de Bretagne, dit « Barbetorte »à la barbe mal plantée ou hirsute selon Henri Waquet « sur le sobriquet de Barbetorte » Notes de lectures, dans : Annales de Bretagne, , , 1944. 230-231. (en breton : « , « le Renard »)surnom utilisé dans le Barzaz-Breiz de Théodore Hersart de La Villemarqué au ., (né vers 900 - mort en 952 à Nantes) est le fils de Mathuedoï de Poher et petit-fils par sa mère d’, dernier roi de Bretagne. Il fut comte de Poher, puis le premier duc de Bretagne, de 938 à 952.
Biographie
Origine thumb|Plaque commémorant la bataille du Trieux, sur la façade de la mairie de Plourivo entre Alain Barbetorte et Incon. Alain de Bretagne est le fils du comte Mathuedoï de Poher et d'une fille anonyme d'Alain le Grand. Son père et lui s’exilent au cours de la décennie 920 auprès du roi anglais Æthelstan qui, selon la chronique de Nantes, était le parrain d'Alain. Il aurait aussi été accueilli au Pays de Galles., ou aurait contracté des liens familiaux ou vassaliques avec le roi gallois Hywel le Bon, ce qui expliquerait le fait qu'Alain ait donné un nomen inédit dans la dynastie royale bretonne, Hoël, à l'un de ses fils.
Ruine de la Bretagne
Après les disparitions successives d'Alain le Grand (mort en 907) et de Gourmaëlon (mort en 913), la Bretagne connaît un regain d'attaques de la part des Vikings. Ces derniers ne se contentent plus d'expéditions de pillages comme au , ni même de se retirer contre paiement d'un tribut de type « Danegeld », mais ils cherchent à se substituer aux dynasties locales et à établir une principauté, comme ils l'ont fait à la même époque en Irlande (à Dublin et Limerick), en Angleterre (à York et dans le Danelaw) et même, en 911, à RouenJean Renaud Les Vikings et les Celtes, Ouest-France, Université Rennes, 1992 , 132-138. . Par ailleurs, le vicomte d'Angers tente en vain de contrôler la région de NantesIl prend le titre de « Foulque comte de Nantes et vicomte d'Angers » dans un acte du . ..
Les établissements religieux sont la première cible des pirates scandinaves et l'abbaye de Landévennec est détruite en 913, pendant que ses moines se réfugient à Montreuil auprès d'Helgaud de Montreuil (mort en 926), comte de PonthieuMarc Simon o.s.b L'Abbaye de Landévennec de saint Guénolé à nos jours, Éditions Ouest-France, Rennes, 1985 , 68-69., qui périt d'ailleurs en combattant les Normands. Selon le témoignage de la vita de Saint-Gildas, Daioc (abbé de Saint-Gildas-de-Rhuys) et Taneth (abbé de Locminé) s'établissent en 927 dans le Berry, auprès d'Ebbes le Noble de Déols. Salvator (évêque d'Aleth), Junan (abbé de Léhon) et ses moines, ainsi que le clergé de Dol-de-Bretagne et de Bayeux gagnent Paris. Un doute subsiste sur la date de l'exil de ces derniers, parfois reportée vers 960René Merlet, « Les origines du monastère de Saint-Magloire de Paris », dans : Bibliothèque de l'école des chartes, 1895, , 237-273.. Flodoard évoque toutefois ces évènements dans l'entrée de l'Chronique de Flodoard AD 919 6 « Les Normands ravagent, écrase ruinent toute la Bretagne située à l'extrémité de la Gaule, celle qui est en bordure de la mer, les Bretons étant enlevés, vendus et autrement chassés en masse »., et c'est à cette époque que Ragenold s'installe à Nantes et que le comte Robert de France tente sans succès, en 921, de le chasser avant qu'il n'attaque les princes du nord de la Francie, sous le prétexte d'aider Charles le Simple contre ses ennemis.
