Alexandrie (en grec ancien : ; en copte : / Aleksandria ou / Rakotə ; en / ) est une ville d'Égypte. En 2023, elle comptait plus de . au recensement de 1986, au recensement de 2006, estimés en 2010.. Elle a été fondée par Alexandre le Grand en 331 avant notre ère. Dans l’Antiquité, elle a été la capitale du pays, un grand centre de commerce (port d’Égypte) et un des plus grands foyers culturels hellénistiques de la mer Méditerranée centré sur la fameuse bibliothèque qui fonda sa notoriété. C'est actuellement la deuxième ville la plus peuplée du pays après Le Caire.

La ville d’Alexandrie est située à l'ouest du delta du Nil, entre le lac Maréotis et l’île de Pharos. Cette dernière était rattachée à la création de la ville par l’Heptastade, sorte de digue servant aussi d’aqueduc, qui a permis non seulement l’extension de la ville mais aussi la création de deux ports maritimes.

Les ruines antiques ainsi que la nouvelle bibliothèque de la ville ont été proposées en 2003 pour une inscription au patrimoine mondial de l'Unesco et figurent sur la « liste indicative » de l'UNESCO dans la catégorie patrimoine culturel..

Histoire

Origine et période lagide

Fondée en 331 avant notre ère par Alexandre le Grand, la cité a été durant l'époque hellénistique la plus grande ville du monde grec. Certaines sources indiquent que la cité d'Iskanderiéh (Alexandrie) aurait seulement été reconstruite par Alexandre et qu'elle portait antérieurement le nom de Kayssoun.. D'autres assurent qu'Iskander (Alexandre) n'est pas le conquérant mais un autre Iskander, fils de Dara (Darius) et de la fille d'un philosophe grec.

vignette|Mosaïque du phare d'Alexandrie, basilique Saint-Marc, Venise (Italie). Surnommée le « comptoir du monde » par StrabonA. Bernand, Alexandrie la Grande, Paris, Hachette, 1998, ., elle formait un pôle commercial majeur, aboutissant à la formation d'une population cosmopolite de l'ordre d'un demi-million d'habitants, presque inégalée durant l'AntiquitéC. Grandjean, G. Hoffmann, L. Capdetrey, J.-Y. Carrez-Maratray, Le monde hellénistique, Paris, Armand Colin, 2008, .. De plus, la ville était la capitale du pouvoir lagide, ce qui lui donnait un rôle de premier plan dans la gestion administrative de l’Égypte et dans l'histoire de la dynastie ptolémaïque.

Domination romaine

En −47, les troupes de Jules César incendient la flotte d'Alexandrie ; le feu se propage aux entrepôts et selon différentes interprétations, celui-ci détruit une partie de la grande bibliothèque ou l'épargne. Octave Auguste met fin, après la bataille navale d'Actium en -30, non seulement aux guerres civiles romaines (liquidation de Marc Antoine), mais aussi à l'indépendance égyptienne (jusqu'au ). La province est gouvernée par un préfet. Après les premiers temps de l'annexion, la ville semble avoir regagné de la prospérité du fait de la domination directe par le pouvoir impérial car le blé d'Égypte est essentiel pour les distributions à la plèbe romaine. C'est un important port militaire. En 215, Caracalla visite la cité, et à la suite de satires, commande à ses troupes de tuer tous les hommes en âge de porter une arme. Cet ordre ne sera pas exécuté ; il aurait été matériellement difficile pour sa garde, certainement moins de , d'éliminer environ physiquement capables de se défendre.

En 215, l'empereur romain Caracalla, comme beaucoup d'autres, aurait visité le tombeau d'Alexandre, l'un des principaux monuments de la cité et aurait même essayé la cuirasse. Cependant en l'an 300, un auteur déclare que plus personne ne sait où est le tombeau d'Alexandre.

Lors de la crise du , la province d’Égypte, dont Alexandrie, est conquise par le Royaume de Palmyre en 269-270..

