L’Empire colonial français est l’ensemble des colonies, protectorats, territoires sous mandat et territoires ayant été sous tutelle, gouvernés ou administrés par la France. Inauguré au , il a connu une évolution très contrastée selon les époques, aussi bien par son étendue que par sa population ou sa richesse.

Les possessions coloniales ont connu différents statuts et modes d’exploitation ; des colonies antillaises esclavagistes du à l’Algérie française, partie intégrante de la France à certaines périodes, en passant par les protectorats de Tunisie et du Maroc et les territoires sous mandat de Syrie et du Liban.

On distingue généralement deux grandes périodes, le pivot étant la guerre de Sept Ans, puis la Révolution et l’époque napoléonienne, épisodes au cours desquels la France perdit pratiquement l’ensemble de sa première entreprise coloniale.

Le premier espace colonial, constitué à partir du , comprend des territoires nord-américains, quelques îles des Antilles, les Mascareignes et des établissements en Inde et en Afrique. Il s'étendait sur Ministère de l’Éducation nationale, Le Premier Empire colonial français, (2010) ... Il était le plus grand empire colonial du monde après l’empire espagnol. La guerre de Sept Ans se solde par la perte d’une grande partie des territoires coloniaux de la France au profit de la Grande-Bretagne (Nouvelle-France et en Inde)Cependant, en Amérique du Nord, la France transfère à l'Espagne la partie occidentale de la Louisiane qu'elle reprendra en 1800. En Inde, la France conserve quelques comptoirs dont Pondichéry.. L’empire colonial survit malgré tout et connaît une certaine prospérité grâce aux exportations antillaises (Saint-Domingue, Martinique, Guadeloupe) de café et surtout de sucre entre 1763 et la fin des années 1780. Il s’effondre toutefois brutalement au point de disparaître presque entièrement à la suite de l’époque napoléonienne (ex : vente de la Louisiane).

Le second espace colonial, constitué à partir des années 1830, se compose principalement de régions d’Afrique acquises à partir des anciens comptoirs, mais aussi d’Asie (Indochine et Levant) et d’Océanie (Polynésie française, Nouvelle-Calédonie, Nouvelles-Hébrides). Ce second espace colonial fut au cours de la seconde moitié du le deuxième plus vaste du monde, derrière l’empire colonial britannique en superficie. Présent sur tous les continents, il s’étendait à son apogée, de 1919 à 1939, sur , où vivaient en 1939, loin derrière l’Empire britannique où l’Inde à elle seule comptait à la même date. La superficie totale de l'empire colonial français, avec le premier (principalement dans les Amériques et en Asie) et le second (principalement en Afrique et Asie), l’empire colonial français combinés, avaient un total de plus de , soit le plus grand empire colonial de l’histoire, après l’empire britannique. L'empire colonial français a eu un impact énorme sur l'histoire du monde. La France a eu environ 80 colonies tout au long de son histoire, le deuxième plus grand nombre de colonies au monde derrière l'Empire britanniqueShillington, Kevin (2005). Encyclopedia of African history. New York: CRC Press, p. 878. Environ 40 pays ont obtenu l'indépendance de l'empire colonial français tout au long de son histoire, le deuxième plus de pays au monde derrière l'Empire britanniqueDavid Armitage, The Declaration of Independence in World Context, Organization_of_American_Historians, Magazine of History, volume 18, Issue 3, p. 61–66 (2004). Plus de 50 % des frontières du monde aujourd'hui ont été tracées à la suite de l'impérialisme britannique et françaisLovejoy, Paul E. (2012). Transformations of Slavery: A History of Slavery in Africa. London: Cambridge University Press.Martin Klein, "Slave Descent and Social Status in Sahara and Sudan", in Reconfiguring Slavery: West African Trajectories, ed. Benedetta Rossi (Liverpool: Liverpool University Press, 2009), 29.. Entre les années 1500 et 1880, plus de 3,2 millions d'Africains ont été transportés de force dans le Nouveau Monde sur des navires français. Avec un total de 11 118 traversées enregistrées, la France était responsable de 25 % du commerce transatlantique d'esclaves, étant le troisième pays ayant la plus grande participation à cette traite. Il n'a été dépassé que par le Royaume-Uni, qui a transporté environ 3,4 millions de personnes réduites en esclavage (27 %), et le Portugal, qui était en tête avec près de 5,8 millions de personnes réduites en esclavage (46 %)Seymour, Richard, "The British have invaded 90% of the world's countries. Ha ha?", The Guardian (Londres), 6 novembre 2012..

