Benoît Collombat, né en 1970, est un journaliste français de radio travaillant à la rédaction de France Inter depuis 1994 en qualité de grand reporter.
Il s'oriente vers le journalisme d'investigation, enquêtant notamment sur l'affaire Robert Boulin, et sur les pratiques du groupe Bolloré au Cameroun. Le groupe l'attaque d'ailleurs en justice dans plusieurs procédures à partir de cette date : Collombat est condamné pour diffamation en 2010 ; Bolloré est condamné pour procédure abusive en 2019. Biographie
Formation
Après des études supérieures de lettres et d'histoire à la Sorbonne, Benoît Collombat est diplômé de l'École supérieure de journalisme de Lille (ESJ Lille).
France Inter
Benoît Collombat est grand reporteur au sein de la rédaction de France Inter depuis 1994. Il a couvert des évènements tels le tsunami en Asie, les guerres en Ulster, en Irak, les évènements en Iran, la chute de Milosevic en Serbie ou encore la révolte des réfugiés de Lampedusa et les inondations en Espagne, et effectue dès lors de nombreux travaux d'investigation.
En 2009, après la polémique suscitée par le livre de Pierre Péan titré Le monde selon K, mettant notamment en cause l’activité de consultant de Bernard Kouchner au service de potentats de la « Françafrique », au Gabon et au Congo-Brazzaville, Benoît Collombat réalise l'enquête « Les affaires africaines du Docteur Kouchner ». diffusée sur France Inter et sur franceinter.com où il publie pour la première fois les fameux rapports. Il apporte également de nouveaux éléments dans l'enquête sur le naufrage du Joola. au Sénégal, en , la plus grande catastrophe maritime civile.
En août 2010, Benoît Collombat publie une nouvelle et retentissante enquête sur Éric de Sérigny, l’un des conseillers d’un ministre alors très en vue, Éric Woerth, nouvel élément de l’affaire Bettencourt. Poursuivant son enquête sur l’affaire Bettencourt, il publie quelques jours après d’autres éléments sur un nouveau volet sur lequel Eric Woerth pourrait avoir à se justifier : l’affaire Wildenstein.
Enquête sur l'affaire Robert Boulin (2007 - 2009)
L'affaire Robert Boulin concerne les doutes sur le suicide du ministre du Travail Robert Boulin, retrouvé le dans moins de cinquante centimètres d'eau de l'étang Rompu de la forêt de Rambouillet, la famille estimant qu'ils’agit très probablement d’un meurtre.
En 2003, il réalise pour France Inter une contre-enquête sur le sujet, intitulée Affaire Boulin, un homme à abattreLionel Thompson , Pascal Dervieux, Affaire Boulin : un homme à abattre, France Inter, 26 octobre 2003., prélude au livre du même nom qui sortira en 2007, quatre ans plus tard.. Cette contre-enquête va permettre de relancer toute l'affaire et de mettre en lumière des témoignages qui n'avaient encore jusqu'ici pas été entendu. Il apporte, à nouveau, des éléments inédits (témoignages et documents) sur l'affaire Boulin en . Son enquête « Affaire Boulin : ces nouveaux témoins qui parlent d'assassinat » est diffusée sur France Inter et reprise dans la presseRédaction, Les nouveaux témoins de l'Affaire Boulin, Slate, 27 octobre 2009..
Reportage sur les affaires de Bolloré au Cameroun (2009 - ...)
En , il réalise un reportage en Afrique « Cameroun : l’empire noir de Vincent Bolloré ». diffusé dans le cadre du magazine Interception Lionel Thompson , Pascal Dervieux , Philippe Bardonnaud , Vanessa Descouraux, Cameroun : l’empire noir de Vincent Bolloré, France Inter, 29 mars 2009. sur France Inter. Des témoignages inédits de camerounais décrivant la face cachée des pratiques de Bolloré au Cameroun, où le groupe contrôle en grande partie le port autonome de Douala, les chemins de fer et des plantations de palmiers.
Pour ce reportage Benoît Collombat et France Inter sont attaqués en diffamation par le groupe Bolloré devant le tribunal correctionnel de Paris. Le groupe Bolloré attaque le journaliste sur l'ensemble de son reportage. Les audiences ont eu lieu en . et .
« En poursuivant en diffamation France Inter, Vincent Bolloré veut faire "un exemple" » écrit Rue 89. qui assiste aux audiences. Le le tribunal correctionnel de Paris condamne Benoît Collombat et Jean-Paul Cluzel, alors directeur de publication de France Inter, à d'amende. et à verser solidairement à Bolloré un euro de dommages. Benoît Collombat est condamné pour « diffamation publique » envers Vincent Bolloré et Bolloré SA au motif unique de leur avoir imputé sans preuve suffisante « de ne pas respecter les engagements financiers pris lors de la concession de la Camrail ». Il est exonéré des autres points d'accusations. Le tribunal reconnait comme étant de bonne foi la description des conditions de logement « indignes » des employés de la société Socapalm ainsi que du non-respect de la sécurité minimale des employés de Socapalm. Pareillement, le tribunal reconnaît que les allégations sur l'influence du groupe Bolloré sur le clan du Président Biya ainsi que l'aide financière que ce groupe apporterait à certains relais d'opinion importants au Cameroun (dont la Fondation Chantal Biya) « relèvent du libre débat d'opinion sur un sujet d'intérêt général ».
En 2015, Collombat participe à un ouvrage collectif, Informer n'est pas un délit, paru aux éditions Calmann-Lévy, alors sous la direction de Florence Sultan. Le texte de Collombat décrit notamment une stratégie du groupe Bolloré dans ses procédures judiciaires envers les médias.
