vignette|redresse=1.2|Les Soixante-neuf Stations du Kiso Kaidō : page de titre de la série d'estampes ukiyo-e.
sont une série d'estampes japonaises ukiyo-e créées par Utagawa Hiroshige et Keisai Eisen entre 1834-1835L'une des ombrelles qui figurent sur la toute première estampe, Nihonbashi, porte l'inscription « année du mouton », ce qui permet de dater le début de la série de 1835. et 1842. Cette série représente l'ensemble des étapes de la grande route de Kiso Kaidō, allant d'Edo (Tōkyō), où réside alors le shogun, à Kyōto, où réside l'empereur.
La série compte au total soixante-et-onze estampes horizontales (yoko-e), de format ōban (les soixante-neuf stations proprement dites, auxquelles il faut ajouter le point de départ, Nihonbashi, à Edo, ainsi que la deuxième estampe consacrée à la station Nakatsugawa-juku). Il y a de plus une page de titre.
Le nom utilisé en principe pour la route du Kiso Kaidō était le « Nakasendō », ce qui fait que l'on parle parfois des soixante-neuf stations du NakasendōMargaret Price, Classic Japanese Inns and Country Getaways, Kodansha International, 1999, .. Cette série d'estampes est en quelque sorte une suite de la série de Hiroshige, les Cinquante-trois Stations du Tōkaidō, qui représentait, elle, les étapes de la route du Tōkaidō, la plus célèbre du Japon.
Eisen produisit vingt-trois des stations, plus le point de départ, le Nihonbashi, Hiroshige réalisant le reste de la série du Kiso Kaidō, soit quarante-sept estampesHiroshige - Kisokaido sur hiroshige.org.uk (consulté le )..
Les Gokaidō, les « cinq routes » du Japon
vignette|redresse=1.2|Les Gokaidō, les « Cinq Routes » du shogunat Tokugawa Sans être aussi célèbre que la route du Tōkaidō, le Kiso Kaidō venait sans doute juste derrière celle-ci par son importance au sein des , les cinq voies majeures (kaidō) qui partaient d'Edo (aujourd'hui Tōkyō) pendant la période Edo.
Même si ces cinq routes commencent à apparaître dès l'ère KamakuraLouis Frédéric et Käthe Roth, Japan encyclopedia, Belknap Press of Harvard University Press, 2002, ., c'est en 1601 que le shogun Tokugawa Ieyasu commence véritablement à les organiser en un réseau routier cohérent, de façon à accroître son contrôle sur le pays, qui sort d'une très longue période de guerres civiles et d'affaiblissement du pouvoir central.
Sur toutes ces routes, les distances étaient mesurées en ri (le ri, ancienne unité de distance au Japon, représente traditionnellement mètres, mais pouvait en réalité être de longueur assez variableDonald W. George, Amy Greimann Carlson, Japan: True Stories of Life on the Road, Travelers' Tales, 1999 , 137.), ce qui permet au voyageur de connaître la distance qui le sépare d'Edo, la capitale du shogun.
De nombreux relais (shukuba) sont installés tout au long des routes pour permettre aux voyageurs de se reposer et de se ravitailler. L’entretien de ces shuku-ba, ou shuku-eki était à la charge des daimyos aux endroits où la route traversait leurs terres. Ces haltes grossirent peu à peu pour former des villes ou des villages, responsables de la fourniture des chevaux, de l'entretien des ponts et du bon fonctionnement des auberges, en demande toujours croissante.
Les origines du Kiso Kaidō Le tracé de la route du Kiso Kaidō remonterait à une date fort ancienne, dont on dit qu'elle serait l'an 702 Louis Frédéric,Käthe Roth, Japan Encyclopedia, Harvard University Press, 2005, 692..
Malgré l'appellation retenue pour la série d'Hiroshige, le nom officiel de la route était « Nakasendō » (中山道). Le terme de Kiso Kaidō s'applique en effet à la partie spécifique de la route (qui en constitue d'ailleurs l'essentiel), avant qu'elle ne rejoigne celle du Tōkaidō sur une courte portion. Le Kiso Kaidō est en particulier la section qui suit le cours du fleuve Kiso, qui lui a donné son nomRonald Philip Dore, Taking Japan Seriously: a Confucian Perspective on Leading Economic Issues, Stanford University Press, 1987, 137..
Cette route reliant Edo à Kyōto en passant par l'intérieur des terres, était la route alternative à celle du Tōkaidō, qui reliait Edo à Kyōto en passant par le littoral..
