Henry Campbell-Bannerman, né le à Glasgow et mort le à Westminster en Londres, est un homme d'État britannique. Chef du Parti libéral de 1899 à 1908, il fut Premier ministre sous du au . Auparavant, il fut de nombreuses fois ministre, notamment secrétaire du Trésor à la Guerre dans plusieurs gouvernements de Gladstone (1871-1874 ; 1880-1882), secrétaire parlementaire et ministériel à l'amirauté dans ce même cabinet (1882-1884), secrétaire en chef des Affaires irlandaises (1884), puis, enfin, secrétaire d'Etat à la guerre (cabinet Gladstone, 1886 et 1892-1894 ; cabinet Rosebury, 1894-1895).

Aucun précédent First Lord of the Treasury n'avait été officiellement appelé « Premier ministre » avant lui, usage qui devient officiel cinq jours après son entrée en fonction. Il cumula ce titre avec celui de (cas unique). Il fut également le seul Premier ministre à mourir au 10 Downing Street, dix-neuf jours après sa démission pour cause de santé.

Surnommé « CB », il était un partisan du libre échange, de l'autonomie irlandaise () et de progrès sociaux. On a pu dire de lui qu'il était le « premier et seul Premier ministre britannique radical ». Après la défaite aux élections générales de 1900, Campbell-Bannerman avait pris la tête du Parti libéral qu'il parvint à faire gagner en 1906, dans un véritable raz de marée électoral contre les conservateurs : ce fut la dernière fois que les libéraux eurent la majorité à la Chambre des communes. Son gouvernement promulgua plusieurs réformes sociales d'envergure et consolida la Triple Entente, tandis que diverses réformes étaient faites dans l'Empire britannique.

Famille et débuts

Né le à Kelvinside House à Glasgow, Henry Campbell est le second et plus jeune fils des six enfants de Sir James Campbell (1790–1876) et de Janet Bannerman (1799–1873). Presbytérien, son père avait fondé, très jeune (en 1817), une affaire de draps en gros et détail à Glasgow, la J.& W. Campbell & Co. . Conseiller municipal de Glasgow (1831) en tant que conservateur, James Campbell fut candidat pour Glasgow aux élections générales de 1837 et de 1841. Il devint lord prévôt de Glasgow entre 1840 et 1843.

Son fils, le jeune Henry Campbell, fit ses études à la High School (1845–1847), et à l'université de Glasgow (1851), puis obtint un diplôme au Trinity College de Cambridge (1854–1858). Il revint ensuite travailler dans la maison familiale, la J.& W. Campbell & Co., rue Ingram à Glasgow, où il fut associé en 1860, l'année de son mariage avec Sarah Charlotte Bruce, et de leur emménagement au 6 Claremont Gardens. Le couple n'eut pas d'enfants. En 1871, Henry Campbell ajouta Bannerman à son nom, pour suivre la dernière volonté de son oncle maternel, Henry Bannerman, dont il avait hérité des biens à Hunton Court (Kent).

Henry Campbell-Bannerman parlait couramment français, allemand et italien et chaque été il passait deux mois en Europe avec son épouse(principalement en France et dans la station thermale de Marienbad en Bohème).

Son frère aîné, James, fut, comme leur père, conservateur, élu membre du parlement pour la circonscription des de 1880 à 1906, et s'opposait à la plupart des choix politiques de son jeune frère. Il renonça à son mandat lors de l'élection qui conduisit son frère au pouvoir.

Mandat parlementaire et portefeuilles ministériels

En , à trente et un ans, Campbell-Bannerman se présenta pour le Parti libéral lors d'une élection partielle dans la circonscription de Stirling Burghs, perdant de peu contre John Ramsay, un rival interne du parti. Toutefois, lors de l'élection générale qui suivit la même année, en novembre, Campbell-Bannerman l'emporta sur Ramsay et fut élu à la Chambre des communes. Il resta l'élu de cette circonscription libérale presque quarante ans.

