Mathilde ou parfois Mathide-Henriette Delattre, née le au Caire et morte le à Levallois-Perret, est une peintre française. Remarquée à l’aquarelle de paysages et de fleurs, son œuvre se distingue par une atmosphère poétique. Elle expose au Salon dès 1889, où elle est médaille d'or en 1930. Elle forme de nombreuses élèves et, célibataire et dépourvue de fortune personnelle, sociétaire active de l'Union des femmes peintres et sculpteurs, représente un exemple d’émancipation féminine dans la société d'alors.
Biographie Origines et formation gauche|vignette|Ismaïl Pacha, père biologique présumé de Mathilde Delattre., sur un timbre commémoratif de l'inauguration du Canal de Suez. Petite-fille d'Alexandre Casajeus dit Crillon, photographe à Paris, Mathilde Henriette Casajeus naît au Caire en 1871. Sa mère Clémentine Alexandrine Casajeus (1844-1931) y séjourne en effet à partir de 1868 auprès du Khédive Ismaïl Pacha, à l'occasion des fêtes d'inauguration du Canal de Suez ; de retour en France, lingère, elle épouse en 1874 à ParisActe de mariage (vue 6/31). Archives en ligne de la Ville de Paris, état civil du arrondissement, registre des mariages de 1874. son cousin germain Paul Louis Delattre, employé de commerce, originaire de Crespin, qui légitime la fillette de trois ans, officiellement née de père inconnu. La famille habite 3 rue Pergolèse dans le arrondissement ; son frère Georges naît en 1875 ; son père adoptif y décède en 1886État civil de la Ville de Paris..
, et après une année d'étude auprès de l'aquarelliste Madame Leroux, Mathilde Delattre est admise au Salon de 1889.. Les deux années suivantes elle accroche aux salons de la nouvelle Société Nationale des Beaux-ArtsViolette Lame-Despres, Delattre ( Mathilde) dans Les femmes d'aujourd'hui, 1912, ., où ses envois sont remarquésLerat, La Revue des beaux-arts du 12 juillet 1890 sur Gallica.. L'école des Beaux-Arts étant toujours interdite aux femmes, elle diversifie sa formation auprès du peintre académique Henry-Eugène Delacroix, originaire de Valenciennes, qui ouvre en 1891 un atelier dans le arrondissement de Paris, et qui enseigne conjointement avec son épouse Pauline Delacroix-Garnier.. Elle est élève dans le même temps du peintre orientaliste Gaston Casimir Saint-Pierre, portraitiste réputé. Elle fréquente également en 1897 les cours de modelage et d'aquarelle de la Société pour l'instruction élémentaire, y est nommée adjointe au cours d'aquarelle la même année, puis professeur de dessin en 1898 et 1899, sous la direction de Gaston Gérard (1849-1929)Journal d'Education Populaire du janvier 1898 sur Gallica..
Les « grandes floraisons », la reconnaissance et les élèves gauche|vignette|Mathilde Delattre dans son atelier parisien, vers 1903. Mathilde Delattre loue en 1895 avec sa mère un logement-atelier 17 rue Duperré dans le arrondissement, et expose dès lors très régulièrement dans les salons de province, au Salon des artistes françaisArchives de la Société des artistes français., à la Société des amis des arts de Seine-et-Oise, au Salon de l'Union des femmes peintres et sculpteurs, à la Société nationale d'horticulture de France Elle est nommée Officier d'Académie le Ministère de l'Instruction publique et des Beaux-Arts. Officiers d'Académie. Journal Officiel, 12 mai 1899, , à .. Elle fréquente en 1900 l'atelier du maître Ferdinand Humbert, responsable du premier cours pour femmes aux Beaux-Arts.