Le groupe Bolloré porte alors à nouveau plainte contre Collombat et Sultan mais en est condamné pour « procédure abusive » à son encontre, la correctionnelle, spécialisée dans les délits de presse, ayant jugé que Benoît Collombat doit être relaxé, et le groupe Bolloré condamné pour « abus de constitution de partie civile ».
Ce dernier doit verser la somme de 9 000 euros au journaliste, « en réparation du préjudice moral causé par cette action, qui a entraîné une procédure de plusieurs années ».
Bolloré fait appel en 2020, mais la Cour d'appel confirme le jugement de 1ère instance. En 2021, alors que le groupe est devenu indirectement actionnaire de la maison d'édition la Cour de cassation, saisie toujours par Bolloré, ordonne un nouveau procès en appel.
Autres collaborations
En 2011-2012, Benoît Collombat travaille en collaboration avec David Servenay pour Les Inrocks où ils tiennent un blog Carnets d'enquêtes.
Actuellement, il collabore avec Étienne Davodeau à une série de reportages pré-publiée dans La Revue Dessinée.
Il fait partie des membres bénévoles du comité éditorial de Disclose. Dans ce cadre, il est convoqué par la Direction générale de la Sécurité intérieure en . Un communiqué de la Ligue des droits de l'homme (France), en date du , relaie dix-sept ONG qui dénoncent des menaces de poursuites judiciaires pesant sur les journalistes Geoffrey Livolsi et Mathias Destal, du média d’investigation Disclose, ainsi que Benoît Collombat, de la cellule investigation de Radio France, qui ont enquêté sur la présence d’armes françaises dans le conflit au Yémen et qui sont entendus par la Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI) dans le cadre d’une enquête préliminaire pour « compromission du secret de la défense nationale » ouverte par le parquet de Paris après le dépôt d’une plainte par le ministère des Armées« 17 ONG dénoncent les menaces de poursuites contre des journalistes enquêtant sur les armes françaises au Yémen », communiqué de la Ligue des droits de l'homme en date du 14 mai 2019.
Associé à l'auteur de bande dessinée Damien Cuvillier, Benoît Collombat conçoit un roman graphique, intitulé Le Choix du chômage - De Pompidou à Macron, enquête sur les racines de la violence économique (Futuropolis), préfacé par Ken Loach. L'ouvrage, remarqué par les médias. est publié en , il se penche sur les racines de la violence économique dans les années 1970 et 1980 en France..
Engagements
Benoît Collombat est cité dans Le Système B, un documentaire français, créé par l'ONG Reporters sans frontières et diffusé en , qui fut très médiatisé car il a appelé et dénoncé des et alerté contre la censure répétée d'enquêtes dans différents médias du groupe industriel et de services de Vincent Bolloré."Reporters sans frontières dénonce les méthodes de Vincent Bolloré contre l’information" par Aude Dassonville, dans Le Monde le 14 octobre 2021 "Vidéo. Vincent Bolloré : un documentaire de Reporters sans frontières dénonce ses « méthodes brutales »", par l'Agence France-Presse reprise le 14/10/2021 par le quotidien régional Sud Ouest"Europe 1 ne digère pas la patte Bollo" le 22 juin 2021 dans Libération "Liberté de la presse : que montre le documentaire de Reporters sans frontières sur le groupe Bolloré ?" le 15/10/2021 sur France Télévisions "Le Système B." : un documentaire de Reporters sans frontières dénonce les méthodes de Vincent Bolloré" par Maxime Tellier, le 14/10/2021 sur France Culture “Le Système B”, un docu choc sur la méthode Bolloré contre la liberté d’informer" par Richard Sénéjoux le 14/10/21 dans Télérama "Concentration des médias : une commission et des propositions sur la table" par Aude Carasco, le 24/11/2021 dans La Croix, mais visant aussi d'autres médias, par un usage massif des poursuites judiciaires, afin de décourager au maximum les enquêtes sur , qui du groupe Bolloré.
Prix et distinctions
Lauréat de la Bourse Payot. (1994) ; Grand Prix du reportage Radio France en 1996 pour un reportage « Policiers et jeunes des quartiers : parole contre parole » (avec Tara Schlegel) ; Prix OndasLes Derniers des Justes Prix Ondas en 2000 pour « Les Derniers des Justes » ; Prix franco-allemand du Journalisme. en 2000 pour « Allemagne, le mur dans les têtes ». ; Grand Prix du reportage Radio France en 2002 pour un reportage consacré aux condamnés à perpétuité « En prison avec les longues peines ». ;
Prix Goretta en 2006, pour un reportage pour le magazine "Interception" consacré à la fin de vie, intitulé « Je vous tire ma révérence ». ; Prix international de l'enquête 2008 du CFJ. (Centre de formation des journalistes), catégorie radio, pour l’enquête sur l'affaire JPK « Des requins en eaux troubles». Prix du public Cultura au festival d'Angoulême 2016 pour Cher pays de notre enfance (avec Étienne Davodeau) Finaliste Prix de la BD Fnac 2016. pour Cher pays de notre enfance (avec Étienne Davodeau)
Publications
Avec David Servenay, La Fédé : comment les socialistes ont perdu le Nord, Le Seuil, 2012
Un homme disparaît : l'affaire JPK - 15 décembre 1997, éditions Nicolas Eybalin, 2013
Avec David Servenay, Au nom de la France, guerres secrètes au Rwanda, La Découverte, 2014
Cher pays de notre enfance : Enquête sur les années de plomb de la Ve République, dessins d'Étienne Davodeau, éditions Futuropolis, , 218 p.
Avec Damien Cuvillier, préface de Ken Loach, Le Choix du chômage - De Pompidou à Macron, enquête sur les racines de la violence économique, Futuropolis, 2021
Notes et références
Notes
Références
Liens externes
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