Campbell-Bannerman fut rapidement promu secrétaire d'État (secrétaire du Trésor à la guerre) dans le gouvernement de Gladstone en , restant à ce poste jusqu'en 1874. Il retrouva ce même poste de 1880 à 1882 dans le second gouvernement Gladstone, et après avoir eu le poste de secrétaire parlementaire et ministériel à l'amirauté entre 1882 et 1884, Campbell-Bannerman fut promu au ministère comme secrétaire en chef des Affaires irlandaises en 1884.

Dans le troisième et le quatrième gouvernement Gladstone en 1886 et de 1892 à 1894, comme dans le gouvernement Rosebery de 1894 à 1895, il devint secrétaire d'État à la Guerre. À ce poste, il sut persuader le duc de Cambridge, cousin de la reine Victoria de rendre son commandement en chef de l'armée britannique à un militaire. Cela lui valut un anoblissement, avec le titre de chevalier.

Chef du Parti libéral

La guerre des Boers Le Campbell-Bannerman succéda à William Vernon Harcourt à la tête des libéraux de la Chambre des communes et devint chef de l'opposition. Sa tâche fut toutefois singulièrement compliquée par l'éclatement du parti dû à la seconde guerre des Boers (1899), durant laquelle libéraux se scindèrent entre pro-Boer et impérialistes. Ces divisions facilitèrent la défaite du parti aux élections générales de 1900.

L'unité retrouvée du parti libéral et la polémique sur le libre-échange

Après la guerre, du reste, les libéraux retrouvèrent progressivement une unité dans leur opposition à l'Education Act de 1902 et à la politique tarifaire pour le sucre du gouvernement conservateur d'Arthur Balfour : celui-ci voulait protéger le sucre colonial du sucre industriel et avait signé une « convention du sucre » à Bruxelles (1902), qui liait la Grande-Bretagne et neuf autres pays afin de stabiliser les prix du sucre par un retour progressif au protectionnisme .

Dans son discours du , Campbell-Bannerman, fidèle à la doctrine du libre échange, dénonça la convention comme portant atteinte à la souveraineté britannique :

D'ailleurs, ce fut le caractère protectionniste de la réforme des droits de douane proposée par Joseph Chamberlain en qui permit aux libéraux de faire une campagne fédératrice autour d'un thème aux consonances nationales. De 1903 aux élections générales de 1906, cette proposition de Chamberlain domina le débat politique. Campbell-Bannerman, comme les autres libéraux, avait une confiance inébranlable dans le libre échange. Il déclara ainsi :

Il ajoute ailleurs :

L'élection de 1903 et l'accord électoral avec le Labour

En 1903, le chief whip historique libéral Herbert Gladstone, le fils de l'inamovible Premier ministre William Gladstone, négocia un accord électoral avec Ramsay MacDonald, le chef des travaillistes, en vue d'effectuer des désistements réciproques. La stratégie, connue sous le nom de et alors inédite, permit d'écarter les conservateurs. Campbell-Bannerman s'entendit fort bien avec les dirigeants du Labour (parti travailliste), et déclara en 1903 : Malgré cette déclaration et ses sympathies avec bien des aspects du mouvement travailliste, il ne peut être classé comme socialiste. a écrit

Premier ministre Les libéraux retrouvèrent de manière inattendue le pouvoir en quand Arthur Balfour présenta la démission de son cabinet, suggérant au roi Édouard VII de proposer à Campbell-Bannerman de former un gouvernement minoritaire. Il devint le premier Premier ministre du Parti libéral du .