En ce même , l'ancienne écriture hiéroglyphique cesse d'être enseignée et comprise. L'usage de la momification disparaît également. De plus, entre 330 et 640, plusieurs séismes et tsunamis dévastateurs déciment la population, notamment le tsunami de 365Ammien Marcellin, Histoire romaine, livre , chap , .. Un de ces tsunamis pourrait, selon l’une des hypothèses invoquées, être responsable de la destruction du célèbre phare d'Alexandrie.

Avec la fondation de Constantinople, le blé d'Égypte est dirigé vers Constantinople, tandis que Rome s'approvisionne en Afrique du Nord.

À la dernière division de l'Empire romain en 395, la ville fait partie de l'Empire romain d'Orient. Alexandrie reste le centre administratif de la province.

Avec la christianisation de l'Égypte, Alexandrie devient un centre culturel et religieux important. Arius, prêtre d'Alexandrie et formulateur de l'Arianisme, et Athanase d'Alexandrie, proche du pouvoir de , s'opposent sur la nature du Christ. De plus en plus, au cours du , la ville se rapproche du reste de l'Égypte et peu à peu, décline en population et en splendeur. Dans toute la province les impôts sont écrasants et bien des contribuables abandonnent leurs biens et se font ermites dans le désert ou entrent dans des monastères pour échapper au percepteur.

À la fin du commencent les persécutions des païens. Temples et statues sont détruits dans tout l'Empire, les rites païens sont interdits et punissables de mort (mesure qui ne sera jamais appliquée), les écoles de philosophie païennes sont fermées. En 391, donne l'ordre de détruire les temples ou de les transformer en églises. Le patriarche Théophile d'Alexandrie s'attelle à cette tâche dans la ville. Hypatie, brillante mathématicienne et philosophe néoplatonicienne, est tuée en 415 par des chrétiens fanatiques. Ces événements marquent le déclin de l'école d'Alexandrie, dont les savants et une partie des savoirs sont progressivement recueillis par Constantinople, qui devient à son tour un foyer majeur des sciences et de la culture.

Les quartiers Brucheum et juifDavid Nirenberg : Antijudaïsme : Un pilier de la pensée occidentale, chap. 1, 2023, Éd. Labor et Fides, . sont détruits au , et leurs monuments centraux, le Sérapéum et le Mouseîon, tombent en ruine. La vie s'organise alors autour de l'emplacement du Sérapéum (rasé et remplacé par une église) et du Césaréum. Les quartiers du Pharos et de l'Heptastade regagnent de la population et restent intacts.

La conquête arabe

Alexandrie est conquise par les Perses en 616 par , roi de Perse. La ville est récupérée par l'empire vers 630. En 640, le général arabe 'Amr ibn al-'As entreprend un siège d'une quarantaine de mois. La cité n'obtient aucune aide de Constantinople : l'empereur Héraclius meurt et le nouvel empereur qui ne règne que quatre mois, laisse le pouvoir à son fils de onze ans. Le , Alexandrie, évacuée par les Romains, est livrée par le patriarche Cyrus aux troupes de ‘Amr. Il existe une tradition - très probablement erronée - selon laquelle les manuscrits contenus dans la bibliothèque de la ville auraient brulé à ce moment.. Malgré une vaine tentative de reconquête byzantine en 645, la ville reste désormais sous domination arabe. Les Grecs qui partent d’Égypte étant surtout des commerçants, le régime de la propriété du sol n’est pas modifié, et les Arabes reçoivent une solde surtout en nature. Ils assurent une garde par rotation à Alexandrie face à la mer et à Khirbeta face au désert. 'Amr écrit au Calife Omar ibn al-Khattâb qu'il a pris une cité contenant :

d'huile fraîche ;

qui paient tribut ; ou lieux de divertissement.

Destruction de la bibliothèque d'Alexandrie

La date précise de la destruction de la bibliothèque d'Alexandrie, fondée en -288, est sujette à débat. Elle est définitivement détruite au plus tard entre -48 et 642.

