La métrique arabe, dite « science du mètre » ( 'ilm al-'arûḍ - en ) ou « science de la poésie » ( 'ʿilm aš-šiʿr - en ), est la discipline qui étudie les règles de la métrique arabe. Au sens large, elle inclut également les règles des rimes (), mais celles-ci sont généralement traitées à part.
La poésie, en tant que nazm, s'oppose à la prose, nathr (), dont la racine est liée à l'idée d'éparpillement. Cette distinction nazm / nathr, ordre / dispersion, poésie / prose, est une dichotomie fondamentale discutée dans toute la critique classique pour chercher à définir la poésie, et reflète une définition cumulative du discours poétique ainsi formulée par Suyûtî : le discours ordinaire, en prose, quand il subit des contraintes d'ordre rythmique, devient « manzûm », « ordonné », et on est donc en présence de nazm. En se voyant ajouter des rimes et un mètre, le nazm devient shiʿr, poésiePAOLI, Bruno, De la théorie à l'usage, Essai de reconstitution du système de la métrique arabe ancienne, Éditeur : Presses de l’Ifpo, Institut français du Proche-Orient, Damas, 2008, p.15. ISBN électronique : 9782351592793 AL-SUYÛTÎ, Al-’itqān fi 'ulūm al-Qur’ān, éd. M. S. Hāšim, 2000, vol. 2, p. 234.
Théorisée au par le philologue Al-Khalil Ibn Ahmad, la métrique arabe est traditionnellement définie comme l’ensemble des règles qui permettent de distinguer les vers bien mesurés des vers fautifs"ʿArūḍ." Encyclopédie de l’Islam. Brill Online, 2014. Reference. BULAC (Bibliothèque universitaire des langues et civilisations ). 01 April 2014 <http://referenceworks.brillonline.com.prext.num.bulac.fr/entries/encyclopedie-de-l-islam/arud-COM_0066>. Les règles en ont été rédigées par Khalil ibn Ahmad, qui décrivit quinze types de mètres dans son livre Al-ʿArḍ (en ), à présent perdu. Par la suite, Al-Akhfash al-Akbar décrivit un seizième mètre, le mutadārikElwell-Sutton (1976), p. 42..
Le terme 'arûḍ semble être une création d’Al-KhalilMétrique arabe selon Al Khalil. . Certains pensent qu’il viendrait du verbe 'araḍa : exposer. La poésie serait ainsi exposée à l’analyse de cette science qui en détermine les composants et offre un label d’admissibilité. D’autres pensent qu’il s’agit d’une généralisation du terme technique désignant le dernier pied du premier hémistiche"ʿArūḍ." Encyclopédie de l’Islam. Brill Online, 2014. Reference. BULAC (Bibliothèque universitairedes langues et civilisations ). 01 April 2014 <http://referenceworks.brillonline.com.prext.num.bulac.fr/entries/encyclopedie-de-l-islam/arud-COM_0066>.
La métrique avant Al-Khalil
Les mètres identifiés et nommés par Al-Khalil étaient utilisés empiriquement par les poètes dès la Jâhiliyya. Les anciens poèmes arabes étaient déjà, cent ans avant l’Islam, écrits et récités selon les mètres que l’on connaît, et ils conservèrent ceux-ci dans les siècles suivants sans y presque rien changer.
La plus grande partie (85 à 90%) de la poésie arabe primitive était composée sur seulement quatre métriques : tawîl (la plus fréquente), kâmil, wâfir et basîtGolston & Riad, pp. 120-121. La qasida préislamique, le modèle la poésie arabe classique, comprend en général 50 à 100 vers monorimes. Chaque vers (bayt plur. abyāt) est formé de deux hémistiches bien distincts (miṣrāʿ plur. maṣārīʿ); le premier hémistiche est appelé al-ṣadr, et le second al-ʿajûz. La division en strophes n’existe pas dans la poésie arabe ancienne.
Au , on reconnut ces éléments les plus visibles du vers, et l’on se borna à leur donner un nom"ʿArūḍ." Encyclopédie de l’I slam. Brill Online, 2 01 4. Reference. BULAC (Bibliothèque univ ersitairedes langues et civ ilisations ). 01 April 2 01 4 < http://referenceworks.brillonline.com .prext.num .bulac.fr/entries/ency clopedie-de-l-islam /arud-COM_0066>.
