent des destinées brillantes : professeurs à l’Institut des langues orientales, rédacteurs d’ouvrages historiques ou linguistiques, d’études diverses, parfois membres du corps diplomatiqueLaurent-Charles Féraud, Les Interprètes de l’armée d’Afrique, Jourdan Editeur, Alger, 1876. Ainsi, Élias Pharaon, un Syrien melkite nommé interprète en chef, continuera sa carrière au service du Premier Empire et recevra le titre de comte de Baalbek. Naturalisé français, il reçoit une pension de francs qui lui est retirée par le ministère Polignac sous la RestaurationColette Zytnicki et Chantal Bordes-Benayoun (dir.), Orientaux orientalistes : les Pharaon, interprètes du Sud au service du Nord, Sud-Nord. Cultures coloniales en France (), actes du colloque organisé en mars 2001 par l’Université de Toulouse Le Mirail, Toulouse, Privat, 2004, .

Armée d’Angleterre (1803) thumb|alt=Guide-interprète de l'armée d'Angleterre (1804)|Guide-interprète de l'armée d'Angleterre (1803). La création officielle de la fonction et des unités constituées d’interprètes militaires, alors désignés comme « guides interprètes », remonte au , à l’occasion de la mise sur pied, au camp de Boulogne, de l’armée d’Angleterre.

Le colonel Dupont-Derval, chargé de la constitution du corps, nomme à sa tête le lieutenant Cuvelier, rapidement promu capitaine. Il s'agit d'une compagnie d'une centaine d’hommes, dont deux tambours. L’uniforme est un habit à pans courts d’abord vert, avec col, parements et revers rouges, culotte blanche, ceinturon à boucle ornée d’un œil, avant de devenir en 1807 à pans longs, entièrement vert à l’exception des parements blancs.

Le débarquement annulé, la compagnie participe à d’autres campagnes (Allemagne, Espagne, Russie) avant d’être licenciée en 1814 lors de la chute de Napoléon. Les vingt-cinq survivants sont alors incorporés au de dragonsCommandant Bucquoy, Les Uniformes du Premier Empire – dragons et guides, Grancher éditeur, Paris, 1980.

Algérie (1830-1962) et Afrique du Nord

En , en vue de l'expédition d'Alger, un corps d'interprètes militaires est de nouveau établi. Le marquis de Clermont-Tonnerre, colonel d’État-major, crée le « Corps royal des interprètes de l’armée d’Alger », plus tard « Corps des interprètes de l’armée d’Afrique ».

Les premiers recrutés sont d’anciens interprètes de Bonaparte, des survivants des mamelouks de la Garde impériale et de jeunes orientalistes. Le corps comprend à l'origine cinq interprètes de percevant, sans en avoir le grade, le traitement et les indemnités de colonel d'État-major, trois de (chef d’escadron) et sept de (capitaine) ainsi que huit guides-interprètes (lieutenant)Commandant Abribat, « Notice sur les officiers interprètes », in Capitaine Chavanne, chef du bureau des Affaires indigènes, Historique du Service des Affaires Indigènes de Tunisie (1881-1830), pour le compte de la Résidence Générale de France Tunis, Service des Affaires Indigènes, imprimé chez Victor Berthod à Bourg, 1931.. L'uniforme est de drap bleu de roi à collet et parements en velours noir, gilet bleu ou blanc, pantalon demi-large en drap bleu sans passepoil. Les neuf boutons de l'habit, dorés, figuraient une fleur de lys surmontée d'une couronne Lienhart et René Humbert, Les uniformes de l´armée française depuis 1690 jusqu´à nos jours, Éditions Liepzig – RUHL, de 1897 à 1902.. Le signe distinctif de ces interprètes était une broderie en or figurant, au collet ou aux parements, selon le grade, deux branches d’olivier entrelacées.

Au cours de l'expédition, de nombreux interprètes ont leurs chevaux tués sous eux, certains sont blessés voire tués au combatLieutenant-colonel Eugène Hennebert, Nos soldats Première partie : les trois armes, Librairie Illustrée, Paris, 1888..

La conquête achevée, certains deviennent administrateurs civils, responsables des forces de police (), consuls, magistrats.

Un des plus importants est Ismaÿl Urbain, . Laurent-Charles Féraud, interprète principal de l'armée, écrivit leur histoire en 1876.

Par la suite, les interprètes de langue arabe de l'Armée d'Afrique furent distingués de leurs homologues des autres langues par la présence en dessous de leur insigne du croissant commun aux troupes d'Afrique du Nord. En 1938, est créé un Corps des Officiers des Affaires Militaires Musulmanes (A.M.M.)« Honneur à l’Armée d’Afrique », hors série 2007, Association Nationale Souvenir de l’Armée d’Afrique (ANSAA) sous la direction de son Président, le Général de Corps d’Armée (2S) André Sciard. par remplacement de l’appellation « interprètes de langue arabe »Décret du 14 juin 1938, JO du 15 juin 1938, .. Dans les corps de troupe indigènes (tirailleurs, spahis, etc.), ils assuraient la protection du moral des hommes et permettaient au commandement une connaissance profonde de l’unité. Les interprètes étaient également affectés aux Services des Affaires indigènes des pays concernés. Le corps des interprètes de l'armée d'Afrique perdura jusqu'au retrait des troupes françaises d'Afrique du Nord en 1962.

