Le Splendor Solis est un traité alchimique manuscrit du en allemand, célèbre par sa série d'illustrations en couleur. Le plus ancien manuscrit date de 1532-1535 et se trouve au Kupferstichkabinett des musées d'État de Berlin.
Étymologie Le titre de l’œuvre, Splendor Solis, peut se traduire par les Splendeurs du Soleil mais sous-entend également les Splendeurs de l'Âme.
Contenu et Histoire
Le texte est un florilège d'auteurs plus anciens. Les illustrations reprennent les motifs des enluminures du Donum Dei de la fin du de l'alchimiste strasbourgeois Georges Aurach, dans lequel toutes les figures sont représentées à l'intérieur de vases. Le processus symbolique montre la mort alchimique classique et la renaissance du roi, et incorpore une série de sept flacons, chacun associé à l'une des planètes. Il est écrit, du moins pour la plus ancienne version connue, en allemand, plus précisément en moyen allemand (Mitteldeutsch ou Zentraldeutsch), un groupe de dialectes germaniques essentiellement parlés au centre de l'Allemagne et au Luxembourg.
Le plus ancien exemplaire du Splendor Solis, qui contient sept chapitres, est un exemplaire manuscrit qui se trouve au Kupferstichkabinett du Staatliche Museen zu Berlin. Il fut créé à Augsbourg et date de 1532-1535. Le texte enluminé est écrit sur vélin avec des bordures décoratives comme un livre d'heures, magnifiquement peint et agrémenté d'or. Des copies plus tardives (il en existe une vingtaine) se trouvent à Londres (British Library MS Harley 3469 daté de 1582), Paris (Bibliothèque nationale MS. allem. 113. ), Berlin., Cassel et Nuremberg.
La première édition imprimée se trouve dans le troisième traité d'un recueil alchimique l' Aureum vellus de 1599, attribué au légendaire Salomon Trismosin, présenté comme le maître de Paracelse. l' Aureum vellus, réédité de nombreuses fois sous différentes formes (en français sous le titre La toyson d'or ou la fleur des thresors, 1612), fit largement connaître et commenter le Splendor Solis, qui sera dès lors associé systématiquement au nom de Salomon Trismosin.
Exemplaires remarquables Le Splendor Solis Harley Ms. 3469 thumb|Intégralité des illustrations du Splendor Solis Harley Ms. 3469
Conservé sous la cote Harley Ms. 3469 à la British Library de Londres, cet manuscrit est considéré comme le plus beau traité d'alchimie jamais créé. Réalisé en 1582, on y trouve exposées les clefs de la kabbale, de l’astrologie et du symbolisme alchimique. Il s’agit d’une compilation illustrée de traités alchimiques antérieurs.
Comme l’explique l’historien de l’art Jörg Völlnagel, « Le Splendor Solis n’est absolument pas un livre de laboratoire, à savoir une espèce de livre de recettes pour l’alchimiste qui, suivant ses indications prépare sa mixture et finit par trouver l’or artificiel dans son récipient. Bien au contraire, le Splendor Solis divulgue la philosophie de l’alchimie, une conception du monde selon laquelle l’homme (l’alchimiste) vit et agit en harmonie avec la nature, respectant la création divine et interférant à la fois avec ses processus de son expansion, contribuant à sa croissance via l’alchimie. Il s’agit là de la thématique philosophique complexe autour de laquelle tournent les sept traités du manuscrit et les vingt-deux splendides miniatures.»2
Quant au contenu, Thomas Hofmeier fait remarquer que « l’œuvre offre une somme de nombreuses sommes précédentes ou, pour employer une métaphore alchimique, le Splendor Solis est la quintessence des florilèges antérieurs qui furent eux-mêmes la distillation d’œuvres antérieures. » Le même auteur signale également que « pour n’importe quel historien de l’alchimie, les somptueux manuscrits du Splendor Solis – le plus beau d’entre eux maintenant publié lui faisant enfin justice – constituent la clef de voûte d’une vaste bibliothèque alchimique. Dans les rayonnages et les étagères, les œuvres des grands alchimistes sont présentes, collectées tout au long une vie, mais au centre, placé sur un pupitre, le Splendor Solis se détache, le point culminant des connaissances alchimiques.»3
De toute manière, l’auteur et le miniaturiste surent sans nul doute donner le ton adéquat, car au fil des siècles le Splendor Solis est devenu le parangon du manuscrit alchimique illustré. Ils sont beaucoup à lui avoir prêté attention, parmi lesquels des écrivains comme William Butler Yeats, James Joyce et Umberto Eco.
Dans ce volume, nous trouvons vingt-deux peintures grand format, encadrées de motifs représentant des fleurs ou des animaux, appartenant, stylistiquement, à la tradition renaissante nord-européenne. Toutes les illustrations sont, ainsi que l’exigent le contexte et le contenu de l’œuvre, d’une interprétation ardue et hermétique. On remarquera particulièrement les déjà célèbres cornues de verre, situées dans un luxueux cadre central, entourées de scènes typiques de la vie rurale et urbaine allemande du Moyen Âge tardif que domine l’image céleste d’un dieu païen, donnant sa cohérence à l’ensemble.