L’Empire fut, tout particulièrement sous le régime républicain, appuyé sur l’idée d’une mission civilisatrice. Sous l’ancien régime, la conversion au catholicisme était déjà un motif important dans la justification du colonialisme.

Aujourd’hui, l’héritage territorial de ce vaste empire colonial constitue la « France d’outre-mer » (départements et régions d’outre-mer, collectivités d’outre-mer soit « DROM-COM », anciens « DOM-TOM ») : une douzaine de territoires insulaires dans l’Atlantique, les Antilles, l’océan Indien, le Pacifique sud, au large de l’Antarctique, ainsi que la Guyane sur la côte nord de l’Amérique du Sud, pour une superficie émergée totale de , soit à peine 1 % de la superficie de l’empire colonial à son apogée entre les deux guerres mondiales. D’une faible superficie émergée, ces territoires d’outre-mer permettent toutefois à la France de revendiquer la seconde plus grande zone économique exclusive (ZEE) au monde, couvrant d’océans, derrière celle des États-Unis...

L'héritage de l'Empire colonial français est considérable. Entre 300 et 500 millions de personnes parlent français, ce qui en fait la deuxième langue latine la plus parlée au monde après l'espagnol, pour ce qui est du nombre total de locuteurs. Le français est la langue officielle, co-officielle ou de jure (de droit) dans plus de 30 pays, le plus dans le monde derrière l’anglais seulement. L’héritage linguistique et orthographique de l’empire colonial français est la francophonie des anciennes colonies françaises, dont quatorze ont toujours le français comme langue officielle ou co-officielle, et dont dix-sept (avec les trois du Maghreb et la Mauritanie) utilisent toujours à l’international, pour leurs toponymes et leurs patronymes, des graphies françaises (Nouadhibou plutôt que la translittération Nuadhibu de l’arabe نواذيبو ; Ouagadougou plutôt que le phonétique Wagadugu du dioulais Wogodogo ou encore Houphouët-Boigny plutôt que le phonétique baoulé Hufwe-Bwanny)Georg Glasze, « The Discursive Constitution of a World-spanning Region and the Role of Empty Signifiers: the Case of Francophonia » in : Geopolitics, vol. 4, p. 656-679, 2007 ()..

Enfin, l’héritage économique, monétaire, diplomatique ou militaire des anciens liens coloniaux est la relation particulière et inégale avec la France même si ce type de relation n’est pas propre à l’ancien empire français..

Histoire Premier empire colonial : l’Amérique

vignette|À partir de 1534, les Français explorent la vallée du Saint-Laurent. La Nouvelle-France est fondée.|gauche Il est composé principalement par des possessions de la Nouvelle-France, aux Antilles, aux Indes, ainsi que des comptoirs et des îles parsemées.

Le premier espace colonial français est l’espace colonial issu des conquêtes monarchiques. Les désignations suivantes lui correspondent : « premier empire colonial », « empire royal », « empire monarchique » car il a été créé majoritairement par des régimes monarchiques, Royaume de France (Premier Empire), « empire colonial français moderne » (datant de l’époque moderne).