Afrique occidentale Pendant la conquête de l'Afrique occidentale au siècle, c'est généralement le bambara, déjà employé comme langue véhiculaire par les principales ethnies, qui est utilisé par les interprètes militaires. Le premier dictionnaire français-bambara est publié en 1825. Plusieurs manuels sont écrits par la suite, dont, en 1910, celui de Moussa Travélé, . Un colonel français, en 1922, peut écrire : Elle est d'usage général dans les régiments de tirailleurs sénégalais. Cependant, pendant la Première Guerre mondiale, le recrutement accéléré d'Africains de différentes régions, souvent encadrés par des officiers et sous-officiers sans expérience coloniale, conduit à préférer l'usage du « français tirailleur »Cécile Van den Avenne, « Bambara et français-tirailleur », Documents pour l’histoire du français langue étrangère ou seconde [En ligne, 35 | 2005].

Première Guerre mondiale thumb|alt=L'officier interprète Hansi (Jean-Jacques Waltz) en 1915|L'officier interprète Hansi (Jean-Jacques Waltz) en 1915.

Les germanistes La défaite de la France en 1870 inspire l’idée de la création d’un corps d’officiers d’appoint, certains incorporés dans des unités constituées ou des états-majors et d’autres, isolés, appelés officiers de complément.

En 1914, c’est dans leurs rangs que l’on trouve les interprètes militaires qui viendront seconder en masse leurs camarades d’active. En majorité germanistes, ils sont présents dès le début des hostilités dans la plupart des états-majors de niveau brigade ou supérieur. Leurs compétences sont utilisées pour la recherche ou l’interprétation du renseignement, l’interrogatoire des prisonniers de guerre ou la réalisation de documents de propagande.

C’est ainsi que s’illustrent, entre autres, l’aquarelliste alsacien Jean-Jacques Waltz, (Hansi), son ami Zislin, caricaturiste patriote, ou le germaniste Ernest Tonnelat, professeur au Collège de FranceJean-Jacques Waltz (Hansi) et Ernest Tonnelat, À travers les lignes ennemies. Trois années d'offensive contre le moral allemand, Payot, Paris, 1922.

Leur uniforme suit l’évolution des tenues de l’armée de terre de l’époque, excepté le collet de couleur bleu outremer avec broderie de branche d’olivier aux angles, et les boutons à tête de sphinx.

Les anglicistes Rapidement apparaît le besoin d’interprètes de langues autres que l’allemand : les contacts avec les alliés, ainsi que les besoins de communication quotidiens de ces derniers avec les populations locales, imposent le recrutement de nombreux interprètes français-anglais, notamment. Affectés aux unités britanniques, américaines et australiennes, ils travaillent sans relâche à des missions de liaison avec les unités homologues françaises et dans un rôle d’intermédiaire avec la population locale pour le logement, l’achat de fourrage ou de subsistances, ou la location de lieux de vie (terrains et bâtiments). Beaucoup périssent dans les premiers temps des opérations, leur pantalon et képi garance les rendant encore plus repérables au sein d’unités vêtues de kaki, jusqu'à ce que leurs hôtes décident de les habiller eux-mêmes. On verra ainsi des interprètes en képi français et tenue britannique ou américaine, à laquelle cependant ils ajoutaient en général les boutons à tête de sphinx et les sphinx métalliques au collet qui les distinguaient de leurs camarades germanistes.

L’écrivain André Maurois, interprète militaire auprès d’un état-major britannique, s'est servi de ses souvenirs dans Les Silences du colonel BrambleAndré Maurois, Les Silences du colonel Bramble, Paris, Grasset, 1918, tout comme le peintre Paul Maze dans , préfacé par Sir Winston ChurchillPaul Maze, A Frenchman in Khaki, Londres, W. Heinemann, 1934.. Paul Mantoux (1877-1956), l’interprète de Georges Clemenceau à la Conférence de Versailles en 1919, fut plus tard le cofondateur de l'Institut de hautes études internationales de GenèveLes délibérations du Conseil des Quatre 24 mars-28 juin 1919. Notes de l'officier interprète Paul Mantoux., CNRS éditions, 1955..

Seconde Guerre mondiale Durant la Seconde Guerre mondiale, les interprètes connaissent les vicissitudes de l’ensemble de l’armée française.

En , l'Armée d'Afrique est envoyée une nouvelle fois en métropole. Quarante-deux officiers des partagent le sort commun : "drôle de guerre", combats, replis, parfois captures, évasions, etc. Une promotion portera le nom du Lieutenant Marcel Missoud, mort au champ d’honneur le dans les rangs du RTM à Gouy, près de Saint-Quentin dans l’Aisne.