ou (hébreu : ou « le quinze du mois de shevat », « Tou » étant mis pour les lettres Tet et Vav, ט"ו, valant 9 + 6 = 15) est une fête juive d’institution rabbinique.

Désigné dans la Mishna comme « nouvel an des arbres » (hébreu : ), devient, sous l’impulsion des kabbalistes de Safed, une fête du renouveau de la Terre d’Israël. Le sionisme reprend cette image, substituant l’État à la Terre, et des laïcs en font une journée juive de l’écologie.

Le 15 shevat a lieu selon les années entre la mi-janvier et la mi-février du calendrier grégorien.

Tou Bichvat dans les sources juives Dans la Bible hébraïque Éléments essentiels de la vie dans le croissant fertile, les arbres fruitiers occupent une place de choix dans la Bible hébraïque et les versets qu’elle y consacre forment le noyau de la fête de bien que ce jour n’y soit pas mentionné ni évoqué.

Parmi les nombreuses ordonnances du « Code de sainteté » figure la façon de traiter ces arbres : il convient, après les avoir plantés, d’en considérer pendant trois ans les fruits comme une excroissance () à laquelle il est défendu de toucher ; la quatrième année suivant leur plantation (), ces fruits doivent être consacrés à Dieu et ne peuvent servir au profit personnel qu’à partir de la cinquième annéeLévitique 19:23-25..

Sur les sept espèces énumérées par Moïse pour illustrer la fertilité de la terre d’Israël, cinq sont produites par des arbres Deutéronome 8:8. (le raisin, la figue, la grenade, l’olive huileuse et la datte). L’un des bienfaits dont Dieu comble le peuple d’Israël est qu’ils jouiront, en prenant possession du pays, de vignobles et d'oliveraies qu’ils n’auront pas plantés Deutéronome 6:10-11.. Il convient de lui en rendre grâce en prélevant les dîmes sur les produits de la terre au long des six premières années du cycle septénaire de celle-ci. Ces dîmes, prélevées en sus de la dîme réservée aux prêtres, doivent être apportées dans la localité du sanctuaire ou converties en argent à dépenser dans cette localité, et consommées en état de pureté rituelle par l’agriculteur lors des première, seconde, quatrième et cinquième années et par les Lévites (ainsi que, plus tard, les nécessiteux) au cours des troisième et sixième années du cycle ; il n’y a pas de dîme la septième annéeDeutéronome 14:22-29 & 26:12..Enfin, les arbres fruitiers sont si précieux qu’il est interdit de les détruire lors d’un siège militaire car « l’homme est un arbre du champ »Deutéronome 20:19-20 ; voir Rachi ad loc.. Le juste est également comparé au palmier ou au cèdrePsaumes 92:13. et ses fruits ainsi que la Torah à un « arbre de vie »Proverbes 3:18 & 11:30..

Dans la littérature rabbinique vignette|[Passé le quinze shevat,] la majeure partie de la saison des pluies a eu lieu… la sève remonte, la verdure repousse et les fruits éclosent (fleur de grenade en voie de maturation). Un « nouvel an de l’arbre » est mentionné, pour la première fois, parmi les quatre nouvelles années de la Mishna, aux côtés du début de l’année pour les années royales, pour les années civiles et pour la dîme sur le bétail Mishna Roch Hachana 1:1.. Si les fruits d’un arbre n’ont pas commencé à pousser à cette date, ils ne sont pas comptabilisés dans les dîmes de l’année en cours ; de même, un (cédrat) cueilli fût-ce un jour après cette date ne peut être comptabilisé dans les dîmes de la même année que l’ cueilli un jour plus tôtTossefta (éd. Lieberman) Teroumot 2:6 & Sheviit 4:20, cités in T.B. 10a-b & 14a.. Enfin, le statut d’un fruit ( ou ) est déterminé en fonction de l’année à laquelle les fruits étaient mûrs lors de ce nouvel anT.B. 10a..

Le nouvel an de l’arbre a lieu le premier selon l’école de Shammaï et au quinzième jour de ce mois selon l’école de Hillel car, selon ces derniers, la majeure partie de la saison des pluies a lieu jusqu’au quinze et, passé cette date, la sève remonte, la verdure repousse et les fruits éclosentT.B. 14a.. Cette opinion, basée peut-être sur des considérations sociales., prend rapidement force de loi ; en effet, seul le quinze est mentionné dans les textes ultérieurs. Il doit également être observé comme nouvel an de l’arbre lors des années dites embolismiques (où l’on ajoute un mois supplémentaire à l’année) et ce bien que la renaissance de la nature a lieu un mois plus tard, le 15 T.B. 15a..

