Le royaume d'Aksoum, aussi écrit Axoum ou Aksum, et aussi appelé Empire aksoumite (en guèze : , ) est un ancien État de la Corne de l'Afrique situé en Érythrée et dans la région du Tigré, au nord de l'Éthiopie. Il s'est développé autour de la ville d'Aksoum à partir du , pour atteindre son apogée du .

Situé au carrefour des routes commerciales entre l'Inde et la mer Méditerranée, le royaume d'Aksoum est devenu un acteur majeur du commerce entre l'Empire romain et l'Inde ancienne. À son apogée, le royaume d'Aksoum s'étendait sur la plus grande part de l'Érythrée actuelle, le nord de l'Éthiopie, Djibouti, la Somalie, une partie du Soudan, de l'Égypte et de l'Arabie du Sud et était décrit par le prophète persan Mani (mort en 274 après J.-C.) comme l'une des quatre grandes puissances de son époque, aux côtés de la Perse, de Rome et de la Chine.

En l'an 330, sous Ezana d'Aksum (320-360), le royaume adopte le christianisme comme religion d'État et appose le symbole de la croix chrétienne sur ses pièces de monnaies. La population est majoritairement convertie au .

Au , les premiers musulmans de La Mecque fuyant la persécution des Quraychites y trouvent refuge ; l'exil des disciples de Mahomet, comme Jaafar ibn Abi Talib, est connu dans la tradition islamique comme la première Hégire (de l'arabe : hidjra, migration). La période qui suit est méconnue, par manque de source, et considérée comme le déclin du royaume jusqu'à sa chute au .

Histoire Origines Aksoum fut longtemps considéré comme ayant été fondé par des Sabéens de langue sémitique qui auraient traversé la mer Rouge en venant d'Arabie du Sud (l'actuel Yémen)Cette théorie reposait notamment sur les travaux de Conti-Rossini, mais la plupart des chercheurs s'accordent maintenant pour dire que ce fut un développement autochtoneRichard Pankhurst, "Regardons de l'autre côté de la mer Rouge", Addis Tribune, .. En effet, l'ancien royaume D'mt (ou Da'amot) existait déjà avant toute migration sabéenne aux Stuart Munro-Hay, Aksum: An African Civilization of Late Antiquity, Édinbourg, Presse Universitaire, 1991, . et le guèze, ancienne langue sémitique d'Érythrée et d'Éthiopie, est maintenant connu pour être différent de la langue de Saba : il y a des traces de présence de langues sémitiques en Éthiopie et en Érythrée dès av. J.-C.(ou ère commune). L'influence du royaume de Saba semble aujourd'hui avoir été mineure, limitée à quelques localités, et disparaissant après quelques décennies ou un siècle. Pour rajouter à la confusion, dans l'Antiquité, il existait en Éthiopie une ville dénommée Saba qui ne semble toutefois pas avoir été une possession du royaume de Saba.

Émergence d'un royaume commercial Les fouilles archéologiques menées sur la colline où se trouve l'actuelle église de Bete Giyorgis ont permis de confirmer que le district d'Aksoum est au moins occupé depuis le La première mention de la ville par des auteurs gréco-romains remonte au .