La période médiévale La période médiévale d'Alexandrie reste peu étudiée. La ville a été décrite par les auteurs contemporains arabes. Maïmonide y fait étape avant de se rendre au Caire et Saladin y fonde un waqf, une fondation de main morte, au : le document de fondation, l'un des plus anciens de son genre, est retrouvé il y a peu de temps dans des archives de la ville, qui se trouvent désormais au Caire. Alexandrie est investie par les forces de la cinquième croisade (1217–1221) et pillée lors de la croisade d'Alexandrie (1365).

vignette|Carte d'Alexandrie par Georg Braun (1617). Durant la période médiévale Alexandrie fut le port commercial le plus important d'Égypte et l'un des plus importants de la Méditerranée. Alors que Benjamin de Tudèle la décrivait comme « un marché de commerce pour toutes les nations »The Itinerary of Benjamin of Tudela, éd. et trad. Marcus Nathan Adler, Londres, 1907, ., Guillaume de Tyr disait que « tous les marchands qui viennent d'Alexandrie y trouvent à vendre les choses dont on fait usage dans leurs pays et y déchargent les produits qu'ils ont apportés »Guillaume de Tyr, Chronique, Livre XIX, éd. Paulin, Guillaume de Tyr et ses continuateurs, Paris, 1879, t. II, .. En effet, Alexandrie était le débouché de toutes les marchandises venant d'Arabie comme l'encens et d'Inde et d'Asie du Sud-Est comme les épices (poivre, clous de girofle, cannelle), les pierres précieuses, les perles, les bois exotiques comme le bois brésil. Mais elle était aussi le débouché aussi des marchandises venues d'Afrique comme l'ivoire ou les bois précieux. Ces marchandises arrivaient à Alexandrie après être passées par Aden pour entrer dans la mer Rouge, puis elles remontaient la mer Rouge pour être débarquées dans le port d'Aydhab. D'Aydhab une caravane emmenait les marchandises jusqu'au Nil, probablement au niveau de la ville de Qûs. De là les marchandises naviguaient jusqu'à Alexandrie. Ces marchandises se retrouvaient alors sur le marché d'Alexandrie aux côtés de la production égyptienne... La ville connaissait donc un trafic de marchandises de grande ampleur aussi bien ceux de passages que l'exportation de la production égyptienne..

Cette route était la moins chère et la plus rapide en comparaison aux routes terrestres qui arrivaient en Méditerranée en Syrie ou à Constantinople. Les marchands latins (vénitiens, génois, pisans, aragonais, provençaux) ont alors investi ce marché. En effet, les grandes villes commerciales avaient à Alexandrie dès le des funduq et des consuls à Alexandrie. Un funduq dans ce contexte est une zone, souvent fortifiée, au sein de la ville dédiée à la communauté d'une nation marchande sous l'autorité d'un consul. Ce funduq comprend le plus souvent une auberge, une chapelle, un notaire des entrepôts et parfois même des ateliers d'artisans et des moulins. Le consul était responsable de juger les conflits entre les marchands de sa nation mais aussi lorsqu'un sujet du sultan portait plainte contre un marchand de leur nation. Les modalités de cette installation se trouvaient souvent dans les traités passés entre les sultans et les consuls. Par exemple en 1290, Gênes a conclu un traité avec le sultan Qalawun qui prévoyait des tarifs préférentiels pour les Génois venus commercer à Alexandrie par l'intermédiaire d'un circuit commercial contrôlé par le sultan à la douane d'Alexandrie. Ce traité réaffirme aussi les droits des Génois, notamment celui de tenir un funduq.. Ce traité s'inscrit dans une politique des premiers sultans mamelouks qui encourageaient l'arrivée de marchands du monde chrétien à Alexandrie puisque ce commerce apportait de très grands revenus au sultan mais aussi car il permettait aux sultans de s'approvisionner en bois et en fer venus d'Europe. Plus tard, au , le commerce latin à Alexandrie sera également très important pour les sultans puisqu'il permettait de s'approvisionner en mamelouks (dans le sens premier du terme d'esclaves)Damien Coulon, Une phase décisive d’intenses tractations diplomatiques entre sultanat mamlûk et puissances occidentales (couronne d’Aragon, républiques de Gênes et de Venise), 1288-1293 / 687-692 H., Sophia Menache, Benjamin Z. Kedar et Michel Balard. Crusading and Trading between West and East. Studies in honour of David Jacoby, Routledge, , 2019, Crusades – Subsidia, 9781138308046. ffhal-03762146f Lire en ligne..