Elle présente natures mortes, paysages et portraits, et s'adonne également à la gravure et à la céramique. En 1901 à l'Union, ses toiles sont remarquées : L'Étendard du 2 mars 1901 sur Gallica.. Mais c'est surtout à l'aquarelle, où elle se signale dans les grands formats, qu'elle est reconnue. Son aquarelle Pour la procession lui vaut une mention honorable au Salon de 1902Le Progrès artistique du 26 juin 1902 sur Gallica.(.). Elle obtient le premier prix de l'Union des femmes peintres et sculpteurs en 1903 pour son aquarelle Dans un coin du parc, où la critique relève Robert Vallier, Le Salon, dans La République française du 11 mai 1903.. Elle obtient une troisième médaille en 1905 au Salon, pour son aquarelle Chez la fleuriste, et est nommée Officier de l'Instruction publique la même année.. En 1911, sa grande toile Veille de fête au cloître est remarquée par Guillaume ApollinaireGuillaume Apollinaire, Le vernissage de l'Union des Femmes Peintres et Sculpteurs, L'Intransigeant, 11 février 1912, , à .. vignette|Veille de fête au cloître, huile sur toile , 1911, carte Selecta. L'artiste a représenté le cloître de l'abbaye d'Hautrage en Belgique. Elle est associée à partir de 1900 à l'expérience des « XII », regroupement de femmes artistes françaises et étrangères qui exposent conjointement plusieurs années de suite au théâtre de la Bodinière, initiative audacieuse pour l'époque.. Elle est la plus jeune de ce collectif où elle va côtoyer, outre des artistes réputées de l'Union des femmes peintres et sculpteurs, Julia Beck et Maria SlavonaL'Aurore du 12 avril 1900 sur Gallica.Éric Ledru, Une expérience collective de femmes artistes-peintres à l’orée du : les « XII » à la Bodinière sur ateliermathildedelattre, mars 2025.. Elle reçoit de nombreuses élèves à son atelier et enseigne également au cours spécial d'aquarelle pour jeunes filles du de la Ville de Paris. Elle est Sociétaire des artistes français en 1902, et membre du comité en 1912. Elle est sociétaire à la Société Nationale d'Horticulture de France en 1902, et une première fois membre en 1910 du comité. de l'UFPS ; elle exposera à l'UFPS pendant plus de 40 ans, ce qui témoigne de son engagement féministe. Elle introduit ses élèves dans de nombreux salons et expositions ; ainsi au salon de 1914 de l'UFPS, on dénombre dix-huit de ses élèves parmi les exposantes.
Le parcours artistique après 1914 : vers le « plein air » gauche|vignette|Perros 10 octobre 1914, huile sur panneau.
Le « moment » breton Durant la Première guerre mondiale, l'activité des Salons chute drastiquement. Le village de Crespin où Mathilde Delattre cultivait des fleurs et peignait jusqu'alors étant en zone interdite, l'artiste retrouve alors souvent sa famille parisienne à Perros-Guirec, où elle réalise une série de petits , huiles sur panneaux saisies sur le vif, dans un style impressionniste tardif. Souvent l'heure de la « prise de vue » est consciencieusement notée, en vue du travail ultérieur sur toile (comme Marine : La pointe de Ploumanach au soleil, peinture, qu'elle expose à l'Union en 1916, et que la presse qualifie de .). Mais elle n'est pas attendue avec ce style dans les salons qu'elle fréquente, et après la guerre elle reprend majoritairement son travail à l'aquarelle.
La lumière des « Coins de jardin » vignette|Mathilde Delattre peignant dans son jardin du « Hanneton », son refuge de verdure au Grand Andely, 1937. Elle acquiert dans les années 1920 aux Andelys une petite maison dotée d'un grand parc et y entretient un jardin fleuri : Elle en fera le sujet de nombreux ou autres , thèmes sur lesquels elle multiplie alors les variations. Ses compositions Journal des Artistes du 3 août 1903 sur Gallica. vont jouer de plus en plus avec la lumièreL'information financière, économique et politique du 18 février 1928 sur Gallica.Denise Noël, Les femmes peintres dans la seconde moitié du , Open editions : .. Elle continue à produire également des aquarelles de fleurs en bouquets, qu'elle vend plus facilement.