Les justifications de la colonisation française ont évolué avec le temps. À l’origine, il s’agissait de la rivalité de puissance avec l’empire austro-espagnol de Charles Quint ( exigeait de voir la « clause du testament d’Adam » qui avait laissé le monopole de l’Amérique aux Espagnols et aux Portugais lors de la signature de traité de Tordesillas).

La deuxième justification est la propagation de la foi chrétienne (missions). Au , les établissements des Antilles françaises vivent de contrebande et de piraterie aux dépens des colonies espagnoles et hollandaises plus prospères.

Puis vient la justification économique ou commerciale : les colonies doivent fournir les cultures exotiques que la métropole n’assure pas (sucre, café, indigo). Comme les colons français sont peu nombreux, on fait venir en masse des esclaves africains.

La France était pourtant fermement opposée à l’esclavage dès le Moyen Âge., et ne l’a d’ailleurs jamais pratiqué sur son sol métropolitain. De même, alors que le Portugal et l’Espagne commençaient à conquérir de vastes territoires extra-européens dès le , les Français sont toujours demeurés réticents à l’extension coloniale, la France, pays rural, étant considérée comme suffisamment vaste pour être autosuffisante.. C’est donc essentiellement du fait de l’importance géopolitique grandissante que prennent les colonies espagnoles puis anglaises que les Français se lancent dans la colonisation pour ne pas laisser ses rivaux se partager seuls le monde, avec plus d’un siècle de retard.

Toutefois, de Montaigne à Voltaire et Diderot, la majorité des philosophes et prélats français demeurent opposés autant à la colonisation qu’à l’esclavage.

En Inde, les Français commencèrent à vouloir s’implanter de façon significative du fait de la politique de Joseph François Dupleix entre 1719 et 1763. Les efforts de ce dernier furent néanmoins ruinés après la conclusion du traité de Paris en 1763.

300px|thumb|Les Antilles françaises.|gauche

En Amérique, la Nouvelle-France s’accroît de façon spectaculaire et comprend presque la moitié de l’Amérique du Nord. Elle forme quatre colonies dont l’Acadie, le Canada, Terre-Neuve et la Louisiane. Après le traité d’Utrecht en 1713, elle perd l’Acadie (partie sud), la Baie-d’Hudson et Terre-Neuve (Plaisance). Cependant, elle forme deux nouvelles colonies : l’isle Royale et isle Saint-Jean. Tout s’écroule avec le traité de Paris en 1763, après la guerre de Sept Ans, où elle perd le Canada, l’Acadie, isle Royale, isle Saint-Jean, et la partie est du Mississippi, qui faisait partie de la Louisiane, et la partie ouest qui revient à l’Espagne, pour sa perte de la Floride aux dépens des Anglais. La France reprit la Louisiane occidentale à condition de ne pas la vendre ni à l’Angleterre ni aux Américains, ce que Napoléon fit trente ans plus tard, sans l’appui ou l’approbation de l’Assemblée Nationale en 1803. L’Amérique du Nord devient alors en majorité anglophone.

À la Révolution s’opposent les partisans du réalisme économique (pas de colonies sans esclaves) et ceux des principes égalitaires (« périssent les colonies plutôt qu’un principe »). La Révolution conserve donc les colonies, mais abolit l’esclavage, que Napoléon rétablit partiellement en 1802.

En 1804, les Français perdent le dernier fleuron de leur premier empire colonial : la colonie de Saint-Domingue proclame son indépendance et devient la République d’Haïti.

Après la chute du Premier Empire, la France ne conserve que quelques possessions : les cinq comptoirs des établissements français de l’Inde, La RéunionEncore appelée île Bourbon à l'époque., l’île de Gorée au Sénégal, quelques îles des Antilles (Guadeloupe, Martinique, Saint-Martin…), ainsi que la Guyane et Saint-Pierre-et-Miquelon.

Second empire colonial : Afrique, Asie et Pacifique vignette|redresse=1.4|Second empire colonial français.

vignette|Empire colonial dans le Pacifique en 1938