Le Talmud n’évoque aucun cérémonial particulier pour et il ne semble avoir d’autre statut que celui d’échéance de certaines dîmes.. Cependant, les pratiques et conceptions ultérieurement associées à ce jour germent à cette époque., surtout en terre d’Israël. Ainsi, à côté de l’explication traditionnelle, selon laquelle marque le déclin de la saison des pluies, des rabbins galiléens suggèrent qu’à , les arbres ne tirent plus leur subsistance des pluies de l’an passé mais de celles de l’année suivanteT.J. 1:2. ; selon cette conception, deviendrait un jour déterminant pour la récolte fruitière de l’année à venir, un « jour du jugement pour la végétation » de même que est le jour de jugement de l'humanité, alors que les Sages attribuaient ce rôle à 1:2, .. D’autre part, le Talmud indique peut-être que était considéré comme la date inaugurant la saison de plantation de nouveaux arbres (Juda Hanassi plante un « arbre de joie » à , soit un mois après T.B. 5b, cité in .) et rapporte par ailleurs qu’on plantait à Jérusalem un cédratier à la naissance d’un garçon et un cyprès pour une fille dont le bois serait utilisé pour construire le dais nuptialT.B. 57a, cité in ..

En outre, diverses leçons sont tirées par le procédé du des versets bibliques relatifs aux arbres : de « l’homme est un arbre du champ », les Sages déduisent que tout ce qui est nécessaire à l’homme vient de l’arbre, § 203 ; Ecclésiaste Rabba 7:13.. De celui sur la plantation d’arbres, Rabbi Yehouda berabbi Simoun retire que cet acte seul permet à l’homme de parvenir véritablement à qui a planté lors de la création du mondeLévitique Rabba, 25:3.. Les rabbins y voient en outre une injonction aux enfants d’Israël à ne pas se contenter des arbres fruitiers déjà présents dans le pays et à en planter d’autres pour leurs enfants (éd. Buber), , §8.. Honi hame'aguel parvient, selon une légende talmudique, à la même conclusion ; après avoir dormi dans une grotte, le célèbre faiseur de miracles se réveille dans un monde qui l’a oublié malgré ses prodiges alors qu’un humble paysan, qu’il avait raillé pour avoir planté des caroubiers dont il ne tirerait aucun profit pour lui-même, est encore honoré par ses descendantsT.B. 23a, cité in .. Au plus fort de la première guerre judéo-romaine, Rabban Yohanan ben Zakkaï déclare que même la venue du Messie ne saurait interrompre dans sa tâche un homme en train de planterAvot deRabbi Nathan (éd. Schechter, ), , cité in ..

Dans la littérature médiévale La liturgie médiévale démontre que la célébration du nouvel an de l’arbre a tendance à fleurir en terre d’Israël et, de façon plus timide, en dehors de celle-ci.

Le poète galiléen Rabbi Yehouda Halevi berabbi Hillel compose en effet deux (poèmes liturgiques à intercaler dans la prière centrale des offices quotidiens) pour , implorant Dieu de faire pousser les fruits après la saison des pluies. Ceci confirme que le peuple privilégie à cette époque à comme jour du jugement pour la végétation.En revanche, Maïmonide ne marque aucunement dans son rituel de prières, n’y voyant que l’échéance annuelle pour les dimes sur les arbres 5:11, cité in .. Il semble en aller de même dans le monde ashkénaze, jusqu’à ce que Rabbenou Guershom décrète qu’il n’y a pas lieu de promulguer ni d’observer de jeûne en ce jour, car il est appelé « Nouvel An »Rabbenou Guershom, Responsa , cité in ; 572:3. (et ce, bien qu’un responsum de Natronaï Gaon fasse l’éloge de certains de ses contemporains qui jeûnaient les deux jours de ). Cette mesure se poursuit dans la liturgie par la coutume, rapportée au nom du Maharil quatre siècles plus tard, de ne pas lire le (« [office de] Supplication ») en ce jour, §2, cité in ., bientôt suivie de l’omission d’autres passages austèresIsaac Tyrnau, & Joseph ben Moshe, , , , §4, cités in .. Ces ordonnances demeurent longtemps inconnues dans les contrées séfarades, n’apparaissant pour la première fois que dans les écrits de Joseph Caro 138:6 & 562:3, cités in ., au .