L'exposition particulière de fleurs, et l'Or au Salon Le marché de l'art s'est déplacé des salons vers les galeries, et Mathilde Delattre présente en 1927, tardivement mais avec succès, une première exposition particulière à la galerie Georges Petit à Paris, tout en exprimant une certaine réticence envers les prix excessifs de certains . En 1925, elle est réélue au Comité de l'Union. En 1927, elle remporte au Salon une médaille d'argent, mais aussi le prix Pillini, créé l'année précédente . Femme célibataire, Mathilde Delattre vit en effet de son seul travail artistique. Sa correspondance redécouverte dans les années 2020 révèle sa constante énergie comme son indépendance. Elle obtient au Salon une médaille d'or en 1930 avec son tableau Fin de jour, de facture plus moderniste et où se joue une lumière douce. Elle jouit d'une certaine notoriété, María de las Mercedes de Borbón y Orleans prenant par exemple des cours à son atelier en 1936.
Elle est membre d'une société spiritualiste, pour les congrès annuels de laquelle son directeur lui demande des œuvres en prêt..
vignette|Invitation à l'exposition particulière Mathilde Delattre, Galerie George Petit, Paris, février 1927.|gauche
En 1937, elle est admise par le jury, à côté d'artistes plus célèbres invitées, à l'exposition Les femmes artistes d'Europe exposent au Jeu de Paume, initiative de sociétés professionnelles de femmes artistes. En 1938, elle est élue membre du comité de la Société amicale des peintres et sculpteurs françaisBulletin de la Société amicale des peintres et sculpteurs français du 15 novembre 1938 sur Gallica., et est également secrétaire-archiviste de la Société des aquarellistes.
Les difficultés des dernières années Le décès en 1931 de sa mère, qui régentait l'activité de l'atelier, diminue sa production et inaugure une période de difficultés financières, aggravée par des accidents et des problèmes de santé qui l'immobilisent fréquemment. Son frère, qui habitait avec elle rue Duperré depuis 1925, décède en 1938. En 1942, elle doit se résigner, ne pouvant plus en honorer le loyer, à quitter son atelier de la rue Duperré () et loue une mansarde rue de Douai à Paris. Elle enseigne jusqu'en 1942 à la mairie du arrondissement, et expose une dernière fois en 1943 au Salon des artistes français, Contre-jour. Sa santé la contraint en 1949 à quitter son refuge de verdure du Grand Andely, et elle finit ses jours à la résidence pour dames de la fondation Greffulhe à Levallois-Perret, où elle meurt en 1950Dominique Salva, Dans la lignée de Mathilde Delattre, du Caire à la Trinité, publication en ligne, 2022.. Sans fortune personnelle, elle aura cependant vécu de sa profession d'artiste pendant plus de cinquante ans, exemple d'émancipation féminine dans la société d'alors.
L'œuvre vignette|Boules de neige en bouquet et jetée de roses, aquarelle, vers 1910. L'artiste utilise dans ses aquarelles une palette dominante de blancs nacrés et de tons pastel. Les ombres et les feuilles sont traitées en tons atténués de violet et de brun, donnant une atmosphère feutrée et délicate. La lumière est diffuse, presque poudrée. Le lavis, le jeu des réserves et le fondu propres à l’aquarelle participent à cette impression de rêve et de légèreté. Le thème de la vanité florale discrète, méditation visuelle sur l’éphémère, abondance de floraison et imminence de la fanaison, est fréquent dans l'œuvre de Mathilde Delattre. L'artiste, « reléguée », dans sa reconnaissance, à l’aquarelle, évolue dans ce médium de l’intime, de la sensibilité ; elle y travaille un héritage des natures mortes flamandes du et du romantisme floral du , en y intégrant une touche impressionniste par l’usage de tons clairs et atmosphériques, dans une invitation à la contemplation.
Elle témoigne de son attachement au groupe de Marlotte, artistes du siècle précédent qui souhaitaient peindre sur le motif, en exposant en 1907 sa toile Le chemin des chardons. Souvenir de Marlotte..