La rime est également un élément important de la poésie arabe classiqueScott (2009), p. 7. Presque toute la poésie arabe est formée de couplets, et la même rime est reprise d'un bout à l'autre du poème dans la seconde partie de chaque couplet.
Prosodie
Structure syllabique
À la lecture et dans une élocution soignée, toutes les voyelles d'un mot sont prononcées, y compris toutes les voyelles courtes qui définissent les mots mais ne sont pas retranscrites dans le texte. En général, cela inclut également toutes les voyelles flexionnelles finales du mot. Cette prononciation est appelée ou .
En arabe, et en forme pleine, les syllabes peuvent être des types suivantsA Reference Grammar of Modern Standard Arabic, Karin C. Ryding, 2005. : CV : Syllabe courte, formée par une consonne et une voyelle courte ; CVC : Syllabe longue fermée, formée par une consonne, une voyelle courte et une autre consonne ; CVV : Syllabe longue ouverte, formée par une consonne et une voyelle longue. La syllabe longue ouverte peut s'analyser comme composée d'une voyelle courte et de sa lettre de prolongation, ce qui la ramène au cas général d'une syllabe fermée. Qu'elle soit ouverte ou fermée, une syllabe « longue » est effectivement allongée, c'est-à-dire que dans l'élocution, sa prononciation prendra à peu près deux fois plus de temps que pour une syllabe « courte » (sachant que ces temps d'élocution ne sont évidemment pas d'un rythme fixe et régulier).
La voyelle finale courte d'un mot peut ne pas être prononcée, c'est ce qu'on appelle la « forme pausale », waqfũ en arabe. Dans une lecture soignée, la pratique normale est de n'utiliser la forme pausale qu'en fin de phrase, ou en fin de segment dans le cas de phrases longues, c'est-à-dire à chaque fois qu'une pause permettant la respiration est possible. Dans la lecture d'une poésie, ce sera typiquement le cas en fin de vers.
Place de l'accent tonique
Pour un mot en forme pleine, l'accent tombe sur la deuxième (pénultième) ou troisième (antépénultième) syllabe à partir de la fin du mot : La syllabe finale n'est jamais accentuée ; La pénultième (avant-dernière) est accentuée si elle est longue ; Si la pénultième est courte, l'accent porte sur l'antépénultième (avant-avant dernière). L'accentuation peut suivre des règles différentes dans le parler informel, mais l'accentuation formelle est pratiquement universellement admissible et compréhensible.
Prosodie poétique
Il existe un certain nombre de conventions prosodiques spécifiques pour l'écriture et la lecture de la poésie arabe, les suivantes étant les plus importantesMcCarus (1983), p. 81-82. : Les terminaisons de cas -u (Nominatif), -a (Accusatif), -i (Génitif), connues sous le nom de ʾiʿrāb, qui en prose sont toujours omises dans la prononciation à la fin d'une proposition ou d'une phrase (forme pausale), sont généralement prononcées en poésie, même à la fin d'une phrase. À la fin d'un vers (et parfois à la fin du premier hémistiche), toute voyelle est considérée comme longue. La voyelle fatḥa (a) à la fin d'une ligne s'écrit avec un alif, comme s'il s'agissait d'une voyelle longue. Le -n des terminaisons indéfinies -un, -an, -in (nunation) est élidé à la fin d'une ligne, faisant -ū, -ā, -ī. (Ceci ne s'applique pas à la fin de la première demi-ligne, cependant.) Le suffixe -hu "(son, le sien)" se prononce fréquemment avec une voyelle longue : -hū ; le pronom anā "(moi, je)" peut aussi être lu ana. Un long ī peut parfois rimer avec un long ūWright (1896), A Grammar of the Arabic Language, vol. 2, p. 253.; par exemple, "le Nil" peut rimer avec "acceptable"Arberry (1965). La poésie arabe : une introduction pour les étudiants, p. 133.. Bien que les deux moitiés d'un bayt soient généralement séparées, il n'est pas rare de trouver des vers où il n'y a pas de coupure entre elles, et un mot continue à travers l'hémistiche.