Les ashkénazes semblent également, ainsi que le note Issakhar ibn Soussan, avoir institué la consommation de fruits provenant de la terre d’Israël en ce jourIssakhar ibn Soussan, (Venise, 1579), , cité in 131:16 & .. Plusieurs communautés observent en ce jour, ainsi qu’à , certaines coutumes de , parmi lesquelles un repas de fête et un , jour de congé scolaire pour les élèves et leurs maîtres.

Dans la littérature kabbalistique La Kabbale injecte une nouvelle vigueur à la fête des arbres. Outre l’image de l’« Arbre de Vie », plus métaphysique que terrestre, l’arrivée d’exilés espagnols en terre d’Israël au leur fait prendre conscience des rythmes de la nature et la renaissance de l’arbre devient, sous l’impulsion d’Isaac Louria, celle de la terre d’Israël et, par de nouvelles interprétations du legs traditionnel, de l’univers lui-même..

Cependant, les pratiques naissant dans le cercle des kabbalistes n’apparaissent pas dans les enseignements d’Isaac Louria mais dans le , un ouvrage postérieur d’un siècle au moins.Selon l’auteur de ce livre, la consommation de fruits est un (acte de réparation des fautes) pour la personne qui a vu des fruits et n’en a pas mangé, en a mangé et ne les a pas bénis Elle est ritualisée en un , modelé sur le séder de Pessa'h, où la consommation de trente espèces de la terre d’Israël et de quatre coupes de vin rouge et blanc en diverses proportions, est encadrée par la lecture de passages bibliques, talmudiques et du Zohar ayant les fruits pour thème. Elle est aussi accompagnée de divers poèmes, rédigés notamment par Israël Najjara et Yossef Hayim de Bagdad .. Ce rituel connaît une diffusion importante en Italie, dans les communautés juives orientales (à l’exception des Juifs du Yémen) où le passage du qui détaille le est abondamment réimprimé sous le titre de .

Rites et coutumes de Statut du jour est actuellement considéré comme un jour joyeux au cours duquel on ne peut pas prononcer d’éloge funèbre ni observer de jeûne, y compris si l’on se marie en ce jour 572:1.. Si l’on a commencé à jeûner en ce jour, certains sont d’avis qu’on s’interrompt 572. tandis que d’autres estiment qu’on ne s’interrompt pas.On ne récite pas le dès l’office de de la veilleR' Shlomo Ganzfried, 139:26 ; 131:6. et d’autres passages austères sont omisNahalei Yehouda, .. Ceux qui observent la coutume de la prière de minuit ne lisent pas non plus le , pour la même raison.

Si certains ashkénazes dispensent d’étude en ce jour, certains séfarades ont au contraire pour coutume d’étudier les lois agraires (notamment celles sur la et le ) ou les passages de la Mishna et du Zohar relatifs à , afin de se pénétrer de l’esprit du jour ; 131:97.. D’autres coutumes sont plus ou moins suivies, certains priant pour la bonne croissance des arbresAdnei Paz 131. ou pour l’obtention d’un bel lors du prochain Bnei Issakhar, ..

Prescriptions liées à la terre d’Israël vignette|Certificat attestant que les produits (ici, des cédrats), peuvent être consommés, toutes les règles sur les produits de la récolte en terre d’Israël ont été suivies. marque la nouvelle année fiscale sur les fruits en provenance de la terre d’Israël : c’est en fonction de leur bourgeonnement ou non à la date du 15 que les fruits sont pris en compte pour diverses prescriptions liées à la terre en application jusqu’au 15 de l’année suivante 331:57 & 331:125..

Prélèvement des dîmes Les dîmes sur les fruits doivent être prélevées sur les fruits de l’arbre éclos à , y compris sur ceux dont on prélève la dîme après les avoirs cueillis (comme l’) ou après qu’ils ont atteint le tiers de leur croissance (comme les olives)Hazon Ish, 7:12 & 70:2, ..