Le cheval Napolitain ou est une race de chevaux italiens, originaire de Naples et de ses environs, très connue entre le . Il a été utilisé à l'époque dans toutes les cours européennes pour des exhibitions de Haute école et pour l'amélioration d'autres races. Cette race s'est éteinte au début du mais quelques passionnés tentent de la faire revivre en croisant des spécimens qui, par leurs origines, ont hérité de ses caractéristiques.
Traditionnellement, on appelle « chevaux Napolitains » les chevaux nés dans le Sud de l'Italie, dans les régions actuelles des Abruzzes, de la Campanie, du Molise, des Pouilles, de la Basilicate et dans une partie du Latium.
Histoire Légende Un mythe grec prétend qu'une créature ressemblant à un cheval courait sur la lave du Vésuve. On pense que les premiers colons grecs, découvrant des chevaux qui grâce à leurs sabots exceptionnellement solides déambulaient sur les pentes abruptes et recouvertes de blocs de lave du volcan, auraient cru voir un animal surnaturel. Le cheval fit ensuite l'objet d'un véritable culte à Néapolis, cité qu'ils fondèrent, et dont il devint l'emblème. Une tête de cheval est encore visible au Musée archéologique de Naples qui a appartenu à une statue vénérée par le peuple qui lui attribuait le pouvoir de guérir les animaux.
Origines vignette|Un cheval Napolitain vu par Johann Elias Ridinger au .|alt=Un homme tient en main un cheval noir à travers un paysage de campagne. Le cheval Napolitain est originaire de la , une plaine qui s'étend du Volturno à Sarno, et qui correspond à une partie du territoire des provinces de Caserte et de Naples. Cette zone a toujours été propice à l'élevage de chevaux, puisque les Étrusques avaient déjà choisi cette zone pour installer leurs élevages, à l'abri des risques d'invasions grecques. De plus, le sol volcanique et l'apport calcaire des deux rivières riches en calcium qui délimitent ce territoire offrent un environnement propice à l'élevage équin Les Romains y élèvent ensuite leurs meilleurs chevaux pour la cour impériale.
Capoue, située à environ trente-cinq kilomètres au nord de Naples, a été certainement le centre de l'élevage équin en Campanie. Cette activité très lucrative contribua à la richesse légendaire de cette ville. Les notables qui la gouvernaient avaient le titre d'Equites, preuve de l'importance de la culture équestre sur la vie politique de la ville. De nombreuses embouchures de fabrication locale, de forme très différente de celle des mors de l'époque préromaine, ont été retrouvées dans la nécropole de la ville. La ville avait en effet été fondée par les Étrusques dont les techniques étaient différentes de celles des Grecs et dont les chevaux étaient beaucoup plus grands, avec une encolure plus élancée. Il est possible que l'élevage de chevaux de prestige en Campanie ait débuté avec les Étrusques.
Au , les Romains importèrent des chevaux barbes qu'ils croisèrent avec les chevaux locaux, créant ainsi une race typée très différente de celles qui existaient dans le reste de l'Europe. Ce cheval campanien aux traits orientalisants avait un chanfrein droit ou convexe, une encolure longue et fine, une croupe assez carrée, et mesurait 1m45 au garrot.
L'avènement de la République marinière d'Amalfi permet l'importation de chevaux turcs qui, croisés avec les chevaux locaux, forment la base du cheval Napolitain et en accroit les traits orientalisants. Mais il faut attendre le et la domination espagnole pour que les caractéristiques de la race soient fixées. Des échanges fréquents avec l'Espagne permettent aux chevaux espagnols de venir renouveler le sang de la race locale.
