Joseph Canteloube de Malaret, né le à Annonay (Ardèche) et mort à Grigny (Seine-et-Oise) le , est un pianiste, compositeur et musicologue français.
Biographie gauche|vignette|Le château de Malaret en 1899 – photo J. Canteloube Marie Joseph Canteloube, né le 21 , est le fils de Marie François Julien Oscar Charles, dit Jules Canteloube, directeur de la Société Générale d'Annonay, et de Marie Joséphine Alexandrine Garidel, excellente pianiste. « Originaire de Haute-Auvergne, ma famille paternelle avait acheté, vers 1780, la seigneurie de Malaret, en Quercy, et s'y était fixée. C'est donc là, près de Bagnac (Lot) que je passais mon enfance », écrit-il en 1930. Il reste viscéralement attaché à cette propriété et la nature qui l'entoure, sur le chemin de la jolie ville de Maurs, aux confins du Cantal et de l'Aveyron, nourrit son inspiration. Enfant, il y passe toutes ses vacances.
Il est initié au piano dès l'âge de quatre ans et demi, et sa mère lui trouve à un maître en la personne de Amélie Daetzer (1810-1892), professeur de musique à Annonay, une ancienne élève de Frédéric Chopin. Il apprend le piano sur un cahier d'exercices rédigé de la main même de Chopin [dixit Canteloube].
En 1891, son père l'envoi au collège Saint-Thomas-d'Aquin à Oullins près de Lyon (Rhône), où il effectue toutes ses études secondaires. Son père meurt prématurément en 1896. Après l'obtention de son baccalauréat l'année suivante, il va vivre à Malaret avec sa mère. En 1899, il entre à la Société Générale de Bordeaux. Il y reste six mois avant que la maladie et la solitude de sa mère ne le rappelle à Malaret. Elle décède le 16 mai 1901Archives du Lot, 1901, décès, Bagnac-sur-Célé, n° 22, cote 4 E 607. et le 30 septembre de cette même année 1901, à la mairie de Bagnac-sur-CéléArchives du Lot, 1901, mariages, Bagnac-sur-Célé, n° 10, cote 4 E 607., Joseph Canteloube épouse Charlotte Marthe Calaret (1880-1953). Le mariage est célébré religieusement dans la chapelle même de Malaret. Deux fils jumeaux, Pierre et Guy, naissent de cette union en 1903.
En 1902, il travaille, d'abord par correspondance, l'écriture musicale avec Vincent d'Indy qu'il rencontre en 1903 à Paris. Il s'y installe en 1906 et entre à la Schola Cantorum en 1907Thèse de Françoise Cougniaud-Raginel, Joseph Canteloube : chantre de la terre, p. 26.. Il se lie d'amitié avec ses condisciples Isaac Albéniz, Albert Roussel, Manuel de Falla, Joaquín Turina et surtout avec Déodat de Séverac, qui l'encourage, ainsi que Falla, dans son encrage musical régionaliste et sa collecte des chants populaires.
Dans sa biographie, Jean-Bernard Cahours d'Aspry raconte les circonstances dans lesquelles Canteloube avait recueilli, à la nuit tombée, l'air qui deviendra le thème du Baïlero : « C'était un soir de 1903, à la nuit tombante, dans la montagne qui domine Vic-sur-Cère, dans le Cantal. Il contemplait le majestueux paysage qui s'offrait à ses yeux, quand tout à coup s'éleva le chant d'une bergère qui lançait ses phrases à toute volée. Se gardant bien de se montrer, il commença à noter la mélodie, lorsque de très loin, comme portée par la brise qui se lève le soir sur la montagne, il perçut à peine perceptible, la voix lointaine d'un autre berger qui répétait le thème, à six kilomètres de là. »
Il s'impose en 1907 avec une Suite pour piano et violon en quatre parties, qui est jouée à la Société Nationale sous le titre Dans la montagne. En 1908, il écrit Colloque sentimental pour chant et quatuor à cordes. En 1910, il aborde l'orchestre avec Églogue d'Automne. Puis il affronte le public avec Vers la Princesse lointaine, poème symphonique qui est joué au Théâtre du Châtelet en 1912 et un poème lyrique pour chant et orchestre, Au Printemps.