Selon l'interprétation d'Hubert Guillotel, la seconde intervention d'Hugues le Grand et d' contre Nantes, en 927, aurait permis de cantonner les Normands de la Loire à NantesCe qui n'empêchera par Incon de Nantes le successeur de Ragenold de mener en 935 une expéditions en Berry. et favorisé le retour de certains émigrés, dont Alain, fils de Mathuedoï, qui aurait été contraint de s'exiler une seconde fois en 931Dom Bède Plaine Les invasions des Normands en Armorique et la translation générale des Saints bretons Bulletin de la Société archéologique du Finistère, , 1899, 320., après l'échec de l'insurrection contre les Normands menée avec Bérenger et le massacre des Normands établis en Cornouaille avec leur chef FélécanChronique de Flodoard AD 931 56 « Les Bretons qui occupaient l'extrémité de la Gaule et avaient été soumis par les Normands se soulèvent contre eux et l'on rapporte que dans les solennités de la fête de Saint-Michel () ils les tuèrent tous en commençant par leur chef Félécan ».. Toujours selon Hubert Guillotel, Hugues de Fleury, au début du , relate le même évènement avec des détails complémentairesHistoria modernorum reum Francorum « L'an de l'incarnation du Seigneur 931, les Bretons installés en Cornu Galliae se révoltèrent contre les Normands auxquels ils étaient assujettis et tuèrent leur chef. Guillaume Longue Épée, fils et successeur de Rollon, pénétrant dans leurs territoires en ennemi le ravagea durement et il ramena à lui Bérenger le chef le plus puissant des Bretons et contraignit l'autre Alain à quitter sa terre. Il revendiqua alors toute la Bretagne »..
Restauration thumb|Incursions Vikings des et s en Bretagne. L'emplacement des camps vikings supposés ou attestés n'est validé par aucune preuve archéologique de leur présence sur le site, sauf peut-être à Péran et plus sûrement à Landévennec. D'après le récit épique fait par Arthur de la Borderie, Jean, abbé de Landévennec, exilé comme les principaux membres de l'aristocratie bretonne depuis 919, revient en Bretagne vers 935, et recrute des tenanciers qui, réfugiés dans les rochers inaccessibles de la côte de Crozon, résistaient aux Vikings sous la direction de deux chefs locaux, Amalgod et Wethenoc. Il envoie ensuite des hommes sûrs à la cour d'Æthelstan pour informer de la situation Alain, fils de Mathuedoï, et le presser de prendre la direction des Bretons. Jean regroupe des partisans afin de lui fournir une petite armée, et lui fait prêter serment par Amalgod et Wethenoc.
À l’initiative de l’abbé Jean de Landévennec, avec l’aide d’une troupe de Bretons exilés et d’AnglaisChronique de Flodoard AD 936, 70 : « Les Bretons revenant des régions d’outre mer, du service du roi Adelstan, regagnèrent leur pays »., Alain débarque en 936 en Bretagne près de Dol-de-Bretagne, puis attaque un camp viking qui pourrait être le camp de PéranJean Pierre Nicolardot, Philippe Guigon Philippe « Une forteresse du : le Camp de Péran à Plédran (Côtes d'Armor) », dans : Revue archéologique de l'ouest, , 1991, 123-157.Cette expédition de 936 figure aussi dans la contestable Chronique de Nantes (), d’après J.-C. Cassard.. Il combat les Normands à Plourivo avant de se replier , et marcher sur la Loire et Nantes et de les en chasser en 937Chronique de Flodoard AD 937, 79, 84 et 90 : « Les Bretons reviennent d'outre-mer se rétablir dans leur pays, avec l'ordre du roi Adelstan […] Les Bretons rentrés chez eux après une longue émigration, ont de fréquents combats avec les Normands, qui avaient envahi la partie limitrophe de leur pays ; ils sont plus d'une fois vainqueurs, et ils reprennent les terres usurpées [ ...] Les Bretons en guerre avec les Normands, sont victorieux : on dit qu'ils ont pris un fort à leurs ennemis ».. Cependant, aucun texte d'époque ni aucune trace archéologique ne mentionne l'existence d'une telle bataille à PlourivoBataille de Plourivo contre les normands, mythe ou réalité - Les batailles de l'Histoire de Bretagne - Institut culturel de Bretagne].. Il est reconnu comme « Brittonum dux » en 938, mais, pour Jean-Christophe Cassard, Alain Barbetorte et ses successeurs continueront à être considérés comme des rois par leur peuple..
