Le de France ( ou ) est une unité militaire créée par le gouvernement de Vichy en 1943 pour lutter contre la résistance intérieure mais qui finit par la rejoindre en grande partie l'année suivante.
Histoire Création
Après la dissolution de l'Armée d'armistice le et la découverte par les Allemands de dépôts d'armes camouflés dans l'ancienne zone libre., le général Eugène Bridoux, secrétaire d'État à la Guerre, éprouve les plus grandes difficultés à reconstituer quelques unités armées dépendant du gouvernement de Vichy. Pierre Laval obtient cependant d'Hitler à Berchtesgaden le de pouvoir créer une force militaire de petite taille.
La loi est promulguée le Journal Officiel et le général Bridoux forme le le Premier régiment de France, composé de trois bataillons et dont l'effectif maximum est fixé à , sous le commandement du général Antoine Berlon (°Toulon, 1890), considéré par certains comme pro-allemandVoir Philippe Naud, § 67 : Le général Delmotte, secrétaire général à la Défense terrestre, aurait reçu plusieurs rapports sur l'attitude pro-allemande de Berlon lors de sa captivité en Allemagne, ; v. Archives départementales du Cher, liasse 939 W 158, dossier militaire sur l'activité du Premier régiment de France. Le lieutenant-colonel Berlon avait été le chef d'état-major du général Alphonse Juin, commandant la d'infanterie motorisée en mai 1940. Il avait été fait prisonnier en même temps que le général à l'issue des combats de la poche de Lille et emprisonné en Allemagne. Après sa libération, le régime de Vichy l'avait promu général et commandeur de la Légion d'honneur. V. aussi la synthèse des rapports mensuels des préfets de juin 1943, note , en ligne. : (infanterie), stationné au Blanc, commandé par le chef de bataillon de Digoine du Palais ; (infanterie), à Saint-Amand-Montrond, commandé par le chef de bataillon Ardisson ; (mixte), à Dun-sur-Auron, commandé par le lieutenant-colonel Aublet"Paul Boisset, mort pour la France", section Histoire locale et généalogie de l'Association Arts et Loisirs, Saint-Laurent-Nouan, novembre 2010. Le colonel Aublet a été déféré devant la Cour de justice de Bourges en même temps que le général Berlon (v. Alain Guérin, ouvrage cité ci-dessous) et condamné à Bordeaux à dix ans de travaux forcés (v. Liberté, 29 janvier 1947)..
Le choix de ces garnisons, fait par les Allemands, montre bien la volonté de ces derniers de disperser le régiment. L'état-major est au Blanc, à 120 km des deux autres garnisons, alors que les liaisons radio du régiment n'ont qu'une portée de 15 km..
Le régiment se distingue des précédentes unités françaises par son caractère interarmes, le troisième bataillon mêlant un escadron à cheval, un escadron cycliste, un escadron de mortiers et un escadron spécial de services.
Recrutement Les militaires du rang sont à 50% des étudiants se destinant à une carrière militaire, ce qui fait surnommer l'unité par la presse d'époque. Les officiers sont également des volontaires de l'ancienne armée d'armistice tandis que les sous-officiers sont généralement des militaires du rang formés au sein du peloton d'élèves gradés du régiment.
Le régiment, rattaché à Pierre Laval, est composé d’un personnel attaché aux valeurs militaires mais qui sera qualifié de « profondément pétainiste »Cf. colonel Chomel, chef de la brigade de résistance Charles Martel.. Il accueille dans ses rangs une centaine de miliciens volontaires. Cependant, les personnels, hors les miliciens, sont dans l’ensemble profondément anti-allemands"Le Régiment de France en Haute-Marne", Mémoires 52, 27 novembre 2011.
Équipement et armement L'uniforme est celui du modèle 1941 dont la livraison avait commencé en 1942 dans l'Armée d'armistice, à l'exception du casque qui reste le casque Adrian modèle 1926.
Bien que les Allemands aient initialement prévu d'équiper le régiment d'armes allemandes, il reçoit finalement des armes françaises, livrées à partir de : fusils MAS 36, pistolets-mitrailleurs MAS 38, fusils-mitrailleurs MAC 24/29, mitrailleuses Hotchkiss modèle 1914 et huit mortiers Brandt modèle 27/31 de (ces derniers sont retirés en quand le colonel Berlon refuse d'envoyer le régiment participer à la lutte contre la résistance en Haute-Savoie). À partir de , le régiment reçoit également des armes capturées à la Résistance.