Dans Le Périple de la mer Érythrée, Aksoum est mentionné au comme un important marché pour l'ivoire qui était exporté dans tout le monde antique. Il est précisé qu'à cette période le roi d'Aksoum était Zoskales qui contrôlait deux ports sur la mer Rouge : Adulis (près de Massaoua en Érythrée) et Avalites (Zeilah dans l'actuel Somaliland)le Périple de la Mer Érythrée, chapitres 4 et 5. upright=2|vignette|Sites identifiés dans le Périple de la mer Érythrée indiquant les principales voies de navigations commerciales et la position du royaume d'Aksoum. Le royaume d'Aksoum bénéficie d'une évolution majeure du système de commerce maritime reliant l'Empire romain et l'Inde, qui s'est produite au début de l'Ère commune. En effet, des expéditions romaines sont menées le long de la mer Rouge en quête d'éléphants, ce qui a renforcé les échanges commerciaux avec les populations de la Corne de l'Afrique. L'ancien système commercial reposait sur des voiliers naviguant le long des côtes en cabotant entre de nombreux ports. La mer Rouge n'était que d'importance secondaire par rapport au golfe Persique et aux routes terrestres vers le Levant (Proche-Orient). À partir de 100 av. J.-C., une route maritime plus directe entre l'Égypte et le Kerala a été établie, passant par la mer Rouge et utilisant les vents de la mousson pour traverser la mer d'Arabie directement vers le Sud de l'Inde. En l'an 100 , le volume du trafic commercial sur cette nouvelle route avait éclipsé les anciennes routes, au point que l’Égypte romaine disposait d'une colonie au large de la corne de l'Afrique : l'île de Dioscoride (actuelle Socotra). La demande des Romains d'Orient pour les marchandises venant de l’Inde (soieries, épices, pierres précieuses, ivoire, métaux précieux) a augmenté de façon spectaculaire, entraînant un accroissement du nombre de grands navires traversant la mer Rouge de l’Égypte romaine vers la mer d’Arabie (alors appelée mer Érythrée) et l’Inde.

Contrairement au royaume de Koush dont le commerce dépend essentiellement de la navigation sur le Nil, le royaume d'Aksum possède plusieurs ports sur la côte de la mer Rouge. Plusieurs objets archéologiques tels que des poteries et pièces sont identifiées sur une large bande de 300 km jusqu'à Al-Qusair. Son commerce ne repose pas uniquement sur l'exportation. Déjà au , l'importation de fer s'effectue au sein du port d'Adulis en provenance de régions de l'Inde. Adulis devient rapidement le principal port et exporte vers l'Empire Romain des marchandises telles que l’ivoire, l’encens, l’or et les animaux exotiques.

Relations avec le royaume de Koush

Ce renforcement du commerce international permet au royaume d'Aksoum de se développer en complète indépendance du royaume de Koush. Le commerce et les relations entre ces deux pays ne restent minimes. Le renforcement de cette nouvelle voie commerciale accélère les divergences pré-existantes entre les deux États. Une inscription datant de la fin du fait état de tensions et d'opérations de démonstration de force à la frontière des deux royaumes se concluant par un tribut diplomatique adressé par le royaume d'Aksoum aux koushites.

Cependant, aucune structure défensive n'est mise en place aux frontières des deux pays, laissant supposer que des relations cordiales et commerciales sont maintenues. Dans un passage du Périple de la mer Érythrée, il est décrit explicitement que l'ivoire est recueilli sur le territoire koushite, à Kyeneion, pour être exporté depuis Adulis. Toutefois, les données archéologiques actuelles tendent à suggérer que s'il existait un circuit d'approvisionnement d'ivoire via le Nil depuis Sinnar, une ville koush, le commerce d'ivoire depuis les territoires d'Aksoum ne semblent pas y être directement lié.

En effet, cette potentielle erreur d'interprétation géographique due aux connaissances lacunaires des auteurs gréco-romain a jusqu'ici favorisé l'hypothèse d'une conquête nilote, par le royaume d'Aksoum, des territoires du royaume de Koush dès le Pourtant, aucune conquête n'est mentionnée dans les sources ultérieures pour confirmer cela. Il est suggéré que la ville de Kyeneion serait l'actuelle ville de Welkite ou Qohayn (Érythrée).

Expansions militaires

Contrôle de la mer Rouge thumb|Aksoum et l'Arabie du Sud à la fin du règne de GDRT au .Les deux stèles du décrivent en grec les différentes étapes des conquêtes, mais leur datation est initialement rendue complexe par l'absence de mention de roi ainsi que plusieurs confusions produites ultérieurement par Cosmas Indicopleustès au . La datation de ces campagnes militaires s'effectuent toutefois avec certitude avant le règne d'Ezana.

