La Pie-grièche masquée (Lanius nubicus) est une espèce de passereaux de la famille des Laniidae. Cet oiseau est la plus petite espèce de son genre, Lanius, et possède une longue queue et un bec crochu. Chez le mâle, les parties supérieures sont principalement noires, avec du blanc sur la calotte, le front, sur un large sourcil et sur des taches sur les tectrices et les ailes. La gorge, le cou et les parties inférieures sont blanches, à l'exception de la poitrine et des flancs orange. La femelle ressemble au mâle mais est plus terne, avec des parties supérieures noir brunâtre, et les scapulaires et les parties inférieures grisâtres ou chamoisées. Le juvénile a les parties supérieures gris-brun avec le front plus pâle et des stries de la tête jusqu'au croupion, les parties inférieures blanc cassé et barrées, et les ailes brunes, à l'exception de taches blanches sur les rémiges primaires. Le cri d'alerte est court et grinçant, mais le chant est plus mélodieux, rappelant ceux de certaines espèces d'hypolaïs.

La saison de reproduction de la Pie-grièche masquée commence en avril. Le couple construit un nid soigné, placé dans un arbre, et la femelle pond généralement de quatre à six œufs. La couvaison dure 14 à , et les poussins sont nourris par les deux parents pendant 18 à après l'éclosion. Une fois leur premier envol pris, les juvéniles restent dépendants des adultes pendant trois à quatre semaines. Cette pie-grièche se nourrit principalement de gros insectes, et parfois de petits invertébrés ; elle empale parfois ses proies sur des épines ou sur des barbelés.

La Pie-grièche masquée se reproduit dans le Sud-Est de l'Europe et dans l'Est du bassin méditerranéen, avec une population distincte dans l'Est de l'Irak et l'Ouest de l'Iran, bien qu'aucune sous-espèce ne soit distinguée. Cet oiseau est migrateur, passant l'hiver dans le Nord-Est de l'Afrique. Bien que les déplacements migratoires concernent des distances faibles, des oiseaux erratiques ont été observés dans de nombreuses autres zones, et notamment le Nord et l'Ouest de l'Europe. La Pie-grièche masquée occupe les boisements ouverts parsemés d'arbustes et de quelques gros arbres. Elle s'expose moins que d'autres pies-grièches, évitant les habitats très ouverts et se perchant souvent en des lieux moins exposés. Les populations de ce passereau sont en déclin dans certaines zones de son aire de distribution européenne, mais pas de façon suffisamment marquée pour justifier de menaces. Ainsi, cette espèce est considérée comme de « préoccupation mineure » par l'Union internationale pour la conservation de la nature.

Description vignette|Femelle en Israël.|alt=Photographie de côté d’un oiseau blanc et noir, posé sur la main d’un homme. vignette|Juvénile.|alt=Vue de côté d’un oiseau posé sur une branche. La tête et les ailes sont mouchetées de noir, le ventre est blanc.

La Pie-grièche masquée est la plus petite espèce de son genre, Lanius, mesurant 17 à de longueur pour une envergure de et un poids de . La queue est grande et le bec relativement petit. Une dent est présente de chaque côté sur le tomium (bord de la mandibule inférieure), s'insérant dans une encoche triangulaire sur la mandibule supérieure, une adaptation également retrouvée chez les faucons.

Le mâle a les parties supérieures principalement noires, avec la calotte, le front et le sourcil blancs. Il a aussi de grosses taches blanches sur les couvertures scapulaires et sur les rémiges primaires, et les rectrices externes sont également blanches. La gorge, le cou et les parties inférieures sont blanches, avec les flancs et la poitrine orange. L'iris est marron, le bec est noir et les pattes sont marron foncé ou noires. La femelle ressemble au mâle, mais en plus terne, avec les parties supérieures noir-brunâtre et les scapulaires et les parties inférieures teintées de gris ou de chamois. L'oiseau juvénile a les parties supérieures gris-brun, barrées de sombre de la tête au croupion, un front gris plus pâle, des parties supérieures blanc cassé barrées et des ailes marron avec des taches blanches. Les juvéniles connaissent une mue de la tête, du corps et des rémiges quelques semaines après leur envol, et les adultes effectuent une mue complète après la reproduction. Dans les deux cas, si la mue n'est pas finie au moment de la migration, elle est suspendue et se termine sur les zones d'hivernage.