Le régiment est très légèrement motorisé, avec trente-quatre side-cars et motos Gnome et Rhône AX2 et une soixantaine de véhicules automobiles : voitures de tourisme, camionnettes (Peugeot DMA, Renault AHS et Citroën 23) et camions (Renault AHN et Berliet). Le régiment dispose cependant de et de plusieurs centaines centaines de chevaux de selle et de trait (six cents en pour un total théorique de 895), ainsi que d'environ hippomobiles.
Opérations contre la Résistance Le régiment est chargé de monter des opérations contre la Résistance. De multiples accrochages ont lieu. Ainsi, à Vaussujean, sur la commune de Saint-Sébastien (Creuse), le , un détachement de 30 hommes du RF commandé par le lieutenant Bonioli monte une embuscade contre des Résistants après un parachutage et en abat sept. Il arrête ensuite trois Résistants du voisinage qu'il livre à la Milice et qui seront torturés et abattusVoir le rapport officiel du RF et l'analyse des circonstances du massacre dans l'article de J.-L. Laubry en référence. Le lieutenant Bonioli a été abattu le 27 septembre 1944 au Blanc par Marcel Paniez, son adjudant lors du massacre.. Le , le RF, de concert avec les Allemands, tire sur des maquisards à Ussel. Quarante-sept FTP sont tués.
À partir de , le régiment reçoit des missions de protection des voies ferroviaires et des réseaux de transport d'électricité. Le est ainsi chargé de la protection du barrage d'Éguzon et des lignes à haute tension qu'il alimente. Il surveille aussi la voie ferrée entre Argenton-sur-Creuse et Limoges. Trois compagnies du (détachement Meyer)Premier Régiment de France : (1943-1944) : itinéraire du (Détachement Meyer) d'avril à octobre 1944 : récit, Bernard Famin, 214 p., 1995 protègent les lignes reliant le barrage de Kembs à Paris, entre Belfort et TroyesClub Mémoire 52, Association de recherches historiques consacrées au département de la Haute-Marne, 2004 .
Les ralliements à la Résistance Dès le débarquement connu, une cinquantaine de sous-officiers et hommes désertent pour rejoindre la RésistanceTémoignage du lieutenant-colonel Mirguet (Surcouf), chef de la Résistance de l'Indre, Jean-Claude Fillaud, , dont le la totalité de la musique du régiment qui passe au maquis Lebon et dont le chef, le lieutenant Louis Huygue (Matraque), deviendra un des adjoints de Guy Leboncf. Jean-Claude Fillaud, .. C'est ainsi que le , le soldat Henri Rognon et dix de ses camarades, lors du massacre d'Argenton-sur-Creuse, assistant à l'arrivée inattendue d'une colonne de la SS Das Reich, tirent spontanément sur elle. Il s'ensuit un combat qui nécessite l'utilisation d'un canon pour réduire les Résistants. Henri Rognon est tué et cinq soldats faits prisonniers sont exécutés le lendemain à Limoges. Le même jour la garnison allemande d'Ussel accepte de déposer les armes sous la protection d'une compagnie du régiment de France. Cette libération échoue après qu'une compagnie de FTP ait pénétré dans le cantonnement pour s'emparer des armesLemouzi (avril 2007); Anne Laure d'Ussel : L'organisation de résistance de l'armée dans la région 5 (ORA) pages 7 à 109.
Le au soir, la compagnie du stationnée à Saint-Amand se heurte à une unité allemande venant de Bourges et lui cause un ou deux tués.
En Champagne, les hommes du entrent rapidement en contact avec la Résistance, d'autant plus facilement qu'ils sont isolés et autonomes. En , 17 soldats cantonnés à Humes rejoignent la Résistance, apportant leur armement, et deviennent le noyau du maquis du Fresnoy. D'autres éléments de l'Aube rejoignent les maquisards du départementRobert Bruce, 1944, Le temps des Massacres.