Bien que son parcours soit au total un peu plus long ( environ« La Route du Kiso Kaidō » sur hiroshige.org.uk (consulté le )., au lieu de environ pour le Tōkaidō), et qu'elle passe par la montagne centrale, un certain nombre de personnes, y compris des femmes, préfèrent accomplir le trajet entre Edo et Kyōto en passant par la route du Kiso Kaidō. En effet, elle n'exige pas le passage à gué de rivières, à la différence de la route du Tōkaidō, qui en comptait plusieursNakasendō o Aruku (éd. révisée), Osaka, Yama to Keikoku Publishing, 2006 .Atlas du Japon : Nakasendo. WebJapan. Accès le ..
Le parcours de la route du Kiso Kaidō vignette|Lever de soleil sur le lac Biwa, près duquel passe le Kiso Kaidō entre Imasu et Otsu.
La route part tout d'abord en direction du nord-ouest, de Edo vers Matsuida, dans la préfecture de Gunma, puis oblique en direction de l'ouest et du sud-ouest pour passer les montagnes et atteindre le lac Suwa et continuer vers le sud-ouest en passant par Sekigahara, la . Sekigahara est d'autre part le lieu de la grande victoire remportée par Tokugawa Ieyasu en 1600, qui lui assure définitivement le pouvoir sur le Japon, ouvrant ainsi l'ère EdoLa route du Kiso Kaidō sur hiroshige.org.uk (consulté le )..
Puis la route s'approche du lac Biwa, et rejoint alors celle du Tōkaidō un peu avant Kyōto, à Kusatsu. C'est ensuite Ōtsu et sa « maison de thé de la source », avant d'arriver enfin à Kyōto, terme du voyage.
Notoriété et fréquentation
Comme pour le Tōkaidō, la route du Kiso Kaidō est, à l'ère Edo, fréquentée en particulier par les daimyos, astreints par le système du sankin kotai à résider un an sur deux à Edo, où ils doivent d'ailleurs laisser leur famille en otage, tome 1., parce que le pouvoir shogunal se méfie d'eux après la longue période de guerre civile dont le pays sort à peine. Ce système pèse aussi lourdement sur les finances des daimyos, contraints d'entretenir deux résidences et d'emmener avec eux leur suite, qui peut compter de cent à deux mille personnes., ce qui est un avantage supplémentaire du sankin kotai aux yeux du pouvoir shogunal.
Les meisho, « les lieux et paysages célèbres » du Japon L’œuvre de Hiroshige s'inscrit dans le prolongement de l'intérêt traditionnel des Japonais pour les meisho, les lieux et paysages célèbres. C'est tout d'abord la vogue des meisho ki, les « guides de lieux célèbres. », dont l'un des premiers représentants est le Kyō warabe, de Nakagawa Kiun, publié en 1658, ou lEdo suzumeEdo suzume, « les moineaux de Tokyo », c'est-à-dire « les gens de Tokyo ». de Hishikawa Moronobu, publié en 1677.
Mais c'est d'abord et avant tout le Tōkaidō lui-même, la plus connue des « Cinq Routes », qui connaît la notoriété avec par exemple le Tōkaidō meishoki (« Les Grands Sites de la route de la mer de l'Est »), guide en six volumes de 1660 du samouraï Asai Ryōi, présentant les centres d'intérêt des différents relais sur le mode de la fiction. et contribue à la notoriété de la route.
Aussi est-ce avec sa série d'estampes des Cinquante-trois Stations du Tōkaidō que Hiroshige va connaître la célébrité, lorsqu'il les publie chez Hōeidō, vraisemblablement sous forme de « recueil d'images » (gashu), paru en « feuilleton » entre 1832 et 1834..
Cependant, ni la route du Kiso Kaidō ni ses sites, ne connaîtront jamais la même réputation, et ils ne donneront pas lieu à une autre série d'estampes. Un livre de poèmes populaires, Kiso Meisho Dzuye, et illustré de gravures d'Hiroshige, sera cependant publié en 1852Edward F. Strange, La Route du Kiso Kaidō sur hiroshige.org.uk (consulté le 2 septembre 2009)..
Ce n'est d'ailleurs qu'après le succès rencontré par les meisho du Tōkaidō peints par Hiroshige que le Kiso Kaidō sera mis en scène par Keisai Eisen et lui-même.