La Pie-grièche masquée ressemble à la Pie-grièche à tête rousse (Lanius senator), mais est plus petite, plus élancée, avec une queue plus longue. Les adultes se distinguent facilement, la Pie-grièche masquée ayant du blanc sur la tête et un croupion sombre, tandis que la Pie-grièche à tête rousse a la tête noire avec la calotte et la nuque rousses et le croupion blanc. Les juvéniles de ces deux espèces se ressemblent davantage, et la Pie-grièche masquée ressemble notamment à la sous-espèce niloticus de la Pie-grièche à tête rousse, qui a des rémiges primaires plus noires que la sous-espèce type avec une tache alaire blanche plus grande. La première a cependant le bec plus fin, la queue plus longue et plus étroite, la face plus pâle et le dos et le croupion gris, tandis que la Pie-grièche à tête rousse a un dos plus roux avec le croupion gris pâle.

Écologie et comportement Voix

Inquiétée, la Pie-grièche masquée produit un tchèèhr rappelant une bécassine, et le cri d'alarme est un crépitement sec. Le cri est décrit comme , ou . Le chant est un gazouillis un peu ondulé, rappelant celui de l'Hypolaïs des oliviers (Hippolais olivetorum) en moins lent et moins râpeux ou celui de l'Hypolaïs pâle (Iduna pallida) en plus lent. Il est constitué d'une . En de rares occasions, le mâle peut chanter en vol.

Habitudes de vie En dehors de la migration, la Pie-grièche masquée est une espèce solitaire. C'est un oiseau territorial, défendant un territoire de deux à cinq hectares durant la saison de reproduction, et d'environ trois hectares sur les zones d'hivernage. Elle n'est pas effarouchée par les humains, et se montre agressive envers ses congénères ou tout autre oiseau intrus sur son territoire. Si la plupart des pies-grièches utilisent des branches hautes et exposées tout au long de l'année, la Pie-grièche masquée ne se perche en vue qu'au début de la saison de reproduction, préférant les emplacements plus bas et plus abrités le reste du temps. Posée, elle se tient droite, inclinant souvent la queue, et se montre en vol très à l'aise et agile.

Alimentation La Pie-grièche masquée chasse depuis un perchoir élevé, de trois à six mètres du sol, mais généralement moins exposé que pour les autres pies-grièches. Elle attrape majoritairement sa nourriture au sol, mais parfois dans le feuillage ou encore en l'air, d'un vol agile et à la manière d'un gobemouche. Elle empale parfois ses proies sur des lardoirs, des épines ou des fils de fer barbelés utilisés pour les stocker ou pour les dépecer, les pattes de ce passereau étant peu puissantes pour maintenir la proie lors de cette dernière opération. Il a été avancé que ce comportement prédominait chez les mâles et durant la saison de reproduction, mais ce n'est pas le cas et les deux sexes empalent leurs proies, en hiver ou en migration. Les oiseaux isolés peuvent être relativement hardis, suivant un jardinier ou se nourrissant à proximité d'un observateur.

La Pie-grièche masquée se nourrit principalement de gros insectes, mais capture aussi d'autres arthropodes et de petits vertébrés. Les insectes les plus consommés sont les orthoptères, et notamment des familles des Gryllidae, Tettigoniidae et Acrididae. Par exemple, dans le Sud de la Bulgarie, en juin-juillet, l'espèce consomme de nombreuses sauterelles de l'espèce Poecilimon thoracicus. Les coléoptères forment aussi une part importante des insectes consommés. Viennent ensuite, en moindre quantité, des odonates, lépidoptères et fourmis. La Pie-grièche masquée fait des réserves de graisse pour la migration, mais moins que d'autres passereaux puisqu'elle peut se nourrir en chemin, parfois en se nourrissant de migrateurs épuisés : bien que relativement petite, cette pie-grièche compte parmi ses proies connues d'autres oiseaux adultes, comme la Fauvette babillarde (Sylvia curruca) et le Martinet des maisons (Apus affinis). Elle consomme aussi des lézards, des oisillons. Elle tue les petits vertébrés de coups de bec derrière la tête, et utilise sa dent tomiale pour séparer les os de la nuque.