Moyen Âge En 1443, les Aragonais succèdent aux Angevins, le commerce des chevaux avec l'Espagne permet à l'élevage de prospérer. L'art de l'équitation prend son essor. L'écuyer de la cavalerie royale est le personnage le plus en vue de la cour et est investi de grands pouvoirs. Alphonse V d'Aragon fonde des haras à dix kilomètres de Capoue ainsi qu'un centre d'entrainement près de Nola, au sud-est de Naples. Les échanges de chevaux entre le royaume de Naples et l'Espagne se multiplient. Les chevaux ibériques ayant eux-mêmes beaucoup de sang barbe dans les veines, cela renforce celui déjà présent dans la race napolitaine. Le souverain fait frapper une monnaie qu'il appelle "cavallo" dont un côté est à son effigie et l'autre à celle d'un cheval.
Au , son marché de chevaux est déjà important, comme le rappelle Boccace au début de la cinquième histoire du deuxième jour de son Décaméron.
À la fin du , Charles d'Anjou conquiert le royaume de Naples. Captivé par les chevaux napolitains, devenu roi de Naples, il développe l'élevage et interdit l'apport de sang étranger. Il ordonne aux éleveurs de séparer les plus belles juments et les meilleurs étalons afin que leurs produits se distinguent par leur noblesse et leur beauté. Le roi en limite la possession aux princes et aux grands.
Renaissance vignette|Cheval napolitain, fresque palais de Venafro Au , le cheval Napolitain est très recherché et exporté partout en Europe. C'est alors une période de faste pour la race où le spectacle équestre est fortement apprécié et où les grands écuyers rivalisent de talent dans la pratique de la Haute école. Cependant, il est rare que les traités d'équitation fassent allusion explicitement aux chevaux napolitains car les dynasties régnantes, toutes d'origine espagnole, ne toléraient pas que l'on admire autant une race non originaire de leur mère patrie. Ainsi lorsque Federico Grisone donne une description du cheval de dressage idéal qui correspond dans les moindres détails au cheval napolitain, il n'en précise pas la race. En 1560, Giovanni Battista Ferraro parle de façon générale de la perfection du corps des chevaux élevés dans le royaume et loue leur caractère malléable grâce aux méthodes des éleveurs qui ne sevraient jamais les poulains avant deux ans. Lorsque le cardinal Louis d'Aragon, petit-fils du roi de Naples, vint à Blois en , son secrétaire Antonio de Beatis rapporte que les écuries royales étaient remplies de chevaux napolitains. Selon le Napolitain Pasquale Caracciolo, l'empereur Charles Quint, fin connaisseur, voulait un cheval napolitain pour son usage personnel considérant qu'il était adapté pour tous les usages. En 1624, Macaulay, historien anglais, décrit l'arrivée retentissante du duc de Portland, ambassadeur d'Angleterre à Paris, dont le carrosse était tiré par huit magnifiques chevaux napolitains.
Le marquis de Mantoue utilisait des juments Napolitaines pour améliorer ses coursiers. Les Gonzague envoyèrent leurs experts dans les haras du sud de l'Italie afin d'y acheter les meilleurs chevaux car ils considéraient que la race Napolitaine combinait les qualités des chevaux turcs, berbères et espagnols ce qui permettait d'obtenir ce qu'il y a de mieux en termes de reproduction. Dans les faits, ils étaient robustes et rapides, avaient une silhouette fringante caractérisée par un chanfrein convexe ou Roman, et se déplaçaient très élégamment.
Toutefois, au milieu du , Cesare Fiaschi se plaint dans son Trattato dell'imbrigliare atteggiare, e ferrare Cavalli, des nombreux croisements qui selon lui aurait mené à une dégénérescence de la race Napolitaine.
La race napolitaine connait son apogée au et . À cette époque, tous les monarques européens veulent avoir des chevaux Napolitains dans leurs écuries. Le prince allemand Ludwig Anhalt-Kothen rapporte qu'un cheval Napolitain servit de modèle pour la statue équestre de Cosme de Toscane (1519-1574) sculptée par Jean Bologne qui fut érigée piazza della Signoria à Florence en 1594.