L'implication politique du royaume d'Aksoum dans le sud de l'Arabie se déroule entre 200 et 270. Le royaume forme alternativement des alliances et entre en conflit avec les royaumes qui s'y trouve, parvenant progressivement à installer des garnisons et occuper la région de Tihama. Le conflit contre le royaume Himyar s'étend donc sur une période de 70 ans et se clôture par la capture de la capitale, Zafar. Dans les années 320, de nouvelles campagnes militaires mettent un terme aux poches de résistance en Hadramaout et confirment la suprématie politique aksoumite sur le territoire.

Parallèlement à ces campagnes en Arabie du Sud, le royaume d'Aksoum s'étend également dans le Nord-Est de l'Afrique. Les principales opérations militaires se déroulent dans les hauts plateaux abyssins avec une extension du territoire vers le sud. La prise de contrôle de ces territoires a probablement un impact sur l'économie et la stabilité du royaume de Koush voisin. D'autres conquêtes, vers le nord du territoire, soumettent des populations Blemmyes. vignette|Stèles aksoumites. Henry Salt (1827)La stèle mentionne que le royaume borde alors les frontières de l'Egypte, cependant une erreur d'interprétation supposait que ce soit dû à une conquête d'une partie de la Nubie au . Les recherches récentes permettent d'infirmer cela et confirment que le royaume Koush est encore fermement implanté et opère des actions militaires qui repoussent les frontières de l'Empire Romain durant cette période. L'hypothèse retenue au est que la soumission des populations Blemmyes est totale, ce qui amène effectivement la zone d'influence aksoumite à la frontière de l'Empire Romain par la côte de la mer rouge, et non par la Nubie.

À la fin du , le royaume frappe sa propre monnaie et il est mentionné par le prophète Mani comme l’une des quatre grandes puissances de son temps, avec la Perse, l’Empire romain et la Chine. C'est également durant le que des travaux d'infrastructures routières sont entreprises afin d'améliorer les connexions entre les différentes villes et faciliter le commerce terrestre intérieur. Mais le réseau routier s'étend également au-delà du territoire sous juridiction directe d'Aksoum et rejoint différents états tributaires afin d'assurer la collecte des tributs et l'approvisionnement en troupes. Outre la flotte commerciale, une voie caravanière à destination de l’Égypte fut tracée à terre, à l’écart du corridor du Nil. Le royaume d’Aksoum est ainsi parvenu à devenir le principal fournisseur de produits africains pour l’Empire romainL'effet du système commercial dans l’océan Indien sur l’ascension d’Aksoum est décrite dans La formation des États dans l’ancienne Afrique du nord et le commerce dans l'océan Indien de Stanley M. Burstein..

Conquête de la Nubie vignette|Stèle d'Ezana rédigée en grec, guèze et sabéen rapportant ses victoires. Les nombreux récits relatifs à la conquête de la Nubie varient au fil du temps et souffrent de défauts communs à l'historiographie de l'Afrique, mettant en exergue une personnalité héroïque qui serait à l'initiative de l'ensemble des grands changements que traverse le royaume d'Aksoum au , le roi Ezana. Toutefois, les recherches récentes donnent de nouvelles indications au récit. La première mention d'une domination politique sur le royaume de Koush est inscrite dans la stèle du dont le commanditaire serait Ella-Amida selon .

La stèle mentionne le royaume de Koush parmi d'autres titres vassaux et le recroisement à d'autres sources mènent à deux hypothèses sur la nature du conflit. La première est celle d'une conquête armée visant à assujettir le royaume Koush. La seconde, portée par , pointent des sources grècques relatives au roi de Koush se révoltant. L'hypothèse serait celle d'une intervention de répression au sein d'un territoire qui serait déjà vassal ou tributaire du royaume d'Aksoum.