Reproduction thumb|Œufs de Pie-grièche masquée, Muséum de Toulouse.|alt=Photographie de trois œufs d’oiseau sur fond noir.

À partir d'avril, le mâle chante depuis un perchoir sur son territoire, pourchassant parfois les mâles du voisinage ou rivalisant de vocalisations. Il réalise pour la femelle une parade nuptiale, généralement en chantant, en se tenant bien droit sur un perchoir exposé et en faisant trembler ses ailes, puis descendant de sa branche et s'inclinant. Il peut aussi réaliser un vol papillonnant et zigzaguant, ou nourrir la femelle alors que celle-ci se couche en étalant les ailes et en quémandant. Ces éléments de parade sont communs aux autres pies-grièches, mais il semble qu'il n'y ait que chez la Pie-grièche masquée que le mâle descend de son perchoir en s'inclinant.

Le nid, construit par les deux partenaires, est une petite coupe soignée, formée de radicelles, de tiges et de brindilles, tapissée de laine ou de poils et ornée de lichen sur sa face extérieure. Il est placé dans un arbre, de 1,5 à du sol. Ses dimensions externes moyennes sont de de diamètre et de haut, et la coupe interne mesure de large pour de profondeur. La ponte a lieu entre avril et juin, avec un pic en mai en plaine et un mois plus tard pour les zones montagneuses. Des couvées de remplacement peuvent être faites en juin ou juillet si la première nichée n'arrive pas à son terme, le premier nid étant alors détruit pour fournir du matériel à la construction d'un second. Des secondes nichées sont communes dans certains endroits. La ponte compte généralement quatre à six œufs, qui mesurent en moyenne et sont de couleur variable, avec un fond gris, crème ou jaune et parsemés de taches grises et d'un anneau de traces brunes. L'incubation, réalisée par la femelle, dure de 14 à 16 jours. Les poussins sont nourris par les deux parents, et atteignent l'âge de l'envol 18 à 20 jours après l'éclosion. Ils restent encore dépendants des adultes durant trois à quatre semaines après avoir quitté le nid. Les jeunes peuvent se reproduire à leur tour dès leur première année, mais l'espérance de vie de l'espèce n'est pas connue.

Prédateurs et parasites Les jeunes peuvent être la proie des chats et de corneilles. Un individu piégé a été observé simulant une blessure, cessant une fois le danger éloigné. Parmi les parasites de la Pie-grièche masquée, on compte le nématode Oxyspirura petrowi, la tique Hyalomma marginatum et au moins deux espèces de protistes sanguins du genre Haemoproteus.

Répartition et habitat thumb|Répartition de la Pie-grièche masquée.

|alt=Carte de l’Est de l’Afrique et de l’Ouest de l’Asie, avec des aplats de bleu et d’orange.

La Pie-grièche masquée niche dans l'Est des Balkans , en Turquie, à Chypre et de la Syrie jusqu'en Israël. Une autre population niche dans l'Est de l'Irak et l'Ouest de l'Iran, mais la limite de la répartition est incertaine et l'espèce pourrait aussi nicher en Afghanistan et dans le Nord de l'Arabie saoudite. La Pie-grièche masquée est un oiseau migrateur, hivernant en Afrique subsaharienne, principalement au Tchad, au Soudan et en Éthiopie. De plus petits nombres d'oiseaux passent l'hiver dans l'Est du Mali et au Nigeria, dans le Nord du Kenya ou le Sud de l'Arabie saoudite. La plupart des oiseaux quittent les zones de reproduction entre fin août et septembre, et reviennent de leurs quartiers d'hiver entre février et mars.