De 1908 à 1913, il écrit l'opéra Le Mas, qu'il achève et publie en 1926 – la représentation de Malaret, le paradis perdu, propriété vendue en février 1924Acte de vente reçu par Me Broquin le 17 février 1924., dont il gardera la nostalgie toute sa vie.
De 1915 à 1918, il est mobilisé, comme ses amis scholistes Séverac, Le Flem et Castéra. Tous reviendront indemnesFrançoise Cougniaud-Raginel, Joseph Canteloube, p. 40-41..
Dès 1924, Canteloube fait œuvre de pionnier avec des émissions de T.S.F. qu'il produira tout au cours de sa vie. C'est aussi en 1924 qu'il publie les 1er et 2e volumes des Chants d'Auvergne, chansons traditionnelles harmonisées et orchestrées.
En 1925, il fonde, avec Louis Bonnet fils, directeur de l'hebdomadaire L'Auvergnat de Paris et le poète cantalien Camille Gentilhon Gens d'Armes, le groupe folklorique La Bourrée de Paris destinée à la promotion du folklore du Massif central. Quand il compose en 1931 l'opéra Vercingetorix, il a pour librettiste le ministre radical-socialiste Étienne Clémentel, né à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme). Il dédie l'ouvrage au président de la République, le cantalou Paul Doumer, qui va être assassiné peu après.
En effet, la plupart des relations et des amitiés du maître de Malaret sont exclusivement bâties autour de l'amour de la langue d'oc, qu'il défend avec passion. En 1940, Canteloube est l'un des grands musiciens français. Il a obtenu des prix très importants, Trémond (de l'Institut de France) 1925, Heugel 1925, décerné le 8 janvier 1926 par un jury regroupant tous les compositeurs en vue de l'époque, et Laserre 1939, décerné en avril 1940. Il reçoit la Légion d'honneur en 1939 après la création du Mas à l'Opéra.
En 1922, les Concerts Lamoureux programment les préludes des premier et deuxième actes du Mas, l'année suivante, un Triptyque pour chant et orchestre. En 1923 aussi, il compose six mélodies sous le titre l'Arada (la Terre).
Entre 1923 et 1930, il harmonise, d'une manière très adroite et spirituelle, trente airs de sa province natale. Il les conçoit alors pour une voix et orchestre et les publie ensuite sous le nom de Chants d'Auvergne.
En 1926, le Mas (trois actes dont il écrit le texte) obtient les cent mille francs du concours Heugel. La première représentation a lieu à l'Opéra-Comique le . L'amour de la terre natale lui inspire Vercingétorix avec un livret d'Étienne Clémentel, sénateur du Puy-de-Dôme (maire de la ville de Riom) et Joseph-Henri Louwyck.
En 1929, il compose trois pièces pour orchestre, Lauriers (ce sont des hommages à l'Auvergne), représentées le au théâtre du Châtelet et dirigées par Gabriel Pierné.
De plus, il écrit un recueil des Chants de Haute Auvergne, des recueils du Rouergue, du Limousin, du Quercy, des chants religieux d'Auvergne, l'Hymne des Gaules (sur un poème de Philéas Lebesgue), une Pastorale roumaine sur un scénario et des thèmes populaires recueillis par Michel Vulpesco.
En juin 1940, les Canteloube se réfugient à Saint-Félix-de-Lauragais chez madame Henriette de Séverac, où il demeureront plus d'une année. Dans un élan nationaliste, Canteloube fait feu de tout bois pour ce en quoi il croit : du 25 juillet à la fin août 1940, il réalise des émissions hebdomadaires à la radio nationale, dite « Radio-Vichy ». Les émissions sont mises en ondes à Marseille.