L’histoire du manuscrit lui-même n’est pas moins intéressante. Le baron Böttger, pharmacien et grand amateur d’alchimie, connu pour avoir inventé la méthode de fabrication de la porcelaine, aurait été, au , un de ses propriétaires. Plus tard, il arriva à la bibliothèque privée de la puissante famille aristocratique Harley, dont le fonds fut acheté par le British Museum pour la somme, aujourd’hui ridicule, de . Actuellement, le Splendor Solis est considéré comme un des trésors de la British Library ayant le plus de valeur.
En 2010, les éditions M. Moleiro publièrent la première et unique reproduction du Splendor Solis, en une édition limitée à . Cette édition est accompagnée d’un volume d’études dans lequel Jörg Völlnagel démontre pour la première fois que l’attribution du texte à Salomon Trimosin, le maître de Paracelse, est erronée4. Ce second volume renferme aussi une traduction établie à partir de celle de Joscelyn Godwin (1991).
Illustrations Splendor Solis est décoré de 22 illustrations pleine page souvent très élaborées :
+ Organisation des miniatures et exemples d'illustrations Nom Ensemble Description Splendor Solis Harley Ms. 3469 Splendor Solis Bnf Autre Splendor Solis - 1 Autre Splendor Solis - 2Image 1 : Les Armoiries de l'ArtAu premier plan flotte un casque couronné d'or empanaché de bleu, un soleil flottant au-dessus de lui, un bouclier d'or sur lequel se trouve un soleil d'or accompagnant le casque. Le casque, surmonté également de trois croissants de lune couchés et empilés, se trouve dans la pièce d'un palais, deux personnages discutant se situant en arrière-plan. Sur certains exemplaires, tel celui de la bibliothèque de France, les yeux et la bouche du visage du soleil sur le bouclier sont en fait trois petits visages.
Au-dessus de l'image sont inscrits les mots Arma Artis.Les Armoiries de l'Art|110pxLes Armoiries de l'Art|110pxImage 2 : Le Philosophe à la flasqueReprésente un philosophe marchant dans un paysage, tenant dans la main gauche une flasque qu'il observe et pointe de la main droite. Un bandeau flotte de la flasque sur lequel sont inscrits les mots Lamus / Quefitum Quafuor / Elementorum / naturas, ce dernier étant écrit à l'envers.Le Philosophe à la flasque|110pxLe Philosophe à la flasque|110pxLe Philosophe à la flasque|110pxImage 3 : Le Chevalier sur la double fontaineEn premier plan un chevalier en armure se tient, debout, sur une double fontaine, un pied sur le rebord de chacune des fontaines. Il tient dans la main droite une épée levée et dans la gauche un bouclier haut en partie posé sur la margelle de la fontaine. Sur le bouclier écarlate et bordé d'or sont inscrits des mots en lettrine d'or: Exduabus aquis / Unafacite Qui / Quaritis Solex / nafacere Et date / bibere inimico uro / Et uidebitis / cum mortuum / Dein de aquater / ra facite Et lapis / de multi / plicas / tis. Le casque couronné du chevalier est auréolé d'étoiles, sa riche armure décorée d'or. Deux eaux différentes jaillissent de la double fontaine, une eau grise (ou claire) à droite et une eau brune à gauche, qui coulent de la double fontaine sur sa gauche pour former un lac boueux qui s'étend jusque dans l'arrière-plan. L'arrière-plan représentent un paysage de campagne avec quelques bâtiments en bordure et sur le lac.Le Chevalier sur la double fontaine|110pxLe Chevalier sur la double fontaine|110pxImage 4 - Rencontre du Roi Soleil et de la Reine LuneReprésente dans un paysage et sous forme royale la lune, à gauche, sous forme de reine debout sur le globe de la lune et le soleil, à droite, sous forme de roi debout dans les flammes, chacun surmonté d'un astre (blanc ou bleu pour la lune suivant les exemplaires et jaune-orange ou rouge pour le soleil) au visage serein. La figure de la lune tient dans la main droite un bandeau bleu sur lequel sont inscrits en doré les mots Lac vivamium. La figure du soleil tient dans la main gauche une sceptre d'or couronné d'un lys autour duquel s'enroule un bandeau rouge sur lequel se trouve également une inscription en lettres dorées.Rencontre du Roi Soleil et de la Reine Lune|110pxRencontre du Roi Soleil et de la Reine Lune|110pxRencontre du Roi Soleil et de la Reine Lune|110pxImage 5 : Mineurs creusant la collineLes Sept ParabolesLa partie principale de l'illustration est une image représentant un paysage au milieu duquel deux mineurs creusent une colline (l'un vêtu de blanc/argent, couleur de lune, l'autre de jaune/or, couleur de soleil). Un croissant de lune avec visage est couché tel une barque sur le lac, en bas de l'image principale.