Balfour avait espéré que Campbell-Bannerman ne puisse pas former un gouvernement fort, l'obligeant à procéder à une élection nationale qu'il ne pourrait, croyait-il, gagner. Campbell-Bannerman dut aussi faire face à des contestations internes. Par le Relugas Compact (« pacte de Relugas ») entre Herbert Henry Asquith, Sir Edward Grey et Richard Haldane, ceux-ci, membres importants du parti libéral, projetèrent de le forcer à rejoindre la Chambre des pairs, affaiblissant sa position de Premier ministre et ainsi permettre à Asquith de devenir le leader de la Chambre des communes. Campbell-Bannerman mit fin à ces manœuvres en dissolvant, d'une part, les Communes et en appelant les électeurs aux urnes, et d'autre part en offrant les postes de chancelier de l'Échiquier, de secrétaire d'État des Affaires étrangères et de secrétaire d'État à la Guerre à, respectivement, Asquith, Grey et Haldane - ce qu'ils acceptèrent. Dans son premier discours en tant que Premier ministre, le , Campbell-Bannerman lança la campagne électorale du parti libéral, en rappelant la plateforme traditionnelle du parti: « paix, retranchement et réforme ». Slogan de la fin du , ce triptyque signifiait l'opposition au colonialisme et au militarisme du parti ; son refus des taxes et impôts ; et sa volonté de réformer le système électoral de façon que tous, quelle que soit leur classe sociale, puisse accéder aux plus hautes fonctions.

Aidé par l'accord de désistement électoral entre libéraux et travaillistes et les divisions du Parti conservateur sur le libre-échange, la coalition libérale remporta une victoire écrasante, obtenant 216 sièges. Les conservateurs perdaient la moitié de leurs sièges, et A. Balfour, désormais chef de l'opposition, perdit même son siège de Manchester East au profit des libéraux. Campbell-Bannerman a été le dernier libéral à conduire une majorité absolue de son parti à la Chambre des communes. Avec une majorité de 125 députés libéraux, Campbell-Bannerman put à nouveau retourner à Downing Street, sûr de sa position de Premier ministre. La défaite des « conspirateurs » de Relugas fut décrite comme « l'une des comédies les plus délicieuses de l'histoire de la politique britannique » revue par Michael Ratcliffe dans The Times, le 26 août 1976, page 9.

Tandis que dans le passé il n'était pas utilisé formellement, Campbell-Bannerman fut le premier premier lord du Trésor à être officiellement appelé « Premier ministre », tradition qui perdure aujourd'huiSite officiel du premier ministre britannique, article de Campbell-Bannerman (en anglais). En 1907, en l'honneur d'être le doyen des députés (il était celui qui avait rempli cette fonction, de façon continue, la plus longtemps), il devint doyen de la Chambre (Father of the House) : à ce jour, c'est le seul Premier ministre britannique en exercice à avoir obtenu ce titre.

Relations internationales

La mesure-phare du cabinet Campbell-Bannerman est sans doute constituée par l'entente anglo-russe signée en 1907, qui consolide en Triple-Entente l'entente cordiale signée avec la France quelques mois avant son accession au pouvoir (). Campbell alla plutôt loin dans cette direction, puisque, au fait des affaires militaires en raison de sa longue expérience ministérielle, son ministre aux Affaires étrangères, Edward Grey, partit négocier, dès sa nomination, l'envoi d'une force expéditionnaire britannique sur le territoire français en cas d'attaque allemande. Ces négociations demeurèrent un secret partagé uniquement par Grey et Campbell Wilson, John, C. B.: A Life of Sir Henry Campbell-Bannerman (Constable & St Martin's Press, 1973)., p.528. Cf. aussi David Owen (2015), The Hidden Perspective. The Military Conversations 1906-1914, Univ. of Chicago Press, 262 p. . Cf. présentation sur le site de l'éditeur..

Par ailleurs, à l'occasion de la Conférence impériale de 1907, qu'il présidait, et durant laquelle le statut de dominion fut entériné, Henry Campbell-Bannerman constitua une commission d'universitaires internationaux pour réfléchir à l'avenir de l'Empire. Seuls des extraits du rapport furent publiés. Celui-ci suggérait, entre autres, de diviser le monde arabe en de nombreux États et d'installer en leur sein, en Palestine, une colonie qui soit hostile aux intérêts arabes et participe de leur division permanente "The Arab Scene 100 years After Campbell-Bannerman" par Awni Farsakh, Al Khaleej (EAU), 11 mai 2007.. Enfin, il posa les bases de l'union d'Afrique du Sud en accordant aux républiques boers le droit au self-government.

Réformes domestiques