De sa proximité avec le Félibrige, il est notamment lié à Charles Maurras, qui lui ouvre en octobre 1940 les colonnes du journal monarchiste L'Action française pour présenter ses recherchesSa rubrique, "Les chants populaires", paraît pour la première fois le 4 octobre 1940, en première page : Gallica: . Son dernier article est publié dans le numéro du 27 octobre 1942 : Gallica: . Le numéro du 29 septembre 1942 (Gallica : ) annonce que les articles sur les chants populaires de Provence seront les derniers de la rubrique consacrée aux chants traditionnels français. Le dernier article signé de Canteloube paraît, en effet, le 27 octobre 1942 : les batailles de Stalingrad et de Guadalcanal ont commencé, ainsi que la seconde bataille d'El-Alamein. Le Raid de Dieppe a eu lieu le 19 août 1942. – le journal est installé à Limoges puis, à partir de la fin octobre 1940, à Lyon. Au cours de la période qui va du 4 octobre 1940 au 27 octobre 1942, Canteloube écrit de longs articles dans lesquels il démontre l'accord étroit étroit existant selon lui, entre le sol et les chants d'un terroir. Pour ce faire, il documente « l'histoire de chaque province, édifiant ainsi un magnifique monument, jamais élevé encore à la gloire, non seulement des chants du peuple, mais aussi de la France ».
Le 6 octobre 1940, alors que le maréchal Pétain jouit partout d'une fervente popularité et prône le régionalisme (cf. Henri Amouroux, Quarante millions de Pétainistes Juin 1940 - Juin 1941, Paris, R. Laffont, 1993), Canteloube adresse au Maréchal une note sur « Les chants populaires de la France et leur utilisation », dans laquelle il propose de centraliser tout ce qui concourt à la promotion de cet art, en lien avec la radio et la toute récente Phonothèque nationale (créée en 1938) qui enregistre des documents ethniques. Dans son article du 7 octobre dans L'Action Française, il donne un écho favorable aux réformes du gouvernement de Vichy : création des Camps de jeunesse et des Compagnons de France.
Il écrit notamment : « Il faut, aux chants de la terre, leur décor, leur cadre, leur accompagnement de nature, de plein air. » Il s'agit là pour lui de ne pas se priver "ni d'harmonisations, ni d'accompagnements, ni de tout ce qui peut être nécessaire à donner la connaissance « exacte » de nos chants" afin de restituer à l’auditeur ce qui se perd lorsque ces mélodies sont arrachées à leur terroir d’origine. Il souligne aussi que « le chant populaire ne jouera son rôle dans le réveil de l’âme française endormie, son rôle social et national, que s’il est vivant sur les lèvres des jeunes et non pas embaumé dans la cire [des disques] comme une momie dans son sarcophage ! »L'Action française : organe du nationalisme intégral, 9 mars 1941, sur Gallica: Dans ses articles Canteloube exalte les chants traditionnels dans lesquels il croit discerner les racines d'une France supposée immuable"Ces clans unis par le sol, eurent la plupart du temps, une histoire propre, et leur personnalité s'est conservée jusqu'à notre époque, maintenue par une communauté de besoins économiques et par une similitude d'origine et de race. II en est ainsi pour le Quercy, le Rouergue, le Périgord, la Bigorre, vieux « pays » dont les destinées commencèrent bien avant l'époque romaine." L'Action Française, 4 mai 1941, sur Gallica : .
De Saint-Félix, il rayonne en zone libre pour donner quelques conférences sur le folklore français : Toulouse (12 janvier 1941), Vichy (28 et 29 janvier) Saint-Amand-Montrond (1er avril), Muret (20 avrilCf. Thierry Adhumeau, Contre-Bombarde n° 38.).