Au début du , Naples passe sous la domination autrichienne qui importe un grand nombre de chevaux napolitains. Mais les Autrichiens sont bientôt chassés par Charles de Bourbon, qui devient roi de Naples, et qui est un grand amateur de chasse à courre. Pour la pratique de cette activité, il crée une nouvelle race née du croisement du cheval Napolitain et du pur-sang arabe : le Persano. En 1741, le sultan de Constantinople offre au roi de Naples quatre étalons de pure race turque qui viendront enrichir le patrimoine du cheval Napolitain. Il crée un élevage sur le site de Carditello auquel il donne le nom de "race royale de Carditello". Plus passionné par la chasse que par l'équitation, il altère peu à peu la spécificité de la race napolitaine avec l'apport de sang arabe et andalou. Heureusement, quelques éleveurs, attachés aux traditions antiques, conservèrent intacts les traits typiques de la race. Ferdinand IV de Naples succède à son père sur le trône. Son intérêt pour les chevaux est plutôt centré sur les courses. L'abbé de Saintenon, dans son ouvrage datant de 1780 et intitulé Voyages pittoresques de Naples et de Sicile, critique la cour de Naples qui est si jalouse de ses chevaux qu'elle refuse d'en faire sortir un seul du royaume, sous peine de galères et de la confiscation des chevaux. Si quelques familles d'éleveurs restent attachées à la race napolitaine, l'intérêt pour l'art équestre se raréfie et seuls les étrangers achètent encore ces chevaux.
Les rois de Naples faisaient porter par une jument blanche de race napolitaine appelée Guinée, le tribut annuel qu'ils devaient au pape.
Extinction
Le prestige de la race Napolitaine demeura intact jusqu'au . Toutefois, dès 1733, dans son École de Cavalerie, François Robichon de la Guérinière relègue les chevaux Napolitains, auxquels il reconnaît par ailleurs une disposition naturelle pour le piaffer, à l'attelage du fait de leur manque de soumission.
À partir des années de l'unification italienne, l'élevage de chevaux Napolitains a commencé à montrer des signes de décadence. Le peintre Emil Volkers, à la fin du , est le dernier à donner une description du standard de la race. Il signale aussi sa menace d'extinction. Au début du , quelques auteurs parlent d'excellents sujets qu'on retrouve encore chez certains éleveurs de la région de Capoue. Mais ces chevaux sont généralement achetés par des agriculteurs pour le travail. Le patrimoine que représente cette race, ainsi que toutes les races de chevaux italiens, n'intéresse pas les autorités dans une période de mécanisation et de fort développement. Les haras nationaux italiens () sont aussi sinistrés et l'élevage italien ne se maintient que grâce aux courses et aux compétitions sportives où seuls certains types de chevaux sont utilisés.
Héritage thumb|Ce Kladruber possède une morphologie proche de celle du cheval Napolitain historique.|alt=Photo d’un cheval noir présentant son profil gauche ; sa tête est busquée. L’héritage du cheval Napolitain est présent dans les origines de nombreuses races européennes. Entre le , il est utilisé en croisement et améliore ainsi l’Hanovrien, le Holsteiner, l’Oldenbourg, l’Altwürtemberger, le Gelderland, le Frederiksborg et le Kladruber. D’autres races sont directement issues de lignées de chevaux napolitains. C’est ainsi le cas du Persano, du Murgese mais surtout du Lipizzan. En effet dans les six étalons fondateurs de la race, deux sont des chevaux Napolitains : Conversano et Napolitano. Le premier est un étalon bai-brun né en 1767 ; le second est bai et est né à Naples en 1790. Les chevaux actuels les plus proches des anciens chevaux napolitains sont les Lipizzans et les Kladruber.
Deux étalons célèbres d'origine napolitaine furent la propriété des Habsbourg, Cerberus et Scaramuie, qui figurent sur les portraits de cour du peintre écossais George Hamilton (1672-1737).
Renouveau vignette|Cheval napolitain moderne présenté à la Fieracavalli 2014.|alt=Dans la carrière d'un hall d'exposition, un cheval noir bridé et équipé d'un surfaix marche en main sur la piste.