Les difficultés de la route du Kiso Kaidō vignette|Un tronçon préservé de la route du Nakasendō (le Kiso Kaidō) aujourd'hui.
Il faut voir dans cette assez faible réputation le résultat d'une moindre fréquentation, due à la distance légèrement plus longue que cette route oblige à parcourir entre Edo et Kyōto, ainsi qu'à son difficile passage de parcours de montagne..
À la différence du Tōkaidō, bien connu au travers des multiples descriptions qu'en ont laissé les voyageurs étrangers, il est beaucoup plus ardu d'en trouver concernant des quatre autres routes, y compris la route du Kiso Kaidō. On sait cependant que c'était une route de montagne réputée difficile ; un samouraï de Nabeshima qui avait parcouru le Japon pendant deux ans, entre 1853 et 1855, trouve le Kiso Kaidō « aussi difficile que la rumeur le laissait entendre.. »
En revanche, un autre samouraï, voyageant vers 1855, donc plus de 20 ans après le début de la série de Eisen et Hiroshige, déclare que Quoi qu'il en soit, le voyage par la route du Nakasendo (le Kiso Kaidō) prend plus de temps que par le Tōkaidō, puisqu'il fallait compter entre 18 et 20 jours pour parcourir toute la route au lieu des quelque 2 semaines à prévoir sur le TōkaidōNotice sur les 53 stations du Tōkaidō de l'exposition Estampes japonaises. Images d'un monde éphémère, à la BnF, du 18 novembre 2008 au 15 février 2009.. De plus, la route comptait beaucoup moins d'agglomérations importantes, diminuant d'autant les aménités offertes par le voyage. Tout cela suffit sans doute à expliquer sa fréquentation considérablement plus faible..
De même, la série d'estampes consacrée par Eisen et Hiroshige au Kiso Kaidō ne connaîtra jamais la popularité des séries consacrées au Tōkaidō, ce qui explique la rareté relative des estampes de cette série.
Hiroshige, Eisen, et le Kiso Kaidō On ne sait pas de façon certaine si Hiroshige a effectué lui-même le voyage sur la route du Kiso Kaido. Son implication dans la série des Soixante-neuf Stations du Kiso Kaidō provient du fait qu'elle avait été initialement commandée à Keisai Eisen, qui n'avait pu la terminer. C'est donc Hiroshige qui s'en charge, témoignant de la même recherche d'atmosphère que celle qui avait inspiré les Cinquante-trois Stations du Tōkaidō..
La série du Kiso Kaido n'est pas le seul exemple de la collaboration entre Eisen et Hiroshige, puisque, vers la fin de l'ère Tempo (1830-1843), l'éditeur Eirakuya publie un petit ouvrage en trois volumes intitulé Ukiyo gafu, contenant de petits dessins de paysages, de fleurs, et d'oiseaux, de poissons et de silhouettes. C'est Eisen qui assure l'exécution des deux premiers volumes, alors que Hiroshige se charge du troisième. Imprimés en deux nuances de couleurs en plus du noir, ces dessins rappellent l'aspect des Hokusai manga.
Cependant, Hiroshige est le plus célèbre des deux, et les rééditions par Kinjūdō, sans doute après la mort de Keisai Eisen en 1848, omettent le nom et le sceau de celui-ci. Parmi les explications avancées, la plus plausible est que l'éditeur cherche à profiter du succès des Cinquante-trois Stations du Tōkaidō, en laissant apparaître le seul nom de Hiroshige, plus vendeurHistoire de la série des Soixante-neuf Stations du Kiso Kaidō sur hiroshige.org.uk (consulté le septembre)..
La technique de l'estampe ukiyo-e
vignette|Étape 2 : gravure des planches de bois vignette|Étape 5 : encrage et impression L’ukiyo-e — qui est un genre majeur de la peinture japonaise — ne doit pas être confondu avec l'estampe japonaise, gravure sur bois relevant presque toujours de l'''ukiyo-e.
Mais c'est bien au travers de la gravure sur bois d'estampes que l'ukiyo-e a pu atteindre sa pleine popularité, grâce au nombre de tirages autorisés par la gravure.
Les épreuves d’estampes ukiyo-e sont produites de la manière suivante.Présentation détaillée sur gutenberg.org (consulté le 16 juin 2009).Autre analyse détaillée du processus sur gutenberg.org (consulté le 16 juin 2009). : l'artiste réalise un dessin-maître à l’encre ;