En , le général Berlon souhaite avoir un contact avec la Résistance militaire. Le colonel Chomel, commandant la brigade Charles Martel, qui dépend de l'Organisation de résistance de l'armée (ORA), en est informé, fait approcher le général et entre en pourparlers avec lui. Le général est arrêté le à Cluis, près d'ÉguzonLe Premier régiment de France avait la garde du barrage d'Éguzon., par des éléments FFI du groupe Indre-Est. L'embuscade de Cluis est montée, sur renseignement de deux des officiers du RF, par le capitaine Gouillard et le lieutenant Leroy, officiers tués au feu le mois suivant dans les combats contre les troupes allemandes de la colonne ElsterV. Alain Guérin, Chronique de la Résistance, récit de Robert Vollet, ., non contrôlés par le colonel Chomel mais ce dernier peut poursuivre avec l'adjoint du général ces contacts qui aboutissent le au ralliement à la Résistance de l'ensemble du régiment. Les trois bataillons ont perdu depuis le beaucoup d'hommes déjà passés à la Résistance, mais leur personnel, encore nombreux, est formé, équipé et encadré par des officiers de carrière. Ces effectifs sont fondus dans les maquis militaires du Berry. La brigade Charles Martel reçoit le ainsi qu'un escadron cycliste, un escadron à cheval et un peloton de motards du Général Raymond Chomel, "Avec la brigade Charles Martel dans les maquis du Berry", in Les années 40, , Taillandier-Hachette, Paris. Les éléments du stationnés dans le Cher rejoignent le maquis du colonel Bertrand et sont répartis dans la de la brigade Bertrand.
Le ralliement du double les effectifs de la brigade Charles Martel, avec des éléments de grande valeurCf. général Chomel, op. cit.. Les nouveaux effectifs sont affectés au de chasseurs portés et à la , et permettent de créer le une quatrième unité, le de cuirassiers, sous les ordres du commandant Calvel qui vient lui aussi du régiment de France. Le se bat victorieusement quelques jours plus tard contre la Wehrmacht au combat d'Écueillé. Deux cent cinquante hommes de son , capitaine Colomb, s'y illustrent dans un combat improvisé où ils réduisent entièrement en deux heures un convoi allemand d'artillerie antichar.
Le de France est officiellement dissous le .
Après son arrestationRécit dans La Résistance, chronique illustrée, Alain Guérin, 6 volumes, 321, Livre du Club Diderot, Paris, 1985-1990, le général Berlon est transféré à Limoges le . D'abord jugé à Bourges en La Nouvelle République, 23 janvier 1947, , il l'est de nouveau à Bordeaux en décembreLe Populaire du Centre, 17 décembre 1947 et condamné à cinq ans d'indignité nationale, rayé des cadres de la Légion d'honneur, rétrogradé au grade de lieutenant-colonel et privé de pension. Il sera gracié par le président Vincent Auriol puis placé dans le cadre de réserveJean-Claude Fillaud, .
Personnalités ayant servi au de France Gérard de Cathelineau (1921-1957), Saint-Cyr (promotion Croix de Provence), tué au feu en Algérie Henri Rognon (1925-1944), tué au feu lors du massacre d'Argenton-sur-Creuse.
Notes et références
Bibliographie
Jacques Blanchard, L'Armée secrète dans la Résistance en région 5, 1992, Arnaud Rouquayrol (capitaine), Le Régiment de France, création, recrutement, équipement ( - ), mémoire de maîtrise, Université d'Orléans, 1992 Bernard Famin, Premier régiment de France, 1943-1944, itinéraire du (Détachement Meyer) d'avril à , 214 p., B. Famin, 1995 Philippe Naud, Le Premier Régiment de France, 1943-1944, mémoire de DEA, histoire, Université de Paris 1 - Sorbonne, 155 p., 1997.
Léandre Boizeau, "Le Régiment de France à Saint-Amand-Montrond et Le Blanc", La Bouinotte, , , 2003
Jean-Louis Laubry, "Retour sur un épisode de la guerre franco-française : la tragédie de Vaussujean ()", in ARSVHRC, Bulletin , Patrick Grosjean, "Le Premier régiment de France au Blanc", in La Seconde Guerre mondiale en pays blancois, , numéro spécial d'Au fil du temps, Revue des amis du Blanc et de sa région, 321 p., 2009, Le Blanc