Étude des rythmes
Le 'arûd de Al Khali
Le 'arûḍ est la science qui étudie les mesures métriques du vers, c’est-à-dire les séquences de syllabes brèves et longues adjointes à chaque vers. Le arudh, tel que l’a construit Al Khalil, se présente comme un modèle structuré en niveaux : Événements élémentaires ou phonologiques, les consonnes porteuses ou non de voyelles. Ces éléments peuvent se combiner en (sabab) et « piquets » (watid ou watad). Dans les descriptions occidentales, ces éléments sont généralement abrégés en "P" pour piquet, et "K" pour (k)cordons. Ces éléments forment à leur tour des pieds (rukn, pl. arkān). Enfin, les pieds s'organisent en hémistiche puis en vers. Le passage d’un niveau à un autre se fait par groupement ou concaténation des éléments.
Comme l'explique Maravillas Aguiar, « Les éléments fondamentaux du mètre arabe sont : le vers, l'hémistiche, le pied et le noyau bisyllabique ».
L'enchaînement des syllabes dans le pied est composé d'un noyau dissyllabique stable que l'on appelle watid en arabe. Le mot watid (pluriel awtâd) désigne également le piquet qui soutient la toile de la tente bédouine, noté "P". Ce noyau à deux syllabes est généralement formé d'une syllabe courte et une syllabe longue [v—] ; c'est le watid majmūʿ des poètes arabes, qui est le iambe de la métrique gréco-latine classique. Il peut plus rarement être formé d'une syllabe longue et une syllabe courte [—v], le watid mafrūk pour les poètes arabes, ou le trochée de la métrique gréco-romaine classique.
Le pied est composé de « cordons » adjacents à ce noyau central, noté "K". Un « cordon » peut être formé par une syllabe courte (v), une longue (—), ou deux courtes (vv) ; curieusement, le système de al-Khalil ne repose pas sur les syllabes en tant que tellesElwell-Sutton, (1976), p. 3.. Le pied est appelé en prosodie rukn, pl. arkān, c'est-à-dire un piquet étayé par un ou deux étaiLane, Arabic Dictionary..
L'hémistiche est composé de deux à quatre pieds. Le watid est répété régulièrement le long du vers, et est généralement immuable, tandis que l’asbāb (ou les cordes), qui sont les syllabes entre piquets, peuvent être variables. La dernière des syllabes de l'hémistiche est toujours considérée comme longue.
Ainsi, un hémistiche de type faʿūlun mafāʿīlun faʿūlun mafāʿilun, analysé comme | [v–] x | [v–] x – | [v–] x | [v–] v – | en termes de durée, s'analysera comme PK PKK PK PKK en termes de Piquets/KordonsMaling (1973), p. 29; Scott (2009), p. 10..
Enfin, poursuivant l’analogie de la tente du bédouin, chaque vers est décrit comme un bayt (بيت "tente") et est composé de deux hémistiches, désignés comme des miṣrāʿ (مصراع "pans de porte"). Le premier hémistiche est dénommé ṣadr (صَدْر, "vestibule"), et le second ʿajuz (عَجُز, "fond"). La dernière consonne du fond, et la voyelle qui la vocalise, sont qualifiées de rawiyy (رويّ), et forment une syllabe longue.
La rime phonétique du vers porte sur la vocalisation environnant les deux dernières consonnes : les voyelles éventuellement portées par ces consonnes, plus la voyelle éventuelle précédente.
Analyse rythmique
En poésie occidentale, un « accent » est généralement à la fois un accent de force (accent tonique), de durée (syllabe longue), et de hauteur (hauteur du son). Ces trois notions sont de ce fait confondues, une syllabe analysée comme « longue » étant, en réalité, également accentuée (force) et de tonalité plus haute.
Les prosodistes occidentaux, de leur côté, analysent généralement y compris les mètres arabes en termes de syllabes qui peuvent être longues (-) ou courtes (u). Elles peuvent également être anceps, c'est-à-dire indifféremment longues ou courtes. Certains mètres peuvent également avoir des positions « biceps », où une paire de syllabes brèves peut optionnellement être remplacée par une syllabe longue.