Selon Hubert Guillotel, cette restauration n'est pas seulement liée à une victoire militaire, elle serait intervenue avec celle de Louis d'Outremer, dans le cadre d'une négociation diplomatique globale, entre la mort du roi Raoul, le -, et le sacre de , le , et qui incluait le roi Æthelstan, les princes rivaux de la Francie du nord, Hugues le Grand et , ainsi que , qui aurait abandonné son soutien aux Normands de la Loire après, selon FlodoardChronique de Flodoard AD 933, 62 « la terre des Bretons située sur le bord de la mer »., avoir reçu, en 933, du roi Raoul de France les régions qu'il identifie avec le Cotentin et l'Avranchin.
Règne Pendant les premières années de son gouvernement, Alain demeure proche d'Hugues le Grand et il combat les Normands aux côtés de Hugues, comte du Maine un fidèle du comte de ParisAndré Chédeville et Noël-Yves Tonnerre La Bretagne féodale , éditions Ouest-France, Rennes, 1987 27.. La libération s’achève le , par la victoire de Trans non loin des rives du Couesnon sur les NormandsJean Renaud Les Vikings et les Celtes Ouest-France Université Rennes (1992) 140-141. avec l’aide du comte de Rennes Juhel Bérenger et du comte du Mans Chronique de Flodoard AD 939, 82 : « Les Bretons combattirent avec les Normands, remportèrent la victoire et l'on dit qu’ils prirent un fort à ces derniers ».. Cette date serait devenue la « fête nationale des Bretons ». Alain doit renoncer au Cotentin, à l’Avranchin et au territoire situé à l’ouest de la Mayenne. Quant au comté de Nantes, il avait été, un temps, sous l’obédience angevine de qui le revendiquait depuis 914, il prend le titre de « Foulque comte de Nantes et vicomte d'Angers » dans un acte du .. En 942, Alain Barbetorte devient allié de , qu’il a connu lors de leur exil en Angleterre, et dont il devient le « fidèle » (vassal) à RouenPaul Jeulin, « L'hommage de la Bretagne en droit et dans les faits », dans : Annales de Bretagne, , -4, 1934, 408.Selon Paul Jeulin (« L’hommage de la Bretagne en droit et dans les faits » dans Annales de Bretagne, , -4, 1934, 408 et 409), « C’était, probablement, un serment de fidélité entraînant déjà, à proprement parler, vassalité » et « la Bretagne toute entière reconnaissait sa dépendance directe vis-à-vis de la France. »Selon Richer de Reims, « Guillaume duc des Aquitains et Alain duc des Bretons voyant les pirates [c'est-à-dire les Normands] rentrés dans le parti du roi vinrent le trouver à Rouen et prêtèrent serment de fidélité ». Flodoard AD 942, 94, ajoute « Guillaume de Poitiers et les Bretons avec leurs princes vinrent trouver le roi à Rouen. Le roi en leur compagnie se rendit sur la rivière Oise [pour combattre Hugues de France et Herbert de Vermandois] »., ainsi qu’avec , comte de Blois, de Tours et de Chartres. Il conclut la même année une étroite alliance avec Guillaume Tête d'Étoupe, duc d’Aquitaine, qui lui permet d’obtenir au sud de la Loire les pagi de Mauges, Tiffauges et Herbauges.
Au témoignage de Dudon de Saint-Quentin repris par Guillaume de Jumièges, les « Bretons Bérenger et Alain » sont présents aux côtés du duc Guillaume de Normandie lorsque celui-ci est tué le à Picquigny dans la Somme, dans un guet-apens lors d'une entrevue avec François Neveux, La Normandie des ducs aux rois Éditions Ouest-France, Rennes, 1998 37..
En 943, il aurait épousé la fille ou la sœur cadette du comte , à Blois..